Rolande Causse à Olivet

 

 

Le mercredi 19 juin 2019, dans le cadre des animations impulsées par le CRILJ, Rolande Causse est intervenue à Olivet (Loiret) auprès de douze jeunes apprenants et apprenantes accueillis par l’association Olivet Solidarité. Veuillez trouver ici le compte-rendu de cette rencontre, avec un franc retard dont vous voudrez bien nous excuser.

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     Militante de l’association Olivet Solidarité, j’ai souvent évoqué, lors de nos réunions entre formateurs, de littérature pour la jeunesse. Et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une rencontre entre Rolande Causse, écrivaine et poétesse, et les apprenants de niveau de français A2 de Carmel et Mathilde, deux de nos formatrices, qui s’est tenue le mercredi 19 juin 2019 de 10 heures à 14 heures. La séance avait été préparée la veille par Rolande et les deux formatrices.

    C’est à douze jeunes âgés entre 16 et 22 ans, venus des quatre continents, que Rolande s’est présentée et a lu les poèmes choisis lors de la séance de préparation, les invitant à observer le rythme et la composition de chacun d’eux. Ensuite Rolande les a encouragés à créer à leur tour et ils se sont lancés à écrire à la manière de. Leurs écrits ont été lus par les formatrices.

    La séance s’est terminée par un repas partagé où les échanges se sont prolongés, les jeunes répondant aux questions de Rolande sur leurs pays, leurs vies en France, leurs projets.

Martine Bonnet-Hélot

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    J’ai mené mon premier atelier de lecture-écriture avec des enfants à Montreuil (93100) en juillet 1979. Depuis je ne compte plus les rencontres avec les jeunes ou avec des adultes, enseignants, bibliothécaires, orthophonistes…

    En Colombie, à la grande bibliothèque de Bogota, j’ai mené une formation Littérature-écriture de quatre journées auprès de quinze bibliothécaires de langue espagnole. Avec l’interprète nous avions préparé livres et motivations d’écriture. Néanmoins n’ayant pas appris l’espagnol, j’appréhendais quelque peu. Ce furent quatre jours d’étonnement heureux.

    Pendant le confinement, mon petit-fils et moi avons inventé un atelier d’écriture audio (grâce à WhatsApp) Cela a été très riche. Nous continuons pendant le deuxième confinement.

    Je conte ces expériences afin de souligner que l’atelier d’écriture poétique que j’ai mené pour l’association Olivet Solidarité demeure pour moi parmi les moments particuliers et inoubliables. Je garde un souvenir ému de cette rencontre à Olivet (Loiret) en juin 2019 avec une douzaine de grands adolescents ou jeunes hommes et trois jeunes femmes venus des pays africains et sud américains.

    Avec une extrême attention, ils ont écouté ma lecture de poèmes d’Andrée Chedid, de Desnos, de Lorca, d’Apollinaire. Je souhaitais les mettre dans l’ambiance du bercement des mots et de la poésie. Ils apprécièrent les rythmes, les répétitions, les émotions. Puis je souhaitais qu’ils choisissent l’un des poèmes anaphoriques comme J’aime, je déteste ou Je me souviens ou encore Hier, aujourd’hui, ici, là-bas… Et je leur demandais d’écrire ce qu’ils ressentaient.

      Appliqués, concentrés, souriants ou traits contractés, ils créèrent de forts beaux textes. Ils les lurent à haute voix ou, pour certains qui hésitaient trop, je les lus à leur place. Mais leur attention, leur disposition, leur gentillesse leur talent m’enthousiasmèrent.

    Puis au cours d’un brunch, certains dirent qu’ils se sentaient bien accueillis et qu’ils aimaient notre pays. Pour quelques uns, « c’était dur » mais ils faisaient des efforts. Ils ne supposaient pas qu’en venant en France ils apprendraient tant de choses. Tout ce qu’ils désiraient c’était d’avoir un métier, de l’exercer et d’envoyer de l’argent à leur famille. L’apprentissage qu’ils recevaient leur permettait d’espérer…

    Nous nous quittâmes en sympathie. Ils me demandèrent de revenir. Je leur répondais que j’aurais plaisir à les revoir et à poursuivre avec eux cette sensibilisation à la poésie. Nous étions en juin 2019 et il ne fut pas possible de recommencer cette expérience.

    Je leur souhaitais le meilleur avenir possible. Grâce à ces jeunes migrants et grâce à l’association Olivet Solidarité, cette demi-journée demeure pour moi un moment important dans mon travail.

    Un atelier d’écriture émouvant et une production d’écrits dans laquelle il est difficile de choisir. Vous trouverez ci-après les trois textes.

Rolande Causse

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Ici les gens écrivent

Là-bas les enfants courent

Ici la vie est dure

Là-bas le fruit est mûr

Ici il y a des jardins

Là-bas tout est désert

Ici le temps est court

Là-bas le rêve est doux

(Diadié) 

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Ici il y a les droits de l’homme, la liberté d’expression et le respect de la femme

Là-bas il y a l’amour de son prochain, la joie d’une famille pauvre

Ici il y a des personnes qui consacrent leur temps à de jeunes étrangers pour leur intégration dans la société

Là-bas il y a la guerre

Là-bas il y a la famine

Là-bas les enfants sont tués

Ici les enfants sont protégés

Ici le président n’a droit qu’à deux mandats

Là-bas il y a la dictature

Là-bas là la jeunesse perd tout espoir

Ici c’est l’espoir d’une vie meilleure

Ici je suis chez moi

(Ibrahim D.)

Dans ma poche il y a des cartes

Dans ma poche il y a l’heure de départ

Dans ma poche il y a le ciel

Dans ma poche il y a du miel

Dans ma poche il y a la couleur dorée

Dans ma poche il y a un cœur amoureux

Dans ma poche il y a la vie

Dans ma poche il y a la ville

(Diadié)

 

 

L’association Olivet Solidarité a pour objectifs de contribuer, dans le cadre d’une coopération menée notamment avec la Mairie et en liaison avec les associations ou services à vocation sociale, à l’aide, à l’entraide et au soutien des personnes les plus démunies afin de leur procurer les moyens matériels et psychologiques qui leur permettront de lutter contre la faim, le dénuement, la solitude et les détresses de toute nature, d’être à l’écoute de ces personnes dans le total respect de leur dignité et en toute confidentialité, d’organiser des échanges du savoir et savoir faire, de favoriser les liens entre générations, de souscrire à toute action de solidarité active en faveur des plus démunis.

Retour sur les ‘images libres’

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À Lyon, c’est Sans fin la fête

    En 2015, alors que le CRILJ fêtait son 50e anniversaire avec un colloque dont les intervenants avaient pour consigne de se retourner sur diverses évolutions de la littérature pour la jeunesse depuis 1965, ma contribution fut de raconter l’histoire de l’irruption des livres d’Harlin Quist dans le paysage éditorial d’alors et la durable influence des illustrateurs que ce projet portait. (1)

    Car ses instigateurs, les éditeurs Harlin Quist et François Ruy-Vidal, refusant de s’adresser à des professionnels de l’enfance, permirent à une toute nouvelle génération d’artistes de proposer leurs images. À travers la SARL Les livres d’Harlin Quist tout d’abord puis ensuite (1973) le label Encore un livre d’Harlin Quist ou la création d’un département jeunesse aux éditions Grasset, on découvre ces signatures alors inédites dans l’édition mais que nous connaissons tous très bien aujourd’hui: Nicole Claveloux, Henri Galeron, Guy Billout, Etienne Delessert, Tina Mercié, France de Ranchin, Patrick Couratin ou Danièle Bour pour n’en citer qu’une infime partie. Bien entendu ce n’était là que la première étape de carrières d’illustrateurs qui allaient toucher aborder bien des rivages, éditoriaux ou non, hexagonaux ou transatlantiques.

    Et cette histoire fait probablement suffisamment écho avec notre époque – ou du moins ses aspirations – pour que l’on me demande de la raconter à nouveau, de Bron à Bruxelles, en passant par Montreuil et Albarracín. Il y a un peu plus de trois ans, suite à d’instructifs échanges épistolaires avec François Ruy-Vidal, je décidai de développer le sujet et de proposer simultanément un livre aux éditions MeMo et une exposition à la bibliothèque municipale de Lyon, deux structures suffisamment aventureuses pour que l’idée soit accueillie avec enthousiasme. Avec l’appui de leurs équipes, celles d’acteurs de cette épopée picturale et néanmoins littéraire, du fonds patrimonial de l’Heure joyeuse et du musée de l’Illustration jeunesse de Moulins, j’ai pu mener ces deux chantiers qui arrivent ces jours-ci à leur terme.

    C’est en effet le jeudi 3 février que paraît en librairie Les images libres : dessiner pour l’enfant entre 1966 et 1986 dans la collection « Monographies » des éditions MeMo et, samedi 22 janvier, nous inaugurerons l’exposition Sans fin la fête : les années pop de l’illustration à la bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon (merci à Étienne Delessert pour son titre). On y observe le parcours de ces illustrateurs et illustratrices dans ces projets richement illustrés d’albums, bien sûr, mais aussi de dessins originaux, certains inédits, de documents d’archives, de maquettes, etc. Des premières images sous influence pop à l’illustration des grands classiques en passant par le renouvellement esthétique de la presse pour enfants, c’est un panorama large mais j’ai souhaité cohérent. J’y croise par ailleurs les approches historiques et thématiques: on découvre les précurseurs du mouvement, on observe les allers et retours entre New York et Paris, on apprécie l’influence de ces artistes en dehors du champ de l’enfance ou l’importance nouvelle accordée à ce champ au sein de la société d’alors.

    L’exposition reste ouverte jusqu’au 25 juin et, pour celles et ceux que cela intéresserait, j’y mènerai des visites les samedis 12 février, 2 avril et 11 juin.

( Loïc Boyer – janvier 2022 )

(1) « La Galaxie Harlin Quist brille encore ou l’histoire d’une génération de graphistes et d’illustrateurs » dans le numéro 7 des Cahiers du CRILJ (novembre 2017)

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Loïc Boyer est diplômé de l’UFR d’arts plastiques de l’université Paris 1/Sorbonne ; designer graphique à Orléans, chercheur associé au laboratoire InTRu (Interactions, transferts, ruptures artistiques et culturelles) de l’université de Tours, il fut illustrateur à Paris, éditeur de fanzines à Rouen et coincé dans la neige à Vesoul ; il dirige une collection d’albums pour enfants aux éditions Didier Jeunesse dédiée à la publication de titres anciens méconnus en France ; il a fondé Cligne Cligne magazine, publication en ligne consacrée au dessin pour la jeunesse dans toutes ses formes ; article récent : « Rétrographismes : les albums retraduits sont-ils formellement réactionnaires ? » paru dans La retraduction en littérature de jeunesse (Peter Lang, 2013) ; à paraitre le 3 février 2022 : Les Images libres, dessiner pour l’enfant entre 1966 et 1986 (MeMo 2022).

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. Sans fin la fête, les années pop de l’illustration, exposition à la bibliothèque de la Part-Dieu, 30 boulevard Vivier-Merle à Lyon (Rhône), du mardi 18 janvier au samedi 25 juin 2022 ; ouverte du mardi au vendredi de 10 heures à 19 heures  et le samedi de 10 heures à 18 heures . L’entrée y est libre.

. Les Images libres, dessiner pour l’enfant entre 1966 et 1986, Loïc Boyer, éditions MeMo 2022, collection « Les monographies », 228 pages, 35,00 pages.

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photos : Loïc Boyer – hormis la couverture du livre.

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Voir aussi ici.

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Les voix de la création

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Souffle et performance : les voix de la création

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Plateau lecture est né en 2015 au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, entre deux signatures. Une petite poignée d’illustrateurs, d’illustratrices, auteurs, autrices, qui aimaient porter le livre hors des pages se sont donné rendez-vous sans un sou mais avec passion. L’idée était de nous unir, pour porter plus loin des pratiques et des réflexions qui déjà convergeaient. Nous étions des artistes-auteurs jeunesse, mais aussi, pour certains comédiens, performeurs, plasticiens… Chacun de nous proposait déjà de son coté des lectures protéiformes. Il s’agissait de les mettre en commun pour en faciliter la visibilité, mais aussi et de croiser nos univers pour concocter ensemble des créations « sur un plateau », « à la carte ». .

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    Faire vivre le livre d’une autre façon, donner souffle à nos écrits, nos images, rencontrer de nouveaux artistes, relier les publics, c’est ce qui nous motive. La lecture à voix haute permet de réinventer nos ouvrages, parfois même d’en créer d’autres. Elle est inspirante. Elle interpelle le lecteur ainsi fait spectateur. Cette transdisciplinarité nous permet de partager autrement nos livres et nos sensibilités dans une relation plus directe avec le public et les lecteurs.

Un collectif mouvant

    Plateau lecture n’est pas une agence, mais un collectif mouvant, vivant. Sa gestion, improvisée sur notre temps libre, ne permet pas encore de l’ouvrir à un trop grand nombre d’artistes. Pour l’instant, c’est d’abord une plateforme (plateaulecture.com) qui réunit les 25 créations/performances de ses neuf membres, toutes jouées en salons du livre, festivals, librairies, médiathèques, caves-poésie, théâtres… Petites formes modulables, performances d’arts croisés ou créations proches du spectacle : lectures dessinées, lectures musicales, lectures avec vidéo, lectures immersives dans une exposition… Il y a autant de manières de créer ces formes nouvelles que d’auteurs et d’artistes associés au projet.

    Chaque proposition permet d’inventer comment partager avec originalité le livre ou bien le texte créé pour le spectacle. Plateau lecture aime aussi répondre à des « commandes » inattendues, des créations sur mesure en résonance avec les programmations de manifestations littéraires. La Fête du livre jeunesse de Manosque et Forcalquier nous a ainsi offert une « carte blanche » en 2019, où l’illustratrice Carole Chaix avait réuni des complices du Plateau pour proposer des rencontres en duo, des lectures croisées dessinées, un cabinet de curiosités, une exposition, une fresque participative…

    L’accueil de ces propositions vivantes est excellent et la demande est grande. Plateau lecture permet à toutes les structures intéressées d’identifier ces formes nouvelles, ces lectures, performances ou spectacles de manière simplifiée, car aujourd’hui il est compliqué de connaître l’existence même de ces formes pour ces structures.

Un plateau et du public

    L’engouement depuis quelques années est fort pour la lecture en public. Une lecture live réinvente les rendez-vous littéraires. Elle est facile d’accès, même quand le texte ne l’est pas, elle invite au partage, au débat, élargit les publics et plaît aux plus jeunes (enfants et ados). Les enjeux de notre collectif sont d’accompagner cette demande, d’y répondre suivant nos envies/possibilités.

    Du côté technique, Plateau lecture facilite l’accueil de ces lectures événements en listant les équipements nécessaires : écran, vidéoprojecteur, système de sonorisation, liseuse, caméra, ainsi que les déclarations Sacem ou SACD éventuelles. Ces formes nouvelles rejoignent les exigences techniques du théâtre, mais les auteurs ne sont pas accompagnés de techniciens. L’idéal pour tout le monde est de trouver dans les structures accueillantes du personnel formé pour mettre en place le plateau, caler le son et la lumière, gérer le public, démonter le matériel…

Soutenir le livre hors des pages

    Pour créer une lecture, il faut du temps, un lieu, mêler des artistes de différents horizons et territoires. Cela a un coût. Il va falloir inventer ou adapter des lieux de « création ». Certaines bourses ou résidences de création de lectures « événements » existent déjà, comme celle d’ « Arts et Littérature » de Toulouse Métropole, dont ont bénéficié deux créations du Plateau (Les Bisous Volants par Annie Agopian et Régis Lejonc, et Une fille de… par Jo Witek). Mais ces aides sont encore rares, les multiplier nous permettrait d’approfondir notre travail, de porter encore plus loin ces lectures live.

    Ces nouvelles formes nous invitent tous à repenser les lieux et la place de la littérature. Au-delà des médiathèques qui en sont le cœur, elles peuvent investir musées, théâtres, salles de cinéma indépendant, auditoriums d’établissements scolaires, universités, festivals de musique, d’arts de la rue… Et créer des synergies entre ces lieux.

    Nous partageons ces pistes de réflexion avec les structures régionales pour le livre, les organisateurs de manifestations littéraires. Nous devons trouver de nouveaux réseaux de diffusion et organiser de « petites tournées ». Ces formes hors les pages doivent rayonner sur les territoires. Il est difficile de jouer un spectacle une fois tous les six mois. Multiplier ses représentations sur un même territoire (festivals, réseaux de bibliothèques, communautés de communes…) permettrait d’éviter les one shots. Comme tout spectacle, tout événement culturel, une lecture a un coût : hébergement, transport, paiement des intervenants (Plateau lecture base ses tarifs sur les préconisations du CNL). Une « tournée » permettrait de mutualiser les frais entre les différentes structures d’accueil.

Lire pour partager, rassembler

    Ces lectures créatives sont une nouvelle façon de penser la vie du livre. Elles ouvrent des possibilités de partage plus larges de nos œuvres auprès d’un public qui n’est pas forcément lecteur. Porter le livre sur les plateaux nous rassemble.

    Ces formes permettent de développer des rémunérations complémentaires qui font sens pour nous, autrices et auteurs. La crise sanitaire a et va encore fragiliser nos métiers comme tous ceux de la création et il est évident que sans une politique publique forte pour la médiation du livre, ces nouvelles formes de rendez-vous littéraires auront du mal à survivre, or elles augurent de beaux lendemains pour porter la littérature haut et fort auprès du plus grand nombre. Tout ce temps passé derrière nos écrans à nous rencontrer en virtuel nous a confortés dans l’idée que la rencontre « en vrai » est essentielle. Les lectures « événements » en prennent d’autant plus de sens. Les auteurs et autrices associés aux artistes qui pratiquent ces formes nouvelles et toutes celles, tous ceux qui ont pu y assister et les découvrir sont convaincus de leur nécessité.

    C’est fort de cette conviction que Plateau lecture reste un collectif réactif et engagé pour une lecture partagée pour tous, partout et à voix haute.

par le collectif d’artistes-auteurs Plateau lecture (Annie Agopian, Géraldine Alibeu, Carole Chaix, Guillaume Guéraud, Régis Lejonc, Martin Page, Coline Pierré, Cécile Roumiguière et  Jo Witek) ; texte publié dans le dossier « Faire vivre le livre autrement » du numéro 2 (2020) de la revue Tire-Lignes

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Illustration : Carole Chaix.

Merci à Occitanie Livre & Lecture pour ce partage.

Merci aussi à Cécile Roumiguière pour son entremise.

Le dossier complet « Faire vivre le livre autrement » est .

La musique des mots

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À l’occasion de la Journée internationale du livre pour enfants du 2 avril 2021 (Children’s international book day), la poétesse cubano-américaine Margarita Engle adresse au monde, sous l’égide de l’Ibby (Union internationale pour les livres de jeunesse), en quatre langues, un message dont vous trouverez ici la traduction française. L’affiche est signée Roger Mello, auteur et illustrateur brésilien.

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La musique des mots

Quand nous lisons, nos esprits prennent leur envol,

Quand nous écrivons, nos doigts chantent.

Les mots sont battements de tambour et flûtes sur la page,

oiseaux chanteurs s’élançant et éléphants trompetant,

rivières qui coulent, cascades qui chutent,

papillons qui virevoltent haut dans le ciel

Les mots nous invitent à danser,

rythmes, rimes, battements de cœur

battements de sabots, battements d’ailes,

contes anciens et nouveaux,

fantaisies et contes vrais.

Que tu sois confortablement installé à la maison

ou t’élançant à travers les frontières

vers une nouvelle terre et une langue étrange,

histoires et poèmes t’appartiennent.

Lorsque nous partageons des mots,

nos voix deviennent la musique du futur,

paix, joie et amitié, une mélodie d’espoir.

par Margarita Engle

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Margarita Engle, poétesse cubano-américaine, née en 1951 à Los Angeles, a développé un profond attachement à la patrie de sa mère pendant les étés de son enfance qu’elle passe sur l’île avec ses parents. Elle découvre à cette occasion la poésie en espagnol, en particulier les œuvres du journaliste, poète et philosophe cubain José Martí. Près de vingt ouvrages, pour enfants, jeunes adultes et adultes. Margarita Engle a reçu de très nombreux nombreuses récompenses dont plusieurs Prix Pura Belpré en 2008, 2009, 2011, 2012, 2014 et 2016, le Prix Charlotte Zolotow, en 1976, pour Drum Dream Girl, le prix Sydney Taylor et le Prix Paterson, en 2010, pour Tropical secrets, holocaust refugees in Cuba, en 2010, et le Prix NSK Neustadt, en 2019, pour l’ensemble de sa carrière. Sa bibliographie de Juan Francisco Manzano, The Poet Slave of Cuba, a, en 2008, reçu trois récompenses. En 2009, Margarita Engle est la première femme latino-américaine à recevoir un Newbery Honor pour The Surrender Tree : poems of Cuba’s Struggle for Freedom. À paraitre : Your heart, My sky et A song of Frutas. Aucun livre traduit en français.

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Roger Mello, illustrateur, écrivain et dramaturge, est né à Brasilia en 1965. Lauréat, en 2014, du prix Hans Christian Andersen décerné par l’IBBY, « pour sa contribution durable à la littérature pour enfants », il est auteur de vingt-cinq livres et illustrateur de plus de cent. Son style graphique, très coloré, s’inspire principalement de la nature, de l’écosystème amazonien et du folklore multiculturel brésilien. Il a reçu, pour son travail d’illustrateur et d’écrivain, de nombreux prix tant au Brésil qu’à l’étranger : prix remis par l’Académie brésilienne des lettres, par l’Union brésilienne des écrivains, prix international du meilleur livre de l’année de la Fondation suisse Espace Enfants, en 2002, pour Meninos do Manque, prix international Chen Bochui du meilleur auteur étranger en Chine, en 2014. Son livre, You can’t be too careful ! a été l’un des récipiendaires 2018 de Mildred L. Batchelder Honor de l’American Library Association (ALA). Roger Mello a organisé de nombreuses expositions personnelles en Chine, en Colombie, en France, en Allemagne, en Italie, au Japon, au Mexique, au Pérou, en Russie, en Corée du Sud et à Taiwan. Son travail a également fait l’objet d’expositions collectives, lors de foires internationales ou à l’occasion de célébrations commémoratives. Ses livres, traduits en quinze langues, sont publiés en Argentine, en Belgique, en Chine, en Colombie, au Danemark, en Iran, au Japon, au Mexique, aux Pays-Bas, en Corée du Sud, en Suède, en Suisse, à Taiwan et aux États-Unis et en France, pour un seul titre, Jean fil à fil, chez Memo.

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États généraux de la littérature de jeunesse

 

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Les États généraux de la littérature de jeunesse du lundi 5 octobre 2020 étaient organisée par La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou.

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Et elles ne vécurent plus lésées jusqu’à la fin des temps… 

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Cette journée avait été précédée par la mise à disposition, en ligne, de vidéos présentant des témoignages d’autrices et d’illustratrices réalisées pour alerter sur les différences femmes/hommes dans leur métier. Ces interviews donnaient la parole à cinq autrices (Sophie Adriansen, Clémentine Beauvais, Moka, Laura Nsafou et Cécile Roumiguière) et à trois autrices-illustratrices (Loren Capelli, Malika Doray et Marie Spénale).

    Ce sont  Lucie Kosmala et Léa Bordier qui, en coordination avec la Charte, ont produit ces cinq vidéos. Cinq thèmes y sont traités : les débuts, les difficultés, les enfants, la sensibilité féminine. l »engagement et l’avenir. Il sera, au cours de la journée,  fréquemment fait référence aux propos tenus dans ces vidéos.

    Dans l’amphithéâtre de la BPI où sont accueillis les participants, on respecte les obligations sanitaires de distanciation : un siège sur deux occupé, des participants masqués ainsi que tous les intervenants, jusqu’à leur montée sur l’estrade au moment de leur intervention.

. Hélène Vignal et Jo Witek

    Hélène Vignal, co-présidente de la Charte, ouvre les travaux de la journée. Elle rappelle que l’Observatoire de l’égalité du ministère de la Culture alerte sur des différences de revenus notoires entre les auteurs et les autrices : moins 26% pour les autrices affiliées à l’AGESSA et moins 22% pour celles relevant de la maison des artistes. Au-delà de ce constat, cette inégalité se retrouve dans de nombreux domaines touchant à la vie professionnelle et parfois aussi personnelle des autrices, il est donc nécessaire pour améliorer l’inégalité entre femmes et hommes d’identifier les situations où elle se manifeste et d’analyser les freins à une amélioration.

    Jo Witek, grand témoin, prononce le discours d’ouverture. Elle revendique une position féministe et inscrit délibérément ses propos sous l’égide des travaux de Michelle Perrot. Elle replace la réflexion de cette journée dans la longue et lente progression des femmes sur le chemin de l’égalité. En 1789? les femmes n’étaient présentes que par le détournement et la séduction. Même les défricheuses étaient empêchées ». Elle cite, exemples à l’appui choisis dans leur vie de femmes de lettres, Wirginia Woolf, Simone de Beauvoir, Elsa Triolet. Elle s’interroge aussi sur la manière de faire émerger l’implicite d’une culture mâle, patriarcale pour aboutir à une société du partage et de l’égalité.

    Plusieurs intervenantes n’ont pas pu se déplacer pour des raisons liées à l’épidémie et elles ont enregistré leur intervention, diffusée en séquence(s) vidéo, des incrustations permettant de bénéficier à la fois de l’exposé de la conférencière et du diaporama qu’elle utilise en appui.

. Doriane Montmasson

     Ce sera le cas de Doriane Montmasson, maitresse de conférences en sociologie de l’éducation, à l’INPE de l’académie de Paris. Elle interroge le rôle joué par les stéréotypes de genre véhiculés par les récits et les représentations de la littérature de jeunesse. Cette dernière tendrait-elle à entretenir une vision genrée de la place des hommes et des femmes dans la société ? Elle a mené une étude sur la réception des stéréotypes par les enfants et propose des premières réponses.

    Elle se réfère aux recherches des années 1990 qui ont mis en lumière l’existence de stéréotypes de sexe dans les livres destinés aux enfants et qui ont supposé que ces « modèles » étaient déterminants pour leur construction identitaire. Elle note que si le nombre des ouvrages présentant une vision stéréotypique du masculin et du féminin restent important, ils sont de plus en plus nombreux à proposer une vision moins ou peu explicite des normes de genre. Elle insiste sur la nécessité de compléter l’étude du contenu des albums par une étude de réception, pour analyser comment les jeunes lecteurs et lectrices s’approprient les  » modèles  » proposés par la littérature.

    Une des recherches de Doriane Montmasson a porté sur un ensemble de 150 livres, des années 1950 à 2012 (pas d’information fournie sur le corpus, les quelques exemples de pages présentées ne faisant pas référence à des œuvres de littérature identifiables) proposé à une centaine d’enfants (G/F) de 5 à 8 ans. La recherche a mis en évidence :

– que la socialisation familiale tient une place prépondérante, pour les plus jeunes, en matière de genre. Ils ne relèvent pas l’existence d’organisations familiales dissemblables, ils sont même portés à modifier le sens de certains ouvrages afin qu’ils correspondent à leur propre représentation du masculin et du féminin. On peut dire qu’ « à cet âge, les livres ne sont pas responsables de tout et n’ont pas à eux seuls le pouvoir de tout changer. »

 – que la réception d’ouvrages par des enfants plus âgés montre que la littérature tend à prendre une place plus importante dans la construction identitaire des filles et des garçons.

     Doriane Montmasson estime important de réaffirmer :

– qu’il est primordial qu’une offre de livres proposant des normes de genre moins stéréotypées continue de se développer ;

– qu’il « est essentiel que l’utilisation de ces livres fasse l’objet d’un étayage permettant aux enfants de s’inscrire dans une posture réflexive. »

. Anne-Sophie Métais

     Anne-Sophie Métais, chargée de mission auprès de la direction du Centre national du livre, présente un point d’étape d’une étude du CNL portant sur l’économie de la filière du livre de jeunesse. Elle centrera son intervention sur le volet consacré aux auteur-trice(s), cette étude en comportant deux autres consacrés aux éditeur-trice(s) et aux libraires.

    Cette étude inclut une enquête conduite par le CNL à partir de la base Électre, soit 11 000 auteurs identifiés dont près de 75% sont des autrices (autrices pour le texte : 60% ; pour le texte et les illustrations : 65% ; traductrices : 68%). Elle porte sur cinq segments de l’édition : éveil et petite enfance, albums, documentaires, romans 8/12 ans, romans plus de 13 ans et jeunes adultes, la bande dessinée en ayant été exclue. Sur 1641 auteurs touchés, 435 ont renseigné le questionnaire.

    L’enquête interroge, au-delà des revenus générés par les œuvres pour la jeunesse, ceux issus des publications réalisées à destination d’un public hors du secteur jeunesse et des activités connexes.

    Concernant le pourcentage des aides accordées à des auteurs et à des autrices, la représentante du CNL indique que ce dernier reçoit les demandes et ne les suscite pas. Hélène Vignal insiste sur l’importance, même dans ces conditions, de garder en tête le principe d’égalité.

. Table ronde 

     Hélène Rajcak (autrice-illustratrice), Martin Page (auteur-éditeur) et Coline Pierré (autrice-éditrice), ensemble ou séparément, Roxane Edouard (agente littéraire), en visio-conférence depuis Londres, sont invités à témoigner de leurs expériences et à échanger à propos de leurs initiatives autour de la question : la considération des autrices est-elle la seule clé de l’égalité en littérature de jeunesse ?  Modératrice : Hélène Vignal

     Concernant la différence de rémunération entre les auteurs/autrices de littérature générale et de littérature de jeunesse, une des réponses fallacieuses apportée a été le coût de l’album par rapport au roman, alors que ce c’est en fait une dévalorisation de la littérature de jeunesse et de ses auteurs-trices.

    Les participants à la table ronde tombent d’accord sur le fait qu’il entre une part d’affectivité dans les échanges auteurs/éditeurs. On accueille un auteur, une autrice, mais aussi une situation financière corollaire La faible place des agents et agentes littéraires en France tend à renforcer cet état de fait.

    Des pastilles-vidéo donnent, à divers moments, la parole à Roxane Édouard, ce qui permet à travers de ses propos de préciser la représentation, assez floue, de ce que peut être le rôle d’un ou d’une agent-e littéraire dans la gestion financières et juridiques des intérêts des autrices et auteurs dont elle administre la carrière. La place des agents et agentes est plus affirmée dans les pays anglo-saxons, en Espagne et en Italie qu’en France.

    Roxane Édouard ouvre aussi le champ des différences à prendre en compte à ceux des inégalités de race ou du handicap. Elle confirme que les négociations d’une agente ne portent pas que sur les rémunérations, d’autres composantes interviennent aussi : les enfants, les vacances…

    Martin Page précise qu’il s’est interrogé sur sa participation à la table-ronde : un homme peut-il défendre les femmes à la place des femmes ? Il ajoute qu’il trouve le secteur de la littérature de jeunesse plus agréable, plus ouvert, plus attentif que le secteur de la littérature générale, sur divers registres : l’égalité F/H mais aussi par exemple le « livre durable » face au pilonnage. Avec Coline Pierré, ils utilisent beaucoup les réseaux sociaux pour montrer le quotidien, comme ils le font aussi dans avec leur maison d’édition Monstrograph et avec des titres comme Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ?

     Hélène Rajcak insiste sur le fait que les autrices sont aussi légitimes que les auteurs, mais qu’il faut du courage pour « négocier » un contrat lorsqu’on est une femme. Autrice-illustratrice de documentaires à composantes scientifiques, elle est aussi très attentive à la réception par les enfants, aux différences filles/garçons et à la médiation qui accompagne la lecture.

    Une question de la salle porte sur le pourcentage d’éditrices dans la littérature pour la jeunesse et ce que cela peut modifier dans les relations, éditrices/autrices.

    Hélène Vignal souhaite interroger un représentant du Syndicat national de l’édition (SNE) sur ce point, mais aucun n’est présent dans la salle. Martin Page estime que les éditrices travaillent mieux que les éditeurs, dans le secteur adulte comme en jeunesse.

    Un témoignage dans la salle met en lumière la méconnaissance du public sur les différentes professions de la chaine du livre. Les participants de la table-ronde font remarquer que la littérature de jeunesse n’est pas ou peu représentée dans les médias généralistes.

    De la salle, Samantha Bailly, co-présidente de La Charte, conclut qu’il est nécessaire de faire reconnaitre qu’être un auteur ou une autrice, c’est un métier.

. En guise de conclusion

    Cette matinée a été très riche, abordant des sujets variés sur la question de l’égalité entre les auteurs et les autrices, avec conviction mais sans dogmatisme. Les intervenants ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, de positions nuancées, de perspectives originales et courageuses. Vives regrets de devoir quitter les travaux en milieu de journée….

    Un petit tour effectué, le soir, sur le compte Facebook de La Charte a permis de retenir un extrait du discours de clôture de Jo Witek, grand témoin, bien dans la tonalité de cette journée .

« La littérature jeunesse comme toute littérature doit aussi déranger, surprendre, garder sa liberté de ton, son insolence et donner à voir l’état du monde tel qu’il est. Parfois, un personnage de père machiste et alcoolique fera beaucoup plus réfléchir un ado, qu’un papa féministe et écolo. L’important n’est pas tant de coller aux nouveaux archétypes, aux nouvelles représentations, que d’écrire avec sincérité, là où on en est. Avoir cette honnêteté-intellectuelle là. Et en ce moment, à voir le nombre de romans qui mettent des filles à l’honneur, par rapport à la réalité de l’égalité filles-garçons dans nos sociétés, on peut s’interroger sur cette honnêteté. »

par Françoise Lagarde – octobre 2020

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Françoise Lagarde, formatrice dans le premier degré, est devenue ingénieur d’études au ministère de l’Éducation nationale où elle fut chargée, jusqu’en 2013, des dossiers relatifs au livre et à la lecture en tant qu’adjointe au chef de bureau des écoles à la direction générale de l’enseignement scolaire ; elle a assuré la mise en œuvre de l’opération Des livres pour les écoles et des plans de développement des BCD, coordonné l’élaboration et la production du répertoire 1001 livres pour l’école (1997), contribué à la mise en place des sélections d’ouvrages de littérature pour les trois cycles de l’école primaire, collaboré au Guide de la coopération bibliothèque-école (CRDP de Créteil, 1986) et à la mise en ligne sur le site ministériel Éduscol de ressources pour faire la classe ; elle est l’actuelle présidente du CRILJ.

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POUR ALLER PLUS LOIN

  • Le programme et la présentation des intervenants :

https://drive.infomaniak.com/app/share/118494/41ac10d4-dc3c-4136-9bbf-baee7a2f3040/preview/pdf/54596

  • Les interviews vidéo :

. les débuts :   https://www.youtube.com/watch?v=YsXSNPFRSo8

. les difficultés :   https://www.youtube.com/watch?v=-HSyeg-0B-I

. la sensibilité féminine :   https://www.youtube.com/watch?v=-zk_yw1Z8w0

. les enfants :   https://www.youtube.com/watch?v=z-WhMdi536A

. l’engagement et l’avenir :   https://www.youtube.com/watch?v=Y-4luCd6sn8

  • L’intégrale de la séance du matin :

https://www.youtube.com/watch?v=J5_quVogoOw

  • L’intégrale de la séance de l’après-midi  :

https://www.youtube.com/watch?v=i6DNzUL_3sg

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Conversation avec Jeanne Ashbé

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Depuis 2002, Lire à Voix Haute Normandie (LAHVN) organise un observatoire trimestriel, en partenariat avec l’association ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations). C’est un lieu d’échanges, de réflexion, de formation où des observations de situations de lecture aux tout-petits sont reprises, éclairées, analysées. Cet article témoigne d’une rencontre avec Jeanne Ashbé le jeudi 26 septembre 2019 qui succédait à celle avec Olivier Douzou, le 23 mai et précédait l’accueil de Sophie Curtil le 28 novembre 2019.

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    Jeanne Ashbé est l’auteure d’une soixantaine d’albums, pour une grande part publiée chez Pastel mais aussi chez Albin Michel Jeunesse et  chez  Bayard.

    La « conversation  » est introduite par la question suivante : « On dit « un enfant est un artiste et un artiste est un enfant », c’est quoi observer, quand on est artiste ? » Ce à quoi Jeanne Ashbé explique seulement qu’elle « se sent juste comme quelqu’un qui n’a pas totalement coupé la conversation avec la petite enfance. »

    Jeanne Ashbé tient à confier sa surprise d’avoir retrouvé, dans l’un de ses albums, les réminiscences d’un ouvrage que sa mère lui lisait souvent quand elle était enfant : Ma petite sœur (Deux Coqs d’Or, 1956) ; elle constate ainsi des similitudes, découvertes des années après, entre l’image de fin de cet album d’enfance et l’un des premiers albums qu’elle a publiés (On ne peut pas, Pastel, 1994). L’auteure en profite pour mettre l’accent sur ces raisons inexplicables qui peuvent nous attacher à un livre découvert très jeune.

    À propos de sa pratique d’auteure, Jeanne Ashbé compare l’invention d’un livre avec une promenade en forêt on peut s’éloigner des chemins tracés et l’on collecte des petits éléments,des petites choses vécues comme des brindilles, de la mousse…

    Jeanne Ashbé poursuit la conversation à travers la présentation de son album La fourmi et le loup. (Pastel, 2016), qui s’inspire du conte du Petit Chaperon Rouge. L’idée de la fourmi lui a été fournie, lors d’un voyage en avion, juste après le décollage, par un petit enfant qui jubilait de constater la petitesse des choses. « Le minuscule aussi intéresse le jeune enfant, et pas simplement de grandes images bien découpées « . L’auteure souligne que son album va du simple au complexe, et déclare que la complexité n’est pas à évacuer des albums pour les petits. Dans le propos de Jeanne Ashbé, il ne s’agit pas « d’exploiter » la complexité dans les livres pour les bébés, mais de ne pas en avoir peur. Cependant, il ne faudrait pas donner aux parents une impression d’élitisme, Jeanne Ashbé est méfiante de cela.

    Jeanne Ashbé raconte aussi comment sa création a pu s’inscrire dans l’actualité douloureuse (La fourmi et le loup a été crée dans l’ambiance des attentats de Paris et de Bruxelles de 2016 et en porte des résonances).

    L’auteure belge évoque ensuite rapidement son dernier titre, Moi je vais sur le pot, (Pastel, 2019) : « Je l’assume difficilement, mais je l’assume… Je ne l’aurais jamais fait il y a vingt ans », déclare-t-elle.

    L’après-midi s’achève par la lecture offerte par Jeanne Ashbé au public, de son dernier livre : Bon (école des loisirs, 2019).

par Pierre Le Guirinec – octobre 2019

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Pierre Le Guirinec, professeur d’école à l’école maternelle pendant plus  de vingt ans et maître-formateur à compter de 2005 est désormais en retraite. Master en lettres modernes en 2010 avec un mémoire sur la réception effective du littéraire chez les petits (sous la direction de Catherine Tauveron. Deux textes dans La jeunesse au miroir : les pouvoirs du personnage (dir. Myriam Tsimbidy et Aurélie Rezzouk, L’Harmattan, 2012). Article « Un contrat-lecture en maternelle au service d’une littératie émergente : quelles médiations de l’album pour quelles lectures partagées » dans La Revue des sciences de l’éducation de Montréal (2013). Article « L’enfant, l’album et le méchant : du stéréotype à l’activation des préjugés » dans le numéro 5 des Cahiers du CRILJ (2014).  Communications sur la réception de l’humour dans les albums chez les jeunes enfants (Saint-Quentin-en-Yvelines, 2011) et sur l’autoritarisme domestique à travers l’album pour enfants (Louvain-la-Neuve, 2012). Master en 2013 à l’université de Bretagne Occidentale (UBO) avec comme sujet de mémoire « L’album contemporain et la littérature à l’école maternelle : représentations de professeurs et rapport au savoirs » (dir. Claude Beucher). Article « Élargir le cercle scolaire de la littérature de jeunesse : un contrat-lecture à l’école maternelle » dans le numéro 9 des Cehiers du CRILJ (2017). Participation bénévole à l’organisation des salons du livre pour la jeunesse Rêves d’Océans de Doëlan (Finistère) et Les Marmouziens à Pleubian (Côtes-d’Armor).

 

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Vivons livres !

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La campagne de soutien à la librairie indépendante Vivons livres ! imaginée par l’école des loisirs, c’est en ce mois de septembre 2020. A votre disposition, dans les librairies, d’une part, un joli livre dans lequel soixante auteurs, autrices, illustrateurs et illustratrices de la maison rendent hommage aux libraires en mots et en dessins et dans lequel on ne s’étonnera pas de trouver notamment des contributions de Claude Ponti, Anne Herbauts, Flore Vesco, Anaïs Vaugelade, Kitty Crowther, Grégoire Solorareff, Jean-François Chabas ou Susie Morgenstern, et, d’autre part, une série de six affiches mettant en scène un malicieux écureuil dessiné par Olivier Tallec.

« Dans la période de grandes difficultés sanitaires et d’incertitudes économiques totalement inédite que nous traversons, répondre aux besoins profonds de culture et de lecture est essentiel. Face aux mutations et aux incertitudes de notre société, notre conviction d’éditeur indépendant, mais aussi de libraire, est que notre rôle est d’aider chacun à mieux comprendre, par la lecture, les enjeux actuels, de contribuer à développer l’esprit critique, mais aussi de montrer le beau car le monde du langage reste le meilleur » (Louis Delas, directeur général de l’école des loisirs).

Voici quatre textes extraits du recueil, avec l’autorisation de leurs auteurs et celle de l’éditeur.

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Cinquante ans de voyages

     Ma maison regorge de livres. J’en fais parfois des tas, par taille, des constructions improbables.

    C’est une foule bienveillante et qui, toujours, m’interpelle. Lorsque j’ai déménagé récemment, du Loiret vers la côte belge, le très aimable transporteur a ri en voyant autant de caisses alignées, incrédule, cinquante ans de voyages entre les lignes. Et pourtant, en ce confinement, ce qui me manque le plus, c’est de ne pas pouvoir entrer dans une (vraie) librairie pour en trouver au moins un autre.

    Mes ami·e·s libraires le savent : en principe, je ne sors jamais sans un livre, car sinon j’ai l’impression d’un acte manqué. Je peux explorer longtemps : il y a forcément un recueil ou un roman qui va m’étonner, me faire un clin d’œil ou provoquer un battement de cœur entre deux pages. J’aime ouvrir un livre, en lire seulement un soupçon de mots, quelques bribes, puis, si ça me plaît, l’emporter comme un secret, puis filer au café pour m’en nourrir tout de suite. Sans librairie, je me sentirais souvent lettre morte. C’est mon addiction.

    Dans chaque ville où j’ai vécu, j’ai aussi trouvé la ou le libraire qui finit par si bien connaître vos chemins qu’il vous y précède et, les yeux pétillants, vous sort d’une pile, en un geste de magicienne ou de prestidigitateur, ce petit rectangle inconnu qui va ensemencer dans l’heure votre imaginaire. Ma maison regorge de livres, mais un autre m’attend, bien caché, flamboyant sur une étagère, ou dans la main qui se tend. Comme il se doit, mon déconfinement commencera en tournant une nouvelle page.

(Carl Norac)

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Libraireté chérie

     Je me demande souvent pourquoi j’achète autant de livres. Deux, trois par semaine. Et parfois plus. Bien plus, en tout cas, que je ne peux en lire.

    Il faudrait peut-être que je vois un psy…

    Mais finalement, ce ne sera pas nécessaire. Le 17 mars dernier, à midi tapant, j’ai la réponse à ma question : si j’ai stocké tous ces livres comme un animal engrange des provisions pour l’hiver, c’était bien sûr pour résister au confinement. Pour tenir jusqu’à la fin (en espérant qu’elle arrive un jour). C’était une question de vie ou de mort, car lorsqu’on souffre, comme moi et pas mal d’autres, d’une addiction sévère aux bouquins et aux librairies, comment survivre à six, huit ou dix semaines de manque ?

    Bien sûr, j’ai une liseuse. Mais ce n’est un pseudo-livre sans âme, ni encre, ni papier, de la glaciale électronique, un substitut tout juste bon à se soulager du poids des livres le temps d’un voyage. Mais qui oserait encore parler de voyage en ces temps où nous nous claquemurons ?

    Pendant des mois et des années, j’ai donc fait des réserves de livres sans savoir pourquoi. Rien de plus, au final, qu’un réflexe animal dicté par la peur du manque et la trouille vertigineuse de n’avoir plus rien à lire. C’est l’instinct qui parlait en moi, l’instinct du lecteur ou, plutôt, du liseur.

     Ce n’est pas tout à fait la même chose.

    Le lecteur est assez plan-plan, il aime son confort, revient à ses auteurs et ne fait confiance qu’à sa librairie chérie. Le liseur est d’une trempe plus aventureuse. Où qu’il se trouve, il explore, butine et papillonne. À l’image des marins, le liseur a une librairie dans chaque ville. Disons qu’il est plusieurs fois fidèle aux nombreuses librairies qu’il a croisées au cours de sa vie et qu’il n’hésitera jamais à pousser la porte d’une belle inconnue pour en humer le parfum et lancer un coup d’œil avide en direction de ses tables et rayonnages chargés de livres.

    Ce que le liseur aime plus que tout, c’est fouiner, fureter, fouiller, farfouiller et s’interroger : qu’est-ce que je vais bien dénicher aujourd’hui ?

    Car tout bon liseur a un devoir à respecter : ne pas ressortir les mains vides.

    Question de la libraire :

– Vous souhaitez un renseignement ?

– Non, non… merci. Je flâne.

    Déjà explorateur, un bon liseur se double d’un flâneur. Voilà qu’une couverture attire son attention. Livre inconnu. Titre inconnu. Auteur inconnu. Et l’impression soudaine que ce livre-là a été écrit pour lui. L’attirance est réciproque : manifestement, ce livre n’attend qu’une chose : que le lecteur s’en saisisse. Après tout, les librairies sont là pour ça, non ?… Pour rencontrer des histoires et les mille façons de les raconter.

    Le liseur s’empare du livre, en caresse la couverture, le retourne, le feuillette… Saisit quelques phrases piochées au hasard… Coup d’œil vers la libraire occupée avec un client.  Attente. Nouveau feuilletage… Ah ! La voilà disponible.

– Celui-là, vous pouvez m’en parler ? Vous l’avez lu ?…

    Sourire complice de la libraire.

– Celui-là ? Voilà quinze jours que je le conseille à mes clients et aucun ne me l’a encore jeté à la figure !

    Mais qui est-il donc, « celui-là » ?

    Mille réponses possibles. Bien entendu, votre « celui-là » ne sera pas le mien.

    En ce qui me concerne, ce pourrait être… Tour d’horizon, Kathleen Jamie, par exemple. Un bouquin au physique plutôt ingrat : couverture verdâtre et titre blanchâtre.

    Mais dès les premières phrases, embarquement garanti : cap sur les Hébrides et quelques îlots atlantiques à peu près inaccessibles, peuplés d’oiseaux de mer et semés d’ermitages abandonnés. Coup de foudre. Voilà le liseur transporté, dans tous les sens du terme, par l’écriture savoureuse d’une auteure écossaise dont il ne connaissait pas même l’existence une seconde plus tôt.

    Sans en être tout à fait sûr, je crois bien avoir débusqué ce livre à Montbard, dans l’une de mes librairies bien-aimées : À fleur de mots.

    Dans une vie antérieure, Véronique, la libraire, travaillait à l’ONF. Je fais partie des dinosaures qui ont fait du latin du collège jusqu’au lycée : vous me pardonnerez d’étaler les maigres restes de ces lointaines études. « Livre » et « librairie » viennent tous deux du latin liber qui signifie tout à la fois l’écorce d’un arbre et le livre. En français, le mot « liber » désigne toujours une partie de l’écorce des arbres qui « a longtemps servi de support à l’écriture », m’apprend le vénérable dictionnaire de l’Académie française.

    Et voilà ! Le tour est joué ! « Ma » libraire est tout naturellement passée des arbres aux livres et du liber à la librairie, suivie en cela par son mari, lui aussi ancien garde forestier qui, à peine à la retraite, s’est aussitôt réinventé une nouvelle vie de libraire.

    À fleur de mots n’est pas ma seule bien-aimée. Loin de là… Il y a aussi cette librairie BD de Dijon, nichée au fond d’un passage introuvable et dont le libraire semble avoir tout lu depuis la création du monde, ou encore la minuscule librairie française de Bucarest, qui résiste vaille que vaille à l’invasion des tours de verre, et puis encore celle de Royan… Et celle de La Chaise-Dieu… Et celle de Dole… Et celle de… et tant d’autres !

    À quoi tient donc l’attirance pour telle ou telle librairie ?

    Comme tous les charmes, celui-ci reste inexplicable. C’est affaire de passion, de liseurs et de libraires. Le résultat d’une alchimie secrète entre un lieu, une façon d’accueillir, un goût de lire, un certain ordre, ou un certain désordre, un agencement de l’espace, une façon de mettre les livres en valeur…

    La fusion reste imprévisible et mystérieuse. L’amour ne se décrète pas.

  Pour ma part, j’ai un faible pour les librairies légèrement « bordéliques », voire un peu plus. Si l’on n’y trouve pas le livre que l’on cherche, on finit toujours par dégotter celui qu’on ne cherchait pas, ce qui est encore mieux ! D’ailleurs, c’est bien simple, je ne cherche aucun livre particulier en entrant dans une librairie.

    Je reçois depuis hier quelques mails de librairies annonçant qu’elles ouvrent un service drive. C’est mieux que rien, mais il y manquera le principal : le plaisir de fouiller et d’explorer.

    Alors vivement la fin (du confinement) !

    Et ce jour-là, c’est promis, même masqués, gantés, et ivres de gel hydroalcoolique, nous autres, lectrices, lecteurs, liserons, liseronnes, liseuses et liseurs, nous retrouverons « nos » librairies.

    Et notre libraireté chérie.

(Xavier-Laurent Petit)

Pousser la porte

     J’avais douze ans. Tous les jours, sur le chemin de l’école, je passais devant une librairie. Et tous les jours, je m’attardais quelques minutes devant la vitrine remplie de livres dont les titres m’intriguaient : Alice et le Fantôme, Le grand combat, Mon bel oranger ou Le premier cercle, et d’autres que j’ai oubliés. Je brûlais de l’envie de pousser la porte et de fouiner parmi tous ces livres, mais je n’avais pas un sou vaillant. Alors, je décidai de grappiller la moindre pièce de monnaie qui me restait des commissions… j’accumulai le plus de pièces que je pus, jusqu’à obtenir une somme rondelette à mes yeux. Maintenant, je pouvais pousser la porte de la librairie.

    La libraire était maigre, âgée et avait un air pincé qui m’intimida. Je me glissai entre les rayons, aussi discrètement que possible, pour passer inaperçu. J’étais le seul  » client « . Je tremblais en saisissant les livres. Tous me tentaient, même ceux auxquels je ne comprenais rien. Tous les livres sentaient bon. Je finis par me décider pour un petit livre mince, le moins cher, un petit poche, Le nègre du Narcisse de Joseph Conrad, et j’allai vers la caisse en serrant les fesses.

    Je tendis le petit livre à la libraire. Elle le prit, le retourna, regarda sur une liste qu’elle avait près d’elle et m’annonça une somme. Je sortis la poignée de pièces de monnaie de ma poche et la déposai sur le banc de caisse. Du bout de l’index, elle sépara les différents centimes, fit le total et me dit :  » Il n’y a pas assez, mon garçon. « Je sentis un grand frisson me traverser. J’avais presque envie de pleurer. La libraire repoussa toutes les pièces de monnaie vers moi et marmonna : « Aujourd’hui, je te fais cadeau du livre. Pour cette fois. »  Et elle eut un tout petit sourire malicieux. Serrant mon bien contre la poitrine, je sortis de la librairie en vitesse, craignant que la libraire ne se ravise.

    Je possède encore ce livre, il est au fond d’un carton.

(Francesco Pittau)

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Libre air

     Je connais L’Oiseau lire depuis sa sortie de l’œuf à Évreux, en 1993.

    L’Oiseau lire m’a prise sous son aile, je lui ai donné à picorer mes images et je lui ai piqué quelques plumes pour écrire mes textes.

    J’y ai exposé au long de toutes ces années les originaux de chaque nouvel album en rencontrant un public curieux, fidèle et enthousiaste.

    À L’Oiseau lire, je trouve un libre air, un air de liberté indispensable à mes poumons, une aire libre où s’épanouissent par centaines des livres à dévorer des yeux et du cœur… Tout un éventail de mondes à rencontrer, à connaître, à déguster.

    Dans les trésors choisis par Annie et Gwen, le livre à offrir qui tombe pile, les surprises et les émotions cachées là, au cœur des pages, et que ces passeurs me font découvrir.

    Les vitrines à thèmes avec les changements de couleurs appréciés : on passe du jaune soyeux au bleu rêve, au blanc banquise…

    L’attention portée aux « beaux livres », ceux qui nous font grandir, respirer plus large, espérer, en poésie, en albums, en bandes dessinées, en romans…

    Les auteurs et les illustrateurs rencontrés, et tout ce travail régulièrement entrepris auprès des scolaires, les prix littéraires. Et ce salon du livre annuel qui me fait jubiler !

     L’Oiseau lire ne peut pas disparaître, ma vie à Évreux serait remise en question : je sais bien que, sans le travail des libraires jeunesse, une bonne partie de mes albums passerait inaperçue.

    Je crois que la mue de 2019 est pleine de promesses, L’Oiseau lire se construit un nouveau nid, je rêve aux couleurs ravivées de ce nouveau plumage et j’attends la réouverture prochaine. Bonjour Célia !

(Martine Bourre)

Nettoyage de printemps

 

Quand Susie Morgenstern fête son anniversaire, le mercredi 18 mars 2020, toute seule dans sa maison niçoise, elle est, comme tout un chacun, confinée depuis 24 heures. Voici, comme un flash-back, la lettre qu’elle avait  envoyée à ses petits enfants. Manière, pour nous, de commencer, à l’ombre d’une amie, à nous déconfiner.                    

Chers Yona, Noam, Emma et Sacha …

    Vous le savez déjà : je ne suis pas une fée du ménage. Je suis disciplinée pour certaines choses et pas pour d’autres. Mais, je voudrais profiter de cette période de confinement à Nice pour faire le grand nettoyage de printemps sachant que je ne suis pas douée.

    Je vais vraiment m’appliquer. D’abord, j’écris quelques lignes pour me donner du courage et puis promis, j’y vais. Et oui, je préfère écrire une histoire que de faire le tri dans mes affaires. Me voilà prête. J’ouvre un tiroir, la boîte de Pandore, une jungle de machins et de trucs que la consommation frénétique de ma jeunesse a fait s’accumuler. Je regarde, consternée, mais je ne touche à rien ! Est-ce que j’ai vraiment besoin de quatre louches, trois couteaux à pain, six paires de ciseaux, cinq agrafeuses et des collections infinies de pacotille ?

    Je ne referme pas le tiroir, mais je m’enfuis devant mon écran. Tout sauf ça. La mauvaise conscience me pousse à y retourner et à contempler la scène du crime. Je garde tout, au cas où l’un de vous en aurait besoin le jour où vous vous installerez en ménage. (Il y a une louche pour chacun d’entre vous !)

    Je prépare mon déjeuner.

    Le tiroir me nargue. Après la sieste, peut-être …

    Au lit, je ne me permets pas plus de cinq pages de relecture de Virginia Woolf, Une chambre à soi . Au compte gouttes pour savourer.  Et comme chaque fois que je lis un chef d’œuvre, j’espère que vous le lirez aussi. Que vous lirez tout court !

    Je retourne au travail. Je parcours mes messages. On me demande un article. Autant commencer tout de suite. Mais le tiroir est ouvert comme la bouche béante d’un monstre. Je remarque un chocolat qui aurait pu être là depuis l’antiquité.

    Je le mange. Et puis d’un coup décisif et déterminé, je vide le tiroir pour former une montagne sur la table de la salle à manger. Il y a un vieux cahier et des stylos. Je m’assois pour les essayer et je retrouve le plaisir d’écrire sur du papier. Je pense à tous mes manuscrits écrits à la main avec nostalgie.

   Mes yeux tombent sur un paquet de ballons de toutes les couleurs, un stock suffisant pour une future fête gigantesque. J’en gonfle un. Puis, un à un, je les gonfle tous. C’est un effort considérable, mais je ne peux pas m’arrêter. Les ballons remplissent la maison de légèreté, d’espoir, de folie. Un à un je les envoie par la fenêtre, mon message de gratitude et d’admiration au personnel soignant. Je les connais bien après ma longue maladie, ces anges sur terre, nos héros. Chaque ballon dit « I love you ! »

    Comme les ballons sont appropriés ! Aujourd’hui c’est mon anniversaire: j’ai 75 ans ! Happy birthday to me !

    Mes ballons expédiés, je fixe le contenu du tiroir, je fais les cent pas et d’un geste définitif et concluant, je remets toute la pagaille à sa place. Dans un mois peut-être ?

    Entre temps, ne serait-il pas urgent et important de vider le tiroir du bric à brac qui se trouve dans ma tête ?

    Mes chéris, savez-vous combien je vous aime ?

    Votre Bubie,

    Susie.

(mars 2020)

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Merci à Susie Morgenstern qui nous offre cette lettre en ligne également sur le site de France-Inter. C’est ici.

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Susie Morgenstern par elle-même :

« Je suis un écrivain de jeunesse. Est-ce que ça veut dire que je ne vieillirai pas ? Souvent on me demande pourquoi j’écris pour les enfants plutôt que pour les vieux et je réponds :  « J’écris pour tout le monde ! » C’est simple : quand j’ai une idée, d’habitude ça se passe dans l’enfance ou l’adolescence. Si un jour j’ai une idée pour les vieux, j’écrirai un roman pour eux (je l’ai déjà fait). C’est vraiment la même chose, même papier, même crayon et un, deux, trois, partez. »   […]  J’ai eu ce que l’on peut appeler une enfance heureuse. Il y avait un seul problème : ma famille était tellement bruyante et chacun devait absolument donner son avis sur tout et tout de suite, que je ne pouvais jamais placer un mot. J’ai découvert que le seul moyen pour moi de parler était d’écrire. Ca tombait bien parce que j’adorais ça. Je m’enfermais des heures entières pour « parler » à mes cahiers. A l’école on m’appelait « Susie Shakespeare » et je pleurais parce qu’il n’était pas très beau. Au lycée, j’étais rédactrice en chef du journal de mon lycée, à Belleville, dans le New Jersey. C’était très prestigieux. Je n’ai jamais cessé d’écrire pour moi tout en  poursuivant mes études à la Rutgers University, à l’Hebrew University de Jérusalem puis à la faculté de lettres de Nice. […] Le miracle de ma vie a été de tomber amoureuse d’un mathématicien français barbu, Jacques Morgenstern. Et puis mes enfants aidant, j’ai été très inspirée pour débuter ma carrière en tant qu’auteur/illustrateur. Rapidement, mes textes se sont allongés, mes livres grandissaient avec mes enfants. Tout m’intéresse, mais surtout l’amour, les gens, les rencontres, la famille, et les livres.  J’aime espionner la vie de tous les jours et essayer de construire mes histoires autour de ce monde réel. […] Vous trouverez plein de choses sur  mon site  dont la liste de tous mes livres, des photos inédites, certains projets en cours et toutes les nouveautés me concernant. »

 

Ce risque fou

 

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     Quatre mois. 118 jours.

    Voilà le temps que nous avons passé, confinés. Ensemble, toute la famille réunie à nouveau, mes frères, ma petite sœur, mes parents, un de mes oncles et son copain. Ensemble pour manger, trois repas par jour, pour cuisiner, boire, rire, pleurer, faire des puzzles, chanter, s’engueuler. Ensemble, mais seuls.

    Chacun dans sa bulle, ses peurs, le nez dans le bol de céréales, chacun dans ses musiques, ses insomnies.

    Les premiers temps, ça allait à peu près, je tenais le coup, je leur remontais le moral. Et puis il y  a eu un jour, le 43ème, où je n’ai pas réussi à sortir de ma nuit. Le flou, l’incertain, l’avenir sous les masques, ce temps infini, gluant, qui semblait s’étirer encore, encore, encore, tout ça m’a cloué au lit. Je me suis confiné dans le confinement, et j’ai passé le reste du temps dans ma chambre. Ma mère m’apportait à manger, on parlait peu, même les mots me semblaient de trop.

    J’ai beaucoup lu.

Dans la forêt, Un homme qui dort, Contagion, L’appel de la forêt, La peste, Cent ans de solitude, Les heures souterraines, Paul à la maison. 

    Que des trucs bien choisis.

    On nous a annoncé la fin du confinement, mais il était progressif, et ça restait dangereux. Alors, on a continué à sortir peu, toujours avec des gants et des masques, toujours à quatre mètres des autres. En juillet,  les restaurants et les bars n’avaient pas le droit de rouvrir, ni les cinémas. Les festivals, les vide-greniers, les concerts, tout ça était interdit. Un matin, mon père a dit : « Alors on fait une fête ! Ici, dans le jardin ! »

    Et ils se sont tous lancés dans l’organisation d’un barbecue géant, avec les potes qu’on n’avait pas vus depuis si longtemps. Il faudrait, bien sûr, respecter des règles strictes : distanciation, masques, gants. Les personnes âgées, les fragiles, les enrhumés ne seraient pas invités. Moi, j’ai dit que je ne viendrais pas, que je resterais dans mon antre. C’est quand j’ai entendu les premiers rires, la petite foule, les voix mêlées, un aboiement, que j’ai décidé de ressortir. J’ai ouvert la porte, fait mes premiers pas, pieds nus sur le parquet doux, puis dans l’herbe toute sèche. J’avais envie d’embrasser tout le monde, mais il ne fallait pas. J’ai senti le poids de ces semaines de solitude s’envoler, d’un coup. C’était comme m’envoler un peu, aussi. De la légèreté, presque brutale. Bizarre. Certains ont trop bu, d’autres ont dansé tard. Moi, je me suis allongé sous le grand arbre du jardin, l’acacia aux longues branches. Je voyais les étoiles à travers les feuilles, en essayant, comme d’habitude, de retrouver leurs noms. La voix de ma mère m’arrivait, par bribes. Un discours. A deux heures du matin, mais quelle bonne idée. J’ai tendu l’oreille. J’étais prêt à me moquer, je la connais : après  trois verres d’alcool, elle raconte n’importe quoi, elle ricane pour rien et s’égare dans ses propres phrases. J’avais déjà le sourire aux lèvres, déjà envie de rire. Je l’imaginais titubante, un verre à la main et les larmes aux yeux.

   Et puis, elle a dit ça :

   « Merci d’être là, tous. Après des mois sans se voir, sans avoir le droit de se toucher, après des mois où la plus belle preuve d’amour c’était se tenir loin les uns des autres, changer de trottoir, se laver les mains, s’exclure, après ces quatre mois secs, vous êtes là. Certains ont perdu des proches et n’ont pas pu les enterrer dignement, d’autres ont été malades et vont mieux, d’autres sont ruinés, doivent s’inventer un autre métier, une autre vie. Beaucoup ont peur de ce nouveau monde derrière des masques, de ce nouveau monde où résister, c’est obéir, où être solidaires c’est se tenir loin. Où s’embrasser c’est prendre un risque fou, où pour s’occuper des autres, il faut les isoler. Beaucoup ont peur, oui. Peut-être que nous avons tous peur, même, sans oser le dire. Et que c’est pour la cacher, cette trouille, qu’on a ri si fort, ce soir, qu’on a dansé, bu, mangé, ri encore, qu’on s’est lâché. Pour la conjurer. Nos masques ne  cachent pas nos yeux : et nos yeux disent l’amour, l’amitié, l’envie d’être à nouveau libre, serrés et vibrants. Nous sommes là, effrayés, dans le flou, fragiles, forts, fragiles, forts. Et debout. »

    Et debout.

    Alors, je me suis levé et j’ai pris ce risque fou : j’ai marché vers elle et je l’ai embrassée.

par Séverine Vidal – mai 2020

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Merci à Séverine Vidal qui nous offre ce texte, également en ligne sur le site Le monde d’après initié, à Arras, par l’association Colères du présent. C’est ici.

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Après avoir été professeure des écoles, Séverine Vidal se consacre, depuis la rentrée 2011, à l’écriture à temps plein. Son premier livre à destination de la jeunesse, Philo mène la danse, est paru en mars 2010 aux éditions Talents Hauts. Elle écrit beaucoup : des romans pour adolescents et jeunes adultes (Sarbacane, Robert Laffont, Nathan), des albums (Gallimard, Sarbacane, Milan, La Joie de lire, Mango), des bandes dessinées (Delcourt, Marabout, Les Enfants rouges), des séries (« Tiago, baby sitter des animaux » chez Magnard, « Prune » et « La tribu » chez Frimousse) Elle aime animer des ateliers d’écriture dans les écoles, les collèges et les lycées, les centres sociaux et les centres d’alphabétisation. Ses ouvrages sont souvent sélectionnés ou récompensés. Quelqu’un qu’on aime (Sarbacane, 2015) a reçu sept prix et La drôle d’évasion (Sarbacane, 2015) quinze. Parmi ses ouvrages récents : Soleil glacé (Robert Laffond, 2020), Le manteau, illustré par Louis Thomas (Gallimard, 2020), Le petit secret, illustré par Clémence Monnet (éditions des Éléphants, 2020), Des vacances bien pourries (Milan, 2019), Voyage de poche, illustré par Florian Pigé (Alice, 2019), Le jour où j’ai sauvé un fantôme (Auzou, 2018), Magic Félix, avec des dessins de Kim Consigny (Jungle, 2018). Nombreuses traductions. Séverine Vidal est, chez Mango, directrice de la collection « Les Romans dessinés ». En ligne, à la demande de France Inter, écrit avec Sophie Aram et lu avec elle pour la collection de postcast « Une histoire… et Oli », le conte Les papiers d’Omar qui parle d’amitié, de solidarité et de l’accueil fait aux migrants. 

Ecrire, un enfer ?

 

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A l’occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, le quotidien Libération a grandement ouvert ses pages du mercredi 27 novembre 2019 aux écrivains et illustrateurs pour la jeunesse pour un passionnant Libé des auteurs jeunesse coordonné par Marie Despléchin. Belle distribution. Nous avons lu avec grand intérêt le texte de Marie-Aude Murail. Le voici avec son autorisation et l’aval du journal.

 

De quoi l’enfer est pavé

Les indignations observées sur les réseaux sociaux sont tout aussi présentes dans l’édition. Une censure qui pourrait mener jusqu’à l’impossibilité même de la fiction.

    Au Salon du livre de Paris de 1987, je croisais dans les travées mon éditeur à l’école des loisirs, monsieur Jean Fabre, qui était en ébullition : on attaquait sa maison d’édition ! L’offensive venait des milieux d’extrême droite qui faisaient circuler une liste de livres jeunesse « écrits pour nuire », dont La Guerre des chocolats de Robert Cormier. Minute clouait au pilori « les pervers de la littérature enfantine » et Valeurs actuelles dénonçaient aux parents « le vice au rayon jeunesse ». Pour manipuler l’opinion, les censeurs employaient deux techniques éprouvées : ils citaient des extraits des ouvrages incriminés en les coupant de leur contexte et ils faisaient semblant de croire que l’évocation dans un roman pour la jeunesse du vol, de la violence, de la drogue, etc. était une incitation à adopter des comportements déviants. À ces accusations de prosélytisme, Melvin Burgess, l’auteur du très explicite Junk, répondit de façon lapidaire : « Je souhaite que, la première fois que mes enfants entendent parler de la drogue, ce ne soit pas le jour où on leur en propose. »

    Cette censure, qui reparut régulièrement tel un serpent de mer, ne me gênait pas quand j’écrivais. L’adversaire, clairement identifié, était réactionnaire. Ma situation devint plus inconfortable dernièrement quand les tirs vinrent de mon propre camp. Qui sont les nouveaux censeurs ? A priori des gens que j’estime, très investis sur un certain nombre de sujets, le féminisme, les mauvais traitements envers les animaux, le racisme, l’homo ou la transphobie, etc. Je respecte leurs convictions, mais l’esprit de sérieux dont ils font preuve les pousse à une lecture fondamentaliste des textes, sans recul et sans humour. Bien plus, ils s’indignent de toute divergence de point de vue et tout personnage qui ne voit pas le monde strictement comme eux est une offense à leur sensibilité. J’ai été soupçonnée de « grossophobie » pour avoir fait dire à une petite héroïne de 10 ans : « Elle est grosse, mais elle est gentille », puis accusée de cruauté animale pour avoir proposé au déchiffrage dans un manuel de lecture la phrase : « Milo tape Riri le rat. » J’ai dû intervenir pour faire cesser une pétition sur Change.org et des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux, du type « Ah, c’est dommage ! moi qui aimais Marie-Aude Murail ». Comme disait Alain, « Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’a qu’une idée ».

    Les maisons d’édition américaines se sont dotées de « détecteurs de faux pas littéraires », encore appelés sensitivity readers. Ce sont des lecteurs appartenant à diverses communautés ou minorités, homosexuelle, hispanique, africaine-américaine, etc. qui veillent à ce que rien ne soit controversial, c’est-à-dire sujet à débat, dans les livres publiés. En littérature jeunesse, ils font maintenant partie du processus normal de l’édition pour éviter tout déchaînement sur les réseaux sociaux après publication. Le bad buzz, c’est mauvais pour les affaires.

    Par conscience professionnelle, dès que j’aborde un sujet délicat ou sur lequel je manque de connaissances, j’ai mes propres détecteurs de faux pas, que ce soit un addict des cartes Pokemon de 10 ans ou le médecin ivégiste de mon planning familial. Je ne m’oppose donc pas à une relecture vigilante de mes romans avant publication. Mais je suis restée perplexe récemment quand une de mes correctrices a « tiqué », disait-elle, en lisant sous ma plume que deux petits Noirs jouaient au football. Ce n’était pas à cause du cliché supposé d’enfants noirs amateurs de foot, mais parce que je signalais à l’attention du lecteur leur couleur de peau. Je suppose que j’aurais dû en faire abstraction comme d’une caractéristique non remarquable. Par ailleurs, je sais que je prends un risque si je dote un personnage de caractéristiques qui ne sont pas avantageuses et qui pourraient blesser toute personne susceptible (c’est le cas de le dire) de lui ressembler. Donc, un personnage ne peut plus être gros, mais à la rigueur en surcharge pondérale, il ne peut plus être handicapé, mais en situation de handicap, et Le New York Times proposait récemment de rebaptiser le roman de Hemingway Le monsieur d’un certain âge et la mer. « Stigmatiser » est le mot-clé : l’auteur ne doit pas stigmatiser.

    L’autre procès qu’on fait à l’écrivain concerne sa légitimité. Lors d’une intervention dans un IUT métiers du livre à Bordeaux, une jeune étudiante m’a dit qu’elle ne comprenait pas pourquoi les adolescents n’écrivaient pas eux-mêmes les romans pour adolescents puisqu’étant les mieux placés pour parler de l’adolescence. Elle me reprochait de leur confisquer la parole et d’en tirer profit. Je suis également illégitime si je prends un héros noir comme dans « Sauveur & fils » puisque je ne suis pas noire, ou en créant Ella-Elliot, un jeune personnage trans puisque je ne suis pas trans. Au mieux, je vais être jugée caricaturale et stéréotypée, au pire, je vais verser dans l’appropriation culturelle. Si l’on n’y prend pas garde, de capitulation d’éditeur en autocensure d’auteur, on arrivera, sous la pression de ces censeurs bardés de bonnes intentions, à l’impossibilité même de la fiction, c’est-à-dire la liberté pour un créateur d’imaginer ce qu’est l’autre.

    Depuis la plus petite enfance, j’abrite en moi des personnages qui vivent à ma place pendant de longues heures. J’ai été chevalier, sorcier, artiste peintre, comédien, prince, archéologue, et le plus souvent du sexe opposé. C’est la raison même de ma vocation. Les enfants jouent à on dirait que je serais… indien, adulte, chien, princesse, corsaire, voleur… et du sexe opposé. Protéiforme avant tout et sans tabou. Quand j’écris, je veux être aussi libre qu’un enfant qui joue.

(novembre 2019)

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Née dans une famille d’artistes – son père est poète, sa mère journaliste, son frère aîné Tristan, compositeur, son autre frère Lorris et sa soeur Elvire, qui signe Moka, écrivains -, Marie-Aude Murail a fait des études de lettres à La Sorbonne et soutenu une thèse titré Pauvre Robinson ! ou pourquoi et comment on adapte le roman classique au public enfantin. Premiers textes pour les enfants chez Bayard Presse. Succès, à l’école des loisirs, de la série « Emilien » (1989-1993). Variant thèmes et manières d’écrire, Marie-Aude Murail a publié plus de cent livres, souvent traduits, dont Le Hollandais sans peine (1989), L’assassin est au collège (1992), Oh Boy ! (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Trois mille façons de dire je t’aime (2013), tous publiés à l’école des loisirs comme l’épatante série « Malo de Lange ». Auteur, avec son frère Lorris, de la série « Le Golem » (Pocket, 2002). Engagée notamment pour la cause de la lecture, elle a écrit plusieurs essais dont Continue la lecture, on n’aime pas la récré (Calmann-Lévy, 1993) et, avec Patricia Bucheton et Christine Thiéblemont, Bulle, méthode d’apprentissage de la lecture pour le CP qui met au cœur du projet littérature pour la jeunesse et lecture à haute voix. Ne pas omettre les cinq saisons de « Sauveur & fils » (école des loisirs, 2017-2019)

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Cette image qui accompagnait la campagne « Banned Book » de 2017 de l’Association des bibliothécaires américains (ALA – Office for intellectual freedom) est signée du graphiste indépendant Tom Deja.