Les Maîtres de l’imaginaire

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Une exposition en Chine

Depuis le mercredi 11 novembre 2020 et jusqu’au dimanche 28 février 2021, le Musée d’art de l’université Tsinghua de Pékin accueille une exposition Image of the West : illustrators of Europe and América qui donne à voir un imposant ensemble d’illustrations issues de la collection de la Fondation Les Maîtres de l’imaginaire créée en 2017, à Lausanne, à l’initiative de l’auteur-illustrateur Étienne Delessert. Commissaire de l’exposition : Janine Kotwica.

« Image of The West présente une collection d’artistes de renom qui ont créé d’illustres livres d’images en Europe et aux États-Unis. Des contes de fées, des textes littéraires, des poèmes et des souvenirs personnels réinterprétés ont tous été illustrés avec une imagination débordante et une variété de styles et de techniques uniques. Ce panorama d’images témoigne de la vitalité de l’édition occidentale. »

Quarante illustrateurs « maîtres de l’imaginaire » à l’honneur dans un sobre et efficace accrochage ainsi qu’une importante contribution personnelle d’Étienne Delessert.

L’auteur-illustrateur raconte cette aventure aux artistes de la Fondation.

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    Chers ami(e)s,

    Notre exposition des Maîtres de l’imaginaire a ouvert ses portes à Beijing mercredi soir. Elle est superbe !

    J’aimerais décrire rapidement cette aventure.

   Tout cela a commencé à Paris, voici cinq ans, par la présentation à l’Ambassade de Suisse de mon livre de mémoires L’Ours Bleu, par Jean-Philippe Jutzi, l’attaché culturel. Son analyse était fine et amicale.

   En 2019, j’ai appris qu’il était en Chine, et lui ai de suite parlé des Maîtres. Nous sortions du palais de Bologne. « Cela tombe bien, m’a-t-il répondu, en 2020, seront célébrés les 70 ans de bonnes relations bilatérales entre le Suisse et la Chine. »

    Il nous a donc associés à un programme culturel vaste – c’était avant le Covid19 – qui comprenait une exposition de Giacometti, une autre de Tinguely et la venue d’œuvres de la collection Dubuffet du Musée de l’Art Brut de Lausanne.

    Jutzy a d’abord choisi le Today Art Museum de Beijing, puis, à la suite de négociations avec le gouvernement chinois, a désigné le prestigieux Tsinghua University Art Museum pour nous accueillir. Ils avaient déjà collaboré harmonieusement avec l’Ambassade. Et j’eus alors la vraie surprise d’être invité par le musée à avoir une section de l’exposition consacrée à mes œuvres.

    Janine Kotwica a été d’une aide précieuse, tout au long d’une année fertile en menus problèmes, en tant que commissaire, par ses contacts,  ses conseils, sa précision dans les crédits, l’élan de ses textes. L’exposition, prévue pour le mois de juillet, a été repoussée deux fois par le virus – qui semble bel et bien dompté à Beijing, mais personne n’entre encore en Chine.

    En Suisse, Laurent Seigneur, membre du Conseil, a suivi notre parcours avec vigilance, je l’en remercie aussi.

    Un catalogue ne pouvait être préparé : il faut un an au Ministère de la Culture chinois pour délivrer un code ISBN.

    Le musée a fait un choix de vingt images, sur une centaine, pour imprimer des cartes postales. Impossible ! Nous avons dû, de ce fait, imprimer une édition limitée de 250 jeux de cartes en Suisse, pour que chaque artiste soit représenté; ils sont d’un usage limité à la communication et aux médias.. Imprimés en août, ils ne sont partis enfin que cette semaine, l’accès du local où ils étaient entreposés dans le bâtiment officiel de notre partenaire HEP étant interdit, encore et encore, par le Covid 19. Par chance une centaine de boîtes avaient été livrées à Berne par l’imprimeur: elles furent envoyées par la valise diplomatique.

    Tout au long de notre collaboration, nous avons pu réaliser que la Chine est un autre monde. Les meilleures intentions sont parfois bridées par un système d’une fermeté feutrée mais inflexible.

    Dans le choix des œuvres, par exemple. Le Ministère de la Culture, à qui elles devaient être toutes présentées, en a censuré quatre, de Marshall Arisman et de Jean-Louis Besson. Sans réelle logique. Elles furent donc remplacées.

     L’affiche est une autre histoire (elle sera agrandie au format de 9m sur 12m, près du musée, à l’entrée de la Tsinghua, université de grande renommée. Deux de nos propositions furent écartées, et quelle ne fut pas notre surprise de constater que le graphiste du musée avait emprunté des éléments de trois de mes dessins et les avait interprétés à sa manière. Je n’ai pas souvent ce genre de conflit, mais j’ai perdu cette bataille. C’était il y a un mois à peine, les œuvres étaient alors mises en caisse, il fallait céder pour qu’elles partent. Le choix des œuvres pour les deux flyers est entièrement celui du Tsinghua. Une erreur de légende concernant  Jean Claverie a été corrigée.

    Je ne vais pas entrer dans les détails, mais le transport fut retardé considérablement. Nous refusions de laisser les dessins partir sans avoir vu leur contrat d’assurance signé. Rien d’anormal, m’a -t-on dit, c’est la bureaucratie.

    L’exposition a bien failli ne pas avoir lieu: il était impensable d’accepter d’utiliser un Carnet ATA, qui garantit un passage de douane en douceur, mais qui nous aurait obligés à débourser près de 200 000 euros, remboursés, en principe, par le gouvernement chinois au retour des oeuvres.  Tout cela se passait il y a moins d’un mois, et fut assez tendu. J’ai annoncé bloquer le transport. Plus d’exposition ? Nous avons alors appris, comme par miracle, que le Ministère de la Culture allait obtenir un passage de douane sans frais.

    Rien n’est simple, les collaborateurs du musée désespéraient, tout en observant avec calme les normes du pays. Un autre monde…Je veux remercier Wang Ying, Sysy Hu au Tsinghua, et Congcong Che à l’Ambassade, – Jean Philippe Jutzi ayant pris sa retraite – pour toute leur attention et pour leur enthousiasme.

    Mercredi 11 novembre cette équipe du musée, travaillant jour et nuit la dernière semaine, a eu la joie de vernir notre exposition, en présence d’un public d’invités choisis et de 30 représentants de différents médias.

    L’Ambassade suisse était fort bien représentée, que je remercie pour son support.  Il se trouve que nous sommes la seule manifestation artistique visuelle a avoir bravé le virus, en cette année de 70 ans de reconnaissance pacifique.  Giacometti et les autres ont été repoussés à une date indéterminée.

    Et il faut bien dire que ce sont vos œuvres qui ont soutenu, par leur qualité et leur diversité, le moral des troupes chinoises, françaises et suisses : l’art de l’illustration, art à part entière dans un magnifique musée.

    Voici quelques reflets de la manifestation, Ils éclairent d’une belle lumière nos efforts pendant une longue année. Les photos sont toutes de Xiao Fei, du TAM. Elles sont ici réduites, mais existent en haute résolution.

     Avec ma gratitude, celle de Janine et de la Fondation.

     Bien amicalement.

     Étienne

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Merci à Étienne Delessert pour nous avoir confié ce courrier.

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Voir aussi le reportage de la télévision chinoise à partir de  cette page

Artistes exposés

Albertine, Marshall Arisman, Jean-Louis Besson, Guy Billout, Quentin Blake, Robert Oscar Blechman, Eric Carle, Ivan Chermayeff, Seymour Chwast, Nicole Claveloux, Jean Claverie, Frédéric Clément, Étienne Delessert, Heinz Edelmann, Stasys Eidrigevičius, Randall Énos, Monique Félix, André François, Henri Galeron, Letizia Galli, Laurent Gapaillard, Alain Gauthier, Roberto Innocenti, Gary Kelley, Claude Lapointe, Alain Le Foll, Georges Lemoine, David Macaulay, Daniel Maja, Sarah Moon, Jörg Müller, Yan Nascimbene, Chris F. Payne, Jerry Pinkney, Zack Rock, Éleonore Schmid, Chris Sheban, Elwood H. smith, David Wiesner, Zaü, Lisbeth Zwerger.

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André François, pour une couverture de magazine (Haute société, juin 1960)

Alain Le Foll, C’est le bouquet, Claude Roy (Delpire, 1964)

 Claude Lapointe, L’appel de la forêt, Jack London (Gallimard, 1979)

Monique Félix, Hansel et Gretel, Jacob et Wilhelm Grimm (Grasset, 1983)

Etienne Delessert, Contes 1, 2, 3, 4, Eugène Ionesco (Gallimard, 2009)

Albertine, Des mots pour la nuit, Annie Agopian, (La Joie de lire, 2017)

 

  

    

 

 

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Eau de boudin

par André Delobel

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    Contre toute attente, l’exposition Dans les coulisses de l’album : 50 ans d’illustration pour la jeunesse (1965-2015) a terminé son périple à la Médiathèque André Malraux de Strasbourg le 19 novembre 2016. Elle aura, en vingt mois, été mise en place à Beaugency, Paris, Arras, Bron, Mourenx, Cherbourg, Reims et Strasbourg, accueillie par six médiathèques, un salon du livre, une université. Elle ne fut montrée en son entier qu’à Beaugency, Arras et, à dix-huit œuvres près, à Strasbourg. Les autres lieux ont « adapté » l’ensemble qu’il recevait à leurs locaux, créant parfois leur propre scénographie. Les huit établissements qui nous ont fait confiance ont eu à cœur d’organiser, en fonction de leurs habitudes et de leurs moyens, des activités d’accompagnement en direction des enfants et du grand public. Les professionnels du livre et de la lecture ne furent pas oubliés et Janine Kotvica, Michel Defourny, Hélène Valotteau, Françoise Lagarde et André Delobel ont apporté leur concours à plusieurs moments de formation.

    Le CRILJ se faisait une joie de voir l’exposition de son jubilé présentée à la Médiathèque d’Orléans en décembre 2016 et janvier 2017. La possibilité d’une journée de formation, en partenariat avec l’ABF, avait été évoquée entre notre association et la responsable du secteur jeunesse de l’établissement (qui avait également pris contact avec plusieurs illustrateurs pour des rencontres dans les cinq annexes orléanaises). La venue, le jeudi 26 ou le vendredi 27 janvier 2017, à la centrale, pour une rencontre et pour un concert avec Jean Claverie, créateur du visuel de l’exposition, devait constituer un pertinent et festif point final.

    Malgré les garanties que Françoise Lagarde, présidente, et moi-même, secrétaire général, avions apportées mi-septembre, dès  notre retour de Strasbourg, la direction de la Médiathèque d’Orléans a estimé qu’une « présentation sécurisée et adéquate de l’exposition » n’était pas assurée. Faisant fi d’une année d’échanges constructifs, elle prenait la décision de renoncer à un projet qui nous était apparu comme le souhait des bibliothécaires de l’établissement.

    Au-delà de notre amertume, nous affirmons que la raison avancée ici est incompréhensible et irrecevable. Il ne sera pas acté que le CRILJ se soit, en cette affaire, montré inconséquent. Notre association, dans les actions qu’elle met en œuvre, a toujours pris un soin particulier, en pleine responsabilité, à nouer des partenariats respecteux de chacun, dans la clarté et dans la transparence.

    Peut-être y a-t-il, dans les raisons qui ont motivé ce renoncement, des éléments que nous n’avons pas à connaitre. En tout cas, le CRILJ, s’il ne peut pas tout, avait, en la circonstance, choisi de « bouter hors des cadres », les bêtes d’orage qui s’y étaient subitement installées. Le travail de nettoyage fut confié à une professionnelle strasbourgeoise et la Médiathèque d’Orléans aurait pu, fin novembre, venir à Strasbourg retirer une exposition saine et complète.

   Faudra-t-il conclure que les associations proposent et que les institutions disposent ? Une seule mésaventure ne nous autorise pas à l’affirmer. Nous profitons, au contraire, de cette mise au point pour remercier sur ce site les personnes qui, à Beaugency, à Paris, à Arras, à Bron, à Mourenx, à Cherbourg, à Reims et à Strasbourg, ont fait honneur, avec professionnalisme et inventivité, aux illustrateurs dont nous avions rassemblé les travaux.

mediatheque-orleans

Né en 1947. maître-formateur retraité, André Delobel est, depuis presque trente-cinq ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national. Articles récents : « Promouvoir la littérature de jeunesse : les petits cailloux blancs du bénévolat » dans le numéro 36 des Cahiers Robinson et « Les cheminements d’Ernesto » dans le numéro 6 des Cahiers du CRILJ consacré au théâtre jeune public.