Robert Badinter aussi pour les enfants

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Robert Badinter, auteur de livres pour enfants ?

    Cet homme de convictions a su, grâce à sa présence, son verbe, sa ténacité et un travail acharné, imposer et transmettre ses valeurs.

    Il n’a pas négligé les enfants, en préfaçant à leur intention Le livre des droits de l’Homme (Gallimard jeunesse, 2015) et en incitant Jacqueline Duhême à illustrer, avec ses images explicites et séduisantes, ce texte qu’il qualifiait de « message de foi dans l’humanité et d’amour des êtres vivants ». (1)

    Il nous a quittés le 9 février 2024, jour anniversaire d’une triste rafle qui lui a enlevée son père mais il a su faire revivre sa grand-mère maternelle dans un récit de la vie de celle-ci, Idiss, chez Fayard, en 2018. Il adaptera ce texte en bande dessinée, en gardant le même titre, avec Richard Malka pour le scénario et Fred Bernard pour les illustrations, (Rue de Sèvres, 2021). Robert Badinter dit de ce texte :  » J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l’Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d’une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d’amour de son petit-fils. »

    C’est donc aussi comme homme de culture très attentif à l’enfance que Robert Badinter devrait entrer prochainement au Panthéon, comme l’a annoncé le Président de la République lors de l’hommage national qui lui a été rendu le 14 février 2024.

par Françoise Lagarde – février 2024

(1) lire aussi, ici, sur ce site, un ensemble de textes à propos de l’adaptation théâtrale du livre, en 2016, par la compagnie Petit Théâtre Pilat.

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États généraux de la littérature de jeunesse

 

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Les États généraux de la littérature de jeunesse du lundi 5 octobre 2020 étaient organisée par La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou.

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Et elles ne vécurent plus lésées jusqu’à la fin des temps… 

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Cette journée avait été précédée par la mise à disposition, en ligne, de vidéos présentant des témoignages d’autrices et d’illustratrices réalisées pour alerter sur les différences femmes/hommes dans leur métier. Ces interviews donnaient la parole à cinq autrices (Sophie Adriansen, Clémentine Beauvais, Moka, Laura Nsafou et Cécile Roumiguière) et à trois autrices-illustratrices (Loren Capelli, Malika Doray et Marie Spénale).

    Ce sont  Lucie Kosmala et Léa Bordier qui, en coordination avec la Charte, ont produit ces cinq vidéos. Cinq thèmes y sont traités : les débuts, les difficultés, les enfants, la sensibilité féminine. l »engagement et l’avenir. Il sera, au cours de la journée,  fréquemment fait référence aux propos tenus dans ces vidéos.

    Dans l’amphithéâtre de la BPI où sont accueillis les participants, on respecte les obligations sanitaires de distanciation : un siège sur deux occupé, des participants masqués ainsi que tous les intervenants, jusqu’à leur montée sur l’estrade au moment de leur intervention.

. Hélène Vignal et Jo Witek

    Hélène Vignal, co-présidente de la Charte, ouvre les travaux de la journée. Elle rappelle que l’Observatoire de l’égalité du ministère de la Culture alerte sur des différences de revenus notoires entre les auteurs et les autrices : moins 26% pour les autrices affiliées à l’AGESSA et moins 22% pour celles relevant de la maison des artistes. Au-delà de ce constat, cette inégalité se retrouve dans de nombreux domaines touchant à la vie professionnelle et parfois aussi personnelle des autrices, il est donc nécessaire pour améliorer l’inégalité entre femmes et hommes d’identifier les situations où elle se manifeste et d’analyser les freins à une amélioration.

    Jo Witek, grand témoin, prononce le discours d’ouverture. Elle revendique une position féministe et inscrit délibérément ses propos sous l’égide des travaux de Michelle Perrot. Elle replace la réflexion de cette journée dans la longue et lente progression des femmes sur le chemin de l’égalité. En 1789? les femmes n’étaient présentes que par le détournement et la séduction. Même les défricheuses étaient empêchées ». Elle cite, exemples à l’appui choisis dans leur vie de femmes de lettres, Wirginia Woolf, Simone de Beauvoir, Elsa Triolet. Elle s’interroge aussi sur la manière de faire émerger l’implicite d’une culture mâle, patriarcale pour aboutir à une société du partage et de l’égalité.

    Plusieurs intervenantes n’ont pas pu se déplacer pour des raisons liées à l’épidémie et elles ont enregistré leur intervention, diffusée en séquence(s) vidéo, des incrustations permettant de bénéficier à la fois de l’exposé de la conférencière et du diaporama qu’elle utilise en appui.

. Doriane Montmasson

     Ce sera le cas de Doriane Montmasson, maitresse de conférences en sociologie de l’éducation, à l’INPE de l’académie de Paris. Elle interroge le rôle joué par les stéréotypes de genre véhiculés par les récits et les représentations de la littérature de jeunesse. Cette dernière tendrait-elle à entretenir une vision genrée de la place des hommes et des femmes dans la société ? Elle a mené une étude sur la réception des stéréotypes par les enfants et propose des premières réponses.

    Elle se réfère aux recherches des années 1990 qui ont mis en lumière l’existence de stéréotypes de sexe dans les livres destinés aux enfants et qui ont supposé que ces « modèles » étaient déterminants pour leur construction identitaire. Elle note que si le nombre des ouvrages présentant une vision stéréotypique du masculin et du féminin restent important, ils sont de plus en plus nombreux à proposer une vision moins ou peu explicite des normes de genre. Elle insiste sur la nécessité de compléter l’étude du contenu des albums par une étude de réception, pour analyser comment les jeunes lecteurs et lectrices s’approprient les  » modèles  » proposés par la littérature.

    Une des recherches de Doriane Montmasson a porté sur un ensemble de 150 livres, des années 1950 à 2012 (pas d’information fournie sur le corpus, les quelques exemples de pages présentées ne faisant pas référence à des œuvres de littérature identifiables) proposé à une centaine d’enfants (G/F) de 5 à 8 ans. La recherche a mis en évidence :

– que la socialisation familiale tient une place prépondérante, pour les plus jeunes, en matière de genre. Ils ne relèvent pas l’existence d’organisations familiales dissemblables, ils sont même portés à modifier le sens de certains ouvrages afin qu’ils correspondent à leur propre représentation du masculin et du féminin. On peut dire qu’ « à cet âge, les livres ne sont pas responsables de tout et n’ont pas à eux seuls le pouvoir de tout changer. »

 – que la réception d’ouvrages par des enfants plus âgés montre que la littérature tend à prendre une place plus importante dans la construction identitaire des filles et des garçons.

     Doriane Montmasson estime important de réaffirmer :

– qu’il est primordial qu’une offre de livres proposant des normes de genre moins stéréotypées continue de se développer ;

– qu’il « est essentiel que l’utilisation de ces livres fasse l’objet d’un étayage permettant aux enfants de s’inscrire dans une posture réflexive. »

. Anne-Sophie Métais

     Anne-Sophie Métais, chargée de mission auprès de la direction du Centre national du livre, présente un point d’étape d’une étude du CNL portant sur l’économie de la filière du livre de jeunesse. Elle centrera son intervention sur le volet consacré aux auteur-trice(s), cette étude en comportant deux autres consacrés aux éditeur-trice(s) et aux libraires.

    Cette étude inclut une enquête conduite par le CNL à partir de la base Électre, soit 11 000 auteurs identifiés dont près de 75% sont des autrices (autrices pour le texte : 60% ; pour le texte et les illustrations : 65% ; traductrices : 68%). Elle porte sur cinq segments de l’édition : éveil et petite enfance, albums, documentaires, romans 8/12 ans, romans plus de 13 ans et jeunes adultes, la bande dessinée en ayant été exclue. Sur 1641 auteurs touchés, 435 ont renseigné le questionnaire.

    L’enquête interroge, au-delà des revenus générés par les œuvres pour la jeunesse, ceux issus des publications réalisées à destination d’un public hors du secteur jeunesse et des activités connexes.

    Concernant le pourcentage des aides accordées à des auteurs et à des autrices, la représentante du CNL indique que ce dernier reçoit les demandes et ne les suscite pas. Hélène Vignal insiste sur l’importance, même dans ces conditions, de garder en tête le principe d’égalité.

. Table ronde 

     Hélène Rajcak (autrice-illustratrice), Martin Page (auteur-éditeur) et Coline Pierré (autrice-éditrice), ensemble ou séparément, Roxane Edouard (agente littéraire), en visio-conférence depuis Londres, sont invités à témoigner de leurs expériences et à échanger à propos de leurs initiatives autour de la question : la considération des autrices est-elle la seule clé de l’égalité en littérature de jeunesse ?  Modératrice : Hélène Vignal

     Concernant la différence de rémunération entre les auteurs/autrices de littérature générale et de littérature de jeunesse, une des réponses fallacieuses apportée a été le coût de l’album par rapport au roman, alors que ce c’est en fait une dévalorisation de la littérature de jeunesse et de ses auteurs-trices.

    Les participants à la table ronde tombent d’accord sur le fait qu’il entre une part d’affectivité dans les échanges auteurs/éditeurs. On accueille un auteur, une autrice, mais aussi une situation financière corollaire La faible place des agents et agentes littéraires en France tend à renforcer cet état de fait.

    Des pastilles-vidéo donnent, à divers moments, la parole à Roxane Édouard, ce qui permet à travers de ses propos de préciser la représentation, assez floue, de ce que peut être le rôle d’un ou d’une agent-e littéraire dans la gestion financières et juridiques des intérêts des autrices et auteurs dont elle administre la carrière. La place des agents et agentes est plus affirmée dans les pays anglo-saxons, en Espagne et en Italie qu’en France.

    Roxane Édouard ouvre aussi le champ des différences à prendre en compte à ceux des inégalités de race ou du handicap. Elle confirme que les négociations d’une agente ne portent pas que sur les rémunérations, d’autres composantes interviennent aussi : les enfants, les vacances…

    Martin Page précise qu’il s’est interrogé sur sa participation à la table-ronde : un homme peut-il défendre les femmes à la place des femmes ? Il ajoute qu’il trouve le secteur de la littérature de jeunesse plus agréable, plus ouvert, plus attentif que le secteur de la littérature générale, sur divers registres : l’égalité F/H mais aussi par exemple le « livre durable » face au pilonnage. Avec Coline Pierré, ils utilisent beaucoup les réseaux sociaux pour montrer le quotidien, comme ils le font aussi dans avec leur maison d’édition Monstrograph et avec des titres comme Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ?

     Hélène Rajcak insiste sur le fait que les autrices sont aussi légitimes que les auteurs, mais qu’il faut du courage pour « négocier » un contrat lorsqu’on est une femme. Autrice-illustratrice de documentaires à composantes scientifiques, elle est aussi très attentive à la réception par les enfants, aux différences filles/garçons et à la médiation qui accompagne la lecture.

    Une question de la salle porte sur le pourcentage d’éditrices dans la littérature pour la jeunesse et ce que cela peut modifier dans les relations, éditrices/autrices.

    Hélène Vignal souhaite interroger un représentant du Syndicat national de l’édition (SNE) sur ce point, mais aucun n’est présent dans la salle. Martin Page estime que les éditrices travaillent mieux que les éditeurs, dans le secteur adulte comme en jeunesse.

    Un témoignage dans la salle met en lumière la méconnaissance du public sur les différentes professions de la chaine du livre. Les participants de la table-ronde font remarquer que la littérature de jeunesse n’est pas ou peu représentée dans les médias généralistes.

    De la salle, Samantha Bailly, co-présidente de La Charte, conclut qu’il est nécessaire de faire reconnaitre qu’être un auteur ou une autrice, c’est un métier.

. En guise de conclusion

    Cette matinée a été très riche, abordant des sujets variés sur la question de l’égalité entre les auteurs et les autrices, avec conviction mais sans dogmatisme. Les intervenants ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, de positions nuancées, de perspectives originales et courageuses. Vives regrets de devoir quitter les travaux en milieu de journée….

    Un petit tour effectué, le soir, sur le compte Facebook de La Charte a permis de retenir un extrait du discours de clôture de Jo Witek, grand témoin, bien dans la tonalité de cette journée .

« La littérature jeunesse comme toute littérature doit aussi déranger, surprendre, garder sa liberté de ton, son insolence et donner à voir l’état du monde tel qu’il est. Parfois, un personnage de père machiste et alcoolique fera beaucoup plus réfléchir un ado, qu’un papa féministe et écolo. L’important n’est pas tant de coller aux nouveaux archétypes, aux nouvelles représentations, que d’écrire avec sincérité, là où on en est. Avoir cette honnêteté-intellectuelle là. Et en ce moment, à voir le nombre de romans qui mettent des filles à l’honneur, par rapport à la réalité de l’égalité filles-garçons dans nos sociétés, on peut s’interroger sur cette honnêteté. »

par Françoise Lagarde – octobre 2020

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Françoise Lagarde, formatrice dans le premier degré, est devenue ingénieur d’études au ministère de l’Éducation nationale où elle fut chargée, jusqu’en 2013, des dossiers relatifs au livre et à la lecture en tant qu’adjointe au chef de bureau des écoles à la direction générale de l’enseignement scolaire ; elle a assuré la mise en œuvre de l’opération Des livres pour les écoles et des plans de développement des BCD, coordonné l’élaboration et la production du répertoire 1001 livres pour l’école (1997), contribué à la mise en place des sélections d’ouvrages de littérature pour les trois cycles de l’école primaire, collaboré au Guide de la coopération bibliothèque-école (CRDP de Créteil, 1986) et à la mise en ligne sur le site ministériel Éduscol de ressources pour faire la classe ; elle est l’actuelle présidente du CRILJ.

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POUR ALLER PLUS LOIN

  • Le programme et la présentation des intervenants :

https://drive.infomaniak.com/app/share/118494/41ac10d4-dc3c-4136-9bbf-baee7a2f3040/preview/pdf/54596

  • Les interviews vidéo :

. les débuts :   https://www.youtube.com/watch?v=YsXSNPFRSo8

. les difficultés :   https://www.youtube.com/watch?v=-HSyeg-0B-I

. la sensibilité féminine :   https://www.youtube.com/watch?v=-zk_yw1Z8w0

. les enfants :   https://www.youtube.com/watch?v=z-WhMdi536A

. l’engagement et l’avenir :   https://www.youtube.com/watch?v=Y-4luCd6sn8

  • L’intégrale de la séance du matin :

https://www.youtube.com/watch?v=J5_quVogoOw

  • L’intégrale de la séance de l’après-midi  :

https://www.youtube.com/watch?v=i6DNzUL_3sg

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Philippe UG à Moulins

 

Les pop-up de Philippe Hug, c’est rock and roll

« Philippe UG, qui expose ses pop-up à la salle des fêtes de Moulins, a mené une visite-rencontre-punchy, hier, à laquelle une trentaine de personnes ont participé. L’homme a entrepris de déconstruire l’image de « Bohème rêveuse bouts de ficelle » qu’on pourrait avoir du métier d’illustrateur. Après cette visite, on imagine bien plus un travail devant un ordinateur, des coups de fil à des usines et des petites mains qui assemblent les pièces de papier à la main en Chine. Car là est bien la réalité de la production du livre, notamment du pop-up, qui est semi-industrialisée. « Pour arriver à une telle finesse de réalisation, il faut des machines ! » Comment Philippe UG crée-t-il donc ses livres ? « Je travaille essentiellement à l’ordinateur, après avoir créé une « maquette sale » faite avec tout ce que je trouve, pour faire un brouillon rapide. Il faut que la main arrive à suivre la cervelle ! Je travaille ensuite avec un logiciel vectoriel. Avec cet outil, je peux tout faire, par exemple, l’œil d’un oiseau, ses plumes, son bec ». La maquette créée par l’artiste est ensuite améliorée par un ingénieur papier (pour le cas de Philippe UG, c’est lui-même, sinon, c’est souvent un certain Bernard Duisit), avant d’être envoyée à l’éditeur et à l’imprimeur. « C’est là que les problèmes commencent. Car c’est trop gros, et du coup, c’est trop cher. Il faut que le livre soit ensuite vendu moins de 20,00 euros. On coupe, on réduit et on glisse des dessins à la place des découpages de papier en trop. On vous l’avait dit : ça casse le mythe. »

( par Marjorie Ansion – La Montagne – 1ier octobre 2017 )

 

(photographies : Françoise Lagarde et André Delobel)

 

Né en 1958, Philippe Huger dit UG, diplômé de l’École d’arts appliqués Duperré, est graphiste, illustrateur, sérigraphe, imprimeur, professeur de dessin, dessinateur de presse, ingénieur papier et éditeur. C’est en réalisant des décors pour Les Galeries Lafayette qu’il songea à passer de l’illustration proprement dite à la réalisation de pop-up. C’est ainsi que, reconnu désormais pour ses livres animés destinés à la jeunesse, principalement publiés aux éditions Les Grandes Personnes – Drôle d’oiseau (2011), Big Bang Pop (2012) Les robots n’aiment pas l’eau (2013), Le jardin des papillons et Vasarely (2014), Les Shadoks et Lutins des Bois (2015), La princesse Flore et son poney et Tout au fond (2016),  Corolles (à paraitre fin 2018) – Philip UG fut, dès les années 1990, précurseur dans le pop-up d’artiste artisanal en sérigraphie, très apprécié des collectionneurs. Selon Le Figaroscope, Philippe UG « puise ses sources d’inspiration dans la BD alternative, la culture rock, le jeu vidéo, les robots. Les influences d’UG sont à chercher du côté de la mouvance underground. Ses pop-up reflètent, par leur thématique et le traitement de l’image, les atmosphères urbaines et un univers résolument contemporain. » Philippe UG expose très souvent ses pop-ups géants, ses maquettes, ses jouets de papier et ses décors. « Je suis le seul créateur de livres animés à réaliser des expositions. Des auteurs de livres pop-up, il y en a d’autres mais qui restent dans le format livre. Moi, je fais des grands formats notamment parce que j’ai fait du pop-up pour des décors. Donc on a fait souvent appel à moi. »

 

 

 

Albertine à Moulins

 

 

 

Une illustratrice croque les Moulinois

« Sacha et Emma regardent d’un air attentif la longue fresque de 7,50 mètres à l’Hôtel de ville. Ces deux pitchounes ont compris, quelques secondes plus tard, que leur propre portrait se dessinait au fur et à mesure sur la fresque, devant leurs yeux curieux et émerveillés. Munie de trois feutres, l’artiste suisse Albertine a réalisé une fresque de Moulinois. Peu de temps lui ont suffi pour représenter, fidèlement, les attitudes des passants. « Les traits rouge et bleu représentent ce que j’observe et ce que les personnes me confient. C’est souvent très court, comme : « J’ai 8 ans » ou « Je suis professeur de mathématiques ». Quant au stylo noir, il représente mon imaginaire. Par exemple, à côté d’un monsieur, j’ai dessiné une Vénus ». Impossible pour les passants de ne pas s’arrêter regarder les mystérieux personnages représentés, allant de « Monsieur Inconnu » à l’érudit moulinois André Recoules, qui ont eu, eux aussi, la curiosité de s’arrêter devant cette imposante fresque en papier, avant de s’y retrouver dessiné. »

( par Marjorie Ansion – La Montagne – 1ier octobre 2017 )

( photographies : André Delobel et Françoise Lagarde )

 

Albertine est née en 1967 à Dardagny en Suisse. Elle a suivi les cours de l’Ecole des Arts décoratifs de Genève et ceux de l’Ecole supérieure d’Art Visuel de Genève. En 1990, elle commence ses activités professionnelles et artistiques (sérigraphie, illustration) et, en 1991, travaille en tant qu’illustratrice de presse (L’Hebdo, Le nouveau Quotidien, Femina, Bilan, etc). Elle dessine, selon les jours, avec un Rotring, une plume à bec, des mélanges de couleurs sur une assiette blanche. Elle dessine sur des grandes feuilles ou dans des petits carnets. Elle dessine, c’est une nécessité. Elle aime la solitude, les comédies musicales des années 1950, Saul Steinberg, les fringues particulières, la beauté de Mary Pickford, les visites des musées et des cimetières. « Le dessin est un champ d’expérimentation inépuisable. Ainsi, un dessin ne doit jamais ressembler aux précédents, il s’efforce cependant de tous les contenir. » Depuis 1996, elle enseigne l’illustration et la sérigraphie à la Haute Ecole d’art et de design à Genève. Elle aime collaborer avec l’auteur Germano Zullo avec qui elle a reçu le Prix Sorcières 2011 pour Les oiseaux. « Ensemble, nous faisons un jeu sérieux. Le jeu de raconter des histoires. » Autres prix : la Pomme d’Or de Bratislava 1999 pour Marta et la bicyclette, le Prix jeunesse et médias 2009 pour La Rumeur de Venise, le New-York Times Best Award, en 2012, à nouveau pour Les oiseaux, et le prix Bologna ragazzi de la foire internationale du livre de Bologne pour Mon tout petit. « Je suis de plus en plus dans l’autocensure. Le durcissement moral de la société actuelle parvient à prendre possession de ma conscience, et je me pose des questions que je ne me posais pas il y a dix ans. Suis-je libre de montrer cela ? Quel est mon intérêt à le faire ? On en vient à anticiper les craintes et les fantasmes des autres, et il n’y a rien de pire. On pense que le dessin est quelque chose de simple, d’aléatoire, alors que c’est une réflexion, un regard, dix brouillons, trois propositions, deux retouches. C’est douze heures par jour à se bousiller le dos, un engagement total du corps et de la conscience. Il faut se bagarrer pour cette liberté de l’image, pour qu’un dessin puisse continuer d’être perçu par le plus de gens possible, qui peuvent l’interpréter comme ils veulent. Je crois à la multitude des lectures. »

 

 

 

 

Sur le chemin de l’école des loisirs

par Françoise Lagarde

     Une journée d’étude Sur le chemin de l’école des loisirs : 50 ans de création pour la jeunesse a été organisée, le mercredi 9 décembre 2015, sur le site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BnF) à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’école des loisirs, par le Département Littérature et art-Centre national de la littérature pour la Jeunesse de la BnF, en partenariat avec l’éditeur. Elle a permis d’interroger la politique éditoriale de cette maison qui s’est fait une place importante et particulière dans le paysage de l’édition pour la jeunesse avec ceux qui en sont les acteurs. En paroles et en images, au passé, au présent, au futur, avec ses fondateurs, grands témoins, auteurs et créateurs.

 Belle après-midi qui se déroule dans la salle du Belvédère, au dix-huitième étage de la Tour des Lois, l’un des quatre « livres ouverts » qui encadrent l’espace de la BnF.

– Ouverture par Louis Delas, Directeur général de l’école des loisirs et par Sylviane Tarsot-Gillery, Directrice générale de la Bibliothèque nationale de France :

    Louis Delas insiste sur la mission que s’est donnée sa maison, au-delà d’une profession, pour faciliter l’accès à la lecture. Le travail éditorial place les auteurs au centre du projet, pour fournir aux enfants, êtres en devenir, les clés de leurs joies et de leurs craintes, aux travers des métaphores véhiculées par les livres et leur offrir des ouvertures sur le monde.

    L’émotion soulevée par les attentats du 13 novembre 2015 sera sous-jacente à de nombreux échanges et la place de la formation de la personne et de la construction d’une conscience citoyenne se retrouveront perceptibles en arrière-plan des discours tenus par la majorité des intervenants.

– Témoignage d’Anne-Marie Chartier, agrégée de philosophie et docteur en sciences de l’éducation, longtemps enseignant-chercheur et maître de conférences au Service d’histoire de l’éducation de l’INRP :

    Anne-Marie Chartier explique ne pas être envahie par l’émotion de la mémoire face aux 50 ans de cette maison, car si elle connaissait bien les livres de L’école des loisirs, largement présents autour d’elle dans les écoles, elle n’avait pas eu besoin d’en connaitre l’éditeur ! Elle dresse ensuite un rapide panorama en échos, entre développement des conditions de la lecture scolaire et développement de l’offre éditoriale pour la jeunesse. Elle évoque Ferdinand Buisson, le style franciscain des créations de Paul Faucher déclarant que « l’image parle directement à l’intelligence et à la sensibilité », la volonté de l’école des loisirs de s’inscrire dans cet héritage et de faire « aussi bien que le Père-Castor » mais l’on sait bien que « pour que tout soit pareil, il faut que tout change » ; elle liste ensuite les avancées d’après mai 1968, ces années ouvrent une période faste pour la richesse éditoriale, notamment avec la loi Lang sur le prix unique du livre, une commission jeunesse au CNL, la création de l’association ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations) et de Livres jeunes aujourd’hui, l’ouverture, à Paris, de la librairie jeunesse, Chantelivre, les instructions officielles de 2002 qui introduisent la littérature dans les programmes de l’école primaires… Elle note enfin que les attentats récents et le score du Front national aux récentes élections régionales rendent plus inquiets sur la période à venir.

    Anne-Marie Chartier introduit parmi les louanges adressées à l’éditeur un peu de « poil à gratter » en constatant la mise en place d’une « culture de l’entre-soi » installant une connivence entre auteurs, éditeurs, lecteurs. Ceci la conduit à s’interroger, à partir de recherches universitaires comme celles de Stéphane Bonnery, sur les implicites, les références, les modes de narration présents dans de nombreux ouvrages et qui constituent, pour certains enfants de milieux populaires, des obstacles de nature à freiner leur accès à la compréhension de ces albums. Pour lutter contre cette complicité discrète de « l’entre-soi », elle préconise de développer des interactions avec des adultes compétents, des médiateurs et des enseignants formés, attentifs à l’importance des pratiques de lecture mises ne œuvre.

Dialogue subtilement mené par Anne-Laure Cognet, spécialiste en littérature de jeunesse, avec Arthur Hubschmid, Directeur éditorial de l’école des loisirs :

    Anne-Laure Cognet qui réussit à dépasser à la fois un repli bougon du directeur général éditorial peu disposé à parler de lui et une description de son travail à l’école des loisirs que les nombreuses interviews données au fil de cette année pourraient rendre un peu formatées. Elle amène habilement son interlocuteur à parler de son cheminement personnel avec des retours sur des étapes connues et des questions révélant des événements inédits ou des facettes nouvelles. Un peu réticent au départ, Arthur Hubschmid se détend rapidement pour évoquer son travail, en exposer les axes privilégiés et les étapes principales…

    Il ressort de ces échanges la primauté à donner à la constitution d’un catalogue soit en achetant les  droits de livres déjà édités « ce qui est plus facile », soit en éditant de nouveaux ouvrages « ce qui est plus amusant » ; une grande attention portée aux auteurs, en leur accordant la possibilité de faire des gammes sans rencontrer immédiatement le succès ; le fait de ne jamais oublier que ce sont les enfants qui sont les destinataires des œuvres ce qui conditionne la place prépondérante tenue par le personnage qui « même loser doit s’avérer leader » et l’histoire racontée ; l’importance accordée par un ancien « ouvrier du livre » à la typographie, à la forme externe de l’ouvrage qui concourent à la séduction exercée par le livre mais ne doivent se remarquer. Anne-Laure Cognet conclut le dialogue : « Vous n’attirez pas l’attention pour que les livres soient plus visibles. »

– Echanges en deux temps « Autour des romans » avec Shaïne Cassim qui questionne Geneviève Brisac sur son parcours d’éditrice puis avec une table-ronde orchestrée par Geneviève Brisac avec Shaïne Cassim, Xavier-Laurent Petit  et Florence Seyvos :

     Shaïne Cassim met en évidence le rôle d’ « éditrice-passeur » qui est celui de Geneviève Brisac, le travail d’équipe, au sein d’un « cabinet de créations », qui lui permet de découvrir, faire circuler des textes, échanger à leur propos. Elle affirme qu’il ne faut pas rester seule devant le texte.

    Elle aborde ensuite la question de l’auteur, la manière dont Geneviève Brisac, éditeur, se comporte face à lui. Geneviève Brisac développe une attention minutieuse à la voix littéraire de l’auteur et porte un regard analytique sur les motifs et les figures du roman, sa composition, ses possibles développements. Elle évoque un travail à la fois concret et insaisissable qui comporte une grande subjectivité pour  » se glisser vers l’imaginaire d’un auteur » ; elle cite Odilon Redon « rien ne se fait en art sans une relation directe à l’inconscient. »

    Elle évoque aussi une possible injonction paradoxale à laquelle pourrait être confrontée Geneviève Brisac en tant qu’écrivain-éditeur : « Avoir envie d’éditer un livre, explique cette dernière, ça se construit pour moi contre certains savoirs, ça relève du jeu, de la révolte, cela garde un lien avec « la matière de notre enfance », comme dit César Pavese. »

   Geneviève Brisac présente brièvement les trois auteurs participant à la table-ronde, Shaïne Cassim, Xavier-Laurent Petit et Florence Seyvos, en insistant sur la diversité de leur parcours et la nécessité de se construire une représentation de ce qu’est un « livre pour enfant ». Elle leur donnera largement la parole pour qu’il exprime chacun ce qu’ils mettent sous l’expression engageant conjointement les trois termes « littérature contemporaine pour la jeunesse ».

Table-ronde « Autour des albums » animée par Sophie Van der Linden, spécialiste de l’album, avec les ilustrateurs Adrien Albert, Chen Jiang Hong et Yvan Pommaux :

     Sophie Van der Linden débute cette table ronde par une présentation érudite de la biographie, du travail et des ouvrages des auteurs présents à la table mais sans installer d’échanges avec eux, son intervention aboutissant, de fait, à une confiscation de la parole qu’ils se sont réappropriée avec verve et brio pour rendre compte eux même de leurs œuvres, de leur travail, de leur relation à la création et à leurs jeunes lecteurs, individuellement ou dans le cadre de projets de lecture en classe, en bibliothèque… Tous les trois se racontent en échos, mêlant simplicité et humour, avec un posant un regard réflexif sur leur œuvre et manifestant une grande attention aux enfants, Adrien Albert constate qu’ « On s’échine à expliquer ce qu’on s’est appliqué à rendre simple dans le livre « , Yvan Pommaux dit de son travail » : On essaye de le faire sérieusement sans se prendre au sérieux ».

    Chen Jiang Hong conclut en rendant un hommage appuyé à l’accueil que lui a réservé la France à son arrivée de Chine, après une enfance pendant la Révolution culturelle qu’il a racontée dans Mao et moi et il adresse de vifs remerciements à son éditeur, l’école des loisirs, pour la confiance qu’il lui a témoignée et les conditions de travail extrêmement favorables à la création qui lui sont faites. Il donne libre cours à son émotion qui gagne l’assistance, certaines situations évoquées renvoyant implicitement à d’autres, très contemporaines.

   L’intermède filmé annoncé est consacré à la projection de l’enregistrement réalisé lors de la peinture en direct d’une fresque sur une paroi de verre, par Chen Jiang Hong, à l’occasion du vernissage de l’exposition Une histoire, encore ! 50 ans de création à l’école des loisirs, le 30 septembre 2015, au musée des Arts décoratifs.

    La conclusion est assurée par Michel Defourny qui affirme « Les livres c’est comme le lait, on en a tous besoin pour grandir ». Il dresse avec beaucoup de délicatesse et d’érudition un panthéon des auteurs de l’école des loisirs à partir des témoignages figurant dans Lire est le propre de l’homme, édité en 2011, par cette maison. Il rend hommage à cet éditeur qui « privilégie la lecture buissonnière à la lecture ferroviaire », l’éducation ainsi reçue conduisant ainsi les enfants vers la liberté et la démocratie, « de l’enfant lecteur au libre électeur ».

   On s’en retourne en emportant l’image d’une vue plongeante sur les lumières de la ville offerte du Belvédère. A cette date, Paris scintille déjà à cette heure.

(Paris, 10 décembre 2015)

    papillon

Françoise Lagarde, formatrice dans le premier degré, est devenue ingénieur d’études au ministère de l’Éducation nationale où elle fut chargée, jusqu’en 2013, des dossiers relatifs au livre et à la lecture en tant qu’adjointe au chef de bureau des écoles à la direction générale de l’enseignement scolaire ; elle a assuré la mise en œuvre de l’opération Des livres pour les écoles et des plans de développement des BCD, coordonné l’élaboration et la production du répertoire 1001 livres pour l’école (1997), contribué à la mise en place des sélections d’ouvrages de littérature pour les trois cycles de l’école primaire, collaboré au Guide de la coopération bibliothèque-école (CRDP de Créteil, 1986) et à la mise en ligne sur le site ministériel Éduscol de ressources pour faire la classe ; elle est administratrice du CRILJ.

La Charte donne rendez-vous

par Françoise Lagarde

    Par un temps automnal, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse fêtait ses 40 ans, le 21 septembre 2015, au Centre national du livre, rue de Verneuil à Paris.

    La soirée a commencé à 19 heures par une table ronde sur « Les auteurs jeunesse, vecteurs de la lecture chez les jeunes ». Celle-ci, animée par la présidente de la charte, Carole Trébor, réunissait des auteurs et des illustrateurs dont la production couvre un large spectre, de la petite enfance à l’adolescence. Claire Cantais, Janik Coat, Yves Grevet et Séverine Vidal ont répondu aux principales questions qui se posent lorsqu’on envisage visites, rencontres et contributions à des ateliers d’écriture auprès de jeunes lecteurs, en classe, à la bibliothèque, au centre aéré :

– Qu’est-ce que ça représente, pour des enfants, de rencontrer un auteur ?

– Quelles sont les attentes, les apports réciproques ? Diversement, les auteurs/illustrateurs ont fait le récit d’anecdotes de rencontres, bonnes ou mauvaises, de déclics de découverte, indiqué les questions récurrentes, un peu lassantes ou sources de témoignages toujours renouvelés : « Comment trouvez-vous l’inspiration ? »

– Quelques clichés : « L’enfant aux super-questions est-ce plus généralement le cancre ? », vite démentis par une réponse négative des auteurs à cette interrogation ou « Les questions différent-elles en fonction de la « sociologie » de l’école ? » qui reçoit comme réponse qu’il est seulement nécessaire d’être un peu plus attentif au vocabulaire, de préciser le sens de certains mots pour les publics les plus fragiles.

– Même si la dimension d’animateur n’est pas toujours dans la nature de l’écrivain, la présence de l’auteur permet une incarnation du livre, de la création littéraire, enrichissante pour tous et chacun.

– Quelles différences entre auteurs et instituteurs (1) dans le déroulement d’une visite en classe ? Le rôle de la préparation de la venue de l’auteur est, dans tous les cas, déterminant (en évitant la désinvolture mais aussi, à l’inverse, le verrouillage des questions qui détermine l’absence de spontanéité.

– Est-ce que l’occasion de rencontrer un auteur est offerte à tous les enfants au cours de leur scolarité à l’école (et au collège) ? Cette question, comme la mention du rôle de la mairie pour les écoles de Paris montre qu’il serait intéressant que les membres de la Charte rencontre les instances scolaires au niveau national, académique ou départemental pour disposer des informations, éventuellement formalisées dans des documents, permettant de construire une représentation plus juste et plus précise du fonctionnement des écoles, comme des collèges, de leur nombre, de leur financement…

    La soirée s’est poursuivie autour d’un cocktail avec les nombreux auteurs, illustrateurs et éditeurs présents, Claude Combet pour rendre compte dans Livres-Hebdo, Jacques Vidal-Naquet pour le Centre national de la littérature pour la jeunesse-BnF, notamment.

    Les candidats se sont bousculés pour se faire tirer le portait dans la cabine du Portraimatique tenue par les illustratrices Catherine Chardonnay et Nathalie Desforges.

    En fin de soirée, les lumignons intégrés entre les pavés la cour de l’Hôtel d’Avejean traçaient le début du chemin du retour…

    Pour retrouver, ambiance et photos, c’est ici.

(1) Tiens, le professeur des écoles n’a pas fait son entrée dans le langage de la Charte…

(22 septembre 2015)

Françoise Lagarde, formatrice dans le premier degré, est devenue ingénieur d’études au ministère de l’Éducation nationale où elle fut chargée, jusqu’en 2013, des dossiers relatifs au livre et à la lecture en tant qu’adjointe au chef de bureau des écoles à la direction générale de l’enseignement scolaire ; elle a assuré la mise en œuvre de l’opération Des livres pour les écoles et des plans de développement des BCD, coordonné l’élaboration et la production du répertoire 1001 livres pour l’école (1997), contribué à la mise en place des sélections d’ouvrages de littérature pour les trois cycles de l’école primaire, collaboré au Guide de la coopération bibliothèque-école (CRDP de Créteil, 1986) et à la mise en ligne sur le site ministériel Éduscol de ressources pour faire la classe ; elle est administratrice du CRILJ.