Passage d’Allier

par Josette Maldonado

    Le temps du troisième Festival des illustrateurs, en septembre 2015, le Passage d’Allier de Moulins est devenu le passage des éditeurs. Quelques jeunes maisons d’édition s’y étaient donné rendez-vous et proposaient leurs dernières créations. Nous présentons trois d’entre elles. Trois d’entre elles méritent d’être retenues :

La poule qui pond

    Cette petite et toute jeune maison d’édition indépendante a été créée à Clermont-Ferrand en avril 2014 par Valentin Mathé. Elle propose aux enfants de 3 à 10 ans des albums et des livres jeunesse qui font la part belle à l’imaginaire et amènent les petits à jouer avec leurs peurs. C’est ainsi que dans sa collection « Plein de bestioles » Valentin Mathé met en scène des créatures étranges dans des albums aux titres évocateurs, comme Le petit monstre du noir, Si je t’attrape, Vert de peur, Sous mon lit il y a… un voleur de chaussettes.

    Eric Battut a fait paraître à La poule qui pond un coffret de trois albums sous le titre Petit bonhomme, trois histoires d’amitié entre un petit personnage et de drôles de monstres. Mais l’originalité de cette maison d’édition c’est de proposer également des ouvrages conçus pour faciliter l’apprentissage de la lecture et particulièrement destinés aux dyslexiques. Ils se caractérisent pas un  graphisme et une mise en page adaptés car ils ont été pensés et travaillés en collaboration avec des orthophonistes. Par exemple, les espacements entre les mots et les interlignes sont augmentés, les liaisons entre les mots sont indiquées, les lettres muettes signalées, les syllabes prononcées traduites en couleur. Le rêveur qui ramassait des papiers bonbon de David Dumortier et Nathalie Novi ou Petit ogre veut un chien d’Agnès de Lestrade et Fabienne Cinquin appartiennent à cette catégorie.

    On trouve enfin à La poule qui pond des livres-albums comme Histoire de monstre destinés aux mal ou non voyants. Ce dernier livre est écrit en braille avec des illustrations en relief.  Mais, ce qui est remarquable c’est que le texte en braille s’accompagne aussi d’un texte classique, ce qui permet une lecture partagée entre un lecteur non voyant et un lecteur voyant. En fin d’ouvrage, un dossier pédagogique présentant l’écriture braille et son alphabet  renforce encore cette possibilité de partage de lecture.

A pas de loups

    C’est une petite maison d’édition belge. Elle a été créée en 2013 par Laurence Nobécourt qui a choisi le loup comme emblème parce que, comme lui, « elle avance à pas de velours, sans bruit, discrète mais bien présente pour stimuler l’imagination des petits loups »…

    Laurence Nobécourt s’est fixé comme ligne éditoriale de privilégier la création littéraire et artistique avec des auteurs / illustrateurs confirmés ou de jeunes talents. De cette maison d’édition le CRILJ des Bouches du Rhône a acheté, signé par Cécile Gambini, Bagbada dont on pourra  lire l’analyse de Ricochet sur son site. Cet album décrit la rencontre de deux êtres solitaires et neurasthéniques, l’un tout déplumé, tout délavé, maigrichon et raplapla, l’autre ratatiné et tristounet avec… un bon gros crapaud plein d’imagination et de dynamisme.

La Maison est en carton

   Créée en 2007 par Manon Jaillet, diffusée par Le Poisson Soluble, cette maison se veut, avant tout, éditeur d’images et toute son activité principale est en effet tournée vers l’image et vers les illustrateurs du livre jeunesse. La Maison est en carton propose donc des livres, des images inédites, des séries limitées, des boîtes, des coffrets.

    A Moulins nous avons été séduites par Toi émoi de Franck Prévot. C’est à la fois un livre/objet et un livre/jeu. Il se présente sous la forme d’un étui contenant six cartons pliés en trois. Quand on les déplie, de courts poèmes d’amour apparaissent que des mots, inscrits dans des découpes comme autant de fenêtres, enrichissent ou modifient. Ils  créent chaque fois un effet de surprise, leur apportant fantaisie, humour ou poésie.

(octobre 2015)  

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De formation littéraire et classique, Josette Maldonado découvre la littérature de jeunesse en 1982 en préparant un Certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire (CAFB). Documentaliste dans l’Education nationale, passionnée par son métier, elle a initié de nombreux projets de lecture/écriture dans les établissements où elle a exercé, notamment en partenariat avec les écrivains Jacques Cassabois, René Escudié, Christian Poslaniec, Jean Joubert ; elle a mis en place des comités de lecture et  elle a, trois fois, permis à de jeunes élèves de participer au jury du Prix Roman Jeunesse. A la retraite depuis fin 2004, Josette Maldonado peut enfin se rendre disponible pour le CRILJ des Bouches du Rhône dont elle est adhèrente depuis près de 30 ans. Elle en est actuellement la secrétaire.

Rue du monde, une histoire pas comme les autres

  

  

  

  

 

     Fin 1996, Alain Serres, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages pour la jeunesse crée une nouvelle maison d’édition indépendante. Sans aucun moyens financiers et loin des règles habituelles. En deux ans, la petite Rue du monde est parvenue à asseoir sa fonction dans le paysage éditorial mais aussi dans la société.

 Le jour de la décision

     Au milieu des année 1990, l’édition pour la jeunesse perdait un peu de ses couleurs. Des maisons d’éditions battaient de l’aile, d’autres disparaissaient. Les chemins de l’audace, des contenus et de l’exigence littéraire étaient de moins en moins nombreux, de plus en plus broussailleux. L’idée en tête depuis deux ans, Alain Serres a considéré qu’il était temps de proposer un espace différent pour encourager le regard critique et imaginatif des enfants sur le monde. Il prit l’avis de quelques libraires jeunesse, d’auteurs et de Pierre Marchand, alors directeur de Gallimard Jeunesse.

     Alain Serres refuse plusieurs propositions émanant d’autres maisons et, la veille du jour où il allait fêter ses quarante ans, il prend sa décision et fait le choix de l’indépendance totale vis-à-vis des grands groupes. Il se lance alors dans l’aventure avec plusieurs dizaines de projets de livres, de collections, mais à peine ce qu’il faut pour réaliser un tiers d’album. Plus une idée qui va lui, permettre de faire naître Rue du monde.

     En novembre 1996, Alain Serres lance un appel pour que se retrouvent ceux qui ressentaient les mêmes lacunes et aspiraient aussi à un pôle novateur. Il propose la réservation des quatre premiers titres de Rue du monde avant même leur parution. Mille souscripteurs relèvent le défi, essentiellement des enseignants, des bibliothécaires et des directeurs de centres de loisirs.

La rue de papier est lancée

     En trois semaines, le premier ouvrage, Le grand livre des droits de l’enfant, dont le manuscrit était prêt, est illustré, iconographié, imprimé et relié. Incroyables délais rendus possibles par la mobilisation chaleureuse de nombreux amis et professionnels. Les 250 premiers exemplaires arrivent tard dans la nuit, la veille de l’ouverture du Salon de Montreuil. Sur les 4m2 du stand, ils seront tous vendus et cet ouvrage est, dix ans apès sa parution, l’une des meilleures ventes, avec plus de 50000 exemplaires.

     Les quatre premiers titres en mains, Alain Serres essaie de convaincre un diffuseur-distributeur de relever le défi avec lui. C’est Frédéric Salbans et Bernard Coutaz, chez Harmonia Mindi, qui oseront s’ouvrir à la jeunesse. Aujourd’hui, ils sont toujours partenaires.

 Editer, un sacré métier

     Il a fallu tout apprendre : comment faire des factures, comprendre la TVA, celle qui rentre et celle qui sort, louer un nouveau local, calculer le poid du papier. L’équipe compte aujourd’hui six personnes.

     En dix ans, plus de 8000 projets ont été reçus, 130 ont été publiés. Ils sont, le plus souvent, nés d’une rencontre autour d’une ébauche, d’une réaction de l’éditeur à un dessin, d’un propos lu ou entendu. Pour la plupart des livres, une sorte de jeu de ping-pong s’instaure entre l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur afin que les choix les plus pertinents puissent être faits en commun, au service du livre et de ses futeurs lecteurs.

     Née il y a dix ans de façon atypique, Rue du monde poursuit son travail pour titiller l’intelligence des enfants, attiser leur esprit critique et leur sensibilité artistique.

     Pour cette année anniversaire, des ouvrages forts, beaux et éclectiques : du travail d’orfèvre de François Place à l’humour de Pef, d’une Alice décapante à une succulente Cuisine tout en chocolat, des enfants des rues aux sans-papiers, de l’amour tout court à l’amour d’une terre en péril. Des images et des idées pour voir et rêver le monde.

( texte paru dans le n° 88 – décembre 2006 – du bulletin du CRILJ )     

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Du côté de La Farandole

 

 

 

 

 

      La création en 1955 de la maison d’édition La Farandole émane vraisemblablement d’une décision des instances du Parti communiste français et fut réalisée grâce à l’apport de capitaux de particuliers. Il s’agissait vraisemblablement d’adhérents qui apportaient ainsi leur soutien à l’initiative du Secrétariat général. La direction de la maison d’édition fut alors confiée à deux adhérentes du Parti qui présentaient les « garanties technico-politiques » souhaitées. Le Parti compléta sans doute par ce biais son appareil éditorial mais ne semble pas avoir imposé une quelconque ligne éditoriale au tandem formé par Madeleine Gilard, « directrice de collection », et Paulette Michel, au rôle plus administratif.

     Néanmoins, s’il ne semble pas avoir interféré sur le projet éditorial de la Farandole autrement que par une commune idéologie, il permit à La Farandole d’établir des partenariats avec ses organismes de diffusion : le Centre de Diffusion du Livre et de la Presse et Odéon diffusion et, peut-être, l’Agence Littéraire Artistique Parisienne …

     L’originalité de La Farandole réside dans son choix de proposer, bien avant les autres éditeurs, des ouvrages ouverts sur la vie sociale, l’histoire et les cultures étrangères. C’est une particularité qui procura son identité à la Farandole et qu’elle développa tout au long la période que nous avons étudiée. Elle sut, en partie grâce à l’impulsion de Régine Lilensten, faire de mai 1968 un tremplin pour en renforcer l’importance et aborder des sujets jusque là tabous.

     Pour faire aboutir cette volonté d’ouverture, elle s’entoura, dès ses débuts, d’auteurs et illustrateurs aptes à offrir ces perspectives aux lecteurs tout en faisant preuve de grandes qualités littéraires et picturales, voire artistiques. Au fil des ans leur nombre s’accrut et leurs horizons se diversifièrent, notamment grâce aux nombreuses traductions et aux coéditions que La Farandole mit en place avec des confrères (surtout du bloc de l’Est) à partir des années soixante.

     La constance de cette recherche de qualité prévalant sur une augmentation de sa rentabilité, La Farandole prit souvent le risque de publier de jeunes auteurs ou illustrateurs qui furent par la suite reconnus et acquirent une renommée importance dans le domaine de la littérature pour la jeunesse.

     Ce sont ces caractéristiques qui, à notre sens, permirent à La Farandole de s’implanter avec succès dans le paysage éditorial.

     Sa création prit pourtant place dans un contexte peu favorable aux nouvelles entreprises. De plus La Farandole choisit de dédier son activité uniquement à la littérature pour la jeunesse alors que la majorité des publications était réalisée par des départements ou secteurs de maisons d’édition généralistes ou scolaires qui pouvaient ainsi compenser d’éventuels échecs par le reste de leur production. Cependant la Farandole parvint à suffisamment se développer pour prendre l’ampleur et les statuts d’une société anonyme.

    Dès lors sa place au sein du milieu éditorial ne cessa de se renforcer et la maison d’édition conquit de plus en plus de spécialistes, critiques, bibliothécaires et enseignants. Sans jamais être véritablement connue du grand public, La Farandole se vit gratifiée d’un certain nombre de reconnaissances littéraires : critiques, sélection de livres, prix Jean Macé, prix international Hans-Christian Andersen. À la fin de la période étudiée, elle était parvenue à asseoir sa place de « petite maison d’édition novatrice », notamment grâce à Régine Lilensten, directrice dès 1972, qui semble avoir intensifié la communication de La Farandole. Elle avait également réussi à développer les relations avec d’autres éditeurs français et à ouvrir un marché au Québec.

     La Farandole était, à l’orée des années quatre-vingt, une petite maison d’édition bien implantée, certainement partisane mais pas propagandiste. Sans conteste, elle avait bénéficié du soutien du Parti communiste, de ses organes et de ses militants mais avait su s’implanter grâce au projet éditorial défini et mené par Paulette Michel et Madeleine Gilard. Elle avait d’autre part assis cette place grâce à une certaine professionnalisation de son activité et une redynamisation opérées par Régine Lilensten.

     Non déficitaire, elle fut cependant incorporée au groupe Messidor, pendant communiste des groupes capitalistes qui se constituèrent à la même époque et transformèrent l’édition française.

     Toutefois, le Parti communiste vécut une crise qui s’aggrava au cours des années quatre-vingt et dont le groupe Messidor pâtit, en plus d’essuyer des revers économiques. Faillitaire en 1992, Messidor fut racheté par le groupe Scandéditions qui fut lui-même mis en liquidation judiciaire en 1994. Une étude de l’histoire de la Farandole au cours de cette période permettrait de déterminer comment un tel contexte influa sur la gestion, la production et les lignes éditoriales de la maison d’édition ; si celles-ci furent transformées et, le cas échéant, dans quelle mesure. Par ailleurs, un tel travail permettrait peut-être de mieux saisir les raisons qui ont rendues cette liquidation particulièrement conflictuelle, et font aujourd’hui de l’histoire de la maison d’édition un sujet d’amertume.

 ( conclusion du mémoire de Master 2 d’Histoire Contemporaine Histoire de la maison d’édition La Farandole, 1955-1982 – juin 2009 )

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Née en 1985, Hélène Bonnefond effectue son cursus d’étudiante à l’université François Rabelais de Tours, avec le projet final de passer le concours de bibliothécaire territorial. Licence puis master d’histoire et, comme sujet de mémoire, sur une suggestion de Cécile Boulaire, maître de conférence en Littérature pour la jeunesse à l’université François Rabelais, Histoire de la maison d’édition La Farandole, 1955-1982. Travaillant actuellement comme assistante documentaliste dans un lycée professionnel, Hélène Bonnefond participe, à titre bénévole, aux activités de l’association tourangelle « Livre passerelle ». Elle hésite, pour les prochaines années, entre un travail de bibliothécaire, d’animateur en milieu scolaire et d’organisateur d’événements. Merci à elle pour nous avoir confié son mémoire.

 

 

 

 

Michel Bourrelier

      Michel Bourrelier (1900-1983) est mort fin mars. Avec lui disparait une aventure dans la littérature de jeunesse. Avec ses quatre collections, « La joie de connaître » pour les documentaires, « Marjolaine », « Primevère » et, plus tard, « L’alouette » pour la fiction, les éditions Bourrelier, créées en 1931, ont aidé au renouveau de la littérature pour la jeunesse.

      La création du Prix Jeunesse en 1934 contribue à cette renaissance. Le but de ce prix est de « donner un nouvel essor à la littérature pour les enfants de langue française ». Il est décerné sur manuscrit. L’ouvrage couronné doit s’adresser à des enfants de sept ans à quatorze ans, aucun genre n’est imposé et il est publié. Le jury est présidé par Paul Hazard, professeur au Collège de France, auteur de Des livres, des enfants et des hommes. Il comprend des enseignants, des bibliothécaires, des écrivains, comme Georges Duhamel, Paul Fort, Simone Ratel, Marcelle Tinayre et Charles Vildrac. Plus tard viendront Claude Aveline, Maurice Genevoix, Paul Vialar. Mathilde Leriche, bibliothécaire à l’Heure Joyeuse et lectrice des coillections Bourrelier, en est la secrétaire et la cheville ouvrière. La première année, le jury met en lumière quatre manuscrits qui sont publiés : Pimprenelle et Mafouinette de Marcelle Vérité, Royaume des fleurs de Maurice Carême, Quatre du cours moyen de Léonce Bourliaguet, Olaf et Gertie d’Eillen Lombard.

      Avant la guerre, Marie Colmont pour Rossignol des neiges, Georges Nigremont pour Jeantou le maçon creusois et Colette Vivier pour La maison des petits bonheurs recevront ce prix. De 1945 à 1965, pendant 20 ans, les lauréats dont Alice Piguet, Léone Malher, René Guillot, Louis Delluc, Andrée Clair, Pierre Gamarra, May d’Alençon vont, pour la plupart, commencer une carrière dans la littérature pour la jeunesse. Le choix est varié : contes, romans d’aventures, historiques ou policiers, histoires d’enfants et d’animaux. Les grands sujets sont abordés comme le travail et le racisme.

      Dans les trois collections de fiction, Michel Bourrelier va publier surtout des œuvres d’écrivains français comme Renée Aurembou, Marianne Monestier, Marie Mauron et Charles Vildrac, mais aussi quelques traductions de romans étrangers, par exemple Charles Dickens (Les aventures de Mr Pickwick), Erich Kaestner (Petit point et ses amis), Alberto Manzi (Isa, fille de la forêt), Colin Sheperd (On demande une maman), etc.

      Pour la collection « La joie de connaitre », Michel Bourelllier fait appel à des spécialistes sérieux, qui savent vulgariser leurs connaissances et leurs expériences, aussi bien en sciences sociales, sciences pures et appliquées que dans le langage, les voyages et l’histoire. En voici quelques noms : René Clozier, Paul Coudère, Albert Dauzat, André Demaison, Robert Gessain, Henri Grimal, Luce Langevin, Pierre de Latil, André Leroi-Gourhan, Alfred Métraux, Pierre Valléry-Radot.

      A côté de son action pour le renouveau de la littérature de jeunesse, Michel Bourrelier s’est intéressé avec beaucoup de constance à la poésie. Il était un grand lecteur des poètes. Il a publié dans plusieurs collections, « Images premières », « Heures enchantées » , des recueils de poèmes et de comptines pour les jeunes dont Arc en fleurs, Pin Pon d’Or, La poèmeraie et La ronde extrait des Ballades de Paul Fort. Une collection « Recueils de chansons » complète cette action, ainsi que, pour le théâtre, une collection théatrale pour les jeunes où furent publiés de courtes pièces et des ouvrages sur le théâtre pour la jeunesse, les marionnettes, les décors, etc.

      Pour les bibliothécaires de jeunesse, deux livres importants sont sortis de cette maison d’édition : Beaux livres, belles histoires (1937) de Marguerite Gruny et Mathilde Leriche, On raconte (1956) de Mathilde Leriche.

      Michel Bourellier fut un propagandiste des méthodes actives dans l’enseignement du premier degré avec ses collections « Carnets de pédagogie moderne pour l’enseignement primaire », « Carnets de pédagogie pratique » « Carnets d’éducation physique et de sports ». Et, par la fondation et la publication de deux revues, « Méthodes actives », revue pratique de pédagogie pour l’enseignement du premier degré, et « L’école maternelle française » pour les écoles maternelles, classes enfantines, jardins d’enfants et cours préparatoire, il apporte aux instituteurs et éducateurs une aide indispensable pour leur combat dans le changement des enseignements.

      Il fut aussi un éditeur scolaire. Et, dans les manuels pour le primaire publiés par sa maison, il voulut offrir aux enfants l’envie d’aller plus loin dans toutes les disciplines. Il  proposa ainsi des livres de lecture courante avec un texte suivi comme les deux récits L’île rose et La colonie de Charles Vildrac. Il édita aussi du matériel scolaire comme « Images du beau » (cartes postales et tableaux), des jeux, etc.

      Pour faciliter la recherche aux enseignants, il installa, rue Saint-Placide, un Centre de Documentation Jeunesse où le public trouvait des ouvrages concernant l’enseignement, les bibliothèques d’enfants, l’éducation physique, le chant, les travaux manuels ainsi que matériel scolaire.

      Il ne faut pas oublier qu’il fut membre fondateur de l’Association pour le Développement de la Lecture Publique (ADLP) en 1937. Il fonda, en 1945, avec d’autres éditeurs l’association « Pour le livre », dont il fut le président en vue « d’étudier en commun les réformes à réaliser et les actions à mener auprès des pouvoirs publics, afin de faire triompher les idées nouvelles qui sont les leurs ».

      En 1963, les éditions Bourrelier fusionnent avec la librairie Armand Colin et continuent dans ce cadre leur action. Mais, hélas, les collections de littérature pour la jeunesse vont cesser. Le Prix Jeunesse sera repris, en 1968, par les Editions de l’Amitié, pour 4 ans.

      Paul Hazard disait de Michel Bourrelier et de leur première entrevue : « J’étais dans mon bureau, j’attendais un étudiant et ce fut un éditeur qui entra ». Et, pour moi qui l’ait connu plus tard, il était toujours un éditeur, mais la jeunesse, l’enthousiasme, la gentillesse, le goût des idées nouvelles et l’attention postée aux opinions des autres étaient toujours là. Je me souviens de son art pour faciliter le choix et aplanir les divergences, et sa participation à la gaieté du jury quelquefois dissipée après le travail.

( texte paru dans le n° 20 – 15 juin 1983 – du bulletin du CRILJ )

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En 1963, peu après la fusion des éditions Bourrelier avec la librairie Armand Colin, Michel Bourrelier rappelait : « Le Prix Jeunesse est l’ancêtre des prix de littérature pour les enfants. C’est en novembre 1933 que j’ai fait les premières démarches en vue de la constitution de son jury. J’ai obtenu l’accord enthousiaste d’écrivains, de bibliothécaires, d’éducateurs et aussi de poètes dès que je leur eus exposé mon projet. »