Illustres parmi les illustres

par Wendy Liesse

En janvier et février 2017, le réseau des médiathèques d’Orléans (Loiret) a proposé une série de rencontres, d’expositions et d’ateliers autour de cinq illustrateurs pour la jeunesse. Parmi ces « illustres illustrateurs », May Angeli et Charlotte Mollet auxquelles deux expositions étaient consacrées.

May Angeli

    L’exposition Le bestiaire de May Angeli propose de découvrir quarante œuvres, croquis et gravures extraits de ses albums à différentes périodes. Cette exposition a été créée dans le prolongement de son livre images-images, imagier monographique sous forme de carnet de voyage qui associait mot et image et paru en 2006 à l’Art à la page. Janine Kotwica avait rédigé, à l’occasion de sa sortie, un article « Images comme ça » qui est ici, sur ce site.

    L’exposition nous plonge dans un musée d’histoire naturelle où les animaux  apparaissent surtout en couleurs, en noir et blanc aussi ou simplement crayonnés. Canard, poule, chat, vache, zèbre, girafe, loup, le bestiaire de May Angeli représente aussi bien des animaux domestiques qu’exotiques.

    Plusieurs croquis animaliers attestent de la maîtrise du dessin de l’illustratrice qui les représente sous plusieurs points de vue de manière toujours précise. May Angeli travaille les figures, les émotions. Cette minutie lui vient de son enfance à la campagne durant laquelle elle a passé beaucoup de temps à observer la nature. « Dessiner, c’est regarder. » dit-elle.

    La grande majorité des œuvres présentées sont réalisées à la xylogravure, sa technique favorite d’illustration. La xylogravure est une technique d’estampe ancienne qui n’était guère habituelle en illustration pour la jeunesse il y a quelques années.

    Ancienne élève de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art de Paris, May Angeli débute sa carrière d’illustratrice en 1961. Elle ne pratique pas encore la gravure sur bois et ce n’est qu’à la suite d’un voyage en Tunisie où elle observe un artisan gravant le bois qu’elle décide de faire un stage à Urbino (Italie) pour y  approfondir cette technique. Depuis, elle ne cessera de s’y adonner et de la perfectionner.

    D’une plaque apparemment bien dure et d’un outil tranchant naissent des animaux, personnages attachants et drôles. May Angeli parvient à leur donner des émotions quasi humaines. Elle donne vie à ses personnages. Ils ne sont jamais figés. Pour rendre dynamique l’illustration, elle choisit toujours le bon moment, la bonne posture pour exprimer le mouvement. « On peut conserver cette impression de mouvement avec n’importe quelle technique, il faut d’abord savoir et aimer dessiner. Il faut savoir ce que l’on veut exprimer par ces mouvements, donner vie au personnage animal ou humain en respectant ce que raconte le texte ». Dans ses albums sans parole (Oskar le coq chez Thierry Magnier), les images, lorsqu’on les feuillette rapidement à la manière d’un folioscope, s’animent tel un petit film.

    C’est par sa maîtrise de la superposition des couleurs que May Angeli parvient également à faire varier la lumière. « Travailler la superposition des couleurs est d’abord un apprentissage technique. La variation des couleurs est un choix en rapport avec l’histoire à illustrer et à ma fantaisie du moment ». Il en ressort une certaine douceur, une harmonie picturale. Plusieurs couleurs reviennent : le noir, le bleu, le jaune, couleurs de la Méditerranée où l’illustratrice séjourne régulièrement.

    Dans une vitrine, trois bois gravés et colorés qui ont servi pour l’album Chat (Thierry Magnier), des outils et des croquis préparatoires. Cela nous permet de mieux comprendre le processus de création et d’impression.

    Plusieurs livres d’artistes à tirage limité sont également exposés dans les vitrines : Basse-cour, Bruizébêtes, sous la forme de petits leporellos, et les originaux de Petit, album sans texte, en trichromie, paru en 2007. De petits bijoux que l’on aimerait pouvoir toucher.

    Les albums présents dans l’exposition nous révèlent également le talent d’auteur pour enfants de May Angéli. Ils nous permettent aussi de découvrir les autres techniques d’illustration qu’elle utilise et maîtrise : l’aquarelle, la gouache, les crayons de couleurs et la craie grasse.

L’exposition Le bestiaire de May Angeli s’est déroulée du 14 au 28 janvier 2017 dans les médiathèques Saint Marceau et Madeleine d’Orléans. Une initiation à la linogravure a été proposée aux enfants qui ont pu repartir avec leurs productions. Une rencontre dédicace a également eu lieu ainsi que des rencontres avec des groupes scolaires.

Charlotte Mollet

    Une rétrospective du travail de l’illustratrice Charlotte Mollet a été présentée à la médiathèque François Mitterrand. Trente-trois œuvres issues de sa collection personnelle ont été exposées. Pour mieux apprécier son évolution graphique, nous découvrons un original pour chaque album publié.

    En entrant, une vitrine d’exposition présente les outils et les matières qu’elle utilise dans son travail d’illustratrice : palette de peinture, gouges, crayons, papiers, rhodoïds.

    Au premier coup d’œil, on remarque la grande diversité de techniques utilisées. Charlotte Mollet découpe, déchire puis elle colle, assemble, combine les matières. On découvre avec plaisir un travail de superposition pas toujours visible une fois le livre imprimé.

    Chez Charlotte Mollet, illustrer est une vocation : elle décide à l’âge de six ans qu’elle sera illustratrice. Elève de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Charlotte Mollet a commencé par illustrer plusieurs comptines parues chez Didier jeunesse. Déjà, la combinaison des matières et des techniques était présente.

    Linogravure, collages, papier déchiré, papier découpé, papier froissé, peinture, rhodoïd, feutre, pastel gras, crayon de couleur, l’exploration des techniques semble sans fin. On ne s’ennuie pas, il y a toujours quelque chose à voir à regarder dans les illustrations de Charlotte Mollet et des questions se posent.

    Dans ses linogravures et rhodoïds, les contours, les formes sont souvent anguleuses, franches. L’illustratrice va à l’essentiel : elle « travaille l’écriture du trait ». Elle utilise le papier déchiré/découpé/froissé pour réaliser les éléments de décor, les fonds de couleurs, et elle ajoute par-dessus une feuille de rhodoïd pour y dessiner les traits des objets et des personnages afin de retrouver « un trait qui s’apparente à la linogravure, à la taille de réserve ». Il en ressort des personnages aux allures expressionnistes baignés de couleurs vives. Il y a un réel contraste entre la netteté des lignes dans les linographies et des lignes plus tendres, plus floues dans les œuvres en papier déchiré. Charlotte Mollet aime jouer sur les contrastes.

    Pour savoir quelle technique elle va choisir pour illustrer un texte, elle tâtonne petit à petit en compagnie des mots. Chaque conception d’album est différente l’une de l’autre. Elle va choisir les mots qui lui parlent le plus, les souligner puis illustrer en essayant de faire de l’image « un concentré du sens du texte ». Dans ses livres, l’image n’est pas redondante du texte. « L’image et le texte fonctionne comme un couple », elle recherche cette équilibre fragile en permanence. Elle parle même de création à trois : le lecteur faisant le lien entre l’image et le texte.

    Plusieurs livres sont proposés à la lecture au centre de l’exposition. On peut y regarder les nombreux albums de comptines qu’elle a illustrés dans la collection « Pirouette » chez Didier Jeunesse, des livres de travaux d’élèves ayant travaillé sur l’œuvre de l’artiste et un livre pour adulte qu’elle a illustré, La chevelure de Guy de Maupassant (Editions Complexe), qui nous montre une autre facette de son travail. On découvre enfin son dernier album, Tout le monde t’attend, tout juste paru chez Didier jeunesse.

L’exposition de Charlotte Mollet s’est tenue du 14 janvier au 11 février 2017 à la médiathèque François Mitterrand d’Orléans. L’établissement a organisé des rencontres et des ateliers avec l’artiste. Il a proposé un atelier parent-enfant autour du papier déchiré ainsi qu’un atelier sur le monotype à destination des adultes. Charlotte Mollet s’est également prêtée à une séance de dédicaces et a pu rencontrer plusieurs classes.

(février 2017)

 

Après des études dans l’ingénierie culturelle à l’université, Wendy Liesse travaille dans le milieu du spectacle vivant a destination du jeune public. Animatrice à Sens (Yonne) dans une maison des jeunes et de la culture, elle développe, en compagnie de bénévoles passionnés, des projets divers autour de la littérature pour la jeunesse. Toujours accompagnées par les histoires de Marmouset, de l’âne Cadichon et de Corbelle et Corbillo lues quand elle était petite, elle découvre à l’université l’histoire de cette littérature en même temps qu’elle lit les aventures d’Harry Potter. Depuis elle ne cesse de la découvrir et de la faire vivre. Wendy Liesse vient d’effectuer au CRILJ un stage de quinze jours au cours duquel elle a assuré une part essentielle de la logistique du colloque Elargir le cercle des lecteurs : la médiation en littérature pour la jeunesse des jeudi 3 et vendredi 4 février 2017.

 

 

 

Bertrand Solet (1933-2017)

 

 

Au revoir Bertrand Solet

par André Delobel

    Bertrand Solet vient de décéder. Il venait chaque année nous saluer à Montreuil et, cette année, il n’était pas venu. De son vrai nom Bertrand Soletchnik, il était né en 1933, à Paris, dans une famille d’émigrés russes. Durant  la Seconde Guerre mondiale, en zone libre avec ses parents, il attrapa – quel mot ! – une maladie que l’on connaissait mal et que l’on soignait difficilement à l’époque, la poliomyélite. C’est durant cette période de maladie qu’il attrapa aussi le virus de la lecture.

    Après la guerre, orphelin, élevé et soigné par une tante, il prépare l’IDHEC. L’arrivée massive du cinéma américain qui faillit couler le cinéma français l’incite à changer d’orientation. Il suit les cours du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Un temps journalisme, il entre dans une entreprise de commerce international et devient responsable du service de documentation économique, travail qui le fait beaucoup voyager.

    Il écrit pour la jeunesse, à compter des années 1970, des romans le plus souvent historiques (Il était un capitaine, Robert Laffont, 1971, Prix Jean Macé, Les révoltés de la Saint-Domingue, 1980, En Égypte avec Bonaparte, 1988, Compagnons de Mandrin, 1990) ou traitant de sujets liés à l’actualité ou peu souvent traités comme le racisme, l’immigration, la vie des Tsiganes (La flûte tsigane, Flammarion, 1982). Il écrit également des recueils de contes (Contes traditionnels d’Auvergne, Milan, 1994, Contes traditionnels de Russie, Milan, 2002). Ouvrage récent : Le Chambon-sur-Lignon : le silence de la montagne (Oskar jeunesse, 2016).

   Ecrivain « pédagogue », auteur de plus de 120 ouvrages à l’écriture efficace, Bertrand Solet aura fait connaitre aux jeunes lecteurs des pans entiers de l’Histoire et, assez souvent, d’une Histoire pas enseignée à l’école. Il les aura aussi, offrant de solides fictions, fait réfléchir à quelques unes des questions qui empoisonnent le monde.

    Membre de la Société des Gens de Lettres, de la Maison des Écrivains et fidèle de la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse qu’il a contribué à mettre sur pied, la première réunion de réflexion s’étant tenu, en 1976, à son initiative et à celle de la conseillère municipale à la culture, à la bibliothèque de Montreuil.

    Il avait en 2003, publié au Sorbier un bel essai : Le roman historique : invention ou vérité ?

    En 2005, un numéro de la revue Griffon lui est consacré.

    « Bertrand Solet désigne quelque injustice à combattre, une nouvelle cause à défendre, des chaînes d’esclaves qu’il faut aller briser. Sa fameuse canne balaie l’horizon : là bas, il y a une terre où les hommes vivent libres et égaux. » (Marcelino Truong).

 André Delobel est secrétaire de la section de l’Orléanais du CRILJ depuis plus de trente-cinq ans et secrétaire général au plan national depuis 2009 ; co-auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains (Hachette, 1995), au comité de rédaction de la revue Griffon jusqu’à ce que la publication disparaisse fin 2013, il assura, pendant quatorze ans, la continuité de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » publiée dans le quotidien La République du Centre ; articles récents : « Promouvoir la littérature de jeunesse : les petits cailloux blancs du bénévolat » dans le numéro 36 des Cahiers Robinson (2014) et « Les cheminements d’Ernesto » dans le numéro 6 des Cahiers du CRILJ consacré au théâtre jeune public (2014) ; contribution au catalogue Dans les coulisses de l’album : 50 ans d’illustration pour la jeunesse, 1965-2015 (CRILJ, 2015).

Il fait froid

par Rolande Causse

   Ce froid mois de février 2017, Bertrand Solet nous a quitté.

   Non. Pour ceux qui l’ont connu demeure sa voix chaleureuse et grave. Ses mots coulaient comme une rivière serpentant à travers un paysage lumineux.

   Bertrand Solet est associé aux commencements de la littérature de jeunesse et à la Charte où il vint assez rapidement.

   Suffocant d’enfances de tous pays, il représente une vie d’observations, de recherches, d’imagination, de compréhension et d’émotions.

   L’ont accompagnées des montagnes de mots et de métaphores dans ses livres éblouis de soleils lointains, d’oiseaux des mers, de songes, et de poésie.

   Historien et géographe, derrière ses mots, il y avait l’accent des voyages, un regard révolté mais bienveillant, une douceur profonde et une générosité qu’il semait à tous les vents.

.    Ami des jeunes, il leur parlait de rebellions, de résistances, des conflits du monde et du triomphe des plus humbles.

   En ethnologue, il savait prendre son temps, tout en ayant une créativité  extrême.

   N’a-t-il pas écrit cent-vingt livres ?

   Pour les siens, pour la mémoire de Bertrand, pour toutes les générations, il faudrait rassembler ses meilleurs romans et créer un Bouquin ou un Quarto (comme les collections du même nom chez Laffont et Gallimard) où figureraient ses titres les plus forts : Les révoltés de Saint Domingue, Il était un capitaine

   Ainsi il demeurerait parmi nous.

   Mais je ne peux oublier  Monique, son épouse, à qui j’adresse mes pensées les plus affectueuses.

Rolande Causse, écrivaine et formatrice, auteur de poèmes, d’albums, de romans, de livrets d’opéra ; fondatrice en 1975 de La Scribure, association qui se consacre à la pratique des ateliers de lecture-écriture et à la promotion de la littérature pour la jeunesse ; c’est Rolande Causse qui, en 1984, organisa le (premier) Festival Livres Enfants-Jeunes de Montreuil ; parmi ses ouvrages pour les enfants et les jeunes : Mère absente fille tourmente (Gallimard, 1983), Rouge Braise (Gallimard, 1985), Les enfants d’Izieu (Le Seuil, 1989), Le Petit Marcel Proust (Gallimard, 2005), 20 ans pour devenir… Martin Luther King et 20 ans pour devenir… Nelson Mandela (Oskar, 2016) ; pour les médiateurs : La Scribure (Buchet-Chastel, 1983), Le guide des meilleurs livres pour enfants (Calmann-Lévy, 1986), Qui a lu petit, lira grand (Plon, 2000), Qui lit petit lit toute sa vie (Albin Michel, 2005).

Eau de boudin

par André Delobel

    Contre toute attente, l’exposition Dans les coulisses de l’album : 50 ans d’illustration pour la jeunesse (1965-2015) a terminé son périple à la Médiathèque André Malraux de Strasbourg le 19 novembre 2016. Elle aura, en vingt mois, été mise en place à Beaugency, Paris, Arras, Bron, Mourenx, Cherbourg, Reims et Strasbourg, accueillie par six médiathèques, un salon du livre, une université. Elle ne fut montrée en son entier qu’à Beaugency, Arras et, à dix-huit œuvres près, à Strasbourg. Les autres lieux ont « adapté » l’ensemble qu’il recevait à leurs locaux, créant parfois leur propre scénographie. Les huit établissements qui nous ont fait confiance ont eu à cœur d’organiser, en fonction de leurs habitudes et de leurs moyens, des activités d’accompagnement en direction des enfants et du grand public. Les professionnels du livre et de la lecture ne furent pas oubliés et Janine Kotvica, Michel Defourny, Hélène Valotteau, Françoise Lagarde et André Delobel ont apporté leur concours à plusieurs moments de formation.

    Le CRILJ se faisait une joie de voir l’exposition de son jubilé présentée à la Médiathèque d’Orléans en décembre 2016 et janvier 2017. La possibilité d’une journée de formation, en partenariat avec l’ABF, avait été évoquée entre notre association et la responsable du secteur jeunesse de l’établissement (qui avait également pris contact avec plusieurs illustrateurs pour des rencontres dans les cinq annexes orléanaises). La venue, le jeudi 26 ou le vendredi 27 janvier 2017, à la centrale, pour une rencontre et pour un concert avec Jean Claverie, créateur du visuel de l’exposition, devait constituer un pertinent et festif point final.

    Malgré les garanties que Françoise Lagarde, présidente, et moi-même, secrétaire général, avions apportées mi-septembre, dès  notre retour de Strasbourg, la direction de la Médiathèque d’Orléans a estimé qu’une « présentation sécurisée et adéquate de l’exposition » n’était pas assurée. Faisant fi d’une année d’échanges constructifs, elle prenait la décision de renoncer à un projet qui nous était apparu comme le souhait des bibliothécaires de l’établissement.

    Au-delà de notre amertume, nous affirmons que la raison avancée ici est incompréhensible et irrecevable. Il ne sera pas acté que le CRILJ se soit, en cette affaire, montré inconséquent. Notre association, dans les actions qu’elle met en œuvre, a toujours pris un soin particulier, en pleine responsabilité, à nouer des partenariats respecteux de chacun, dans la clarté et dans la transparence.

    Peut-être y a-t-il, dans les raisons qui ont motivé ce renoncement, des éléments que nous n’avons pas à connaitre. En tout cas, le CRILJ, s’il ne peut pas tout, avait, en la circonstance, choisi de « bouter hors des cadres », les bêtes d’orage qui s’y étaient subitement installées. Le travail de nettoyage fut confié à une professionnelle strasbourgeoise et la Médiathèque d’Orléans aurait pu, fin novembre, venir à Strasbourg retirer une exposition saine et complète.

   Faudra-t-il conclure que les associations proposent et que les institutions disposent ? Une seule mésaventure ne nous autorise pas à l’affirmer. Nous profitons, au contraire, de cette mise au point pour remercier sur ce site les personnes qui, à Beaugency, à Paris, à Arras, à Bron, à Mourenx, à Cherbourg, à Reims et à Strasbourg, ont fait honneur, avec professionnalisme et inventivité, aux illustrateurs dont nous avions rassemblé les travaux.

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Né en 1947. maître-formateur retraité, André Delobel est, depuis presque trente-cinq ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national. Articles récents : « Promouvoir la littérature de jeunesse : les petits cailloux blancs du bénévolat » dans le numéro 36 des Cahiers Robinson et « Les cheminements d’Ernesto » dans le numéro 6 des Cahiers du CRILJ consacré au théâtre jeune public.

Kline (1921-2013)

 par André Delobel

Le dessinateur de bandes dessinées Kline est décédé le jeudi 16 mai 2013 à l’âge de 91 ans. Il avait débuté pendant la guerre dans OK puis travaillé pour Coq Hardi et pour Fillette. En 1960, il avait repris, pour Vaillant, « Davy Crockett » que dessinait Eduardo Coelho sur des scénarios de Jean Ollivier. En 1969, c’est la création de Pif Gadget et, toujours avec Jean Ollivier, de la série « Loup Noir », consacrée aux aventures d’un indien sans attaches. « Mon héros préféré est peut-être Loup-Noir… Certains épisodes mythiques (je pense notamment au Bracelet de cuir) dépassent ainsi le cadre de la stricte aventure pour baigner dans un climat purement poétique et moral. Loup-Noir représente un dépassement ultime, un dépassement vers le haut, une assomption de la bande dessinée d’aventure. » (Michel Houellebecq dans L’Idiot International en mars 1992). Réédition de la série en cours aux éditions Taupinambour. Le Bracelet de cuir est dans le tome 5.

    Né dans les Côtes-du-Nord, Kline envisage de devenir architecte et suit la formation des Beaux-Arts de Rouen. Puis, très rapidement, il s’oriente vers l’atelier de peinture et réalise deux expositions de ses travaux.

    Sous l’occupation allemande, il rejoint Paris : « N’étant pas en règle, j’ai pensé que dans une grande ville, je passerai plus facilement inaperçu ». Il y commence sa carrière professionnelle de dessinateur.

    De 1945 à 1947, il publie divers courts récits de sept à huit planches et une série à suivre, à raison de deux planches par semaine pour un total de 139 planches, « Kaza le Martien » dans l’hebdomadaire OK. Grâce à ce journal, il rencontre d’autres dessinateurs et notamment Albert Uderzo.

    De 1948 à 1956, ils travaillent, à la fois, pour les publications Marijac (Coq Hardi, Mireille et Pierrot) et le magazine Fillette de la Société parisienne d’édition (SPE). Durant cette période, il côtoie de nombreux dessinateurs : Dut, Marin, Pierre Le Guen, Noël Gloesner, Calvo et Christian Mathelot. Sa collaboration avec les publications Marijac cesse en 1957 tandis qu’il continue à travailler à la SPE jusqu’en 1961.

    En 1960, sa carrière connaît un tournant lorsqu’il entre aux éditions Vaillant et reprend le personnage de Davy Crockett sur des scénarios de Jean Ollivier. Jusqu’en 1969, il dessine, généralement en douze planches, un peu moins de soixante histoires parues dans Vaillant puis dans Vaillant le journal de Pif. Deux albums cartonnés sont édités.

    En 1969, avec le passage à la formule « Pif Gadget », Kline et Jean Ollivier lancent un nouveau personnage : Loup Noir. De 1969 à 1980, plus de 160 récits de sept à douze planches sont publiées pour seulement deux albums cartonnés.

    Aux éditions Vaillant, il sympathise avec de nombreux auteurs : Marcello, Cézard, Lucien Nortier, Yannick, Cance, Forton, Tabary, Mas, Coelho, Moatti…

    De 1981 à 1995, il dessine plusieurs courts récits au thème historique puis abandonne définitivement la bande dessinée en 1995

(Wikipédia)

Raoul Dubois au PAJEP

 

     Raoul Dubois est né à Paris le 30 décembre 1922, d’un père employé de l’octroi qui décède avant ses 3 ans et d’une mère couturière. En 1938, il entre au patronage laïque du XIe arrondissement et à l’École normale : il devient à seize ans le plus jeune instituteur de France. Toute son activité est orientée par ces deux axes : l’enfance et les activités éducatives et culturelles.

    Il participe au lancement des Francs et franches camarades (FFC) en 1944 et en devient un des premiers permanents. Il le reste jusqu’en 1953, tout en demeurant un des principaux dirigeants de cette association jusqu’à la fin de sa vie. Très intéressé par la littérature pour la jeunesse et le cinéma éducatif, il oeuvre aussi à la Fédération des oeuvres laïques (FOL), à la maison de la Culture du faubourg Saint-Antoine, à Ciné-Liberté, à la Fédération française des ciné-clubs (FFCC) et au Comité français du cinéma pour la jeunesse (CFCJ) qu’il fonde avec Henri Wallon et Charles Dautricourt. Il joue également un rôle important au sein du Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse (CRILJ).

    Par ailleurs, il a milité à la Confédération générale du travail (CGT), au Parti communiste français (PCF) et à l’association des Amis de la Commune. Raoul Dubois est décédé le 22 décembre 2004.

Historique de la conservation

    En 2008, grâce à l’action de Christian Robin, les archives de Raoul Dubois conservées à son domicile parisien, au 401 rue des Pyrénées, dans le XXe arrondissement, ont été transférées aux Archives départementales du Val-de-Marne dans le cadre du PAJEP, après avoir fait l’objet d’un récolement succinct. Conformément aux intentions de Raoul Dubois, les dossiers concernant son action au sein de l’association des Amis de la Commune ont été remis à cette association. Il s’agit de documents qui sont postérieurs aux années 1980-1990.

Présentation du contenu

    Le fonds est constitué principalement des dossiers concernant les différentes associations et organisations dans lesquelles Raoul Dubois a pu militer. Il est particulièrement riche concernant les Francas et les associations concernant la littérature et le cinéma pour la jeunesse. Les dossiers concernant le CFCJ sont d’une importance capitale puisque les archives de cette association n’ont pas été conservées. Figurent notamment une collection complète de la revue Ciné-jeunes et des documents concernant les instances et les statuts.

    Le fonds d’archives renferme aussi les quelques vingt mille fiches de critique de ivres destinées à la jeunesse que lui et sa femme Jacqueline ont pu rédiger. Le fonds comprend aussi tous les écrits et publications de Raoul Dubois ainsi qu’un fonds documentaire sur la littérature pour la jeunesse d’une grande richesse, comme par exemple quelques numéros du journal mensuel Mon camarade, le journal édité par la Fédération des enfants ouvriers et paysans avec la collaboration de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) datés de 1935-1936.

(communiqué établi par le PAJEP)

 les-dubois

Jacqueline et Raoul Dubois

 

Accessibilité du fonds :

– Archives départementales du Val-de-Marne

– Dubois Raoul, 56J

– Don en 2008. Archives privées. Communication libre.

Instrument de recherche : bordereau de récolement succinct.

– Volume : 20 mètres linéaires.

– Dates extrêmes : 1921-2005.

 

Chansons d’un autre temps

 par André Delobel

 – Tiens, tu reprends la plume.

– Oui, une commande

– Tu vas parler de Béatrice Tanaka et de Bernadette Després ?

– Non, c’est déjà fait, c’était dans Griffon.

– Je sais, j’étais abonné. Un article sur quoi, alors ?

– La chanson pour enfants.

– Parce que tu es compétent en la matière ?

– Moyennement, mais j’ai retrouvé le carton.

– Pardon ?

– Quand j’ai quitté la Tunisie pour rentrer en France, j’ai rangé dans un petit carton tous les 45 tours que nous écoutions en classe. De petits bijoux.

– Nostalgie, c’est tout.

– Non, pas du tout. Si tu ne t’étais pas débarrassé de ta platine, je te prêterais le carton sur l’heure. Tiens, regarde les pochettes…

– Je ne connais pas tout le monde.

– J’ai découvert la plupart de ces chanteurs en même temps que les élèves. On avait, en classe, institué une règle : une ou deux chansons à la demande – et ce n’était pas toujours les mêmes qui étaient réclamées – et une chanson nouvelle ou peu souvent demandée que je choisissais.

– Une sorte d’heure du conte, mais avec des chansons. Et l’astuce du pédago en plus.

– Si tu veux. Je te présente les grands succès ou je pioche au hasard ?

– Pioche. Et puisque tu as conservé ta platine…

– Hélène Martin, auteur et compositeur, grande interprète, amie des plus grands poètes, tels Louis Aragon, René Char et Pablo Neruda, qu’elle met en musique et chante. « Le condamné à mort » de Jean Genet, c’est elle.

– Pour les enfants ?

– Tu le fais exprès ? Ecoute plutôt, dans Chansons du petit cheval, « Plein-ciel » et « Le petit bois » de Jules Supervielle. On dirait qu’Hélène Martin nous chante à l’oreille. Quand je l’ai entendue en récital à Avignon, elle chantait Jean Giono en s’accompagnant à la guitare. Sur le même disque, Henri Gougaud, Mireille Rivat et Jean-François Gaël. Tiens, voilà Steve Waring et son accent américain. C’est folk et c’est comme à la colo. Les grands succès, c’étaient « Les grenouilles » et « Le matou revient », mais « Image », chanson du disque Mirobolis, était assez souvent choisie. Les musiciens, excusez du peu, étaient ceux du Workshop de Lyon, Maurice Merle, Louis Sclavis, Jean Belcato et Christian Rollet. Le 45 tours de « La baleine bleue » que je possède est édité par Expression Spontanée. Sur la pochette, un dessin d’enfant en deux couleurs.

– Steve Waring chante encore, je crois.

– Oui, ses tubes et des chansons un peu plus difficiles, toujours avec d’excellents musiciens. Voici trois disques de chansons interprétées par Anne et Gilles. Ce sont peut-être mes préférés. Des mises en musique inégalées des Chantefables et des Chantefleurs de Robert Desnos et de toniques poèmes de Jean Tardieu. Christine Combe, quant à elle, chante Jacqueline Held et Lewis Carroll. Ambiance contemporaine là aussi, pas variétoche, non, free-jazz un tantinet tempéré. Avec Jacques Cassard, Jean-Louis Méchali, Jean-François Canapé. Et regarde un peu ces pochettes : des images de Patrick Courantin et d’Henri Galeron.

– C’est très beau.

douai

– Jacques Douai, pas très souvent réclamé, j’en conviens. Mais « En sortant de l’école » et « Ma culotte de ficelle » avaient des adeptes. Colette Magny…

– Tu plaisantes ? C’était déjà pas facile quand elle chantait pour les adultes.

– Elle a enregistré un disque de berceuses françaises et elle chante de telle façon que les berceuses sont parfaitement identifiables et que c’est du Magny quand même : « La petite poule grise », « Le p’tit quinquin ». Avec Anne-Marie Fijal au piano. Le Chant du monde a publié d’autres disques de berceuses du monde entier, dans une collection dirigée par Philippe Gavardin. Des pochettes ouvrantes somptueuses signées Patrick Courantin, Tina Mercia, Jacques Rozier et Monique Gaudriaut, Kelek, Gérard Hauducoeur et Henri Galeron toujours. Parmi les musiciens, Jean-Louis Méchali, arrangeur et accompagnateur.

– Tu me parles de chansons pour enfants et tu dérives, une fois sur deux, vers tes musiciens et chanteurs à textes favoris. Tu n’exagères pas un peu ? Pourquoi pas Jacques Bertin, pendant que tu y es ?

– Il a enregistré « Un soir, mon fils » sur le disque collectif Enfances du groupe Unison, publié par Unitélédis, maison de disques du Parti socialiste. Très bon goût au PS, à la fin des années 1970. Le contrebassiste Didier Levallet était dans le coup. Mais comme il s’agit d’un 33 tours 30 cm, le disque n’est pas dans le carton. Et c’est pour des enfants un peu plus grands.

– Dommage, hein ?

– Chez quelques éditeurs comme Le Chant du Monde ou Les Disques du cavalier, on ne faisait pas trop de différence entre les enfants et les adultes, Pas de différence dans l’exigence, en tout cas. Et, crois-moi, les enfants n’aiment pas que les musiques à claquer dans les doigts ou à remuer du derrière. Les musiques en bandes d’Alain Savouret, du Groupe de musique électroacoustique de Bourges, ne les rebutaient pas.

– Soit.

– Moreau et Imbert, c’est la chanson de connivence. Des chanteurs qu’on aimerait inviter à la maison. L’écoute n’est pas difficile et les sujets proches des enfants, des questions qu’ils se posent, de leurs joies et de leurs peines. « J’élève mes parents », c’est tout un programme.

moreau-imbert

– Anne Sylvestre ?

– Sans plus.

– Snobisme de l’amateur qui se veut pointu ?

– C’est de mes élèves dont il s’agit, pas de moi. On écoutait. Il y a d’ailleurs neuf 45 tours dans le carton. Mais « La petite Josette » ou « La maison pleine de fenêtres », passés quelques mois, on écoutait moins. Regarde : une pochette signée par le jeune Pef.

– Le carton n’est pas vide. Je t’accorde de piocher quatre ou cinq disques encore. Pas plus, cet article va devenir long.

– Allons-y. Max Rongier qui chante, de sa voix chaude, de « petites chansons d’un papa à son enfant », La mitraillette à fleurs, en mini 33 tours, donc dans le carton, chansons écrites et mises en musique par Christian Poslaniec, Pour enfants en liberté et Poésie en liberté, textes de Jean Tardieu, Nazim Hikmet, Raymond Queneau, Guillevic, Yánnis Rítsos et quelques autres, parlés ou mis en musique et chantés sous la houlette de René Bourdet. Lorsque je rentrerai en France, j’inviterai René Bourdet dans mon école et à la bibliothèque de Saint-Jean-de-la-Ruelle. Il viendra, sans Claude Réva, Stéphane Vélinski et Amélie Prévost, mais avec son orgue de barbarie. Dernière pioche : Una Ramos, sa kena et sa « Valse pour Liseron » (1976). Pendant 34 ans, le jour de la rentrée des classes, un peu avant midi, je ferai écouter cette musique à mes élèves de cours préparatoire. Silence absolu et demande de réécoute fréquente au fil de l’année.

– Dernière question. Le succès des succès auprès de tes élèves ? Une musique à claquer dans les doigts ou à remuer du derrière ? On ne triche pas…

– Question difficile, mais j’ai une réponse. Ce que les élèves, en Tunisie, me demandaient le plus souvent, le samedi midi avant de retourner à la maison, n’était pas une chanson pour enfants. C’était « Bourée », adaptation par le Jethro Tull d’un mouvement de la suite pour luth n°1 en mi mineur de Jean-Sébastien Bach (BWV 996). Introduction à la flute par Ian Anderson, très mélodique, puis développement pop en partie improvisé par les quatre musiciens du groupe, jusqu’au retour à la mélodie du début et final très annoncé se concluant par un effet de batterie qui réjouissait les auditeurs.

– Essuie ta larme. Je referme le carton pour toi.

(février 2015)

bourree

par ordre d’apparition dans l’article :

– Hélène Martin et autres, Chansons du petit cheval, Les disques du cavalier, 201, 1972

– Steve Waring, Chante pour les enfants, Le Chant du monde, 100 114, 1973

– Steve Waring & Workshop de Lyon, Mirobolis, Le Chant Du Monde, 100 112, 1978

– Steve Waring, La baleine bleue, Expression Spontanée, numéro 6, 1971

– Anne et Gilles, Chantefables, Le Chant du monde, 100 101, 1975

– Anne et Gilles, Chantefleurs, Le Chant du monde 100 102, 1975

– Anne et Gilles, Les erreurs, Le Chant du monde, 100 105, 1976

– Christine Combe, Antifables, Le Chant du monde, 100 103, 1976

– Christine Combe, Antifables 2, Le Chant du monde, 100 106, 1976

– Christine Combe et François Lalande, Lettre à Alice, Le Chant du monde, 100 107, 1976

– Jacques Douai, Chante pour les enfants n°2, BAM, EX 229, 1958

– Jacques Douai, Comptines n°6, Unidisc, EX 45524, 1957

– Colette Magny, Berceuses françaises, Le Chant du Monde, 100 131, 1983

Groupe Unison, Enfances, Unitélédis, UNI 19 378, 1978

– Alain Savouret, Les musiques en bandes, Le Chant du monde, 100 139, 1985

– Moreau et Imbert, J’élève mes parents, Le Chant du monde, 100 124, 1979

– Anne Sylvestre, La petite Josette et les moustaches, A. Sylvestre, 778032, 1976

Anne Sylvestre, Fabulettes 2, Meys, GP 2, 1969

– Max Rongier, Je chante pour mon Plustout, Philips, 6 172 259, 1979

– Christian Poslaniec, La mitraillette à fleurs 1, L’oiseau musicien, 3508, 1975

– Christian Poslaniec, La mitraillette à fleurs 2, L’oiseau musicien, 3509, 1975

– René Bourdet et autres, Pour enfants en liberté 1, Jacques Canetti, 233.001, 1970

– René Bourdet et autres, Pour enfants en liberté 2, Jacques Canetti, 233 002, 1970

– René Bourdet et autres, Pour enfants en liberté 3, Jacques Canetti, 233 003, 1970

– René Bourdet et autres, Poésie en liberté 1, Jacques Canetti, 233 006, 1970

– Una Ramos, Valse pour Liseron, Le Chant du Monde, 45 9030, 1976

liseron

Né en 1947. maître-formateur désormais retraité, André Delobel est, depuis presque trente-cinq ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire  « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national. Articles récents : « Promouvoir la littérature de jeunesse : les petits cailloux blancs du bénévolat » dans le numéro 36 des Cahiers Robinson et « Les cheminements d’Ernesto » dans le numéro 6 des Cahiers du CRILJ consacré au théâtre jeune public.

Entre éducation populaire et professionnalisation

par André Delobel

Texte prononcé en prologue de la journée d’études Les scènes de l’album, le vendredi 4 février 2016, à la Maison de la recherche de l’université d’Artois.

    Si le CRILJ a eu 50 ans en 2015, c’est parce qu’à la fin des années 1960, des personnes telles que Natha Caputo et Isabelle Jan, critiques, Mathilde Leriche, bibliothécaire et conteuse, Marc Soriano, chercheur, Jacqueline et Raoul Dubois, enseignants et critiques, Raymonde Dalimier, documentaliste, Colette Vivier, écrivain, se sont retrouvées pour imaginer une structure qui rassemblerait ceux et celles qui œuvraient à ce que « de plus en plus d’enfants rencontrent de plus en plus de livres ».

    Ce fut la création du CRILJ, Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse.

    Information donc (beaucoup), recherche (un peu) et, surtout, souci d’inventer des médiations permettant d’atteindre les enfants et leurs parents, les enseignants et les animateurs de centres de loisirs, voire les bibliothécaires à chaque fois que possible. A titre d’exemple, je citerai les fameuses « malles » que l’association mettra à disposition des demandeurs pour donner à voir et à lire la littérature pour la jeunesse dans sa diversité et les innombrables « rencontres de terrain » pour, livres en main, expliquer et montrer, montrer et expliquer, devant une poignée de personnes sous un préau d’école ou devant une salle pleine.

    Il y a, en arrière plan de cet activisme, une croyance commune que Max Butlen, dans le numéro 7 des « Cahiers du CRILJ », décrit ainsi :

    « Ce qui fonde les certitudes des militants, c’est la conviction (enracinée souvent dans une expérience personnelle) que les livres permettraient de se construire, de s’affirmer (parfois de se libérer). La croyance souvent partagée est que la lecture, outre les grands plaisirs qu’elle procure, est la voie royale d’accès à la culture, au savoir, au pouvoir, à la sagesse, et aussi à la distinction. La lecture donnerait des clés précieuses, celles de l’identité, de la formation, de la compréhension de soi-même, des autres et du monde. »

    Nous sommes bien là du côté de l’éducation populaire et il n’est pas étonnant que le CRILJ soit, en 1978, agréé à ce titre par le ministère de la Jeunesse et des Sports et, grâce à Jean Auba, efficace président, reconnu d’utilité publique en 1983.

    Les statuts originels du CRILJ (et ceux d’aujourd’hui) l’affirment : l’association regroupe écrivains, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, parents et autres médiateurs du livre désireux de travailler ensemble.

    Mais regardons, en 2016, les choses d’un peu près :

– les auteurs et les illustrateurs ont, en 1974, créé une Charte que tout organisateur de rencontres, de salons ou de formation ne peut pas ne pas connaitre, ne serait-ce qu’à cause d’un fameux « tarif » ;

– des libraires actifs se sont régroupés, il y a une trentaine d’années, dans une association spécialisée qui, entre autres initiatives, publie une revue trimestrielle mélant articles de fonds, propositions de lectures et encarts publicitaires ;

– les éditeurs ont leur « groupe jeunesse », au Syndicat national de l’édition, et les récentes déclarations de Thierry Magnier, son nouveau président, donnent l’impression que c’est grâce aux éditeurs que le livre pour enfants améliorera prochainement sa visibilité ;

– les bibliothécaires jeunesse, qui lisent dans la joie, s’affirment, dès 1963, comme seules spécialistes du livre pour les enfants ; les choses ont évolué, heureusement, mais il reste encore des traces de cette posture ;

– les universitaires qui, dans leurs enseignements et dans leurs travaux, prennent en considération la littérature pour la jeunesse ne sont plus considérés comme marginaux et les chercheurs qui s’intéressent aux « objets culturels de l’enfance » ont créé leur association, très active ; la recherche fondamentale, essentielle notamment lorsqu’elle vient contrarier les discours dominants, n’est toutefois pas une « action de terrain ».

    Le CRILJ d’aujourd’hui, même lorsqu’il réaffirme, d’assemblée générale en assemblée générale, son attachement aux principes de l’éducation populaire, sait qu’il ne peut agir sans s’appuyer sur ces entités professionnalisés, sans réfléchir et sans construire avec elles.

    Il sait aussi qu’il va avoir à convaincre partenaires associatifs et institutionnels que ce n’est pas parce que les réseaux militants sont aujourd’hui mis à mal qu’il convient de passer à autre chose, laissant, en matière de littérature pour la jeunesse, mode et commerce prendre le dessus.

(Arras, 4 mars 2016)

maison de la recherche

Né en 1947. maître-formateur désormais retraité, André Delobel est, depuis presque trente-cinq ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire  « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national. Articles récents : « Promouvoir la littérature de jeunesse : les petits cailloux blancs du bénévolat » dans le numéro 36 des Cahiers Robinson et « Les cheminements d’Ernesto » dans le numéro 6 des Cahiers du CRILJ consacré au théâtre jeune public.

 

Les ouvrages pour la jeunesse de Pierre Pelot

 par Raymond Perrin

    Dans Pierre Pelot, l’écrivain raconteur d’histoires, essai publié en mars 2016 aux éditions L’Harmattan, je fais le pari audacieux d’envisager toute l’oeuvre romanesque de Pierre Pelot publiée au cours de 50 années d’écriture. Il s’agit de rendre possible la juste appréciation de l’essentiel de ses livres et de l’originalité d’un parcours d’écrivain, en un sens, exemplaire.

    En 50 ans, l’auteur vosgien a écrit près de 200 romans touchant au western, au fantastique et aux paraboles de la science-fiction, au polar et au roman noir. Il a aussi bien fourni des romans « vosgien » du terroir que des récits préhistoriques. Il a étendu le champ de ses créations tant à la littérature générale qu’aux novélisations, aux scénarios de BD, au théâtre et à la nouvelle.

    C’est l’occasion de rappeler que cet « ogre » protéiforme de la littérature, sur près de 200 romans publiés en 2016, a publié, parfois à son corps défendant, un tiers de ses récits (plus de 60), dans les collections pour la jeunesse (des récits souvent réédités dans des collections de poche).

    Il y eut d’abord la période initiale des récits d’apprentissage et des romans-westerns dont le premier, La Piste du Dakota, est paru en 1966. Ce sont les éditions belges André Gérard de Verviers, créateurs de la collection « Marabout Junior » qui offrent à Pierre Pelot la chance de trouver un éditeur unique pour trois années (de 1966 à 1969) au cours desquelles sont publiés 21 romans sous des couvertures de Pierre Joubert et un recueil de nouvelles.

    Sept récits paraissent en 1966-67, dont le livre Black Panache, réédité, illustré par Paul Gillon, sous le titre Black Panache, le hors-la-loi et dont l’action se passe en 1880, dans le Wyoming. Le sixième récit, Les Croix de feu réédité en « Castor Poche », sous le titre Les Croix en feu, évoque la naissance du Ku-Klux-Klan.

    Il y eut ensuite, dans la collection « Pocket Marabout », quatorze épisodes et deux nouvelles de la série « Dylan Stark », personnage inséré dans un cadre géographique et historique plausible qui subit d’autant plus les séquelles d’une telle période qu’il est un métis né de mère française et de père cherokee. L’épisode La Couleur de Dieu obtient le Prix des 13 en 1967 et Le Tombeau de Satan est préfacé par le père de Tintin, Hergé. De 1980 à 1983, la série est partiellement rééditée dans la collection « L’Ami de poche » chez Casterman (10 volumes avec des illustrations de Michel Blanc-Dumont), puis chez Claude Lefrancq, dans deux gros volumes dont le deuxième présentait une introduction et un inédit, Plus loin que les docks. Deux épisodes inédits étaient parus dans Le journal de Tintin, la « Bibliothèque de l’Amitié » avait publié un Dylan Stark inédit, Le Vent de la colère, en 1973, et il faut attendre 1982 pour que paraisse aux éditions de l’Amitié, superbement illustré par Claude Auclair, Pour un cheval qui savait rire, l’étalon Grand-Blanc.

    A partir de 2006, les nouvelles éditions Le Navire en pleine ville, dirigées par Hélène Ramdani, rééditent quelques volumes de la série : Sierra brûlante (l’une des ultimes errances de Dylan Stark), La Couleur de Dieu et Quatre hommes pour l’enfer. Depuis 2014, les éditions Bragelonne ont entrepris la publication numérique de la série « Dylan Stark » dans la collection « Bragelonne Classic Western ».

    Pierre Pelot, abondamment nourri de culture américaine, publie encore quelques romans « américains » dans les collections « jeunesse » : La Drave évoquant les bûcherons du Québec embarqués sur une rivière indomptée (Coll. Olympic, Ed. G.P.), L’Unique rebelle (Bibliothèque de l’amitié) et La légitime révolte d’un Indien qui veut sauver ses chevaux, réédité par les Éditions Larousse en 2011 dans la collection « Les Contemporains, classiques de demain », La Révolte du Sonora (Olympic) et Les Épaules du diable (Olympic),

    Trois bandes dessinées inédites deviennent chez G.P., dans la collection « Spirale », une aventure historique, La Guerre du castor, et deux westerns burlesques et parodiques, Le Train ne sifflera pas trois fois et La Poussière de la piste.

    Contraint de changer d’éditeur, Pierre Pelot s’oriente à la fois vers le roman psychologique pour adolescents, ancré dans le terroir vosgien (des romans « sociaux », en phase avec les problèmes sociétaux de l’époque), la science-fiction, scrutant des thèmes parfois prémonitoires et le fantastique, en général plus apaisé.

    La « Bibliothèque de l’Amitié » accueille, (en plus de trois épisodes de Dylan Stark, Le Vent de la colère, Le Hibou sur la porte, Quand gronde la rivière), le premier récit ancré dans les Vosges et la Haute-Saône, Les Étoiles ensevelies contant la rencontre et l’errance d’un émigré sans papier et d’un enfant fugueur qui reçoit de nombreuses distinctions.

    Pierre Pelot va participer à la première collection en poche, « Jeunesse Poche », créée en 1972 par les éditions Hatier. Il y publie deux récits de science-fiction illustrés par Claude Auclair : Une Autre Terre (et ses mondes parallèles et antithétiques) et L’Ile aux enragés (suite des aventures d’Arian Dhaye dans une île menaçante). En 1973, deux autres récits de science-fiction sont édités dans les collections « Olympic », Les Légendes de Terre (où se rencontrent astronavigateurs et chasseurs primitifs), et « Spirale », Le Pays des rivières sans nom (où le vieux Manoudh marginal et traqué sauve la jeune Deva), bien avant L’Expédition perdue (Collection « Pleine lune » chez Nathan en 1994).

    Seul roman fantastique « jeunesse », La Fille de la Hache-Croix, paraît chez Magnard en 1998.

    Au cours des années 70, la naissance des premières collections pour adolescents sont l’occasion, pour les éditeurs de Pierre Pelot, d’éditer des récits originaux. Ainsi « Plein vent » (Laffont) accueille Sierra brûlante. La collection « Grand angle » (G.P.) semble convenir pour Le Pain perdu en 1974 (adapté en téléfilm par Pierre Cardinal en 1975), Je suis la mauvaise herbe (1975) qui reçoit plusieurs prix, Les Neiges du coucou (au pays des bûcherons et des débardeurs), et Les Canards boiteux.

    La collection « Les Chemins de l’Amitié » accueille six récits qui évoquent la vieillesse, la solitude, la marginalité et l’exclusion, le handicap et la différence : Le Cœur sous la cendre, Le Ciel fracassé, Le Renard dans la maison, Le Mauvais coton, Le Pantin immobile et Fou comme l’oiseau, les deux derniers étant adaptés pour la télévision en 1983.

    En 1999, dans la collection « Tribal », chez Flammarion paraît La Passante, un récit émouvant pour grands adolescents.

    Ce n’est qu’au cours des années 90 que Pierre Pelot écrit pour la collection « Souris noire », chez Syros, deux récits policiers juvéniles, Le Père Noël s’appelle Basile (1993) et Cimetière aux étoiles (1999). Pour Messidor, il publie encore Le Seizième round en 1990.

    C’est pour son fils Dylan (né en 1969, subitement disparu en janvier 2013) qu’il écrit en 1977 Les Aventures de Victor Piquelune, illustrées par Arnaud Laval, pour la collection « Ma première amitié » qui accueille aussi en 1981, Un Bus capricieux, illustré par Claire Nadaud.

    C’est aussi avec son fils Dylan Pelot devenu auteur et illustrateur qu’il écrit, de 1995 à 2003, la série humoristique « Vincent, le chien terriblement jaune », constituée de cinq épisodes publiés chez Pocket dans la collection « Kid Pocket » (Vincent, le chien terriblement jaune, Vincent en hiver, Vincent et le canard à trois pattes, Vincent et les évadés du Zoo et Vincent au cirque).

    L’auteur de la saga préhistorique « Sous le vent du monde », sous le regard d’Yves Coppens, se devait d’écrire pour les jeunes les deux textes documentaires Au temps de la préhistoire (Le Sorbier, 2002 et La Martinière, 2005) et La Préhistoire racontée aux enfants (La Martinière Jeunesse, 2015).

    Souvent par le jeu des rééditions, Pierre Pelot sera présent dans les collections de poche pour la jeunesse, en général illustrées par des artistes réputés. Outre les collections déjà citées, « Marabout Junior », « Pocket Marabout », « Bibliothèque de l’amitié », « L’Ami de poche Casterman », « Tribal », « Souris noire », il faut nommer « Le Livre de poche jeunesse »,  « Folio Junior », « Castor Poche Flammarion », « Les Maîtres de l’Aventure Rageot », « Zanzibar Milan », « Cascade Rageot », « Travelling Duculot », « Pocket Junior »…

(mai 2016)

 REFERENCES

Raymond Perrin, « Dylan Stark, le justicier métis » in Dylan Stark, Intégrale 2, Bruxelles, Lefrancq, 1998.

Raymond Perrin, « Bibliographie commentée des romans de Pierre Pelot » in le recueil de nouvelles L’Assassin de Dieu, dir. Claude Ecken, Encrage, 1998.

Bernard Epin, « Pierre Pelot » in Dictionnaire du livre de jeunesse : la littérature d’enfance et de jeunesse en France, dir. Isabelle Nières-Chevrel et Jean Perrot (Cercle de la Librairie, 2013).

Claude Ecken, « Cinquante ans d’écriture : Pierre Pelot » et interview, in revue Bifrost, numéro 81, éditions du Bélial, 2016.

Raymond Perrin, Pierre Pelot, l’écrivain raconteur d’histoires, L’Harmattan, 2016.

pierre pelot

Né à La Bresse (Vosges) en 1940, Raymond Perrin fait son Ecole Normale à  Mirecourt entre 1957 à 1961. Après un passage à la Faculté des lettres de Nancy (1964-1966), il  devient professeur de collège (français, histoire-géographie et arts plastiques) de 1964 à 1998 puis documentaliste au cours des années 1990. Collaborateur du supplément littéraire du quotidien vosgien La Liberté de l’Est, essayiste et chercheur, Raymond Perrin a publié une demi-douzaine d’ouvrages. Ceux consacrés à la littérature pour la jeunesse constituent une étourdissante mine d’informations : Un siècle de fictions pour les 8 à 15 ans (1901-2000) à travers les romans, les contes, les albums et les publications pour la jeunesse (L’Harmattan, 2001), Littérature de jeunesse et presse des jeunes au début du XXIe siècle (L’Harmattan, 2007), Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle (L’Harmattan, 2009), Histoire du polar jeunesse : romans et bandes dessinées (L’Harmattan, 2011). Contributeur du Dictionnaire du roman populaire francophone, dir. Daniel Compère (nouveau monde éditions, 2007) et du Dictionnaire du livre de jeunesse : la littérature d’enfance et de jeunesse en France, dir. Isabelle Nières-Chevrel et Jean Perrot (Cercle de la Librairie, 2013).

 

Cinquante ans et toujours jeunes

 par Francis Marcoin

En accompagnement de l’accueil dans ses locaux de l’exposition Dans les coulisses de l’album : 50 ans d’illustration pour la jeunesse (1965-2015), l’université d’Artois organisait à Arras, le samedi 4 mars 2016, une journée d’étude Les scènes de l’album, avec la participation de Loïc Boyer, Christian Bruel, André Delobel, Florence Gaiotti (responsable de la journée), Eléonore Hamaide, Isabelle Valdher et Hélène Valotteau. En voici le « lever de rideau ».

    La célébration d’un anniversaire nous amène sur le terrain du souvenir et même de l’Histoire avec sa grande hache. Histoire qui donne en même temps à rire et à pleurer. Pleurer quand on songe au démantèlement obstiné de tout l’environnement périscolaire et socio-culturel né au lendemain de la Libération et préparé, anticipé dès la fin de la première guerre mondiale. Rire quand on voit l’extraordinaire développement de la création destinée à la jeunesse et cette vitalité qui s’exprime dans toutes les œuvres ici exposées. Rire aussi à voir le CRILJ résister vaillamment aux vicissitudes que je viens d’évoquer, à l’occasion de la présente exposition mais aussi des importants colloques qu’il continue d’organiser tous les deux ans, dont les actes sont restitués dans Les Cahiers du CRILJ, quant à eux de nouveaux venus. Et se réjouir pour le moins quand on voit que l’université française, longtemps présente en pointillé dans ce domaine, y est lancée fougueusement depuis quelque temps.

    De ce point de vue, nous sommes ici sur un site qui a contribué à conduire ce mouvement, et puisque nous parlons d’anniversaire, Les Cahiers Robinson vont franchir leur vingtième année.

    Cinquante ans, vingt ans, en l’occurrence cela n’a guère d’importance. C’est presque la même chose. De même, toutes les œuvres exposées n’ont pas cinquante ans, mais d’une certaine façon aucune n’a d’âge. Certaines peut-être se signalent-elles par leur inscription dans un courant artistique qui pourrait être daté. Même cela n’est pas certain, notamment aux yeux d’un ignorant comme moi ou comme tous les enfants pour qui la nouveauté tient plutôt dans le caractère récent du livre ou de l’album.

    On pourrait en dire autant de la figure de Robinson, éternel jeune vieux qui ne cesse de susciter reprises, réécritures, réappropriations. C’est pourquoi, à l’occasion de ces vingt ans, un numéro des Cahiers s’intitulera « Encore Robinson ».

    Toutes les œuvres exposées ont donc cinquante ans comme le CRILJ ou tant d’institutions ou revues qui sont nées presque en même temps puisque la décennie 1965-1975 a été marquée par une explosion d’initiatives à caractère militant et/ou professionnel.

    Ou beaucoup moins de cinquante ans, comme les enfants à qui elles sont censées s’adresser. Je dis bien « censées » car je me demande si ce ne sont pas les adultes qui seront les plus sensibles à cette exposition placée tout particulièrement sous le signe de ce que les Anglo-Saxons nomment le crossover. Œuvres crossover, s’adressant donc de manière croisée aux publics jeunes et adultes, voire vieux. Pour un public qui lui aussi est crossover, car lecteur croisé d’œuvres qui s’adressent tantôt à l’enfance, tantôt à la maturité. D’une certaine manière, il y a une contemporanéité de tous les publics et de tous les travaux exposés, un esprit d’enfance hors chronologie.

    Dans la mesure où cette exposition privilégie les essais, les ébauches, mais aussi les fantaisies portées sur les courriers et sur les enveloppes par les artistes, c’est une sorte de caractère primitif qui est favorisé, mais depuis Lévy Bruhl et surtout ses continuateurs le primitif n’est plus seulement antérieur mais en quelque sorte structurel et permanent, se maintenant dans les sociétés réputées comme évoluées. Ce caractère primitif est lié à une certaine vision de l’enfance, qui elle-même selon Bachelard n’est pas un moment de la vie mais un noyau qui ne cesse de se développer. C’est pourquoi le mot « œuvre » semble presque inapproprié, non pas tant parce que ces travaux ne seraient pas aboutis mais que ce mot renvoie à une posture artiste.

    A l’université d’Artois, au moment où se tient cette exposition  dans la salle des doctorants, une autre va s’ouvrir au Bâtiment des Arts, accompagnée de spectacles, autour de l’œuvre de François Lazaro : « Pour en finir avec la marionnette ». François Lazaro a expérimenté toutes les formes de marionnettes et d’anti-marionnettes, de pantins mais aussi d’objets et de matériaux qu’il « anime », tous devenant « des interprètes par délégation ». On se souvient particulièrement de son Horla, où un morceau de mousse nous donnait l’émotion d’être devant la plus grande détresse, le plus grand abandon, la plus terrifiante enfance abandonnée. Car la marionnette ou l’anti-marionnette, qu’elle se mette au service de Maupassant (Le Horla, donc) ou de Beckett (Pour finir encore), exprime viscéralement quelque chose d’enfantin que ne peut peut-être vraiment ressentir qu’une personne un peu âgée. Il me plaît de penser que ce Horla qui lui non plus n’a pas d’âge fut le premier spectacle que j’invitai à l’université d’Artois, en 1994, au soir d’un colloque intitulé « Imaginer Maupassant », qui fut publié dans La Revue des Sciences Humaines avec des photogrammes du spectacle.

    Dans le travail de François Lazaro il y a toujours quelque accointance avec l’art brut, celui des matériaux détournés qui prennent soudain une autre dimension. De même, dans l’exposition pensée par Janine Kotvica, on trouve ainsi la planche à laver de sa mère, sur laquelle d’ailleurs l’artiste a peint un sauvage. Cette exposition, on ne la voit pas vraiment d’un point de vue historique. Thématique si l’on veut, mais bien plutôt analogique. J’ai dit « artiste », mais le mot semble inapproprié tant se dégage quelque chose de naturel qui échappe à l’art ou qui réinvente l’art, quand bien même ces œuvres sont signées de grands professionnels. Plus encore que les coulisses de l’album ou que la porte dérobée de l’atelier, c’est le capharnaüm de la chambre des enfants qui dessinent, qui découpent, détournent et donnent une autre vie aux objets. C’est quelque chose comme l’émergence de l’esprit d’art, de la même façon que dans Origine monde de Daniel Lemahieux, mis en scène par François Lazaro, quelques matériaux pauvres et un peu de lumière se mettent à vivre et à s’exprimer. La différence tient sans doute que chez Lazaro l’enfance est comme une sorte de douce plainte, une souffrance en attente.

    Dans cette exposition au contraire il y a toujours quelque chose de primesautier. Une jubilation pour un jubilé. C’est aussi une collection privée, à laquelle j’associerai un ensemble de petites cartes de formats divers que m’a donné Janine Kotvica et qui sont des dessins la représentant, signés d’auteurs qui sont des amis, des copains.

    A côté de l’industrie éditoriale qui se développe autour de l’enfant, souvent devenu prétexte, je terminerai en plaidant pour une librairie de jeunesse pauvre, au sens de l’art pauvre, un art d’enfance fait d’objets détournés, de dessins, de découpages, de textes et de récits eux-mêmes recyclés, quelque chose nous faisant échapper à une ambition littéraire ou artistique décrétée en préalable plutôt qu’authentifiée par l’élan du public.

(Arras, le 4 mars 2016)

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Francis Marcoin, professeur de langues et de littérature française à l’université d’Artois depuis 1993, dirigeant le laboratoire de recherche « Textes & Cultures » et responsable de l’axe « Littératures et cultures de l’enfance », a été élu, en 2012, président de son université ; spécialiste de l’histoire et de la critique de la littérature pour la jeunesse, il a mené des recherches sur l’école, la lecture, les manières de critiquer, le roman des XIXe et XXe siècles ; en 2009, accueillant les archives du CRILJ, il met en place le Centre Robinson ; il est président de la Société des amis d’Hector Malot et directeur de publication des Cahiers Robinson ; parmi ses publications : À l’école de la littérature (Éditions ouvrières, 1992), La comtesse de Ségur et le bonheur immobile (Presses universitaires d’Artois, 1999), Librairie de jeunesse et littérature industrielle au XIXe siècle (Honoré Champion, 2006) et, avec Christian Chelebourg, La littérature pour la jeunesse (Armand Colin, 2007).

Une rencontre avec Anne Brouillard

 Invitée par la section Midi-Pyrénées du CRILJ dans le cadre de son projet « L’Habiter », Anne Brouillard, auteur-illustratrice, était, le 7 novembre 2015, à l’ESCAL, la nouvelle médiathèque de Nailloux. Martine Abadia et Ghislaine Roman ont animé la rencontre. Nelly Delaunay qui a consacré une thèse à Anne Brouillard était également présente.

 GR : Quand on entre dans tes albums, Anne, on entre souvent dans une maison paisible, dans une ambiance, douce, sereine, protectrice… On y aperçoit des cafetières en émail dans des cuisines surannées, des jouets dans des chambres d’enfants et ces objets du quotidien réveillent nos souvenirs, font surgir des parfums, des sons, des émotions. Est-ce que ces maisons existent ? Et ces visites que tu nous proposes, n’est-ce  pas, en fait, la visite de certains moments de ta vie ?

Est-ce que les maisons existent ? Forcément puisqu’elles sont dans les livres ! Dans la réalité, elles n’existent pas vraiment, sauf celle du Chemin bleu. Elle est en Auvergne. C’est une ancienne école transformée en gîte. J’y ai séjourné un trimestre. Les autres sont inspirées de maisons réelles ou sont construites en carton.

GR : Est-ce qu’on peut dire que la maquette est une étape de ta création ?

Oui, par exemple dans Le rêve du poisson, j’ai eu besoin de faire le plan de la maison pour m’y retrouver et j’ai fait aussi la maquette avant de la dessiner. J’aime bien réaliser des maquettes. Dans Le petit somme aussi la maquette existe.

MA : Quand on sort de la maison, on se trouve dans une nature domestiquée, dans des parcs, des jardins ou, au contraire, dans une nature sauvage, près de lacs, de rivières. Les animaux y sont présents, renards, lapins, canards, oiseaux, en harmonie avec les humains… Ils ont parfois des airs humains et se tiennent debout. Ces images nous parlent d’un temps suspendu, parcouru d’échos d’un passé encore proche. C’est ce cadre de vie que tu offres dans tes albums à tes jeunes lecteurs, bien loin de ce que la plupart d’entre eux connaissent. Qu’as-tu envie de leur transmettre à travers tes images ?

Oh cette question-là est difficile. Je ne sais pas. En fait, je pense juste à faire des choses que j’aime bien.

GR : C’est une sacrée transmission…

Ça ne me semble pas que du passé, ça peut être du futur, c’est dans le présent aussi. Il existe encore des forêts avec des animaux, des jardins avec des animaux… Bon, il y a beaucoup trop de voitures, c’est vrai et, pour moi, le futur ce serait qu’il n’y en ait plus.

GR : Mais il y a quand même quelques voitures dans tes albums.

Oui, dans Le voyage d’hiver, il y en a quelques unes.

anne brouillard 1

MA: Justement, peux-tu nous dire quelques mots sur Le voyage d’hiver ?

Alors je vais vous parler technique. C’est plus facile pour moi que de vous parler de ce que je peux transmettre. C’est plus terre à terre. Au départ, ce n’était pas un livre. C’était une toile peinte pour une exposition, elle mesure 40 cm de hauteur et elle est très longue, plus longue que le livre déplié. Le livre s’arrête à la gare, la toile continue au-delà. Elle a d’abord été exposée dans un parc à Roubaix. Et puis mon éditrice a proposé d’en faire un livre.

GR : On pourrait parler de cet autre moyen de transport très présent dans tes livres : le train. Ton univers est sillonné par des trains qui vont de gare en gare. Les trains apparaissent même sous forme de jouets dans les chambres d’enfants. On a constaté ces effets de dedans-dehors comme une invitation à un autre paysage et cette impression de temps suspendu… Tu as choisi de prendre le train pour venir jusqu’à nous. Tu as traversé la France du nord au sud. Pourquoi aimes-tu tant les ambiances de gare et quelle importance accordes-tu au train dans ton travail ?

Allez savoir pourquoi on aime les choses… Le train, ça vient de très loin. Déjà enfant, j’adorais les trains. Mes grands-parents habitaient près d’une ligne de chemin de fer. Mon père adorait les trains lui aussi. Le train a une vie en lui-même. Les gens en prennent possession. Il se passe toujours quelque chose dans un train… Les gares, j’adore aussi. Je m’y sens chez moi. Pour venir de Paris à Toulouse, le voyage dure presque 7 heures. Le paysage est magnifique.

GR : Est-ce que c’est quelque chose de plastique ou de graphique qui t’interpelle là-dedans ?

Oui, bien sûr, et même très fort. En fait, quand j’étais enfant, j’avais envie d’être conductrice de trains.

GR : Nelly Delaunay a attiré notre attention sur des points intéressants dans les images d’Anne. Elle nous a montré des citations d’un album dans l’autre qui tissent une intertextualité particulièrement solide et qui nous est apparu très représentatif De ton travail. On pourrait considérer qu’il ne s’agit que de clins d’oeil après tout, d’une espèce de complicité établie avec les lecteurs fidèles mais nous avons le sentiment qu’il s’agit de quelque chose d’autre. Peux-tu nous parler, Anne, de ces jeux que tu mènes d’un album à l’autre ?

C’est très simple. J’explique tout ? Alors voilà. Il s’agit de quatre albums qui sont sortis deux par deux, Le pêcheur et l’oie et Le voyageur et les oiseaux étant les deux premiers. Le premier est une histoire inspirée de la réalité, comme souvent. J’avais vu des pêcheurs au bord d’un étang à Bruxelles et il y avait une oie à côté qui s’intéressait très fort à ce qu’ils faisaient. J’ai inventé l’histoire puis je suis retournée au bord de l’étang pour des croquis et, à ce moment là, j’ai observé une foulque qui construisait son nid. Dans la réalité, elle ne le construisait pas qu’avec des branches mais avec des tas d’autres choses dont des sacs plastiques. C’était un nid très moderne ! C’est à l’occasion de ces observations que j’ai eu l’idée de croiser ces histoires. Du moins, certains des personnages. Par exemple, dans le troisième album, La vieille dame et les souris, on aperçoit à la toute dernière page, à travers la fenêtre d’un appartement, le pêcheur du premier album, son poisson dans un aquarium et l’oie sur le canapé. Il y a un autre croisement avec le chien noir que l’on voit sur la couverture de l’album Cartes postales et que l’on le retrouve dans Le grand murmure et dans La terre tourne. Dans le prochain album à sortir à l’automne 2016, le chien sera le héros. Il y a un croisement aussi entre Le pays du rêve et L’orage. On voit la même maison et donc aussi le même environnement, en petit dans le premier album, en plus grand dans le deuxième.

GR : Mais pourquoi ?

Pour m’amuser ! Faire des livres pour moi, c’est aussi inventer des endroits qui pourraient exister, leur donner vraiment vie. C’est une sorte de jeu, comme font les enfants.

GR : Et après c’est la vie qui s’installe dans l’endroit que tu as créé…

( Nelly Delaunay revient sur ces quatre albums et signale d’autres croisements ; elle insiste sur ce don d’ubiquité caractéristique du monde brouillardien ; elle feuillette La famille foulque où le passage des saisons donne lieu à de si belles images. )

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MA : Anne, peux-tu nous éclairer sur le cheminement de ton travail plastique ? Quels sont tes outils ? Y a t-il des techniques que tu préfères ?

Ça dépend des livres et des périodes. J’ai travaillé avec la peinture à l’oeuf pour L’orage. Toutes les peintures sont composées de deux choses : du pigment qui donne la couleur et du liant. Selon le liant, les peintures ont des propriétés différentes et donc des noms différents : aquarelle, gouache, acrylique, tempera… On peut facilement fabriquer cette dernière soi-même : on récupère un jaune d’oeuf, on enlève la peau qui l’entoure, on le place au centre de la palette en y ajoutant un peu de vinaigre et tous les pigments autour et on prépare les couleurs au fur et à mesure des besoins. J’ai utilisé cette technique entre aquarelle et peinture à l’huile pour beaucoup de mes livres. Elle offre davantage de matière que l’aquarelle, elle se prépare vite, elle se travaille à l’eau, elle sèche vite et elle a un rendu très lumineux. C’est en cherchant une technique appropriée pour réaliser L’orage que j’en ai découvert toutes les propriétés. Je l’ai utilisée pour peindre Le voyage d’hiver. Mais, pour l’album Petit somme, j’ai dessiné à la plume et mis en couleurs avec deux sortes d’encre : une encre liquide en bouteille et des bâtons d’encre secs que l’on frotte sur une pierre au dessus de l’eau. Je me fournis dans un magasin chinois à Paris. Pour Loup, j’ai travaillé avec des aplats de gouache en tubes de différentes gradations de gris. Je suis passée davantage au dessin au trait au moment où j’ai fait Le chemin bleu. Je travaillais la gravure à cette époque-là, technique très exigeante au niveau du dessin. Puis j’ai continué au trait et j’ai réalisé la série Le pêcheur et l’oie. Avant, j’étais plus dans la peinture et la lumière avec des formes qui naissent en fait de la matière, de la masse, de la couleur. C’était un travail différent.

Question du public : A l’occasion de la peinture tempera, que faites-vous des blancs d’œuf ? Des meringues ?

Mais oui, au début, je faisais ça, mais je n’aime pas trop les meringues. Et puis je trouve que c’est beaucoup plus difficile à réussir que la peinture.

GR : Alors, quittons la cuisine et revenons vers la narration. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné, tu décides que l’album sera sans texte ? Pour L’orage, tu avais imaginé un texte et puis tu l’as abandonné.

Beaucoup d’albums sont sans texte car les idées me viennent comme ça, en images. La narration en images convient et l’éditeur l’accepte comme ça… L’orage est le seul album pour lequel j’avais un texte. En fait, j’ai travaillé huit ans sur cet album et il s’est passé plein de choses entre temps. Je me suis rendu compte que ce que je voulais raconter, c’était la lumière, les changements, les sensations… et j’ai eu le sentiment que je racontais mieux en images. Le lecteur a tendance à lire le texte et à regarder l’image en complément. Là, je voulais que tout soit dans l’image et ça change tout pour la construction du livre ça se joue, du coup, sur la taille des images, leur agencement, leur ordre. Quand on ouvre le livre, on est dans la maison, dans la véranda, et on passe de pièce en pièce assez doucement, comme si on s’y promenait pour de vrai. L’œil, sans le savoir, enregistre des indices qui aide à la compréhension, mais on ne s’appesantit pas, ça doit couler. Puis, sur une double-page, quatre images indiquent plusieurs actions se déroulant en même temps. C’est une façon de raconter.

MA : Lorsque nous avons exploré tes albums, nous avons observé qu’ils étaient parus chez différents éditeurs. Qu’est-ce qui entraîne le choix d’un éditeur ou l’acceptation par lui de ta proposition d’album ?

– Pour mon premier album, Trois chats, j’avais rencontré une illustratrice, Marie Wabbes, à qui j’avais montré mes dessins. Elle m’a aiguillée vers deux éditeurs. Le premier n’a pas voulu de mes trois chats, le deuxième les a acceptés. C’était un éditeur belge spécialisé en livres scolaires – qui n’existe plus – mais il ne diffusait qu’en Belgique francophone. La Belgique c’est petit et la Belgique francophone encore plus ! Elle représente un marché trop petit pour l’édition jeunesse. Donc l’éditeur travaillait en co-édition. C’est ce qui explique que mes albums paraissaient coédités avec l’un ou avec l’autre. Je ne suis pas attachée à un seul éditeur, en effet. Et puis, dans les maisons d’édition, les gens changent …

MA : Certains de tes albums ont été réalisés dans le cadre de résidences sur des appel à projets : Le chemin bleu, La berceuse du merle. Comment envisages-tu ces contraintes ? Comment sont-elles dépassées et deviennent-elles sources d’inspiration ?

C’est à chaque fois une histoire différente. Par exemple, Le chemin bleu fut écrit lors d’une résidence avec une école en Auvergne. C’était une petite école avec 30 enfants. Ils avaient obtenu une bourse du CNL. Le projet était que chacun réalise son propre livre. C’était passionnant mais c’était un peu de la folie. J’intervenais deux jours par semaine dans l’école, durant trois mois. J’avais sympathisé avec les enseignants. Le reste du temps, je travaillais sur un autre projet mais il y avait une logique entre les deux et je ne l’ai jamais ressenti comme une contrainte. J’ai réalisé Le grand murmure durant une résidence à Troyes. L’intérêt, c’est que j’ai vraiment dessiné sur place, sous les yeux des habitants du village. Je m’installais à l’extérieur avec tout mon matériel, les gens venaient me voir… La berceuse du merle vient d’un projet du département de Seine-St-Denis qui finançait la création d’un album à offrir à tous les nouveaux-nés du département.

GR : Dernière question : accepterais-tu de partager avec nous quelques uns de tes projets à venir ?

Le prochain livre à sortir est terminé. C’est une histoire en huit chapitres avec illustrations et planches de BD. [Anne nous montre ses brouillons dans un grand carnet où tout est écrit et dessiné finement.] Mais il y a beaucoup trop de texte et plein de défauts. J’avais besoin de poser tout ce que j’avais dans la tête. Après, j’ai retravaillé dessus, reconstruit, condensé les choses. Ce n’est pas évident ! [Anne nous montre aussi quelques images : une cabane dans une forêt, des personnages vus de dos, une petite fille et son chien noir, qui marchent. On les voit souvent de dos. Et puis les mêmes personnages dans un autre décor, une maison et ce chien noir…] Ce matin, dans une classe, un enfant m’a demandé comment ça se faisait que le chien habitait une si grande maison tout seul… Voilà, maintenant vous savez tout !

( Nathalie Delaunay manifeste à Anne son admiration pour son talent d’artiste peintre. )

Non, non je n’ai pas les préoccupations d’un peintre. J’utilise les mêmes matériaux mais mon but est de raconter par les images. Le plaisir que je prends à réaliser chaque image donne peut-être cette impression-là, mais, pour moi, c’est de l’image, ce n’est pas de la peinture. Mais après, chacun peut penser ce qu’il veut…

( compte rendu établi par Martine Cortes – novembre 2015 )

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Enseignante pendant de longues années, Martine Abadia fut responsable et animatrice de la Salle du Livre du Centre d’animation et de documentation pédagogique (CADP) de Rieux-Volvestre, centre de ressources littérature jeunesse et lieu d’accueil de classes lecture, ouvert en partenariat par le Conseil Général et l’Inspection Académique de la Haute-Garonne. « Je profite de mon nouveau statut de retraitée pour approfondir au CRILJ Midi-Pyrénées ma connaissance de la littérature de jeunesse et pour faire partager ma passion aux médiateurs du livre du  département. » Martine Abadia est l’actuelle présidente de la section.

Née au pied des Pyrénées, dans une petite maison aux volets bleus, au bord d’un torrent de montagne, à une époque où les ours mangeaient tranquillement les myrtilles, Ghislaine Roman a enseigné pendant plus de trente ans, longtemps en maternelle, puis au cours préparatoire. « Ce métier ma comblée. J’y ai connu des émotions, des découragements, des remises en questions, des bouleversements. […] J’ai travaillé énormément, j’ai lu, réfléchi, mis en œuvre, un peu comme le fait un artisan. Sur une base théorique solide j’ai laissé libre cours à ma fantaisie pédagogique. J’ai adoré cette liberté. » Premiers textes parus dans les magazines Wakou, Toupie, Picoti et Toboggan. Parmi les derniers albums publiés : Un jour, deux ours (Milan, 2007), Contes d’un roi pas si sage (Seuil Jeunesse, 2014), La poupée de Ting-Ting (Seuil Jeunesse, 2015), OUF ! (Milan, 2015).