Lire « Raiponce »

.

.

Lecture et interprétation

     La rentrée fut fatigante : nouvelle classe (encore des CM1-CM2), nouvelles habitudes à mettre en place, cadre à mettre en place et à « tenir ». En ce début d’année, je m’étais dit que j’allais commencer par la lecture de contes traditionnels pour travailler la lecture à voix haute, ce que je n’avais pas du tout assez travaillé l’année précédente.

    L’objectif, c’est donc la « fluence » et la lecture à voix haute (lire par groupes de souffle, mettre le ton, etc.), mais je garde dans un coin de ma tête d’essayer de travailler un peu la question du stéréotype de genre dans le conte. Comme j’ai un exemplaire des Contes d’un autre genre dans le fond de ma classe, avec notamment une réécriture de La Belle aux bois dormant, je lance les élèves dans cette première lecture.

    Ce n’est pas passionnant, mais assez rapidement, la lecture des élèves s’améliore et les lectures collectives deviennent de plus en plus agréables. Pour construire l’idée de stéréotype (des figures féminines), on se lance dans la lecture de Raiponce des frères Grimm.

    Et puis, aujourd’hui, on termine le conte. C’est l’histoire de cette jeune fille enfermée dans une tour sans escaliers par une sorcière, et qui déroule sa chevelure pour faire une échelle. Un jour, un prince vient la rejoindre, mais quand la sorcière s’en rend compte, elle coupe les cheveux de sa protégée, et l’exile dans le désert. Quant au prince, il a les yeux crevés. Cependant, parce que le conte est un conte, le prince aveugle retrouve la jeune femme dans le désert. Elle a deux enfants, des jumeaux, et, lorsque ses larmes touchent les yeux du prince, il retrouve la vue. Ils « vécurent heureux et eurent  beaucoup d’enfants « .

    Alors qu’on allait passer à autre chose, une élève de CM2 lève la main et dit : « Mais, ils viennent d’où ses deux enfants ? ». En effet, le texte ne le dit pas, mais on peut imaginer, combler les trous du texte.

    Son hypothèse est que, lorsque le prince retrouvait la jeune fille, il et elle ont fait des enfants. Toutefois, cette idée semble difficile pour ses autres camarades qui échafaude d’autres scenarios : peut-être qu’elle les a adoptés ? Peut-être qu’elle a rencontré un autre homme dans le désert ?

    Un élève déclare que ce n’est pas possible car il et elle ne sont pas mariés et donc « leurs âmes ne se sont pas mélangées ». Un autre imagine une histoire de « portail magique ».

   Là, j’explique que souvent, lire c’est combler les trous, c’est imaginer ce que le texte ne dit pas, mais que le plus souvent, l’hypothèse la plus simple, celle où on invente le moins est la meilleur.

   – Mais alors, pourquoi la sorcière elle ne les a pas vus dans la tour ? questionne un élève.

   – Et bien, elle était enceinte, peut-être qu’elle avait encore un ventre tout plat.

   – Oui, mais les sorcières, elles sont capables de repérer les femmes enceintes, réplique le garçon. »

    Et là, c’est moi qui me prend au jeu de l’interprétation : « Oui, c’est vrai que traditionnellement, on appelait sorcière les femmes qui avaient des connaissances sur le corps, et notamment le corps des femmes. Donc… peut-être…, dis-je tout en réfléchissant, peut-être que la sorcière a compris que Raiponce était enceinte et que c’est pour ça qu’elle l’a chassé. Elle l’a chassé parce qu’elle avait un enfant sans être marié et que c’était un scandale. »

    On a déroulé ensemble le texte, un long débat d’une grosse vingtaine de minutes. Passionnant. J’avais découvert ce texte avec eux. On avait parlé de sujet sensible, suscitant des interrogations profondes, de manière pudique et au service du texte.

    De la lecture, au hasard de nos interrogations, nous avons fait de ce conte un bel et imprévu dispositif didactique pour aborder ce que signifie interpréter un texte. Ici, en acceptant de prendre le temps, de se plonger pleinement dans le débat interprétatif, on accède aussi à des manières de lire les textes qui rendent signifiant les silences, qui mettent en lumière la marge. En CM1-CM2 aussi, on peut faire des lectures critiques des œuvres.

par Arthur Serret  – L’imprévu, numéro 8, septembre 2021.

 

La rubrique L’imprévu publiée sur le site Questions de classe se propose de relater des récits de classe de la part de pédagogues engagé.es : « moments champagne » où la coopération fait pétiller le quotidien, ou au contraire, scène de crise illustrant la violence du métier et de l’institution, récits d’événement pédagogique où l’inattendu entre dans la classe ou compte-rendus minutieux d’une séance bien ficelée, moments de classe qui font rire, réfléchir, pleurer et s’engager. Des moments toujours imprévisibles où le vivant entre par la fenêtre, l’endormi se réveille, les passions s’échauffent. Adepte de la pédagogie Freinet, Arthur Serret enseigne à Paris, dans le 19ième arrondissement.

 https://www.questionsdeclasses.org

Merci pour ce partage.

.

.

AUTRES LECTURES

L’ouvrage Contes d’un autre genre (Talents Hauts, 2011) propose trois contes (ré)écrit par Gaël Aymon « où les princesses prennent en main leur destin, où la vaillance n’est pas toujours du côté des hommes ni la sensibilité l’apanage des femmes. » : La belle éveillée (illustré par François Bourgeon), Rouge-Crinière (illustré par Sylvie Serprix), Les souliers écarlates (illustré par Nancy Ribard). « Je n’ai aucune leçon à donner, le but n’est pas de remplacer un modèle unique par un autre. Mon métier c’est de raconter des histoires qui fassent rêver et réfléchir. Et ça ce n’est possible que si on laisse les enfants avoir accès à une diversité de modèles et de représentations. » (Gaêl Aymon)

Gwen le Gac à Beaugency

.

Le 28 novembre 2018, dans le cadre des animations initiées par le CRILJ, Gwen Le Gac  a rencontré, à Beaugency, des enfants fréquentant le centre de loisirs de la commune.

.

    Deux rencontres ont eu lieu en novembre 2018 à Beaugency avec Gwen Le Gac, à l’initiative de l’association Val de Lire, pour faire découvrir aux enfants du centre de loisirs et à un large public l’album Un enfant de pauvres. de Christophe Honoré et Gwen le Gac.

« Enzo est un champion de surf de douze ans, qui connaîtra probablement la richesse à sa majorité, mais restera celui qui dit « non’, marqué à jamais par la pauvreté qui est entrée dans sa vie à huit ans. Le récit est sec, le personnage jamais dans l’épanchement. La représentation de la pauvreté et des sentiments du personnage face à celle-ci sont réalistes, complexes. Ainsi la mère retrouve un travail, mais celui-ci reste insuffisant pour bien vivre. Enzo se met à voler, mais sans exploiter ses vols, juste pour dépasser la contrainte de devoir tout se refuser. » (Anouk Gouzerh, Val de lire)

    L’action a été menée en deux temps :

– le mercredi 21 novembre, les animateurs et animatrices de Val de Lire ont proposé deux séance de lectures et d’animations sur l’univers de Gwen Le Gac. Pendant deux heures, elles ont lu les livres sur la pauvreté, thématique proposée par le CRILJ. Les enfants ont échangé, dessiné et passé beaucoup de temps à commenter les illustrations d’Un enfant de pauvres (Actes Sud Junior, 2016) . Ils ont préparé les questions, très pertinentes, qu’ils pourront poser à Gwen Le Gac.

– le mercredi 28 novembre, Gwen Le Gac a animé un atelier intitulé Pauvre de moi  en lien avec son album.  Elle a expliqué le déroulement de son travail, les recherches, les idées qui surgissent, les inspirations. Elle a proposé un atelier à partir de collage de symboles, d’étiquettes, de prix et de mots clés tirés du livre à placer dans le pochoir représentant la tête d’Enzo. Cet atelier fut pensé comme un prolongement de la discussion autour de la pauvreté et de la consommation en général,  afin que chacun puisse exprimer par l’image et les mots sa vision de l’expérience vécue par le personnage.

    Le mercredi 21 novembre, une dizaine d’enfants et leur animatrices avaient suivi des temps de lectures et réfléchi sur ce que représentait pour eux la pauvreté et identifié comment différents auteur(e)s rendaient compte de cette pauvreté dans leurs œuvres.

    Ces mêmes enfants se sont retrouvés le 28 novembre et, à partir des informations et conseils donnés par l’auteure, en faisant un clin d’œil à l’image de la couverture d’Un enfant de pauvres, ils ont réalisé à l’aide de matériaux modestes, un collage à partir de « mots clefs », de symboles et d’images qualifiées « ordinaires ».

.

.

Gwen Le Gac, née en Bretagne, vit et travaille désormais en Seine-Saint-Denis. Elle est auteure, illustratrice, plasticienne, créatrice textile. Après des études en arts plastiques, histoire de l’art et arts décoratifs, elle navigue aujourd’hui, selon ses propres mots, « dans l’univers de la création et cherche une autre manière de faire l’histoire ». Elle se consacre de plus en plus aux livres pour enfants. Elle a écrit avec Christophe Honoré Le terrible six heures du soir, La règle d’or du cache-cache (Prix Baobab de l’album du Salon du livre de Montreuil en 2010), L’une belle, l’autre pas (2013) et Un enfant des pauvres (2016) chez Actes Sud Junior. Elle a également écrit et illustré seule trois ouvrages également publiés chez Actes Sud. : Avant Avant (2009), Douze (2012) et Je suis une couleur  (2015).

.

L’association Val de Lire développe des actions collectives qui permettent de renforcer liens familiaux, solidarités et de coordonner des initiatives favorisant vie collective, prise de responsabilité des usagers en inscrivant des pratiques culturelles le plus tôt possible au sein des familles, particulièrement celles où la littérature n’est pas invitée, et en maintenant ces pratiques culturelles le plus longtemps possible pour des personnes âgées. Elle est organisatrice du Salon du livre jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan.

.

.

Pour l’été et pour après

 

.

Se souvenir de l’avenir

    Et si la Culture n’était pas la recherche du temps perdu, mais la recherche du temps à venir ? Et si nous pouvions, par le poème et la réunion des bonnes volontés, changer ce qui a été, en lui donnant d’autres conséquences ? Ce dont l’homme a le plus besoin, c’est de destin, et la politique est poétique quand elle ouvre pour tous des possibilités nouvelles, particulièrement pour ceux dont le destin a été nié. Mais qui répond au besoin de destin intime, intérieur, secret ? C’est le poétique qui devient politique quand il agit sur le désir, le transforme, lui donne forme, le rend légitime, enviable, et possible.

    Quelque chose dans la société, dans la politique, dans le murmure du temps nous fait croire que demain est prémédité. Par contre, la folie artistique, l’enthousiasme paradoxal des foules, la catharsis joyeuse nous invitent à croire que demain n’est pas écrit. Et puisque la génération la plus jeune est confrontée au plus grand danger que la terre ait connu, nous devons l’assurer qu’en dépit de tous les découragements, tous les doutes et toutes les démissions, la page est encore blanche, la forme de l’avenir est celle d’un désir commun, mais qui commence dans la vie intérieure de chacun.

par Olivier Py

(extraits de l’éditorial du programme de la 75ième édition du  Festival d’Avignon  – 2021)

.

Olivier Py, écrivain, metteur en scène et comédien, réalisateur, est l’actuel directeur du festival d’Avignon. Il a adapté et porté au plateau pour le jeune public quatre contes des frères Grimm : La jeune fille, le diable et le moulin (école des loisirs, « Théâtre », 1995), L’eau de la vie (école des loisirs, « Théâtre », 1999), La vraie fiancée (Actes Sud, « Heyoka jeunesse », 2009) et L’amour vainqueur (Actes Sud Papier, « Heyoka jeunesse », 2019).

.

.

Parler sans-abris à Paris

.

Une rencontre avec Sophie-Bordet-Pétillon et Xavier Emmanuelli

.

Le mardi 4 juin 2019, dans le cadre des animations initiées par le CRILJ, Sophie Bordet-Pétillon et Xavier Emmanuelli ont rencontré, à la Médiathèque Marguerite Duras (Paris), les élèves de trois classes de CM1.

    .

     Sophie Bordet-Pétillon a d’abord présenté l’ouvrage Le petit livre pour parler des sans-abris, (Bayard jeunesse, 2018). Elle a expliqué comment et pourquoi il était né. Elle a aussi parlé de la façon dont elle avait travaillé avec Xavier Emmanuelli. Puis très vite, les enfants ont été invités à poser des questions. Ayant été sensibilisés au préalable par leurs enseignants, leurs questions furent motivées et pertinentes.

    Xavier Emmanuelli a renvoyé souvent les enfants à la réflexion pour qu’ils trouvent d’abord par eux-mêmes des éléments de réponse. Il y a eu, au cours de cette rencontre, une belle interactivité. Xavier Emmanuelli a également beaucoup insisté pour renverser ou expliquer certains aprioris négatifs qui peuvent exister sur les sans-papiers.

    La rencontre qui a concerné cinquante-cinq enfants a duré une heure trente. Elle fut très riche et il s’est dégagé de ces deux personnalités invités une belle complémentarité et une grande envie de transmettre et de faire réfléchir sur ce sujet sensible. De l’avis des organisateurs, ce fut « une grande leçon de raisonnement, de générosité et d’humanité, qui restera comme une des belles rencontres ayant eu lieu à la Médiathèque Marguerite Duras. »

.

.Sophie Bordet-Pétillon est journaliste de formation, elle fut directrice du journal d’actualité pour les 10/14 ans, Mon quotidien, pendant plus de 10 ans. Elle conçoit des livres documentaires, des cahiers d’activité et des livres-jeux avec le souci de donner aux enfants et aux adolescents accès à l’information sur le monde et son fonctionnement.

Xavier Emmanuelli, médecin hospitalier, homme politique, est fondateur du SAMU social de la ville de Paris. Président du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées de 1997 à 2015, il est co-fondateur de Médecins Sans Frontières. Parmi ses nombreux ouvrages : Les Enfants des rues (Odile Jacob, 2016)

.

Didier Lévy à Angers

 .

Le 24 octobre 2019, dans le cadre des animations initiées par le CRILJ, Didier Lévy a rencontré, à Angers, des enfants fréquentant les accueils de loisirs Le Hutreau et Paul Bert.

.

    Depuis de nombreuses années, le service Enfance/Éducation de la ville d’Angers, accompagne des actions Livres et Jeux sur les différents temps de l’enfant : TAP, temps péri et extrascolaire.

    Le 24 octobre 2019, Didier Lévy est venu échanger et travailler avec 24 enfants âgés de 7 à 10 ans accueillis en centre de loisirs. Cette journée s’inscrivait dans un projet ambitieux et longuement mûri monté par le service Enfance/Éducation et avec les animateurs du centre de loisirs et Sylvie Douet, médiatrice culturelle en littérature pour la jeunesse. Le projet, centré sur la pauvreté, selon la proposition du CRILJ, et sur le vivre ensemble, a permis aux enfants de participer à différents ateliers citoyens et culturels pendant cinq jours et de rencontrer Didier Levy. Titre de cette action : Et si on jouait aux… journalistes, artistes, lecteurs, invisibles.

    L’auteur s’est d’abord prêté au jeu des questions avec les enfants pour leur permettre de découvrir son œuvre. Les travaux réalisés par les enfants les jours précédents lui ont ensuite été présentés. L’après-midi, il a animé avec eux un atelier d’écriture et de dessin à partir de son ouvrage Jouer aux fantômes (Sarbacane, 2017).

    Pour garder traces de cette semaine et en valoriser les temps forts, un album collectif a été mis en forme à partir des photographies et traces écrites témoignant des différents ateliers vécus pendant la semaine. Réalisé par les services d’imprimerie de la Ville, cet album a été remis à chacun des enfants lors d’un temps partagé Enfants, Parents  organisé à la bibliothèque de la Roseraie le samedi 16 novembre 2019. L’album, trop lourd pour être mis en ligne sur ce site, peut être demandé à Sylvie Douet. Utiliser cette adresse.

.

Didier Lévy est né en 1964. C’est à Paris qu’il exerce son métier d’écrivain pour la jeunesse. Ancien journaliste (pour Biba, Notre Temps, Okapi), il s’est vite tourné vers l’écriture de livres pour enfants, avant de s’y consacrer entièrement. Attentif, avec humour et discrétion, à l’épanouissement de ses jeunes lecteurs, il a publié plus de cent ouvrages dont, chez Sarbacane, Angelman (2003), Le tatouage magique(2015), La véritable histoire du grand méchant Mordicus (2015), L’Arbre lecteur (2016). Chez Albin Michel Jeunesse, il est l’auteur, avec Benjamin Chaud, de Piccolo le pénible (2004) et de la série « La Fée Coquillette ». Didier Lévy aime les livres qui sont des voyages, extérieurs et intérieurs, et il cherche en écrivant à retrouver la spontanéité de sa propre enfance.

.

Sylvie Douet, titulaire d’un Diplôme d’État d’infirmière et d’un Master Sciences de l’Éducation et de la Formation, a occupé des fonctions à l’hôpital, en milieu scolaire et dans l’éducation populaire, notamment à la Ligue de l’enseignement. « Dans ces différents contextes, j’ai travaillé avec des professionnels et des bénévoles issus d’horizons variés. De ces rencontres, j’ai beaucoup appris, utilisant dans le cadre de mon activité le livre pour enfants. Aujourd’hui, forte d’une vingtaine d’années de fréquentation de la littérature jeunesse, je suis formatrice indépendante et je conduis de nombreux projets culturels et éducatifs dans les domaines de la formation et de la médiation, toujours en lien avec la littérature de jeunesse. »

Rolande Causse à Paris

.

.

Les mercredi 3 avril, vendredi 12 avril et mercredi 17 avril 2019, Rolande Causse a animé trois ateliers d’écriture au collège Jean de La Fontaine, à Paris, dans le seizième arrondissement.

    L’atelier s’inscrivait dans dans le cadre d’un projet conçu avec la professeure de lettres, Madame Laurence Legrand, pour les élèves d’une classe de 6ème et d’une classe de 3ème.

    La première étape  est consacré à une courte présentation de l’auteure, à une remise en contexte et à la lecture questionnée et commentée d’ouvrages puisés dans les sélections proposées par le CRILJ dans la brochure, La pauvreté dans la littérature pour la jeunesse : fictions et réalités : La petite filles aux allumettes, conte d’Hans-Christian Andersen illustré par Georges Lemoine (Gallimard jeunesse, 1978), Le mendiant de Claude Martingay illustré par Philippe Dumas (La joie de lire, 2003), Les petits bonhommes sur le carreau d’Olivier Douzou et Isabelle Simon (Gallimard jeunesse, 1998), P’tite mère de Dominique Sampiero illustré par Monike Czarnecki (Rue du monde, 2003).

    Dans la seconde étape, les élèves sont invités à « prendre le stylo » pour écrire à partir de l’imaginaire ouvert.par les lectures et les échanges. Le lancement de cette phase d’écriture s’est fait à partir des sensations, des idées, des images suscitées par la proposition d’écrire une lettre à un mendiant ou à un SDF.

    Une cinquantaine d’élèves ont ainsi été accompagnés par les propositions de l’auteure dans une réflexion sur des situations graves ou touchantes Le travail d’écriture engagé en atelier, très encourageant, a été poursuivi par l’enseignante durant le temps de classe.

    Les réponses au questionnaire que des membres du CRILJ ont fait passer à de nombreux enfants ont mis en lumière que, dans les milieux socioculturels les plus favorisés, les élèves tirent rapidement bénéfices des propositions qui leur sont faites car ils sont plus familiers du questionnement et de la mise à distance face à des sujets délicats comme celui de la pauvreté.

.

.

Rolande Causse, écrivaine et formatrice, auteure de poèmes, d’albums et de romans, de livrets d’opéra, a fondé en 1975 La Scribure, association qui se consacre à la pratique des ateliers de lecture-écriture et à la promotion de la littérature pour la jeunesse. Elle est à l’origine du premier Festival Livres–Enfants–Jeunes qui deviendra le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.

Lire le théâtre en famille

 

Compte-rendu un peu ancien, mais les initiatives de l’association Les Scènes appartagées vont pouvoir reprendre.

   « Le théâtre, ça se lit à voix haute, avec d’autres, et devant tout le monde « , conclut Philippe Dorin au terme d’une manifestation unique en son genre : une lecture en famille. Les Rispail, qui nous reçoivent dans cette coquette maison de brique rouge participent à une opération orchestrée par Les Scènes appartagées. Cette  association propose à des familles de lire du théâtre sous la direction d’un auteur devant amis et connaissances invités chez eux pour l’occasion.

  Trois répétitions ont suffi à Philippe Dorin pour mettre au point une demi-heure de lecture : deux courtes visites, puis une dernière séance juste avant la représentation. Entre temps, les membres de la famille ont travaillé le texte ensemble. L’auteur leur a proposé un montage d’extraits tirés de  Sacré Silence, Ils se marièrent et eurent beaucoup, Dans ma maison de papier  j’ai des poèmes sur le feu. Une quarantaine de personnes de tout âge a assisté à cette rencontre conviviale et a pu apprécier cette poésie rieuse avec une langue riche en jeux de mots et clins d’œil, défendue ici avec justesse par la grand-mère, le père, la mère et les trois enfants dont le plus petit, encore en C.P. Plaisir partagé entre lecteurs et public quand le grand frère et la jeune sœur se donnent la réplique : « L’amour c’est pas compliqué. Soit t’es un garçon, soit t’es une fille. Si t’es un garçon, pas de problème. Si t’es une fille, c’est un peu plus difficile. » (rires)

   On a pu ensuite échanger avec l’auteur et les lecteurs, autour d’un verre, en dégustant des pâtisseries apportées par les invités. On mesure alors que la littérature théâtrale est à la portée de tous et se laisse facilement appréhender, à condition d’y avoir accès. Peu de librairies ou de bibliothèques disposent d’un rayon théâtre, dans les grandes villes comme dans les petits bourgs.

    Apporter la littérature dramatique dans les endroits reculés, tel est le pari des Scènes appartagées qui irrigue l’Hexagone de pièces contemporaines : de Marseille à Paris en passant par Cavaillon ou Saran. Une vingtaine d’auteur(e)s participe à l’opération, à commencer par Luc Tartar, initiateur avec Sandrine Grataloup de ce projet qui, depuis sa création, en 2013, au Festival Petits et Grands de Nantes, a pris de l’ampleur pour essaimer jusqu’en Suisse, à l’Île de la Réunion ou encore en Pologne, Norvège et Guinée-Conacry. Il vient de recevoir le Grand Prix de l’Innovation Lecture.

    L’association s’appuie sur des théâtres partenaires. A eux de solliciter les familles et de faire le lien avec les artistes. Le Centre André Malraux, Scène de territoires d’Hazebrouck s’intéresse aux écritures contemporaines et, avec une programmation tout public, s’inscrit assez naturellement dans ce dispositif.  Pour la seizième édition de son festival  Le P’tit monde, il a sollicité Philippe Dorin et l’Anglais Mike Kenny : chacun est intervenu dans deux familles. L’un comme l’autre avouent avoir pris plaisir à cet exercice inédit : « Un rapport direct s’instaure entre notre écriture et ses lecteurs mais, curieusement, j’ai senti les enfants plus à l’aise que leurs parents », confie Mike Kenny dont Le Jardinier été créé lors de ce festival, mise en scène par Agnès Renaud.

    Philippe Dorin, lui, souligne l’appétit des familles pour ce genre de rencontres et a envie de poursuivre l’expérience.

par Mireille Davidovici  (Théâtre du blog, 2019)

.

.

Mireille Davidovici travaille plusieurs années dans l’édition en qualité de traductrice et de directrice littéraire. Elle collabore à Marie-Claire, Politique Hebdo, L’Express, Théâtre Public, puis elle s’oriente vers la scène comme dramaturge, collaborant avec Gilberte Tsaï, Jean Benguigui et les Fédérés. Parmi ses adaptations, On achève bien les chevaux, d’après Horace Mac Coy. Sa pièce La moitié du Ciel traite de l’intégrisme catholique au IVième siècle. Auteure de poésie et de chansons, Mireille Davidovici a dirigé pendant quinze ans l’ANETH, association se consacrant aux nouvelles écritures théâtrales. Elle a publié, en 2006, chez Emile Lansman, Des auteurs en résidence, à lire et à jouer. Elle écrit régulièrement sur le site Théâtre du blog. C’est ici.

.

Merci à Mireille Davidovici pour ce partage.

.

.

BONUS

Le Théâtre de la Tête Noire à Saran a invité un auteur cinéaste à suivre le projet Lire et dire le théâtre en famille(s). Thierry Thibaudeau, réalisateur, s’est emparé de cette proposition, afin de créer un objet unique, sensible et singulier. Cette œuvre cinématographique permet la visibilité de ce projet “intimiste”, de garder une trace de l’éphémère et créer un lien entre les familles participantes en les inscrivant dans une dynamique commune. Le film est ici.

.

.

Une maternelle à Paris

 

En janvier et février 2019, dans le cadre des animations impulsés par le CRILJ, des lectures et des débats à l’école maternelle Constantin Pecqueur à Paris.

    Des contacts ont eu lieu entre la directrice de l’école maternelle Constantin Pecqueur et une administratrice du CRILJ. La brochure La pauvreté dans la littérature pour la jeunesse : fictions et réalités a été distribuée aux enseignantes de l’école et sa lecture a convaincu les trois maîtresses de grande section de se lancer dans un projet sur ce thème.

    Les enseignantes et la directrice ont fait le choix de ne pas solliciter d’auteur ou d’illustrateur mais de mettre en place des ateliers de lecture/débat en puisant dans les sélections du CRILJ. Elles ont retenu La Cabane et Musiciens des rues, albums de Gabrielle Vincent de la série « Ernest et Célestine ». Ces ouvrages ont été fournis aux classes par le CRILJ.

    Proche de la représentation que les enfants peuvent spontanément se faire de la pauvreté, cette situation, après plusieurs lectures de l’ouvrage, a donné lieu à des échanges sur ce qu’est que la pauvreté dans le livre, mais aussi dans la vie, sur ce que des familles, des jeunes, des personnes âgées peuvent avoir à affronter au quotidien. A partir de l’exemple d’Ernest et Célestine quels choix font-ils pour tenter résoudre les problèmes qui se posent ?

    Les élèves ont retrouvé avec plaisir les deux héros dans La cabane. Cédant au désir de Célestine, Ernest accepte de lui construire une cabane au fond du jardin. A peine celle-ci terminée, Célestine découvre qu’un intrus y a pris ses quartiers. Il faudra toute la diplomatie et la gentillesse d’Ernest pour lui expliquer ce qu’est un sans-abri et l’empêcher de le chasser. Les élèves se sont immédiatement identifiés à Célestine et se sont retrouvés dans ses revendications pour récupérer « sa » cabane.

    Les arguments d’Ernest ont été repris et débattus, analysés pour que l’émotion change de camp en prenant en compte la situation d’une personne totalement démunie. Les mots et les images ont donné toute leurs dimensions a la générosité et à l’écoute de l’autre.

    Les élèves des trois classes, venant souvent de milieux défavorisés, ont été séduits par Ernest et Célestine qui, au travers de situations simples et souvent familières, parlent très bien des choses graves de la vie. Ils ont souhaité découvrir les autres histoires d’Ernest et Célestine. Les maîtresses leur ont aussi lu d’autres ouvrages, des contes et des albums, sur le thème de la pauvreté…

Réfléchir à Loos en Gohelle

.

.

A partir de novembre 2018 et sur les mois suivants, dans le cadre des animations impulsés par le CRILJ, le Collège René Cassin de Loos en Gohelle (Pas-de-Calais) a proposé des « lectures-réflexion » dans son CDI..

    Isabelle Valdher, professeure-documentaliste au collège René Cassin de Loos en Gohelle, a organisé, au CDI, avec les élèves de niveaux 4ème et 3ème des « lectures-réflexion » sur le thème de la pauvreté. Le CRILJ a financé l’achat des ouvrages.

    Un débat est organisé avec les élèves du « Club des lecteurs » pour lancer le thème « C’est quoi la pauvreté ? » Les élèves abordent des sujet variés, on peut noter : les familles d’accueil – il y a plusieurs élèves concernés -, les réfugiés et les migrants, les SDF que l’on voit dans dans la rue.

   La professeure-documentaliste présente le CRILJ et le questionnaire qu’il a élaboré. Après un lancement collectif pour faire émerger les représentations et préciser les notions, un temps spécifique est laissé aux élèves pour remplir le questionnaire, individuellement  et anonymement.

    Il est prévu, dans la suite de l’année scolaire, d’étendre cette action pour qu’elle touche l’ensemble des 300 élèves du collège : présentation par les élèves du Club des lecteurs aux autres élèves du collège d’un réseau d’ouvrages de littérature pour la jeunesse sur le thème de la pauvreté : présentations orales  d’ouvrages lus, vitrine, mises en avant de coup de cœur, affiches, etc.

    Au sein du Club des lecteurs, un débat sera organisé sur le thème : « Peut-on parler de tout dans un livre pour la jeunesse ? Y a-t-il des sujets tabous ? »

    Isabelle Valdher a apprécié la thématique qu’elle estime inédite et elle a constaté qu’elle a été à l’origine de débats riches et passionnants qui ont permis une ouverture sur un sujet d’actualité qui pourra être abordée dans d’autres disciplines, enseignement moral et civique par exemple..

    Un regret : les ouvrages offerts par le CRILJ ne sont pas arrivés avant le premier débat et avant la passation des questionnaires. Ils ont toutefois  été utilisés dans la seconde partie de l’action et sont venus, en bonne place, enrichir le fonds du CDI du collège.

Mélusine Thiry à Descartes

 

Le jeudi 19 mars 2019, dans le cadre des animations impulsés par le CRILJ, Mélusine Thiry est intervenu auprès des élèves de grande section de l’école maternelle Côte-des-Granges à Descartes.

     Livre Passerelle a décidé de situer cette action dans un territoire rural et peu favorisé du département. C’est l’école maternelle de la commune de Descartes, dans laquelle une animatrice de l’association intervient chaque semaine, qui a été choisie.

    S’appuyant sur une sélection d’albums réunie pour constituer un fonds spécifique à la thématique de la pauvreté, des lectures individuelles se sont déroulées sur une matinée de classe avec un retour au collectif pour dégager l’idée générale. Les enfants n’ont pas fait émerger le mot « pauvre » mais ils ont été sensibles à différents signes : les maisons abimées, les besoins d’argent pour manger, les vêtements abimés. Certains enfants ont pu dire « qu’ils avaient déjà vu, en ville, près du tramway, des personnes assises par terre et qui demandaient de l’argent ou de la nourriture ».

    L’environnement social de la commune de Descartes comporte des familles en grande difficulté, toutes ont cependant un toit et des recours pour manger (restos du cœur, Croix rouge). Aucun enfant participant à cette ne « s’est senti pauvre » ou directement concerné même si leurs familles sont touchées.

    En accord avec l’institutrice, il est proposé aux enfants de travailler sur La petite fille aux allumettes, en se focalisant sur l’épisode où elle craque des allumettes en rêvant de manger et de se réchauffer.

    La rencontre avec Mélusine Thiry a débuté par une présentation de ses œuvres et l’explication de son univers artistique. Puis, à partir de l’album Allumette de Tomi Ungerer, les enfants, accompagnés par l’équipe éducative et par les animatrices de Livre Passerelle ils travaillent ensemble à la réalisation d’une grande fresque. La consigne est la suivante : « Lorsque la petite fille gratte son allumette, se projette sur les murs toutes les ombres de ce qu’elle aimerait pouvoir manger. »

   Les enfants réalisent d’abord de petites silhouettes en papier. Puis, à l’aide d’un vidéoprojecteur, ils agrandissent leurs silhouettes et les dessinent sur des grandes feuilles de papier kraft noir. Les enfants imaginent ensuite toutes les bonnes choses qu’ils aimeraient manger s’ils étaient à la place de la petite fille du conte, ces différents aliments étant, cette fois-ci, dessinés sur des feuilles de papier kraft de couleur, puis découpés et collés sur les murs de l’école autour des noires silhouettes.

    Quelques jours plus tard, l’enseignante et les enfants ont organisé un vernissage auquel les parents ont été invités. Leurs œuvres ont ainsi été dévoilées et les enfants ont parlé à tous de Mélusine Thiry et de La petite fille aux allumettes..

    Cette animation a rencontré un succès total tant auprès des enfants que des adultes et il a laissé une forte trace dans l’école, sur les murs de la cour de récréation, avec ces silhouettes visibles de tous et dans l’esprit des enfants enrichis par cette aventure,

    Le travail de Mélusine Thiry sur les ombres et les reflets a permis d’introduire une autre vision du réel, les jeux de lumière déformant les objets et donnont à voir une nouvelle représentation du monde. Qu’en est-il de l’image de la pauvreté ? Quelles représentations les enfants en ont-ils ? C’est à partir de telles questions que les albums jeunesse furent utilisés comme média culturel.. Comme Livre Passerelle l’expérimente depuis plus de vingt ans sur le territoire, l’album jeunesse par ses qualités littéraires et par la puissance des illustrations donne à voir le monde, permet de s’ouvrir à sa diversité, et aide à construire une pensée.

     Le projet s’est poursuivi par la projection du film Ernest et Célestine et par des lectures de  contes populaires tels que Le Petit Poucet et La petite fille aux allumettes. Le contact a été maintenu avec Mélusine Thiry.

    L’étape ulitime du protocole était une récolte d’informations à l’aide d’un questionnaire conçu par le CRILJ. Elle  n’a pas été mise en œuvre car pas adaptée à des enfants d’école maternelle

Mélusine Thiry, après avoir suivi des études d’histoire de l’art à Poitiers et d’histoire du cinéma à Paris VIII, Saint- Denis, débute son parcours professionnel comme éclairagiste dans le spectacle vivant où elle développe un travail de vidéaste. Attirée depuis longtemps par l’édition jeunesse, elle reçoit les prix du public et celui des adultes médiateurs au concours Figures Futures du Salon du Livre de Montreuil 2006. Les Éditiond HongFei publie son premier album, Marée d’amour dans la nuit, en 2008. Mélusine Thiry applique à l’illustration une technique de silhouettes découpées utilisée dans le théâtre d’ombres, en l’agrémentant de la couleur et de la texture de papiers disposés sur une table lumineuse puis photographiés. Dernier ouvrage : Un labyrinthe dans mon ventre (HongFei, 2015), selon, celle fois, la technique de la linogravure. Mélusine Thiry a effectué, en 2017, une résidence auprès de l’association Livre Passerelle qui a souhaité l’inviter à nouveau pour cette animation.

.

Livre Passerelle est une association qui se fixe pour objectif principal de lutter préventivement contre l’illettrisme et l’échec scolaire en proposant d’introduire le plus tôt possible le livre et la lecture dans les pratiques familiales et d’encourager des pratiques personnelles chez les personnes rencontrées. Elle développe projet collectif et partagé qui implique un travail important de réseau sur chacun des territoires.