Ilié Prépéleac

 

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Jeune maison d’édition, Le Cosmographe (1) organise des rencontres entre des cultures, des langages et des artistes. Dans les parutions de ce début d’année figure Ilié Prépéleac  de Nora Letca et Aglaé Rochette.

     Un récit en deux parties disposées tête-bêche dans un grand album richement illustré. Sur chaque côté de la couverture, l’un à dominante bleue, l’autre jaune, flottent deux poissons baudruches. Nora Letca (au texte) et Aglaé Rochette (à l’image) propulsent un récit organique dans un monde de désordres et de cristallisations strié de moiteurs étouffantes et de bourrasques glaciales. Là, toute parcelle vivante (humaine, chimérique, animale, végétale) s’autogénère et régénère le tout dans une sorte de soupe cosmique défiant les sensations les plus extravagantes. Pour profiter de cette lecture, il est recommandé d’accepter le chaos même s’il n’est pas superflu de savoir se cramponner.  Entre l’un et le multiple, le simple et le complexe la première partie traite d’un étrange phénomène advenu quelque part entre Ciel et Terre : La disparition de Sofia Onéga.

Sur aucune carte, hors des calendriers…

    Dans un décor transhistorique (ruines antiques, village rural, usine aux toits en dents de scie, tours futuristes, viaducs ferroviaires, tarmacs pour frégates fabuleuses) surgit la ville fermée de Panoï. Cette cité, qui ne figure sur aucune carte, est régie par une société matriarcale occulte (direction, administration et patronne anonymes, Institut International de Voyance Céleste, frontières interdites, caméras de surveillance, sentinelles endormies). Le nom du héros (2), les origines roumaines de l’auteure, la toponymie (Moïseï, lac Ïezer, Siméria…), les vêtements des grand-mères nommées babas (longues jupes, foulards aux motifs fleuris) le mobilier (poêle en faïence, tapis brodés) tout respire la Transylvanie et ses légendes métissées. La narratrice (dont le nom coïncide avec celui de l’auteure) décrit, dans la première partie, une ville repliée tirant ses ressources du fer et des fleurs et, dans la seconde partie, l’odyssée de son ami, Ilié Prépéleac (3), seul homme de la ville, parti à la recherche de sa bien-aimée, Sofia Onéga, fleuriste d’un genre peu banal : élevée par des flamants roses dont elle possède la grâce, elle exerce son métier à bord du tramway aérien portant le numéro 1113. La narratrice, qui possède un passé fabuleux (descendante d’une grand-mère ouze, disparue lors de la première course à la voile en solitaire, restituée à sa communauté par des oiseaux migrateurs), parle du monde comme d’un chaudron galactique observé à travers la lucarne illégalement percée sur la façade orientale de sa maison.

… portrait d’une ville effervescente

    La féminité dominante est représentée par l’activité artisanale (poterie, filage, tissage), l’oralité (prédictions, contes) et la reproduction. La vie surgit à la moindre opportunité (un décès, une chaleur étouffante, des matières lumineuses en suspension) : les jeunes filles sortent de la chevelure des vieilles disparues, les planètes pondent des œufs et la floraison des tourne-lunes, fleurs emblématiques de la ville, accélère la germination des salicaires et du Caille-lait blanc, plantes frauduleusement importées de autre côté de la frontière interdite et semées à tous vents, sur le toit des immeubles. Mais les femmes de Panoï sont aussi des scientifiques qui étudient, au sein de l’Institut de Voyance Céleste, la météorologie, l’astronomie, l’astrophysique. Alors que la gravitation baisse, que la pesanteur faiblit, que les êtres sont en lévitation, Ilié Prépéleac découvre une nouvelle planète, enceinte (Hamler 1113). Le langage se met sous pilotage automatique (on baye aux corneilles, on avale des couleuvres), une prophétie s’empare de la ville de Panoï (« L’ombre tombera sur la ville et le ciel germera. Alors le haut sera le bas, le début sera la fin et viendront les jours heureux. ») et Sofia Onéga se dissout dans l’espace.

    Sous un ciel sans point de fuite, le sol pivote et le regard du lecteur est emporté par une force centrifuge dans un tourbillon de lucioles. Des rayons fluorescents repoussent le décor au-delà du bord supérieur de la page, entraînant Ilié Prépéleac vers un ailleurs inexploré, vers sa bien-aimée. Le récit est désormais « dit » par le voyageur (pensées, journal de bord) et par une fileuse (Baba Sorica de l’Institut) dont les prédictions tiennent lieu de péripétie. Absorbé par des rayons cosmiques, Prépéleac, chute cul par-dessus tête de l’autre côté des champs de Tourne-lunes (seconde partie).

A travers les légendes…

    Echoué sur un lit d’ouate, il rencontre baba Sorica, la fileuse d’écumes de Moïseï, un village météore creusé à flanc de baleine et suspendu dans le ciel comme un de ces monastères grecs auxquels on accède par des escaliers. Au ronronnement du rouet et du poêle, la vieille au visage de banquise déroule un de ces périples légendaires attribué aux hommes en mal de destin.  Les préparatifs, classiques, prévoient une monture mythique (hippocampe nourri de charbons ardents), des victuailles magiques (vinaigre d’ortie, graines de cameline) et une assistance surnaturelle (méduse en guise de torche). Insensiblement l’univers se dédouble (est-on encore dans le récit ou déjà dans l’action) et, par réverbérations, le passé revient dans le présent, le présent recycle le passé pour se régénérer. Avancer consiste à se débarrasser de la nostalgie (« ne pas rester captif entre deux mondes »), à traverser un univers échevelé guidé par les voix des conteuses du basmé. (4) Dans un décor en fusion, des lieux fabuleux balisent la quête (village de jeunes filles endormies, caravansérail des Princes du Levant, phare éteint depuis que la lune a été volée…) :  on y croise un bestiaire enchanté (rossignol à flancs roux, cerf aux cornes serties de gemme, truie bleue, éléphant ensorcelé, poisson ailé ou oiseau amphibie), un robot humanoïde, une fée aux cheveux bleus… tout un microcosme issu  des romans de chevalerie et des contes des Mille et une nuits. C’est au lac Ïezer que la chevauchée s’achève, tous les éléments du conte s’effaçant pour laisser place à un jeune centaure ailé fixant fièrement son avenir. Comme métaux en fusion, les corps d’Ilié et de Sofia s’amalgament soudainement : chacun a réalisé un trajet parallèle à travers les reflets interstellaires pour retrouver l’autre. Leur course se termine sur la place d’un marché estival en train de plier bagages.

… l’humanisation du monde

    Intégralement voué au cosmos (hydrogène ionisé, gaz, constellations), le texte vibre d’anciennes légendes : du dieu Vishnou métamorphosé en tortue géante, à Gaïa la déesse mère, de l’œuf cosmique (atome primitif) à la soupe primordiale tout n’est qu’incandescence, combustion, alliage, autant de phénomènes rendus par un assaut de lumières (venues des fenêtres, des lampadaires, des graminées luisantes) et de métamorphoses (de la lune à l’œuf, de l’œuf à la « créature » informe, des 1113 babas pionnières réincarnées dans les 1113 œufs de la planète Hamler). Tandis que le récit avance d’éblouissements en nébulosité, les images, radieuses, installent des ondes jaunes et bleues comme une basse continue : oscillations, sinuosités, irisations. Le texte opère de fréquents décrochements (humour, trivialité) quand l’illustration multiplie les élans, les éclats, les énigmes, l’ensemble charriant le lecteur dans un univers chaotique.  Telles deux forgeronnes, l’auteure et l’illustratrice arrachent leur conte à un terreau opaque, réel et mythique, telles des pépiniéristes elles composent des bouquets avec les savoirs et les croyances œuvrés depuis la nuit des temps pour résoudre l’énigme du vivant. Chaque mot, chaque couleur est une cellule vivante approchant la genèse ignorée du monde.

    Que peuvent toutes nos légendes et tous nos connaissances quand nous errons comme des nomades assoiffés entre l’origine perdue et la fin qui se dérobe ? Tendu par une force magnétique, cet album plonge ses racines dans le socle immémorial des premières fables (5) tandis qu’une force cosmique l’aspire vers l’encore « indévoilé ». Comme des satellites, nos illusions et nos vérités tournent sur l’écran infini d’un univers en expansion. Quelles peuvent être nos certitudes lorsque les planètes, comme nous, naissent et meurent ? Guidé par une écharpe jaune et un parfum d’oignon sauvage, Ilié et Sofia font de la quête amoureuse l’unité du livre et, peut-être, la seule évidence de la vie. Nora Letca a fréquenté, avec sa grand-mère, les esprits des contes roumains après quoi, elle a fait des études d’astrophysique : l’alchimie entre les deux est magistrale et souvent drôle.  Mais comment l’illustratrice a-t-elle fait pour extraire de cet univers en constants retournements un objet si homogène, si imprévisible et si sublime ? Ce n’est pas le héros qui nous le dira : à la fin de l’album, il dort comme un loir. Est-il jamais parti ? A-t-il jamais existé ? Comment sortons-nous de ce songe aussi métallique que fleuri ? Éblouis mais pas aveuglés.

par Yvanne Chenouf – février 2020

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(1) contact@lecosmographe.fr

(2) Prépéleac, dérivé du Slave, désigne au sens propre, un poteau, chargé de clous ou de branches transversales, placé devant les maisons pour y suspendre des pots ou y tasser le foin pour faire des meules Au sens figuré, c’est une hutte de branchages servant d’abri aux gardiens qui surveillent les propriétés dans les champs.

(3) ce nombre désigne aussi les sorcières

(4) récits qui rapportent des faits irréels : Conte et tradition orale en Roumanie, Franck Alvarez-Pereyre, SELAF, 1976

(5) « Littérature orale roumaine » : voir ici.

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Yvanne Chenouf, enseignante et chercheuse, a travaillé vingt ans à l’Institut national de la recherche pédagogique dans l’équipe de Jean Foucambert et a enseigné en tant que professeur de français à l’IUFM de Créteil ; elle fut présidente de l’Association française pour la lecture (AFL) ; conférencière infatigable, adepte des « lectures expertes », elle a publié de nombreux articles et ouvrages personnels et collectifs à propos de lecture et de livres pour la jeunesse dont Lire Claude Ponti encore et encore (Être, 2006), et Aux petits enfants les grands livres (AFL, 2007) ; elle est à l’origine d’une collection de films réalisés par Jean-Christophe Ribot qui donnent à voir des élèves de tout niveau aux prises avec des ouvrages signés Rascal et Stéphane Girel, François Place, Claude Ponti, Philippe Corentin, Jacques Roubaud ; article récent : « L’intelligence heureuse ou le parti d’en rire » (site du CRILJ, 2018).

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Le pique-fleur I (Picaflor ou Colibri)

Le feu s’échappa emporté

par un mouvement d’or

qui le maintint suspendu

fugace, immobile, fibrillant :

vibration érectile, éclat de métal

pétale de météores.a

Il allait, volant sans voler

concentrant le soleil infime

en hélicoptère de miel,

en syllabe d’émeraude

qui de fleur en fleur dissémine

l’identité de l’arc-en-ciel.a

De ses deux ailes invisibles

il secoue un tournesol

sanctuaire de soie somptueuse

et le plus minuscule éclair

brûle dans son incandescence,

statique et vertigineux.

Pablo Neruda

Zoom sur Nikolaus Heidelbach

 

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Quelle  place accorder  aux  rêves ?

Quelle perception de l’univers de l’enfance ?

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Accompagné de sa traductrice, Nikolaus Heidelbach, auteur-illustrateur allemand talentueux et plein d’humour, nous prend par la main pour nous mener peu à peu dans son univers à la fois tendre et cruel, absurde et émouvant.

La rencontre

    La 5ème biennale des illustrateurs de Moulins démarre en toute beauté avec l’interview par Anne-Laure Cognet de Nikolaus Heidelbach, l’un des plus grands illustrateurs allemands en littérature jeunesse, peu connu cependant dans les pays francophones En effet, sur près de 30 livres parus en Allemagne, moins de la moitié sont traduits aujourd’hui en France et c’est grand dommage.

    Nikolaus Heidelbach nous embarque dans son univers singulier, très élaboré. mais fidèle en même temps  au regard de l’enfant face au monde et à sa dure réalité. Sans limite ni tabou.

    Nikolaus Heidelbach nous confie qu’il a toujours été un très grand lecteur, entouré d’une grande bibliothèque bien fournie et que, parfois s’opère en lui un déclic que lui-même ne s’explique pas, et qui le pousse à dessiner, souvent du matin au soir. Auteur d’une version des Contes des frères Grimm, il s’amuse à dessiner le moindre détail du texte, y compris une virgule. Par exemple, dans un conte, le roi décide de comprendre pourquoi les gens disparaissent autour d’un lac, et quand il s’y rend, au moment où son chien renifle près de ce lac, une main sort de l’eau, et le chien disparaît. Avant sa disparition, une virgule apparaît…

    Travailleur acharné et exigeant, il confie également qu’il passe beaucoup de temps à observer les chefs d’œuvre de grands artistes pour s’en inspirer par la suite dans le fourmillement de détails de ses illustrations.

    Ainsi, il dit « voler » les traits et l’humour du dessinateur allemand Bernard Loriot ; ou bien remplir son vide érotique grâce aux dessins de Jean-Marc Reiser. Il avoue avoir subi les influences de l’américain Edward Gorey – qui a publié plus d’une centaine de livres surréalistes et qui a été primé à Bologne pour ses illustrations, en 1974 pour Le Petit Chaperon Rouge de Grimm, et en 1977 pour Théophile a rétréci, sur un texte de Florence Parry Heide – pour illustrer sous forme d’abécédaires non moins « extra-ordinaires », 26 façons possibles de mourir pour un enfant avec  Que font les petits garçons aujourd’hui ?  et Que font les petites filles aujourd’hui ?

    Sortis en 1994, en voici la suite vingt ans après, dans une maison d’édition qui lui va bien, les éditions Les Grandes Personnes, dans un format à l’italienne. Les personnages sont toujours aussi émouvants et drôles, les situations décalées, les univers dérangeants au regard des adultes et loin du politiquement correct. Par exemple, en mettant en scène des filles créatives, surprenantes et courageuses, il prend le contre-pied des stéréotypes féminins.

    Aussi, avec L’enfant-phoque, plongé dans cet univers de créatures marines inspiré des légendes de selkies*, il a souhaité mettre en avant sa fascination pour l’art de conter et traiter du sujet de la mort du personnage de la mère dans le regard – dont on ne voit presque jamais les yeux – du jeune garçon, sans drame.

    Pour finir, Nikolaus Heidelbach met en lumière son album, récemment sorti en Allemagne, Alma et sa grand-mère au Musée, bientôt traduit  en français, qu’il considère comme un autoportrait.le groupe passe sans aucun regard devant un portrait filmé avec les portables… dans chaque tableau se cache la grand-mère…  L’illustrateur nous guide de manière astucieuse et amusante au travers des 16 chefs-d’œuvre religieux du musée et ne fait pas qu’impliquer Alma dans une conversation fascinante sur l’art.

L’exposition

     Située sous les ors du salon d’honneur de l’Hôtel de Ville, elle vient confirmer à nos yeux la réelle finesse de son univers à travers les originaux de ses albums : Les contes d’Andersen, l’intégralité des planches de Que font les petites filles aujourd’hui ? et de Que font les petits garçons aujourd’hui ?. Gouaches, encres et crayons nous montrent ainsi autant d’images d’un univers surréaliste et dérangeant d’un auteur et illustrateur qui semble « avoir rejoint le complot des enfants contre la vie ennuyeuse des adultes ».

(janvier 2020)

* Les selkies sont des créatures imaginaires issues principalement du folklore des Shetland, en Écosse. Elles y sont décrites comme de superbes jeunes filles (ou assez exceptionnellement comme de beaux jeunes hommes) qui revêtent une peau de phoque, dans le but de se changer en cet animal marin et de plonger dans la mer.

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Né en 1955 à Lahnstein, Nikolaus Heidelbach a étudié la littérature et la civilisation allemande, l’histoire de l’art et les arts du spectacle. Artiste indépendant, écrivain et illustrateur, il vit aujourd’hui à Cologne. C’est l’un des talents les plus originaux d’Allemagne, à l’univers surréaliste et dérangeant. Il a reçu le Grand Prix de la foire du livre de jeunesse de Bologne en 1996 pour Au Théâtre des filles, paru en France au Sourire qui mord. En 2000, il est récompensé pour l’ensemble de son œuvre par le Prix spécial de la littérature jeunesse allemande.

Bibliographie complète et commentée de Nikolaus Heidelbach ici.

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Bibliothécaire, Rose-Marie Sagnes, est, depuis 2017, directrice de la médiathèque de Nailloux (Haute-Garonne). Depuis l’adhésion de sa structure au CRILJ, elle multiplie les partenariats avec la section : rencontres avec des auteurs, chroniques de nouveautés, autres actions. « La médiathèque est ouverte au public 30 heures par semaine. Mais nous avons quand même remarqué que les gens rentrent tard. Ce n’est pas toujours facile pour les usagers de ramener les documents empruntés en temps et en heure. » Voilà pourquoi, une boîte de retour a pris place devant la médiathèque qui permet aux usagers de l’Escal, 2, rue Erik Satie, de rendre les documents qu’ils ont empruntés sans passer par l’accueil. Rose-Marie Sagnes est l’une des quatre boursières ayant bénéficié d’un  « coup de pouce » du CRILJ à l’occasion de la cinquième Biennale des illustrateurs de Moulins.

A haute voix

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Lire à Voix Haute Normandie

par Pierre Le Guirinec

    Depuis 2002, Lire à Voix Haute Normandie ((LAHVN) organise un observatoire trimestriel, en partenariat avec l’association ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations). C’est un lieu d’échanges, de réflexion, de formation où des observations de situations de lecture aux tout-­petits sont reprises, éclairées, analysées. Cet article témoigne de l’observatoire de jeudi 26 septembre  2019.

    Sylvie Joufflineau, fondatrice de l’association Lire À Voix Haute Normandie, présente et partage des observations de situations de lecture aux tout-‐petits. Les observations sont reprises, analysées, par Nathalie Virnot, psychologue et formatrice de l’association ACCES, à la croisée de l’analyse d’album et de la psychologie du développement. Cet observatoire permet de faire un aller‐retour entre pratiques de lecture et éléments théoriques.

    Le partage, avec une vingtaine de participants, s’est articulé autour d’une expérience de lecture collectée dans les actions qui sont engagées par Lire À Haute Voix Normandie. L’action en question, institutionnalisée par l’association normande depuis quelques années, consiste à partager des lectures avec des enfants, l’été, en stationnan un mini bus chargé de plus de huit cents ouvrages, à l’entrée du square Pinsdez de Dieppe

    Le principe de ces observations, fondées sur des prises de notes ainsi que sur la démarche de la lecture « hors des murs », de la lecture individualisée conduite par le désir de l’enfant, auquel on ajoute l’exigence de qualité des œuvres  proposées au jeune lecteur (qui choisit son livre), participe de l’originalité et de la filiation intrinsèque de LAHVN et de l’association ACCES.

    Sylvie Joufflineau et Nathalie Virnot rappellent la nécessité de se caler sur le rythme de l’enfant : c’est bien ce dernier qui oriente la lecture et guide son lecteur adulte (qui est en général une lectrice) ; les deux intervenantes soulignent ou rappellent ’importance fondamentale de ce travail d’éveil culturel de proximité des bébés et des très jeunes enfants en tous lieux (salles d’attente de PMI, etc.), grâce à la lecture d’albums.

    Durant le temps des échanges avec le public présent, à partir de la narration d’une expérience de lecture, sont ressorties les problématiques de la présence  des familles (le « stress éducatif  » de parents vis–a-vis de leur enfant), celle de la gestion de « l’autorité » face au jeune public et au regard de leurs besoins et de leur situation de vie (et la notion d’accompagnement plutôt que de sanction ou de chantage), et celle de la technique (difficile au début) de la prise de notes à la suite d’une prestation. Le support de l’album ou des albums partagés est une aide utile, précise Nathalie Virnot, pour la remémoration de ce qui s’est passé.

    Les dates des observatoires 2020 de Lire à Voix Haute Normandie, à Rouen toujours : jeudi 5 mars, jeudi 14 mai, jeudi 17 septembre et jeudi 26 novembre.

 (jeudi 18 novembre 2019)

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Liens utiles :

https://www.lireavoixhautenormandie.fr/

https://www.acces-lirabebe.fr/

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Pierre Le Guirinec, professeur d’école à l’école maternelle pendant plus  de vingt ans et maître-formateur à compter de 2005 est désormais en retraite. Master en lettres modernes en 2010 avec un mémoire sur la réception effective du littéraire chez les petits (sous la direction de Catherine Tauveron. Deux textes dans La jeunesse au miroir : les pouvoirs du personnage (dir. Myriam Tsimbidy et Aurélie Rezzouk, L’Harmattan, 2012). Article « Un contrat-lecture en maternelle au service d’une littératie émergente : quelles médiations de l’album pour quelles lectures partagées » dans La Revue des sciences de l’éducation (Montréal, 2013). Article « L’enfant, l’album et le méchant : du stéréotype à l’activation des préjugés » dans le numéro 5 des Cahiers du CRILJ (2014).  Communications sur la réception de l’humour dans les albums chez les jeunes enfants (Saint-Quentin-en-Yvelines, 2011) et sur l’autoritarisme domestique à travers l’album pour enfants (Louvain-la-Neuve, 2012). Master en 2013 à l’université de Bretagne Occidentale (UBO) avec comme sujet de mémoire « L’album contemporain et la littérature à l’école maternelle : représentations de professeurs et rapport au savoirs » (dir. Claude Beucher). Article « Élargir le cercle scolaire de la littérature de jeunesse : un contrat-lecture à l’école maternelle » dans le numéro 9 des Cahiers du CRILJ (2017). Participation bénévole à l’organisation des salons du livre pour la jeunesse Rêves d’Océans de Doëlan (Finistère) et Les Marmouziens à Pleubian (Côtes-d’Armor).

 

Adrien Parlange à Moulins

Trouver sa place et transformer le livre, le personnage et le lecteur

Adrien Parlange est un jeune créateur d’albums et d’illustrations pour la presse, d’abord graphiste puis formé aux Arts décoratifs de Strasbourg et au Royal College of art de Londres.

    Dans le cadre des journées professionnelles de la Biennale de Moulins, les artistes invité-es sont intervenu-es en table ronde, à l’exception de Nikolaus Heidelbach. La logique de ces entretiens croisés ne reposait pas nécessairement sur les points communs qui pouvaient réunir les univers de ces artistes. Le dispositif a  été très riche dans le cas d’Adrien Parlange, accompagné pour l’entretien de la graphiste Fanette Mellier. Cette dernière apparaissait un peu à part dans la liste des illustrateurs-trices, même si elle a publié pour les plus jeunes chez MeMo et les éditions du Livre, en tant que graphiste spécialiste de la typographie, ou encore créatrice pour des institutions d’art contemporain.

    Les échanges sur l’objet-livre, sa matérialité, et la place du « regardeur » ont été nourris par les spécificités de ces deux créateurs de texte, d’images, voire d’installations pour Fanette Mellier. Par ailleurs, le dernier album d’Adrien Parlange venait à peine de sortir au moment de la Biennale, éclairant le reste de ses productions de manière stimulante.

    Les livres d’Adrien Parlange nous rappellent qu’un album jeunesse n’est pas réductible à l’impression d’un texte accompagné d’illustrations. L’album affirme chez lui une capacité à être un objet d’expérimentations des formes et du rapport à celui qui le lit et le regarde. Le jeu avec entre texte et image, avec la forme du livre, son champ et son hors-champ, conduit à une participation multiple de la part du lecteur.

    Dès son premier album, Parade, un imagier, les lettres des mots et l’image s’influencent mutuellement au gré de transformations (le mot « table » qui perd des lettres lorsque la table dessinée perd des pieds…).

    Dans certains albums, un objet s’ajoute au livre : le plus connu, Le Ruban, comporte un signet jaune accroché en bas du livre, comme un trait que le lecteur dessinerait lui-même pour compléter les scènes de cet imagier (la langue d’un serpent, le fil d’un funambule…). Dans L’enfant-chasseur et La jeune fille et la mer, une feuille d’acétate reproduit le profil de l’enfant, et l’aplat transparent de couleur, posé sur l’image, révèle un animal ou un objet, faisant avancer l’histoire et les rencontres initiatiques.

    D’apparence plus classique, La Chambre du lion, et son dernier album, Le Grand serpent, sont liés par la technique de la linogravure. Tous deux défient la lecture linéaire. Le premier représente un même décor, la fameuse chambre, et introduit une multitude de personnages, ainsi que des micro-actions non décrites par le texte, le regard du lecteur se déplaçant de manière autonome dans la page.

     Le grand serpent attire immédiatement le regard, avec en couverture ce motif ondulant et blanc du corps reptilien. Le livre exposé à la galerie des Bourbons se déroule comme un grand leporello, les pages liées par ce corps-ligne. Tout commence dans la chambre d’un petit garçon, qui soulève son oreiller et y découvre la queue de l’animal. Il suit cette ligne conductrice, à travers des paysages d’abord urbains puis de plus en plus sauvages et nocturnes, comme dans un rêve, jusqu’à la grotte du serpent. Le lecteur tourne les pages, dans un mouvement en avant, entraîné à la suite du personnage, jusqu’à une rupture lors du face-à-face final. Cette rupture est typographique. Le serpent, la tête bloquée dans sa grotte, ne voit rien du monde, qui pourtant le touche et qu’il sent physiquement. Jusque là, son corps a été au centre des pages, un long trait épais et blanc, comme un espace vide à remplir symboliquement. Le garçon lui décrit sa place dans les scènes qu’il vient de traverser, en une double-page calligraphique, où seul le texte est présent, mais en une ondulation mimant le corps du serpent, qui n’est plus une ligne vide. Le garçon lui raconte sa place au milieu des humains, des animaux et de la nature, remarquable et pourtant non « perturbatrice » pour les personnages et les éléments. Au contraire, l’animal se découvre comme figure protectrice (qui « réunit », « abrite », « recueille » nous dit le texte…). Le lecteur se retrouve à la place du serpent, et la description de l’enfant le pousse à retourner en arrière et à s’arrêter sur chaque page, en raccordant le texte et l’image : on n’avait pas remarqué ce petit œuf posé sur la queue du serpent, tombé du nid, ou cette souris cachée des chouettes . Des histoires particulières se tissent rétrospectivement, mises en mots.  Dernière énigme typographique, les double-pages de couverture tracées d’un motif de croix. Ce signe très simple et plutôt froid trouve un très beau sens (figuratif et sensuel) à la fin de l’album : c’est en effet le geste que fera le petit garçon sur la peau du serpent, une fois reparti dans le monde, comme signe de reconnaissance entre eux. Le livre commence par un pincement et un cri, et finit par un poème et une caresse.

    Au-delà de la page, c’est le tout le hors-champ qui est pris en compte par Adrien Parlange, et offert au lecteur, exploré par son geste ou par son imagination. Dans Le Grand serpent, c’est en partie le sujet du récit, avec ce corps qui n’en finit pas, et le regard aveugle du serpent complété par le texte et le geste du lecteur qui retourne en arrière. Dans La Chambre du lion, la page de gauche où se trouve le texte suggère également la place du lion par la description de bruits de pas inquiétants qui se rapprochent, tandis que l’image à droite montre les personnages et animaux se cachant. L’apparition du lion sur cette page de gauche en devient un événement, mais contrebalancé par le fait qu’il se révèle aussi craintif que les autres personnages, chacun se cachant des autres, aveugle comme le serpent du dernier album, et imaginant ce qu’il se passe hors de sa cachette.

    Cette admiration pour les formes du livre va de pair avec la force des récits proposés, même dans l’imagier Le Ruban, qui crée une montée en puissance jusqu’à l’évocation du voyage. Ces albums nous entraînent dans des récits initiatiques, où les personnages cherchent leur place, que ce soit à travers le motif de la chambre ou celui plus large de paysages traversés dans Le grand serpent, avec cette simple ligne qui interagit avec les scènes représentées.

    Ces récits ne sont rendus que plus forts et mystérieux par les expérimentations de la forme, aussi surprenantes.

    On en revient au regard croisé avec Fanette Mellier, qui affirme la capacité du livre à être un espace de transformation. Transformation, chez Adrien Parlange, graphique, plastique, et initiatique.

par Anouk Gouzerh – septembre 2019

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Anouk Gouzerh a obtenu, en 2015, à l’université Paris-Diderot, un Master « lettres, arts et pensée contemporaine » avec un travail de recherche sur la mise en scène de la parole et du silence au cinéma. Elle est, depuis 2018, salarié de Val de lire, association organisatrice notamment du Salon du livre jeunesse de Beaugency (Loiret). Elle est également  médiatrice culturelle pour l’association Valimage qui réunit photographes et vidéastes amateurs bénévoles de la région balgentienne et dont l’objectif premier est la promotion de l’image sous toutes ses formes. Anouk Gouzerh est l’une des quatre boursières ayant bénéficié d’un « coup de pouce » du CRILJ à l’occasion de la cinquième Biennale des illustrateurs de Moulins.

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Bibliographie des livres mentionnés : 

. Chez Albin Michel jeunesse :

. Le grand serpent, 2019

. La Jeune fille et la mer, 2017

. Le Ruban, 2016

. L’enfant chasseur, 2015

.  La Chambre du lion, 2014

Chez Thierry Magnier :

. Parade, 2009, collection Tête de lard,

Ecrire, un enfer ?

 

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A l’occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, le quotidien Libération a grandement ouvert ses pages du mercredi 27 novembre 2019 aux écrivains et illustrateurs pour la jeunesse pour un passionnant Libé des auteurs jeunesse coordonné par Marie Despléchin. Belle distribution. Nous avons lu avec grand intérêt le texte de Marie-Aude Murail. Le voici avec son autorisation et l’aval du journal.

 

De quoi l’enfer est pavé

Les indignations observées sur les réseaux sociaux sont tout aussi présentes dans l’édition. Une censure qui pourrait mener jusqu’à l’impossibilité même de la fiction.

    Au Salon du livre de Paris de 1987, je croisais dans les travées mon éditeur à l’école des loisirs, monsieur Jean Fabre, qui était en ébullition : on attaquait sa maison d’édition ! L’offensive venait des milieux d’extrême droite qui faisaient circuler une liste de livres jeunesse « écrits pour nuire », dont La Guerre des chocolats de Robert Cormier. Minute clouait au pilori « les pervers de la littérature enfantine » et Valeurs actuelles dénonçaient aux parents « le vice au rayon jeunesse ». Pour manipuler l’opinion, les censeurs employaient deux techniques éprouvées : ils citaient des extraits des ouvrages incriminés en les coupant de leur contexte et ils faisaient semblant de croire que l’évocation dans un roman pour la jeunesse du vol, de la violence, de la drogue, etc. était une incitation à adopter des comportements déviants. A ces accusations de prosélytisme, Melvin Burgess, l’auteur du très explicite Junk, répondit de façon lapidaire : « Je souhaite que, la première fois que mes enfants entendent parler de la drogue, ce ne soit pas le jour où on leur en propose. »

    Cette censure, qui reparut régulièrement tel un serpent de mer, ne me gênait pas quand j’écrivais. L’adversaire, clairement identifié, était réactionnaire. Ma situation devint plus inconfortable dernièrement quand les tirs vinrent de mon propre camp. Qui sont les nouveaux censeurs ? A priori des gens que j’estime, très investis sur un certain nombre de sujets, le féminisme, les mauvais traitements envers les animaux, le racisme, l’homo ou la transphobie, etc. Je respecte leurs convictions, mais l’esprit de sérieux dont ils font preuve les pousse à une lecture fondamentaliste des textes, sans recul et sans humour. Bien plus, ils s’indignent de toute divergence de point de vue et tout personnage qui ne voit pas le monde strictement comme eux est une offense à leur sensibilité. J’ai été soupçonnée de « grossophobie » pour avoir fait dire à une petite héroïne de 10 ans : « Elle est grosse, mais elle est gentille », puis accusée de cruauté animale pour avoir proposé au déchiffrage dans un manuel de lecture la phrase : « Milo tape Riri le rat. » J’ai dû intervenir pour faire cesser une pétition sur Change.org et des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux, du type « ah, c’est dommage ! moi qui aimais Marie-Aude Murail ». Comme disait Alain, « rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’a qu’une idée ».

    Les maisons d’édition américaines se sont dotées de « détecteurs de faux pas littéraires », encore appelés sensitivity readers. Ce sont des lecteurs appartenant à diverses communautés ou minorités, homosexuelle, hispanique, africaine-américaine, etc. qui veillent à ce que rien ne soit controversial, c’est-à-dire sujet à débat, dans les livres publiés. En littérature jeunesse, ils font maintenant partie du processus normal de l’édition pour éviter tout déchaînement sur les réseaux sociaux après publication. Le bad buzz, c’est mauvais pour les affaires.

    Par conscience professionnelle, dès que j’aborde un sujet délicat ou sur lequel je manque de connaissances, j’ai mes propres détecteurs de faux pas, que ce soit un addict des cartes Pokemon de 10 ans ou le médecin ivégiste de mon planning familial. Je ne m’oppose donc pas à une relecture vigilante de mes romans avant publication. Mais je suis restée perplexe récemment quand une de mes correctrices a « tiqué », disait-elle, en lisant sous ma plume que deux petits Noirs jouaient au football. Ce n’était pas à cause du cliché supposé d’enfants noirs amateurs de foot, mais parce que je signalais à l’attention du lecteur leur couleur de peau. Je suppose que j’aurais dû en faire abstraction comme d’une caractéristique non remarquable. Par ailleurs, je sais que je prends un risque si je dote un personnage de caractéristiques qui ne sont pas avantageuses et qui pourraient blesser toute personne susceptible (c’est le cas de le dire) de lui ressembler. Donc, un personnage ne peut plus être gros, mais à la rigueur en surcharge pondérale, il ne peut plus être handicapé, mais en situation de handicap, et Le New York Times proposait récemment de rebaptiser le roman de Hemingway Le monsieur d’un certain âge et la mer. « Stigmatiser » est le mot-clé : l’auteur ne doit pas stigmatiser.

    L’autre procès qu’on fait à l’écrivain concerne sa légitimité. Lors d’une intervention dans un IUT métiers du livre à Bordeaux, une jeune étudiante m’a dit qu’elle ne comprenait pas pourquoi les adolescents n’écrivaient pas eux-mêmes les romans pour adolescents puisqu’étant les mieux placés pour parler de l’adolescence. Elle me reprochait de leur confisquer la parole et d’en tirer profit. Je suis également illégitime si je prends un héros noir comme dans « Sauveur & fils » puisque je ne suis pas noire, ou en créant Ella-Elliot, un jeune personnage trans puisque je ne suis pas trans. Au mieux, je vais être jugée caricaturale et stéréotypée, au pire, je vais verser dans l’appropriation culturelle. Si l’on n’y prend pas garde, de capitulation d’éditeur en autocensure d’auteur, on arrivera, sous la pression de ces censeurs bardés de bonnes intentions, à l’impossibilité même de la fiction, c’est-à-dire la liberté pour un créateur d’imaginer ce qu’est l’autre.

    Depuis la plus petite enfance, j’abrite en moi des personnages qui vivent à ma place pendant de longues heures. J’ai été chevalier, sorcier, artiste peintre, comédien, prince, archéologue, et le plus souvent du sexe opposé. C’est la raison même de ma vocation. Les enfants jouent à on dirait que je serais… indien, adulte, chien, princesse, corsaire, voleur… et du sexe opposé. Protéiforme avant tout et sans tabou. Quand j’écris, je veux être aussi libre qu’un enfant qui joue.

(novembre 2019)

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Née dans une famille d’artistes – son père est poète, sa mère journaliste, son frère aîné Tristan, compositeur, son autre frère Lorris et sa soeur Elvire, qui signe Moka, écrivains -, Marie-Aude Murail a fait des études de lettres à La Sorbonne et soutenu une thèse titré Pauvre Robinson ! ou pourquoi et comment on adapte le roman classique au public enfantin. Premiers textes pour les enfants chez Bayard Presse Succès, à l’école des loisirs, de la série « Emilien » (1989-1993). Variant thèmes et manières d’écrire, Marie-Aude Murail a publié plus de cent livres, souvent traduits, dont Le Hollandais sans peine (1989), L’assassin est au collège (1992), Oh Boy ! (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Trois mille façons de dire je t’aime (2013), tous publiés à l’école des loisirs comme l’épatante série « Malo de Lange ». Auteur, avec son frère Lorris, de la série « Le Golem » (Pocket, 2002). Engagée notamment pour la cause de la lecture, elle a écrit plusieurs essais dont Continue la lecture, on n’aime pas la récré (Calmann-Lévy, 1993) et, avec Patricia Bucheton et Christine Thiéblemont, Bulle, méthode d’apprentissage de la lecture pour le CP qui met au cœur du projet littérature pour la jeunesse et lecture à haute voix. Ne pas omettre les cinq saisons de « Sauveur & fils » (école des loisirs, 2017-2019)

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Cette image qui accompagnait la campagne « Banned Book » de 2017 de l’Association des bibliothécaires américains (ALA – Office for intellectual freedom) est signée du graphiste indépendant Tom Deja.

 

 

 

Régis Lejonc et Henri Meunier ensemble (2)


 

C’était il y a presque trois années. Le mardi 26 janvier 2016, le CRILJ/Midi-Pyrénées découvrait la toute jeune médiathèque d’Auterive. Ce fut l’occasion d’une rencontre avec Régis Lejonc et Henri Meunier organisée en connivence avec l’établisement. Occasion de « voyager sur ces fabuleux tapis volants que sont les livres pour enfants », comme aime à le dire Régis Lejonc. Deuxième partie d’un fort détaillé compte-rendu.

 

Ghislaine Roman – Quand on est soi-même illustrateur, comment se passe la collaboration avec un autre illustrateur ? Quelles limites ne vous autorisez-vous pas à franchir ?

Henri Meunier : Je ne crois pas être trop intrusif. Si je pense à celui ou à celle qui pourra illustrer mon texte, c’est que je sais qu’il ou elle pourra apporter par l’image tout ce que je veux taire ou tout ce que je n’ai pas su dire. Je n’aime pas être trop bavard et je pense que c’est important de pouvoir compter sur les qualités de l’auteur ou de l’illustrateur avec qui on collabore.

Régis Lejonc – Moi je suis auteur de manière très occasionnelle. J’écris des textes quand ça me traverse, quand ça me foudroie. Et le premier que j’ai écrit, Les deux géants, je l’ai illustré moi-même. Pour le texte de Au bout du compte, j’étais en train de travailler à l’ordinateur sur une image et une phrase me tournait sans cesse dans la tête : « Un jour, j’ai trouvé un arbre ». Donc, j’ai ouvert une page et j’ai tapé la phrase. A partir de là, le texte m’est venu et je l’ai écrit en dix minutes sans rien y changer. Ce qui me laisse à penser que ce texte était en moi depuis assez longtemps. C’est une espèce de poème et j’ai pensé à Martin Jarrie pour l’illustrer. Il fallait des sortes d’images mentales, des choses un peu étranges, un peu abstraites, tout à fait dans son style. L’illustrer de façon narrative n’aurait eu aucun sens. J’ai vécu ça aussi avec Carole Chaix sur Un an et un jour, un texte pas évident au départ et qui, fort de son illustration, devient une sorte de colonne vertébrale. Ce sont des livres un peu comme des murs d’escalade, sans prises toute faites que chacun monterait à sa façon. Je les vois comme ça, ces livres-là, un peu vertigineux, inhabituels pour certains lecteurs adultes, alors que les enfants ne se posent pas ces questions.

G.R – Henri, c’est à ton tour de tirer. Case A3 : Le projet Grateloup. Une expérience qui a abouti à un objet livre. Henri, est-ce que tu peux raconter ?

H.M – On a eu la chance d’être invités plusieurs fois à ce salon. Et puis un jour, lors d’un repas avec les copains de l’association Mange-Livres qui l’organisent, on discute de leur volonté de redynamiser le projet car ils commençaient à s’essouffler un peu. Et Alfred a lancé comme une boutade : « C’est pas compliqué, vous nous laissez une semaine nourris-logés et on vous fait un livre ! » Ils nous ont pris au mot ! Ils ont accepté cette expérience : réunir six auteurs dans un lieu, une semaine. Quelque temps après, on est tous arrivés avec notre caisse de matériel et, après le repas de bienvenue, on s’est mis à travailler sur le thème choisi : le loup. On a heureusement bénéficié de la clairvoyance de Claire Franek pour l’organisation du travail deux par deux, pour les enchaînements, etc. Je me suis retrouvé avec Carole Chaix pour plancher sur la première page. Moi je suis assez cartésien, j’aime bien que toutes les choses soient pesées avant d’être posées sur le papier. Alors que Carole est foutraque et comprend les choses après les avoir faites. Mais, il n’y avait pas à tortiller, chaque soir, nous devions avoir terminé notre page. Ce fut une belle aventure humaine. On s’était donné comme objectif d’en profiter pour se faire essayer réciproquement nos outils, pour tenter des trucs qu’on ne connaissait pas, pour inviter les autres dans nos jardins secrets. Et on a bien réussi à faire !

R.L : Et nous avons donc, tous, fait un livre en six jours !

G.R : Allez hop ! Régis, tu tires.

R.L : Ce sera C4. Et, dans cette case, c’est Henri auteur et Henri illustrateur…

(lecture de l’album L’autre fois)

G.R –  Nous allons revenir sur l’interview que tu nous as accordée lorsque nous avons fait notre brochure sur les albums poétiques. Tu nous avais dit : « Quand j’écris mon texte, j’en fais une première version que je vais retravailler indéfiniment. Parmi les choses qui me poussent à ce travail, il y a une exigence de justesse dans le sens qui fait que je suis amené parfois à utiliser des mots qui sont un peu compliqués pour les enfants, mais ce sont les mots justes par rapport aux sentiments, à l’émotion, à la description que je suis en train de donner. » Évidemment, ce qui nous tarabuste là-dedans, c’est « indéfiniment » ! Où est le curseur ? Ça va d’où à où ce travail ?

H.M – Je ne sais pas. Le plus long compagnonnage avec un texte avant d’en être content c’est avec celui de La rue qui ne se traverse pas que j’ai ré-écrit, observé, soupesé pendant une dizaine d’années jusqu’à ce que je trouve la dernière phrase, celle qui lui a permis de prendre tout son sens, son sens profond; ça peut prendre du temps, mais je ne suis pas pressé. Comme dit Régis, j’ai la chance de pouvoir convoquer des histoires quand j’en ai envie. Et puis j’ai un ordinateur rempli d’histoires ! Mon problème, ce n’est pas qu’elle soit finie demain ou dans quinze ans, c’est qu’elle soit bien, c’est qu’il n’y ait pas un mot que je puisse bouger. Ce qui est aussi faux, car dans les bouquins que j’ai écrit il y a dix ans, je pourrais bouger les mots. Mais il y a quand même un moment où je me dis, c’est bon, c’est ce que je voulais pour ce texte.

G.R – Tu nous lis la dernière phrase, celle qui te manquait ?

H.M – J’en étais resté à « Homme ou moineau l’équilibre est le même. L’essentiel est de savoir s’appuyer sur le vide. » Mais il manquait quelque chose d’essentiel là, c’est à dire ces huit mots, la dernière phrase : « Le vacarme d’une vie est un battement d’ailes. »

G.R – Tu nous avais parlé aussi du rapport entre faire son et faire sens. Quand tu parles d’un ogre, tu veux qu’on l’imagine en train de mâcher à travers les sonorités que tu emploies. Est-ce que tu peux développer un peu ?

H.M – Je peux essayer, mais c’est très subjectif et affectif ça. J’ai peut-être une chance dans ma vie d’auteur qui était une malchance dans ma vie scolaire. J’ai été un enfant dyslexique et je reste un adulte dysorthographique. L’orthographe n’a pas grande importance pour moi. Quand je lis, je ne lis pas des lettres qui s’enchaînent, je lis des sons et ces sons font sens. Les mots font de la musique dans ma tête et je m’appuie beaucoup là-dessus quand j’écris. Je fais venir les mots, je les dis, je les fais sonner jusqu’à ce que ça coule si je parle d’eau et que ça siffle si je parle de vent …

G.R – Et ça fonctionne, c’est clair ! Pour beaucoup d’entre nous qui sommes des médiateurs du livre, pour ceux qui lisent à haute voix des textes aux enfants, c’est évidemment un aspect essentiel. Il est clair que les enfants sont sensibles à la musicalité des textes, c’est de l’ordre du sensoriel. Revenons au tableau. Case A2 : Régis Lejonc auteur et illustrateur. « Quelles couleurs ! » est donc, Régis, un livre que tu as fait tout seul. Il a été mis en avant au Salon de Saint-Orens qui avait pour thème le même titre. Tu y as donné une conférence, mais nous sommes nombreux à ne pas avoir pu y assister. Peux-tu nous en parler ?

R.L – Ce livre est un imagier né du croisement des questions que me posent les enfants durant les rencontres scolaires et d’une demande de l’éditrice Valérie Cussaguet. Entre la sollicitation et la sortie du livre, il s’est passé quatre ou cinq ans. L’organisation du livre et l’angle que j’ai choisi se sont imposés de manière évidente car je ne suis pas spécialiste en la matière. Les couleurs ont une histoire liée à l’histoire de l’humanité, elles sont reliées à des rites et à des symboles culturels forts. Je me suis appuyé là-dessus pour construire ma façon de voir les couleurs. Normalement les couleurs se divisent en sept familles : trois couleurs primaires (jaune, cyan, magenta), trois couleurs complémentaires (vert, violet, orange). Et le noir. Le blanc, lui, n’est pas considéré comme une couleur. Moi j’ai voulu avoir un spectre un peu plus large, j’ai donc ajouté aux précédentes : blanc, rose, brun, ocre et gris. Soit douze familles de couleurs. Pendant les quatre années de préparation, j’avais toujours un carnet sur moi, je notais, je listais. J’ai rempli mes carnets d’idées, d’expressions, de références à des chansons, à des textes, à des films, à la culture populaire, à des choses liées à des souvenirs. Tout ça avant de réaliser les images. Et puis, pendant cette période, j’ai fait pas mal de voyages qui ont alimenté aussi et j’ai pris beaucoup de photos en rapport avec mon thème. Enfin, un jour, l’éditrice m’a fixé une date pour la fabrication du livre et il a fallu plonger. Heureusement, à l’atelier, je pouvais tester immédiatement mes trouvailles auprès des copains, pour les dessins, les collages, les photos, les associations d’idées, les mises en page que je travaillais à l’ordinateur.

G.R – C’est un très beau travail. Maintenant, Henri, à toi de tirer. Case C5 et c’est : toi auteur, illustré par d’autres. Parlons de ta collaboration avec Nathalie Choux dans « Trop super », la série de BD pour les petits. C’est très intéressant cette articulation entre faits scientifiques et valeurs. Au départ, on se dit « Ah, c’est rigolo ! On revisite les super-héros ! Et puis, on s’aperçoit qu’il y a bien plus que ça…

H.M – C’est vrai. En fait, moi, quand je lis une histoire drôle et qu’elle n’est que drôle, je m’ennuie. Quand je lis une histoire sérieuse et qu’il n’y a pas à un moment, un poil d’émotion et une pignolade, je trouve que c’est désespérant. J’aime écrire des histoires où on peut passer du doux à l’amer et si, en plus, je peux transmettre quelque chose qui aide à se tenir droit dans la vie… Il ne faut pas négliger non plus l’apport de mes personnages. Parmi eux, il y a une petite tortue qui me ressemble un peu, qui est assez sensible, qui n’est pas superhéros mais qui a un vrai sens de la justice. Si il faut mettre un coup de pied à l’ours qui embête les plus petits, elle va le faire et puis après, elle part en courant. J’étais comme ça quand j’avais 10 ans ! C’est souvent la tortue qui a des réflexions plus sensibles dans l’histoire. Mais c’est pas parce que je l’ai réfléchi, c’est parce qu’elle est comme ça ! Tu sais ça, toi, Ghislaine. Nos personnages existent. C’est nous qui, bien sûr, avons créé ce personnage, mais on ne peut pas lui faire faire n’importe quoi. Il a un caractère, il a une façon de parler, une façon de se comporter.

G.R – Maintenant, pouvez-vous nous dire quelque chose tous les deux sur votre travail en BD. Sur le tien, Henri, avec Richard Guérineau et toi, Régis, sur cette aventure qu’est Kodhja.

H.M – Pour moi, c’est typiquement un projet d’atelier. A force de partager un lieu de vie, on s’est aperçu qu’on avait un substrat commun : c’était le western du mercredi ! Dans notre enfance, ni Richard ni moi n’avions la télé à la maison et on allait tous les mercredis chez les voisins pour voir le western ! On en a des souvenirs extrêmement forts et l’envie nous est venue de faire ensemble un western BD. J’ai eu l’idée du scénario de départ : une partie d’échecs, deux joueurs avec des pistolets dont l’un serait un gamin bluffeur et, face à lui, l’autre qui commencerait à douter de lui-même.  Richard a pensé à la nécessité d’une présence féminine, un rôle pivot entre les deux hommes. En bavardant, on a posé nos personnages, leur personnalité et à partir de là, j’ai écrit.

G.R – Très bien. Et pour Kodhja ?

R.L – J’ai travaillé avec l’auteur Thomas Scotto. C’est quelqu’un que j’ai rencontré sur des salons. On aime bien, réciproquement, ce que nous faisons et, depuis longtemps, on se disait que ce serait bien de faire un livre ensemble. Thomas avait d’abord proposé son texte à Henri.

H.M – Oui et j’avais fait quelques images mais ça ne collait pas. Nous n’étions pas convaincus, ni Thomas, ni moi.

R.L – C’est un texte pas évident du tout, pas classique, très dialogué. Il avait été adapté pour le théâtre, mais je n’ai pas eu l’occasion de le voir jouer. Lorsque je l’ai lu, ça m’a énormément plu. Et très vite, j’ai senti qu’il se découpait très bien en BD. Enfant et adolescent, j’ai été nourri par la BD. Mon goût pour l’image, et ma culture, c’est la BD ! Je n’en ai pas fait beaucoup mais ses codes me sont familiers. Et je voyais, chez mes copains d’atelier, le travail de marathonien que demande un album de BD.

H.M – Un travail de moine copiste…

R.L – Ou de copiste marathonien ! Ce n’est pas trop mon tempérament, alors je ne me suis jamais lancé là-dedans. Mais là, je me retrouve avec un texte qui, de toute évidence, pour moi, peut être travaillé en BD. Donc, j’ai proposé l’idée à Thomas qui en a été ravi, puis à l’éditeur. J’ai fait un découpage, des croquis et tout tombait impeccable. Ensuite, des choses se sont imposées, des changements, des enrichissements. J’ai proposé par exemple qu’un enfant soit le guide du narrateur qui entre dans cette cité nommée Kodhja et que cet enfant porte un masque dès le départ, masque animalier changeant qui représente un peu l’état d’esprit et les émotions de l’enfant, donc un masque qui n’en est pas vraiment un. Ma deuxième suggestion a été d’étoffer les trois personnages qui attendent de rencontrer le roi. Ils n’étaient pas décrits dans le texte de Thomas, j’ai pensé que ça pouvait être la mort, un robot et Cupidon. Quand j’ai eu bien avancé, Thomas est venu passer une journée à l’atelier et je lui ai proposé de mettre le tout à sa sauce. Ensuite, ça n’a pas été évident avec l’éditeur, Thierry Magnier, qui n’est pas spécialisé en bandes dessinées. Il y a eu un moment de panique avant qu’il accepte de nous faire confiance. Finalement, c’est un très beau livre, un peu atypique qui est sorti en octobre 2015. Il a reçu un accueil critique extraordinaire

G.R – Merci à vous deux, même si nous n’avons pas épuisé nos cases et nos questions…

(mis en forme par Martine Cortès, pour le CRILJ – janvier 2016)

 

 

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

. La poupée de Ting-Ting, Ghislaine Roman et Régis Lejonc, Le Seuil, 2015

. L’arbre de paix, Anne Jonas et Régis Lejonc, Flammarion, 2013

. Le grand imagier de l’alphabet, Henri Meunier, Gautier Languereau, 2012

. La rue qui ne se traverse pas, Henri Meunier et Régis Lejonc, Notari, 2011

. Quelles couleurs !, Régis Lejonc, Thierry Magnier, 2009

. Grand et petit, Henri Meunier et Joanna Concejo, Atelier du Poisson Soluble, 2008

. Le phare des sirènes, Rascal et Régis Lejonc, Didier, 2006

. L’autre fois, Henri Meunier, Le Rouergue, 2005

. La mer et lui, Henri Meunier et Régis Lejonc, Notari, 2004

. Ernest, l’enfant qui ne volait pas bien haut, Henri Meunier, Le Rouergue, 2004

. La môme aux oiseaux, Henri Meunier et Régis Lejonc, Le Rouergue, 2003

. Les deux géants, Régis Lejonc, Le Rouergue, 2001

 

Ghislaine Roman est née dans les Pyrénées, en 1957, dans une petite maison aux volets bleus, au bord d’un torrent de montagne, à une époque où les ours mangeaient tranquillement les myrtilles. Elle a enseigné pendant plus de trente ans, longtemps en maternelle, puis au cours préparatoire. »Ce métier m’a comblée. J’y ai connu des émotions, des découragements, des remises en questions, des bouleversements. […] J’ai travaillé énormément, j’ai lu, réfléchi, mis en œuvre, un peu comme le fait un artisan. Sur une base théorique solide j’ai laissé libre cours à ma fantaisie pédagogique. J’ai adoré cette liberté. Elle a travaillé pour les magazines des éditions Milan Presse (Wakou, Toupie, Picoti, Toboggan). Ses albums illustrés notamment par Tom Schamp, Fredéric Pillot, Olivier Latyk, Clémence Pollet, ont été publiés chez Milan, Cipengo, Saltimbanque, Nathan, P’tit Glénat, Frimousse. La Martinière. La poupée de Ting- Ting, publié au Seuil en 2015, est illustré par Régis Lejonc. Ghislaine Roman fut, dans le département de la Haute-Garonne, chargée du dossier de la prévention de l’illettrisme

 

 

 

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Ralentissons

 

Pour sa trente-cinquième édition, le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis fait, à Montreuil, du mercredi 27 novembre au lundi 1er décembre 2019, l’éloge de la lenteur. A l’occasion de la Journée internationale du livre pour enfants de 2 avril 2019 (Children’s international book day), l’écrivain et illustrateur lituanien Kęstutis Kasparavičius avait adressé au monde, sous l’égide de l’Ibby (Union internationale pour les livres de jeunesse), ce message prémonitoire.

Les livres nous aident à ralentir

    « Je suis pressé ! Je n’ai pas le temps ! Au revoir ! », ce sont des exclamations qu’on entend, probablement, non seulement en Lituanie, au cœur de l’Europe, mais également un peu partout dans le monde. Tout comme on entend souvent argumenter que nous vivons dans une époque d’abondance d’informations, de hâte, de précipitation.

    Mais d’un coup, quand on prend un livre, on se sent un peu différemment. Il semblerait que les livres aient une qualité remarquable : ils nous aident à ralentir. On ouvre un livre, on plonge dans ses calmes profondeurs, et on oublie la peur que tout passe à une vitesse incroyable, sans qu’on puisse voir quoi que ce soit, sans rien voir. On commence à envisager la possibilité de laisser de côté, sans précipitation incontrôlable, des tâches dont l’urgence fait douter. Dans le livre, tout se passe silencieusement, calmement, en suivant un ordre établi. Peut-être en est-il ainsi puisque les pages du livre sont numérotés, avec des petits nombres ? Puisque le murmure de ces pages est si calme, si léger, quand on les tourne, les unes après les autres ? Dans le livre, tout ce qui a déjà eu lieu dans le passé va doucement à la rencontre de tout ce qui va arriver à l’avenir.

    Le monde du livre est très ouvert ; la réalité, amicale, y rencontre l’irréel, la fantaisie. Alors parfois, on ne sait plus où on a vu, dans le livre ou dans la vie, la beauté des gouttes de la neige fondue qui tombent du toit d’une maison, la joliesse de la clôture mousseuse d’un voisin. A-t-on appris du livre ou du monde réel que les baies du sorbier sont belles, mais aussi amères ? Dans le monde du livre ou dans le monde réel on restait allongés, en été, dans l’herbe, assis ensuite, jambes croisées, à observer le mouvement des nuages dans le ciel ?

    Les livres nous aident à ralentir, les livres nous enseignent comment observer, les livres nous invitent, les livres nous forcent même à rester assis. Car le plus souvent, nous lisons assis, le livre sur une table ou sur nos genoux, n’est-ce pas ?

    N’avez-vous pas déjà vécu encore un miracle : quand vous lisez un livre, le livre vous lit ? Oh oui, les livres savent lire. Ils lisent votre front, vos sourcils, vos lèvres qui bougent, d’abord vers le haut, ensuite vers le bas, mais surtout, bien entendu, ils lisent vos yeux. Et à travers vos yeux, ils voient… Vous savez très bien ce qu’ils voient !

    Je suis certain que les livres sur vos genoux ne s’ennuient pas, pas un seul instant. Car celui qui lit, qu’il soit enfant ou adulte, est bien plus intéressant, cela va de soi, que celui qui trouve l’idée de prendre un livre dans ses mains repoussante, qui, toujours à la hâte, ne prend pas de temps de s’assoir et ne voit pas beaucoup de choses. Lors de cette journée internationale du livre pour enfants, souhaitons-nous les uns aux autres des livres intéressants. Souhaitons-nous les uns aux autres encore une chose : que nous soyons nous-mêmes intéressants pour les livres !

(traduit du lituanien par Liucija Černiuvienė)

Né en 1954 à Aukštadvaris, Kęstutis Kasparavičius est un illustrateur et un écrivain  lituanien de livres pour enfants de renommée internationale. Il a tout d’abord, entre 1962 et 1972, étudié la direction de chœur à la National MK Čiurlionis School of Art, puis, passant de la musique aux arts visuels, il obtient un diplôme en graphisme à l’ Académie des Beaux-Arts de Vilnius. Il entame alors une carrière de graphiste dans une maison d’édition où, remarqué pour son talent d’illustrateur, il publie son premier livre en 1984. Depuis, Kęstutis Kasparavičius a illustré plus de soixante ouvrages dont certains écrits par lui-même. Traduits en vingt-sept langues, ses livres sont lus par des enfants du monde entier, du Japon à l’Amérique. Kęstutis Kasparavičius a organisé près de vingt expositions personnelles et ses œuvres ont été exposées à la Foire internationale du livre de Bologne. Il fut plusieurs fois le candidat de la section lituanienne de l’IBBY pour les prix Hans Christian Andersen et Astrid Lindgren. En 2002, les éditions Epigones avait publié la version de James Kruss des Musiciens de Brème avec des images de Kęstutis Kasparavičius.

Régis Lejonc et Henri Meunier ensemble (1)

C’était il y a presque quatre années. Le mardi 26 janvier 2016, le CRILJ/Midi-Pyrénées découvrait la toute jeune médiathèque d’Auterive. Ce fut l’occasion d’une rencontre avec Régis Lejonc et Henri Meunier organisée en connivence avec l’établissement. Occasion de « voyager sur ces fabuleux tapis volants que sont les livres pour enfants », comme aime à le dire Régis Lejonc. Première partie d’un fort détaillé compte-rendu.

« Les livres sont des outils pour questionner le monde, s’ouvrir, se construire. Sachons préserver ce que le monde entier nous envie, ce formidable creuset de création qu’est la littérature de jeunesse en France. La rencontre de ce soir prend place dans un projet partenarial qui vise à favoriser chez les enfants un questionnement sur le monde autour des valeurs de reconnaissance de l’autre, de respect et de tolérance. De nombreuses rencontres scolaires ont eu lieu dans les écoles du département. Pour cela, les noms de Régis Lejonc et Henri Meunier sont venus à nous spontanément. En 2013/14, lors de nos investigations autour des albums poétiques, nous avions particulièrement apprécié La mer et lui et La rue qui ne se traverse pas ce qui nous a incités à nous pencher sur leurs œuvres. Et c’est ensemble que nous avions envie de les rencontrer car même si chacun mène son propre parcours artistique et littéraire, ils partagent une histoire commune. Ghislaine Roman qui les connaît bien animera cette rencontre croisée. » (Martine Abadia)

Ghislaine Roman – « Puisque c’est une rencontre croisée, croisons ! Nous allons proposer un jeu à Régis et à Henri. Chacun à son tour tirera une question correspondant à une case du tableau qui regroupe les sélections de leurs albums.

(Henri Meunier tire la case D5. Y figure la sélection d’albums où il est illustrateur mais pas auteur)

G.R. – Cette configuration nous a intéressés en partie pour l’album C’est la vie mon poussin qui aborde un sujet de société avec humour, légèreté et justesse. On a envie, Henri, de t’entendre parler de cette possibilité qu’offre la littérature de jeunesse d’aborder des sujets de société.

Henri Meunier – La littérature ne peut pas s’extraire de la société. On est les deux pieds et les deux mains dans la vie et la littérature sert à questionner, à témoigner. Des auteurs ont parfois des scrupules à aborder des sujets compliqués ou polémiques. Moi, je ne fais grosso modo aucune différence entre la littérature et la littérature de jeunesse. Les mêmes sujets sérieux peuvent y être abordés mais pas forcément de la même façon. On peut le faire en s’amusant, c’était le parti pris de René Guichoux dans le texte qu’il m’a envoyé.

G.R. – Deuxième tirage au sort pour Régis. Case B3. C’est la case qui va permettre de rentrer un peu plus dans votre intimité à tous les deux, dans votre complicité, d’apprendre comment tout a commencé. Mais d’abord une lecture : La rue qui ne se traverse pas.

H.M. – La première fois qu’on s’est rencontrés avec Régis, j’étais travailleur social. Comme je me passionnais pour la littérature de jeunesse, je donnais de temps en temps un coup de main à un libraire, surtout pendant les salons du livre. Régis était invité, je me suis approché pour lui faire part de mon intérêt pour son album Icare, en fan transi que j’étais, une histoire très profonde, très forte par le texte et par les images. A la suite de ce salon, comme Régis venait d’aménager à Bordeaux, nous nous sommes revus.

Régis Lejonc – A mon tour ! Je vais vous livrer l’autre son de cloche. Icare c’est le deuxième album que j’ai fait et ça m’a touché quand Henri est venu m’en parler. J’avais eu la chance de rencontrer Olivier Douzou à un moment propice, au début de sa prise en charge de la ligne jeunesse des éditions du Rouergue. C’est lui qui m’a proposé de travailler avec lui pour ce qui fut mon tout premier album Tour de manège et ça s’est bien passé. On s’est bien entendus avec Olivier. Ensuite, il a écrit un texte pour moi et ce fut Icare. Je l’ai illustré et quand il est sorti, il a eu beaucoup d’impact sur quelques personnes qui sont devenues importantes dans ma vie, dont Henri. Par la suite, on s’est revus et on a eu envie de faire des choses ensemble car Henri écrivait déjà.

G.R. – Qu’est-ce qui fait que ces textes-là ont été illustrés par Régis ?

H.M : La mer et lui, je l’ai pensé et écrit pour Régis. La rue qui ne se traverse pas est au départ une histoire personnelle mais je n’ai pas pensé qu’il puisse être illustré par quelqu’un d’autre. Ce sont deux textes taillés sur mesure pour Régis. La môme aux oiseaux c’est un peu différent. J’avais vu une illustration de Béatrice Alemagna sur son blog : une petite fille avec un oiseau dans la main, les deux se regardaient. Et cet échange de regard était très troublant. C’est cette image qui m’a inspiré mon histoire. J’étais à cette époque un garçon timide, j’avais beaucoup de mal à exprimer mes sentiments. Cette histoire naît, puis je la fais lire à Régis, car on était complices, on travaillait déjà dans le même atelier. Très souvent, on se montrait nos travaux pour s’aider, s’encourager, se faire des critiques bienveillantes. Régis m’encourage alors à envoyer mon texte à Béatrice Alemagna qui me répond très vite en me disant qu’elle travaille à ce moment-là sur l’histoire d’une petite fille transparente (Gisèle de verre) et qu’elle ne pouvait pas travailler sur les deux, la proximité était trop grande. Un peu déçu, je raconte ça à Régis qui me dit qu’il veut bien, lui, illustrer mon texte. Voilà.

G.R – Vous pouvez nous parler de l’histoire de votre atelier ? Nous dire ce que cela apporte que vous soyez dans le même atelier ?

R.L – L’atelier à Bordeaux est venu par un ami commun, Célestin. C’est un type qui a un talent fou. Il s’était mis en atelier avec d’autres graphistes. Tous avaient de fortes personnalités. Un jour, à la suite de disputes, le groupe a éclaté et chacun est parti de son côté. Alors Célestin nous a proposé, à Henri et moi, de reprendre l’atelier avec lui et Richard Guérineau, un dessinateur de bandes dessinées. Ensuite, sont venus Alfred et Olivier Latyk, dans ce lieu de 95 m2, au rez-de-chaussée d’un immeuble. Et puis, une nuit de 2008, un incendie a éclaté dans l’immeuble. On s’est pris toute l’eau des pompiers dessus. Nous avons tous eu des pertes matérielles, Alfred surtout qui a perdu beaucoup d’originaux. L’atelier était ruiné. Tout était à refaire. On a bénéficié d’une aide de la ville. Puis la région a voté un budget pour nous permettre de nous ré-équiper; ça nous a beaucoup touchés car on était pas alors en relation avec eux. Nous avons trouvé un nouvel atelier. L’ancien s’appelait Vivement l’an 2000 et, sur une idée d’Olivier Latyk, nous avons baptisé le nouveau Flambant neuf. Puis, la vie a fait qu’Olivier est parti vivre ailleurs, Henri également. On s’est retrouvés à trois : Richard Guérineau, Alfred et moi. Ce que ça apporte de travailler en atelier ? Je laisse Henri répondre.

H.M – Nous exerçons des métiers relativement solitaires, un atelier commun nous permet de ne pas être seuls, il permet les discussions, la convivialité… Ce n’est pas rien ! Mais ce n’est pas tout. Dans l’atelier, nous étions face à face autour d’une grande table. C’est l’installation qui nous avait semblé la plus naturelle; ça permet de discuter tous ensemble, si tu te poses des questions sur ton travail, ça te permet de demander l’avis des autres. Mais si tu veux t’extraire, simplement, tu baisses la tête ! ça nous a apporté des collaborations dans tous les sens. On a dû monter 1800 projets ! On a dû en laisser tomber 1785 ! Mais au final, il y a bien une dizaine de très belles choses qui se sont faites et ont abouti à des livres et d’autres belles choses, amicalement, artistiquement, dans d’autres domaines, sont nées de cet atelier. Je me suis aperçu que notre configuration autour de la table avait certainement été un ciment en plus de notre amitié. On arrivait très bien à faire les zouaves et à bosser, à se laisser bosser et à s’aider à bosser surtout en se donnant des coups de main. C’était extrêmement riche !

G.R – Les performances dessinées, les lectures dessinées, sont justement une émanation de l’atelier. On en voit régulièrement l’annonce dans les programmes de festivals. Vous pouvez nous en parler ?

R.L – Les performances dessinées, on les doit surtout à Alfred qui, dans le monde de la BD, faisait ça depuis longtemps. Il a été assez vite sollicité dans le cadre du Festival d’Angoulême pour faire partie de l’organisation de spectacles dessinés avec des groupes, lors de concerts. Nous, on s’y est mis car on s’est rendu compte, Richard, Alfred et moi que ce pouvait être un bon moyen pour financer notre fonctionnement d’atelier. Olivier Ka qui est depuis longtemps un satellite de notre groupe y participe aussi. Voilà, on développe ces prestations plus ou moins étranges et on en fait de plus en plus souvent, parallèlement à notre travail d’auteur.

G.R – Alors faisons passer l’info aux propriétaires de salles de Toulouse…

H.M – Je voudrais ajouter quelque chose. Ces lectures dessinées sont en fait un travail à plusieurs mains. Les configurations sont telles que tu ne peux jamais finir le trait que tu as commencé. Mais tu sais qu’un copain va le reprendre et finir la forme.

G.R – Donc beaucoup de confiance …

H.M – Oui et, à la fin, le résultat n’appartient à personne, sinon au collectif, aux gens qui étaient là ce jour là. Et c’est vrai que ça procède d’une grande confiance. Reprendre le trait de quelqu’un ce n’est pas simple. Tout ça n’était pas anticipé, ça s’est fait comme ça et ça marche formidablement bien, ça vient sûrement de nos années de complicité dans l’atelier.

G.R : Allez, retour au tableau pour tirer une case. Voilà : nous sommes, Régis, dans la configuration où tu es illustrateur.

R.L – C’est le gros de mon activité

G.R – Une question toute simple : comment est-ce que les textes viennent à toi ?

R.L – C’est simple, il y a deux sources. Soit l’éditeur dispose d’un texte et pense à moi pour l’illustrer, soit je rencontre un auteur et naît entre nous une envie de faire des choses ensemble. Dans ce cas, on monte un projet, comme nous faisons avec Henri depuis le début, et on le propose ensuite à un éditeur. Par contre, alors que je connais Ghislaine, son texte pour l’album que nous avons fait ensemble La poupée de Ting-Ting, m’a été proposé par l’éditeur. Ce n’est qu’après que le livre soit sorti que j’ai appris que Ghislaine n’y était pour rien !

G.R – Je suis, de ce point de vue, extrêmement timide et comme, pour moi, Régis Lejonc est quelqu’un d’important, jamais je n’aurais espéré qu’il accepte d’illustrer un de mes textes.

R.L – Les projets qui me portent le plus haut sont ceux réalisés avec un auteur. Il y a là pas mal de livres qui sont représentatifs d’auteurs avec qui j’ai des relations très fortes dont Henri, bien sûr, même si, en réalité, je n’ai pas fait tant de livres que ça avec lui. Il y a Rascal aussi. Je vous raconte vite fait. Je ne connaissais rien à la littérature de jeunesse avant d’illustrer Tour de manège d’Olivier Douzou. Assez vite, j’ai découvert les albums de Rascal. On m’en avait parlé. J’étais épaté. Un jour, je le rencontre sur un salon. Cette espèce de vieux rocker, sa tête, sa démarche… Il m’impressionnait. Et puis, je parle avec lui et il n’y a pas une phrase qu’il prononçait qui ne soit poétique, simple et belle. Il me fascine. En même temps, il est gentil comme tout et drôle. On se revoit comme ça pendant cinq ou six ans. On discute. On s’entend bien. Rascal comme Henri est un auteur qui pense à un illustrateur quand il écrit. C’est important, car tout est relié. J’ai eu la chance de faire quatre livres avec lui et, chaque fois, cela se passe de la même façon. On se croise sur un salon et il a toujours dans sa sacoche, la maquette du livre qui va sortir bientôt. Et comme c’est un flippé, il aime bien montrer ce qu’il a fait pour être rassuré. Il ne cherche pas à avoir un avis, ça ne l’intéresse pas. Il veut juste être rassuré. Il veut qu’on lui dise que c’est beau, que c’est super. Ensuite, l’air de rien, il commence à raconter une autre histoire qu’il a dans la tête. Comme c’est un conteur et qu’il a un don, on l’écoute. Et, en fait, je me rends compte que s’il me raconte cette histoire-là, c’est qu’il pense à moi pour l’illustrer. A chaque fois, il procède ainsi et il ne se trompe jamais. Il me raconte son histoire, entre sa bière et sa clope, elle n’est pas encore écrite, elle est en cours, elle est juste là dans sa tête. Moi, en face, j’ai les images qui me viennent direct. Je vois trop bien comment je peux illustrer cette histoire. Alors, c’est moi qui réclame. Je demande : « Tu as pensé à quelqu’un pour l’illustrer ? Et il répond : « Faut voir… » Avec Rascal, ça se passe toujours comme ça. C’est vraiment un personnage.

G.R – Régis, lorsque nous avons exploré la sélection correspondant à cette case que tu as tiré, nous avons été frappé par le nombre important de contes. On s’est demandé si c’était un genre que tu affectionnais particulièrement.

R.L – Eh bien non ! Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai, sinon je ne les aurais pas faits ! Il faut savoir que c’est dingue le nombre de contes qui se publient. Les mêmes reviennent et puis c’est une forme qui est tellement associée à la littérature de jeunesse et puis c’est  une forme qui garantit une profondeur d’âme. J’ai travaillé avec Jean-Jacques Fdida qui est un conteur hors norme, qui est un chercheur, un intello, un mec qui a un doctorat autour des contes. Quand je le rencontre, c’est un cours magistral à chaque fois. Je lui dois de bénéficier d’un peu de la culture qui entoure les contes, de ses symboliques, de son ancrage profond et d’avoir compris que ce n’est pas un hasard si ces contes ont traversé les millénaires… Le premier que j’ai illustré, c’est L’oiseau de vérité de Jean-Jacques Fdida. C’était son premier à lui aussi. Un album avec un CD de lui qui  conter accompagné par un musicien de jazz extraordinaire, Jean-Marie Machado. Avant de démarrer l’illustration, j’ai assisté à une représentation pour des classes. La séance commence avec Machado au piano, puis Fdida entre avec du feu dans la main. Il allume des trucs autour de la scène, comme un tour de magie. Un grand silence se fait et il se met à conter L’oiseau de vérité puis la version ancienne du Petit chaperon rouge. Il conte, il mime. Moi je suis scotché. Évidemment, cela m’a beaucoup aidé d’avoir vu cette mise en scène du conte. Depuis, j’en ai illustré quelques autres, mais uniquement des contes qui me fascinent.

G.R – Donc ce n’est pas le genre que tu aimes, mais certains contes…

R.L – Oui, c’est mon intérêt pour l’histoire qui me fait accepter, quand elle a des  ingrédients intéressants. Honnêtement, j’aime bien la cruauté dans les contes… et c’est un élément indispensable pour que j’accepte. Il y a d’autres contes, par exemple L’arbre de paix que j’ai fait avec Ann Jonas. Ce n’est pas un conte du patrimoine, mais il y a les ingrédients et il y a la forme.

G.R – Et La promesse de l’ogre ? Là, en fait de cruauté, tu es servi

R.L – Il y a un ogre, mais ce n’est pas un conte. Rascal m’avait raconté cette histoire, puis, j’ai eu une discussion avec Jean-Jacques Fdida. « C’est une hérésie, m’a t-il dit, ça ne se fait pas. On ne touche pas aux figures méchantes du conte. L’ogre, la sorcière, le loup ont une fonction. Pour faire court, ils sont les poubelles de l’atrocité de la nature humaine. C’est pour ça qu’on se réjouit que la sorcière soit brûlée à la fin d’Hansel et Gretel car elle est déshumanisée et en même temps, elle est motivée par des choses qui font partie de la nature humaine dont on veut se décharger. L’ogre ne peut pas être humain, il n’a pas de sentiment, il n’a pas d’empathie. Quand tu décris un ogre qui s’humanise, ça devient un détraqué, un psychopathe. »

Jean-Jacques Fdida était extrêmement ferme là-dessus. J’ai compris. Pour autant, ce qui m’a touché dans cette histoire, c’est que Rascal prend un ogre, mais il ne raconte pas une histoire d’ogre. Il raconte une histoire d’amour entre un père et son fils. Cette histoire est compromise car l’ogre ne peut pas se passer de chasser les enfants et de les manger, c’est sa nature. Ce père ogre ne comprend pas que son fils ne partage pas cette même nature, ça le dépasse. Moi, je vois ça comme une histoire d’addiction, quelque chose qui est inscrit dans le cerveau reptilien et qui prend le dessus dans la tête de ce père. Le fils lui, ne supporte pas. Dès le départ, j’ai adoré le projet ainsi que le texte de Rascal. C’est un livre qui ne laisse pas indifférent. C’est un drame, une histoire très forte.

(à suivre)

Régis Lejonc, né en 1967, est un illustrateur de la génération révélée par Olivier Douzou au début des années 1990. Il a illustré depuis chez de nombreux éditeurs (Le Rouergue, Didier, Rue du monde, l’Edune, Thierry Magnier, Le Seuil, Gautier-Languereau, etc), s’est lancé dans l’écriture de textes, dans la direction artistique, dans la création de collections. Il travaille pour la publicité et dans la mise en images de jeux. « Régis Lejonc est un touche-à-tout, un illustrateur inclassable qui passe d’un univers graphique à un autre au gré des livres et des projets, appréciant autant l’influence de l’art nouveau, des grands peintres impressionnistes, des affichistes des années 1940 et 1950 que celle des kawaï japonais. »

Henri Meunier, né en 1972, est auteur et illustrateur. Après un passage à Bordeaux, il vit et travaille aujourd’hui à Toulouse. Parallèlement à un engagement dans l’éducation populaire et dans le travail social, il suit des études d’arts plastiques à l’université. A compter de 2001, Il publie chez de nombreux éditeurs dont Le Rouergue, Notan, Delcourt, Albin Michel, Le Seuil, Hélium, collaborant notamment avec Régis Lejonc, Guillaume Guéraud, Richard Guérineau, Nathalie Choux, Martin Jarrie. « L’œuvre d’Henri Meunier se veut avant tout poétique et se démarque des livres éducatifs et pédagogiques. Variant les options graphiques et littéraires, ses albums  sont empreints d’humour, d’inventivité et de poésie. »

 

From Munich

La section locale de l’Orléanais du CRILJ entretient, depuis fort longtemps, des relations régulières avec la Bibliothèque internationale de jeunesse de Munich (Allemagne). Elle a, trois fois, exposé (notamment au Campo-Santo d’Orléans, au moment de l’annuelle Fureur de lire) des affiches éditées par l’IJB. André Delobel, il y a une petite vingtaine d’années, et Martine Bonnet-Hélot, plus récemment, ont visité le château de Blutenburg, reçus par la responsable de la section francophone de l’établissement. La section de l’Orléanais du CRILJ qui collabore avec l’université d’Orléans en proposant à des étudiants en licence et en master des travaux de traduction d’ouvrages de littérature pour la jeunesse utilise, prioritairement, pour ses choix, la sélection White Ravens.

Merci à Ricochet de nous permettre de mettre en ligne sur notre site l’article écrit par Dominique Petre à l’occasion des soixante-dix ans de la Bibliothèque de Munich.

Une bibliothèque internationale qui reste jeune malgré ses soixante-dix ans

    La Bibliothèque internationale de jeunesse (Internationale Jugendbibliothek) de Munich a soufflé ses 70 bougies le 14 septembre dernier. Ricochet voulait absolument être de la fête et a envoyé Dominique Petre s’entretenir avec Christiane Raabe, la directrice de cette institution unique au monde.

    Pour arriver à la Bibliothèque internationale de jeunesse ou IJB, il faut traverser la « Würm », une bucolique rivière à l’ouest de Munich, et donc passer sur un petit pont. C’est justement un pont, mais entre les peuples et érigé à l’aide de livres jeunesse, que la fondatrice de la Internationale Jugendbibliothek Jella Lepman entendait construire il y a 70 ans.

    L’esprit de cette femme déterminée hante-t-il toujours « Schloss Blutenburg », le château dans lequel la Bibliothèque internationale de jeunesse s’est installée en 1983? « Bien sûr », répond Christiane Raabe, une médiéviste reconvertie dans la littérature jeunesse qui dirige l’institution depuis douze ans. « L’histoire de notre fondation est tellement exceptionnelle qu’on ne peut pas l’oublier, même après 70 ans. Nous consacrerons d’ailleurs l’an prochain un colloque à Jella Lepman, une femme exceptionnelle qui voulait ouvrir des fenêtres sur le monde grâce aux livres et à laquelle nous devons notre existence ».

Une femme à l’origine de la plus grande bibliothèque jeunesse internationale du monde

    Qui est donc cette femme hors norme à l’origine de la plus grande bibliothèque jeunesse du monde ? Jella Lepman naît dans une famille bourgeoise juive libérale de Stuttgart en 1891 ; elle est l’aînée de trois filles, son père est un fabricant textile. Pendant sa scolarité, elle va passer un an dans un internat à Lutry (à deux pas de la rédaction actuelle de Ricochet), pour parfaire sa connaissance du français et de l’anglais. À son retour – elle n’a alors que 17 ans – elle organise une bibliothèque pour enfants de travailleurs immigrés au sein d’une fabrique de cigarettes. Devenue journaliste (elle est même la première femme engagée comme telle par un quotidien de Stuttgart), elle se voit obligée de quitter l’Allemagne quand débutent les persécutions contre les Juifs et elle se réfugie à Londres. Près de dix ans plus tard, en 1945, l’armée américaine vient frapper à sa porte pour lui demander de retourner dans son pays natal afin d’aider à le reconstruire. Jella Lepman hésite, mais finit par accepter.

    Un voyage de reconnaissance dans l’Allemagne anéantie par la guerre la persuade d’une chose: il faut miser sur les enfants et sur la culture pour, comme elle le dit elle-même, « faire lentement retrouver son équilibre à un monde devenu complètement fou ». Son idée géniale: utiliser les livres comme messagers de paix entre des peuples qui viennent de s’entretuer. Elle est intimement persuadée que son « Kinderbuchbrücke » ou « pont de livres jeunesse » va permettre d’inculquer aux héritiers de l’Allemagne nazie des valeurs comme la tolérance, le respect et la curiosité pour l’autre.

Une première exposition de livres au succès phénoménal

    Tous ceux qui travaillent dans la culture savent comme il est difficile d’obtenir un budget pour un projet destiné aux enfants. Mais juste après la guerre, alors que tout manque, c’est encore bien pire. Heureusement, la maman de deux enfants qui s’est retrouvée veuve à 30 ans a l’habitude d’affronter des obstacles et elle ne manque ni d’idées, ni de pugnacité. Pour réaliser son ambitieux projet malgré un budget dérisoire, Jella Lepman écrit aux maisons d’édition pour leur demander de lui envoyer des livres pour enfants gratuitement. Certaines, comme les belges, sont d’abord réticentes (faire un cadeau à un pays qui vient de vous faire la guerre?) mais l’art de convaincre de la cinquantenaire décidée triomphe, puisque des éditeurs de 14 pays (Belgique y compris) vont finalement faire don de 4000 livres pour une première exposition organisée en 1946.

    « Du côté francophone, ce sont surtout Hachette et Nathan qui ont envoyé leur production », raconte Christiane Raabe. Quelques exemples de titres exposés en 1946 : Les Fables de La Fontaine, Le loup blanc de Paul Féval mais aussi Histoire de Babar le petit éléphant de Jean de Brunhoff et même celle de Babar et ce coquin d’Arthur de Laurent de Brunhoff, alors fraîchement publiée. « On retrouve d’ailleurs dans les albums de Babar un esprit typiquement français et une pointe d’ironie absente des livres des autres pays de l’époque », commente la directrice de l’IJB. Un ton qui plaît visiblement à la fondatrice Jella Lepman dont on dit qu’elle raffolait des albums de Jean de Brunhoff et, plus tard, de ceux de Maurice Sendak.

La première manifestation culturelle internationale de l’Allemagne après la guerre

    L’exposition de livres jeunesse est la première manifestation culturelle internationale de l’Allemagne d’après-guerre. Visiblement, Jella Lepman a vu juste quand elle disait que les Allemands étaient affamés aussi de culture et de lecture : l’exposition récolte un énorme succès, elle attire quelque 40’000 visiteurs avant de tourner dans toute l’Allemagne.

    « Ce n’est donc pas une collection mais bien une exposition qui a été le point de départ de notre bibliothèque », poursuit Christiane Raabe. Car après quelques expositions annuelles, Jella Lepman fait tout pour que les livres qu’on lui a donnés trouvent un toit permanent. Grâce à des soutiens comme ceux de la femme du président Roosevelt, de l’écrivain allemand Erich Kästner (qui a assisté à certains autodafés de ses œuvres en raison de leur « non-conformité à l’esprit allemand » pendant la période nazie) ou d’Erika Mann (fille de l’écrivain Thomas Mann), la Bibliothèque internationale de jeunesse ouvre ses portes le 14 septembre 1949 dans une villa entourée d’un jardin, Kaulbachstrasse 11 à Munich.

Rendre le monde meilleur grâce aux livres

    « C’était la première bibliothèque de ce genre, avec des livres en version originale venus du monde entier », explique Christiane Raabe. « Notre fondatrice était une idéaliste, intimement persuadée que l’on pouvait rendre le monde meilleur avec des livres ».

    « Jella Lepman a également dû se battre contre un ennemi venu de ses propres rangs », continue la directrice: « Les bibliothécaires de cette époque mettaient plutôt les livres dans des vitrines à l’abri des enfants et des règles très strictes régissaient ce qu’il était moralement permis de donner à lire au jeune public ». Or la vision de Jella Jepman, inspirée des bibliothèques publiques américaines, est moderne, presque révolutionnaire. « Elle organise des groupes de discussion, elle laisse les enfants donner libre cours à leur créativité, comme lors de séances de peinture sur chevalet », poursuit Christiane Raabe. Des concepts novateurs décriés par les bibliothécaires de l’époque qui désapprouvent le « cirque » et crient au scandale quand on laisse des enfants peindre au milieu des livres.

    Jella Lepman sera visionnaire à plus d’un titre : elle organise ainsi, en 1952, une conférence à Munich qui sera à l’origine de la création d’IBBY (International Board on Books for Young People) l’année suivante. Si le marché allemand des livres pour enfants est devenu si ouvert sur le monde après le chapitre nazi, c’est sûrement aussi grâce à son travail.

La tour de Babel croisée avec la caverne d’Ali Baba

Jella Lepman entendait susciter des discussions sur la littérature de jeunesse et proposait en même temps aux enfants un choix de livres. Ce sont encore aujourd’hui les deux principes de base de la Bibliothèque internationale de jeunesse. Le château « Blutenburg », c’est un peu comme si l’on avait croisé la tour de Babel avec la caverne d’Ali Baba: 650’000 livres en 240 langues (les francophones représentent environ 10 %) se cachent dans le bâtiment du 15e siècle, ses caves et ses dépôts extérieurs.

    Sibylle Weingart est responsable de la section francophone et ne jure que par Ricochet, ce qui ne la rend pas antipathique. Tout comme la fondatrice de la Bibliothèque Internationale de Jeunesse qu’elle admire d’ailleurs beaucoup, elle estime que les livres sont une nourriture au moins aussi essentielle que le pain. Comme Jella Lepman, elle demande aux éditeurs de lui faire don de livres jeunesse. Et le système fonctionne toujours, puisqu’elle reçoit quelque 500 livres chaque année de l’ensemble de la francophonie qui sont ensuite catalogués. Enfin, car sinon tout cela ne servirait à rien, « il faut faire lire le livre, le sélectionner éventuellement dans The White Ravens ou imaginer des événements pour le mettre en valeur », explique-t-elle.

    Car la Bibliothèque internationale de jeunesse, ce sont aussi des expositions, des événements, des bourses de recherche, un calendrier de poésie pour enfants et surtout le fameux catalogue de recommandations The White Ravens (Les corbeaux blancs) et un festival du même nom. « Un corbeau blanc a quelque chose de spécial, il attire l’attention, commente Christiane Raabe, cette sélection de livres qui sont remarquables pour leur contenu, leur qualité littéraire ou esthétique est unique au monde précisément parce qu’elle est de provenance mondiale ». En 2018 par exemple, sur les 200 titres sélectionnés, dix-huit étaient francophones: onze français, trois canadiens, deux belges, un suisse et un malgache.

Le plus important, ce sont les enfants

    Quant au rôle actuel et futur de la Bibliothèque internationale de jeunesse, Christiane Raabe reste persuadée que « la littérature jeunesse est éminemment politique ». « Notre rôle est plus que jamais d’éclairer, de donner des impulsions émancipatrices. Nous pouvons transmettre énormément de choses aux 150-200 groupes scolaires et au public qui nous rendent visite chaque année ».

    « Derrière la bibliothèque, Jella Lepman avait une vision et pour elle le plus important c’étaient les enfants » conclut Christiane Raabe. « On pourrait dire qu’aujourd’hui c’est toujours le cas et c’est d’autant plus important que les enfants ne possèdent malheureusement pas de lobby ».

    « Les enfants et les livres, c’est une histoire en soi et l’une des plus belles que nous connaissons » aurait dit Jella Lepman au début de son entreprise. Depuis 70 ans, la Bibliothèque internationale de jeunesse montre comme elle avait raison.

    La fête du septantième anniversaire de la Bibliothèque internationale de jeunesse a eu lieu le 20 septembre 2019. Le matin pour les officiels, comme la ministre allemande de la Famille ou le maire de Munich, et l’après-midi pour les vrais VIP : les enfants. Trois événements francophiles étaient d’ailleurs au programme: des contes de Perrault racontés par Virginie Loth et un atelier de fabrication de bijoux aussi merveilleux que les contes de fée avec Charlotte Dzitko (toutes deux invitées par l’Institut français), ainsi qu’un atelier sur les paysages à partir d’illustrations de Marianne Dubuc organisé par la délégation québécoise. Et comme cadeau, la Suisse a construit un chalet dans la cour du château !

(par Dominique Petre – septembre 2019)

Le texte d’origine de cet article, augmenté de nombreuses autres illustrations est  à cette adresse ; une version PDF est disponible.

Le site de la Bibliothèque internationale de jeunesse est  ici.

Diplômée en journalisme et communication (Université Libre de Bruxelles), Dominique Petre était collaboratrice au quotidien La Libre Belgique « avant de découvrir l’amour (celui qui est devenu son mari) et l’Allemagne et de quitter son petit pays natal ». À Hambourg, sa passion pour le cinéma l’a menée successivement à travailler pour le European Distribution Office puis pour le MEDIA Desk, deux programmes de l’Union Européenne. Installée depuis dix ans avec sa famille à Francfort sur le Main, Dominique Petre travaillait en « électron libre » en tant que journaliste, traductrice mais aussi dans le domaine littéraire, organisant des rencontres avec des auteurs et/ou illustrateurs jeunesse et s’occupant du stand des éditeurs belges francophones à la Buchmesse de Francfort et au Salon du Livre de Paris. Elle a rejoint l’équipe de l’Institut français du livre en Allemagne en novembre 2015. Depuis plusieurs années, elle met sa plume au service du site Ricochet en écrivant des articles sur la littérature jeunesse ainsi que des portraits d’auteurs et d’illustrateurs.

Le Petit Roi

 

Le Petit Roi, c’est aussi une librairie

    Ouverte il y a tout juste dix ans, la librairie Le Petit Roi est « une île aux trésors », située dans un lieu hors du temps, près d’un des plus vieux magasins de jouets de Paris, Pain d’épices. Le passage Jouffroy abrite aussi l’Hôtel Chopin, à l’aspect romantique à souhait, et le célèbre Musée Grévin.

    L’enseigne affiche le personnage créé par Otto Soglow, The Little King, apparu pour la première fois en 1931 sous forme de cartoon dans The New-Yorker, puis objet d’une série de comics jusqu’à la mort de l’auteur en 1975.

    Gallimard éditera Le Petit roi dans la collection NRF en 1938 et les éditions Pierre Horay en 1983 avec une traduction d’Édouard François et une présentation de Pierre Couperie, grand historien de la bande dessinée disparu en 2009.

    Professeur de mathématiques, bouquiniste sur les quais de la Seine, Christian Journé est un libraire passionné et militant. Ses belles étagères conservent sur trois niveaux une prodigieuse diversité de titres dans des éditions variées : ouvrages pour la jeunesse (en diverses langues), albums, romans, bandes dessinées, illustrés, comics, fanzines, affiches…

    Connaisseurs et collectionneurs, comme curieux et amateurs éclairés, petits et grands, sont accueillis tous les jours de 14 heures à 19 heures.

    Le libraire n’a pas de catalogue en ligne ni de site web. Si vous recherchez un titre ou une édition rare ou pas, voici son adresse électronique : Lepetitroi75009@gmail.com

(texte et photographies : Isabelle Valque-Reddé  – octobre 2019)

. Le Petit Roi, bandes dessinées et livres d’enfants, 39 passage Jouffroy, 75009 Paris.

Voir aussi un article ici et un reportage vidéo .

 

Isabelle Valque Reddé, après hypokhâgne, khâgne et licence de lettres modernes, fait carrière dans l’Éducation nationale dans la Sarthe, l’Aube, les Deux-Sèvres, l’Ille et Vilaine (où elle obtient le CAPES de documentation et contribue à la mise en place du DEUST Métiers du Livre de l’université de Rennes 2 où elle est en poste de 1994 à 1998) ; nommée à l’IUFM de Pau à la rentrée 1998, elle terminera son activité professionnelle à l’ESPE d’Aquitaine où elle sera chargée, en 2010, de la valorisation des collections patrimoniales issues des Écoles normales, notamment par la création de la Bibliothèque Félix Pécaut ; à noter, en 1996, un mémoire de maîtrise Relation et représentation de la lecture publique en Ille et Vilaine dans le journal Ouest-France, sous la direction, à Rennes, d’Isabelle Nières Chevrel, et, en 2004, un mémoire de DEA, Médiation et popularisation des savoirs : la littérature de colportage en France du XVIIe  au XIXe  siècle, sous la direction, à Toulouse, de Viviane Couzinet ; article récent co-écrit avec Jocelyne Liger Martin : « L’herbier, un objet patrimonial scientifique et scolaire » dans Éducation et culture matérielle en France et en Europe du XVIe siècle à nos jours (Honoré Champion, 2018) ; membre de la section locale du CRILJ Pau-Béarn dès sa création en 1999, Isabelle Valque Reddé est administratrice du CRILJ.