Griffon accueille Bernadette Després

par André Delobel

 » Bernadette Després ! Mais, je connais très bien ! Tu es chargé de l’éditorial ?

 – J’ai aussi coordonné le numéro.

 – Mazette ! Toi aussi, tu es tombé dans « Tom-Tom et Nana » quand tu étais petit ?

 – Grossière erreur de date ! Faut être précis quand on veut persiffler. Ma première rencontre avec Bernadette Després, c’est Nicole au quinzième étage, un album tout simple et fabuleux à la fois, paru à La Farandole. Et, en 1969, je ne suis plus vraiment un gamin…

 – Je croyais que tu allais me parler de Jeunes Années.

 – J’ai fouillé dans ma collection et – je n’invente pas – Bernadette a collaboré à Jeunes Années à la fin des années 60, surtout pour des jeux et des découpages. A peu près à la même période que Béatrice Tanaka.

 – Le monde est petit.

 – Et, à Jeunes Années, on savait faire confiance.

 – A La Farandole aussi, me semble-t-il…

 – Chez cet éditeur, avant le premier titre de la série des « Nicole », Bernadette avait publié Annie fait les courses. C’était en 1965 et je suis très content d’en avoir retouvé un exemplaire.

 – Quand Bernadette Desprès publie chez Bayard, tu continues à suivre ?

 L’album Les mots de Zaza, dont l’histoire parait initialement dans « Les Belles histoires de Pomme d’Api » en 1976, est quand même devenu une sorte de best-seller.

 – Tu ne t’es pas abonné à J’aime lire, tout de même ?

 – Pas la peine. En Tunisie, mes élèves me prêtaient. Des « cours préparatoire » qui apprenaient à lire ! Le petit roman que publiait le magazine ne les intéressait pas, mais ils se faisaient lire l’épisode mensuel de « Tom-Tom et Nana » par un plus grand qu’eux, pour le relire ensuite eux-mêmes, à leur façon.

 – Allez, tu brûles d’envie de raconter le moment où tu rentres en France…

 – Je rencontre assez vite Bernadette Després, lors d’une séance de dédicaces organisée par la Coopérative du livre à Orléans. Sur le « Nicole » que je me fais signer, l’illustratrice m’attribue le prénom Arnold. A cause d’Arnold Lobel.

 – Très drôle !

 – J’ai appris un peu plus tard que le quartier que Nicole admire de son quinzième étage est précisément le quartier gare d’Orléans et qu’Andrée Clair, auteur de l’album, avait demandé à Bernadette de gommer l’église qu’elle avait placée dans son dessin…

 – Et ensuite ?

 – Bernadette Després a suivi de près l’aventure de « Lire à belles dents » dans La République du Centre et elle nous a offert quelques belles illustrations. Je suis aussi allé plusieurs fois chez elle, dans le Gâtinais.

 – A Givraines ?

 – A Givraines. A une dizaine de kilomètres de mon premier poste d’instituteur, avant même la Tunisie.

 – Le monde est petit.

 – Tu l’as déjà dit.

 – Continue.

 – Une visite chez Bernadette et Denis, c’est, à chaque fois, la certitude de découvertes nouvelles. Si Denis ne manque jamais de montrer et de commenter son univers art brut, Bernadette possède de passionnantes archives et elle n’aime rien tant que de sortir de ses cachettes secrètes les preuves de ce qu’elle explique généreusement, en réponse à nos curiosités. Elle est aussi collectionneuse et possède un bel ensemble d’ouvrages pour la jeunesse.

 – La dernière fois que tu as rencontré Bernadette ?

 – C’était à Blois, à l’automne dernier, à l’occasion d’une exposition finement conçue. Il y a un article que explique dans ce numéro de Griffon.

 – Je vais lire. Plus rien à dire sur toi-même ?

 – Si tu insistes, je peux trouver.

 – Je préfère apprendre sur Bernadette Després. Merci et à une autre fois. »

 ( Griffon  n° 237 – mai-juin 2013 – Bernadette Després )

Maître-formateur récemment retraité, André Delobel est, depuis presque trente ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national.

Epatants découpages

 par André Delobel

   – C’est toi qui es chargé de l’éditorial ?

    – Ben oui.

    – Ça va pas être triste.

    – Pardon ?

    – Tu parles toujours de toi quand tu fais un éditorial.

    – Faut pas ?

    – Parle de Béatrice Tanaka.

    – C’était à la fin des années soixante. Jeune instituteur en Tunisie, j’avais abonné ma classe à Jeunes Années et…

    – Béatrice, s’il te plait.

   – Dans le numéro 2 d’octobre 1969, il y a avait un conte vietnamien, Un nom pour un chaton, raconté par Béatrice Tanaka et illustré par elle de curieux découpages multicolores. Il était accompagné d’un judicieux « jouet animé », en papier bien sûr. Les découpages m’épataient et épataient aussi mes élèves, pas contrariants pour deux sous.

   – Et après ?

   – Après, on s’est amusé avec les enfants à repérer, dans les numéros suivants, s’il y avait d’autres découpages de Béatrice Tanaka. Cela a duré plusieurs années. A cause de moi, bien sûr. On a aussi essayé, pluseurs fois, de faire pareil. Résultats catastrophiques.

   – Après ?

   – J’ai acheté La Fille du Grand Serpent, Maya, La Montagne aux trois questions et je me suis aperçu que Béatrice Tanaka ne faisait pas que manier les ciseaux. Puis, il y a eu 1982.

   – Tu veux dire 1981 ?

   – Pas de politique. Je parle bien de 82, l’année où Le Tonneau enchanté est publié à La Farandole. Un pur régal.

   – Découpages ?

   – Découpages. Et puis un noir et rouge de toute beauté. Ensuite, je me suis procuré régulièrement les albums paraissant chez Vif Argent et je me suis, peu à peu, débarrassé de ma fixation.

   – Tu as résilié ton abonnement à Jeunes Années ?

   – N’importe quoi ! Et dis-toi qu’il y avait aussi Eclats de Lire et Gullivore

   – C’est beau la fidélité.

   – Je n’ai connu que bien plus tard les illustrations des contes africains publiés chez Présence Africaine. Un noir et blanc modeste, immédiatement parlant.

   – Tu n’a pas cherché à en savoir plus sur Béatrice ?

   – De retour en France, grâce au CRILJ, la rencontre était certainement envisageable. Elle ne s’est pas faite. En 1990, travaillant avec mes élèves Le Tonneau enchanté

   – Encore ce tonneau !

   – Travaillant cet album pour en parler dans La République du Centre, j’ai cherché à en savoir un peu plus sur Béatrice Tanaka et nous lui avons écrit.

   – Et, bien sûr, elle a répondu …

   – J’ai aussi rédigé, pour le journal, une courte biographie. Ça t’intéresse ? Tiens, je lis : « Béatrice Tanaka est né en 1932 à Cernaiti, ville moldave qui fut austro-hongroise avant d’être roumaine puis russe. Petite fille, elle voyage, bien malgré elle, vers la Turquie, la Palestine et l’Italie. Elle émigre au Brésil, enseigne le français et l’anglais, aspire à devenir comédienne, s’installe en France, fait des études de scénographie, crée des costumes de théâtre, écrit des pièces pour enfants, devient l’élève de l’affichiste Paul Colin, collabore à plusieurs revues pour enfants, publie chez divers éditeurs (La Farandole, Vif Argent, La Noria, l’Ecole des Loisirs, Bayard Presse, Magnard) des livres dont elle est le plus souvent l’auteur-illustrateur, parfois seulement l’illustrateur, quelquefois le traducteur. »

   – Dis donc, t’as vu …

    – T’as vu quoi ?

   – T’as réussi à ne pas parler de toi pendant plus de cent mots.

   – Pas fait exprès.

    – Dis …

   – Quoi ?

   – Tu me prêtes Le Tonneau enchanté ?

( Griffon  n° 226 – mars-avril 2011 – Béatrice Tanaka )

   béatrice tanaka

Maître-formateur récemment retraité, André Delobel est, depuis presque trente ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national.