Entre éducation populaire et professionnalisation

par André Delobel

Texte prononcé en prologue de la journée d’études Les scènes de l’album, le vendredi 4 février 2016, à la Maison de la recherche de l’université d’Artois.

    Si le CRILJ a eu 50 ans en 2015, c’est parce qu’à la fin des années 1960, des personnes telles que Natha Caputo et Isabelle Jan, critiques, Mathilde Leriche, bibliothécaire et conteuse, Marc Soriano, chercheur, Jacqueline et Raoul Dubois, enseignants et critiques, Raymonde Dalimier, documentaliste, Colette Vivier, écrivain, se sont retrouvées pour imaginer une structure qui rassemblerait ceux et celles qui œuvraient à ce que « de plus en plus d’enfants rencontrent de plus en plus de livres ».

    Ce fut la création du CRILJ, Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse.

    Information donc (beaucoup), recherche (un peu) et, surtout, souci d’inventer des médiations permettant d’atteindre les enfants et leurs parents, les enseignants et les animateurs de centres de loisirs, voire les bibliothécaires à chaque fois que possible. A titre d’exemple, je citerai les fameuses « malles » que l’association mettra à disposition des demandeurs pour donner à voir et à lire la littérature pour la jeunesse dans sa diversité et les innombrables « rencontres de terrain » pour, livres en main, expliquer et montrer, montrer et expliquer, devant une poignée de personnes sous un préau d’école ou devant une salle pleine.

    Il y a, en arrière plan de cet activisme, une croyance commune que Max Butlen, dans le numéro 7 des « Cahiers du CRILJ », décrit ainsi :

    « Ce qui fonde les certitudes des militants, c’est la conviction (enracinée souvent dans une expérience personnelle) que les livres permettraient de se construire, de s’affirmer (parfois de se libérer). La croyance souvent partagée est que la lecture, outre les grands plaisirs qu’elle procure, est la voie royale d’accès à la culture, au savoir, au pouvoir, à la sagesse, et aussi à la distinction. La lecture donnerait des clés précieuses, celles de l’identité, de la formation, de la compréhension de soi-même, des autres et du monde. »

    Nous sommes bien là du côté de l’éducation populaire et il n’est pas étonnant que le CRILJ soit, en 1978, agréé à ce titre par le ministère de la Jeunesse et des Sports et, grâce à Jean Auba, efficace président, reconnu d’utilité publique en 1983.

    Les statuts originels du CRILJ (et ceux d’aujourd’hui) l’affirment : l’association regroupe écrivains, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, parents et autres médiateurs du livre désireux de travailler ensemble.

    Mais regardons, en 2016, les choses d’un peu près :

– les auteurs et les illustrateurs ont, en 1974, créé une Charte que tout organisateur de rencontres, de salons ou de formation ne peut pas ne pas connaitre, ne serait-ce qu’à cause d’un fameux « tarif » ;

– des libraires actifs se sont régroupés, il y a une trentaine d’années, dans une association spécialisée qui, entre autres initiatives, publie une revue trimestrielle mélant articles de fonds, propositions de lectures et encarts publicitaires ;

– les éditeurs ont leur « groupe jeunesse », au Syndicat national de l’édition, et les récentes déclarations de Thierry Magnier, son nouveau président, donne l’impression que c’est grâce aux éditeurs que le livre pour enfants améliorera prochainement sa visibilité ;

– les bibliothécaires jeunesse, qui lisent dans la joie, s’affirment, dès 1963, comme seules spécialistes du livre pour les enfants ; les choses ont évolué, heureusement, mais il reste encore des traces de cette posture ;

– les universitaires qui, dans leurs enseignements et dans leurs travaux, prennent en considération la littérature pour la jeunesse ne sont plus considérés comme marginaux et les chercheurs qui s’intéressent aux « objets culturels de l’enfance » ont créé leur association, très active ; la recherche fondamentale, essentielle notamment lorsqu’elle vient contrarier les discours dominants, n’est toutefois pas une « action de terrain ».

    Le CRILJ d’aujourd’hui, même lorsqu’il réaffirme, d’assemblée générale en assemblée générale, son attachement aux principes de l’éducation populaire, sait qu’il ne peut agir sans s’appuyer sur ces entités professionnalisés, sans réfléchir et sans construire avec elles.

    Il sait aussi qu’il va avoir à convaincre partenaires associatifs et institutionnels que ce n’est pas parce que les réseaux militants sont aujourd’hui mis à mal qu’il convient de passer à autre chose, laissant, en matière de littérature pour la jeunesse, mode et commerce prendre le dessus.

(Arras, 4 mars 2016)

maison de la recherche

Né en 1947. maître-formateur désormais retraité, André Delobel est, depuis presque trente-cinq ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire  « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national. Articles récents : « Promouvoir la littérature de jeunesse : les petits cailloux blancs du bénévolat » dans le numéro 36 des Cahiers Robinson et « Les cheminements d’Ernesto » dans le numéro 6 des Cahiers du CRILJ consacré au théâtre jeune public.

 

Coup de pouce 2013

Le CRILJ propose d’aider cinq adhérents en région désireux de participer, le vendredi 27 septembre 2013, à la journée professionnelle du deuxième Festival des Illustrateurs de Moulins (Allier).

     Le programme du Festival a été envoyé le dimanche 31 mars à l’ensemble des personnes recevant le courrier du CRILJ/orléanais et il sera prochainement disponible  sur le site de la manifestation.

     A cette période, l’association moulinoise Les Malcoiffés, organisatrice du Festival  des Illustrateurs, met en place dans la ville plusieurs expositions prestigieuses et  propose de nombreuses rencontres et animations, Le mij (musée de l’illustration jeunesse) présentera une exposition consacrée à Roberto Innocenti et l’exposition  du CNCS (Centre national du costume de scène) sera dédiée au cirque. Le vendredi  soir, le groupe Bratsch se produira au Théâtre de Moulins.

     Nous avons réservé cinq places auprès de Nicole Meymat et nous demandons  aux sections régionales de nous faire parvenir, très vite, les candidatures de deux personnes (au plus) intéressées par cette proposition.

     Deux seules conditions :

 – les adhérents pouvant bénéficier de ce « coup de pouce » devront être choisis parmi  ceux qui, ayant rejoint récemment l’association, ont témoigné de leur implication et de leur volonté de participer aux activités de la section : vie statutaire, animations, rencontres, expositions, formation, etc.

 – en posant leur candidature, ces adhérents s’engagent à écrire, pour notre site,  un article pouvant être mis en ligne dans la rubrique « Textes amis, images complices » ; pour éviter les doublons, le sujet de cet article sera choisi en accord avec le  secrétariat général.

     Les candidatures reçues avant le lundi 13 mai 2013 seront examinées par le bureau du CRILJ et les réponses communiquées aux candidats et aux sections avant  le jeudi 31 mai.

     Après délibération et vote en Assemblée Générale, le samedi 6 avril, il est décidé d’éditer cinq chèques d’un montant de 200,00 euros chacun.

 (Orléans, le 7 avril 2013)

   http://festivaldesillustrateurs.com

Au bon temps du Ministère

    L’attribution aujourd’hui du Grand Prix du livre pour la Jeunesse montre la volonté du Ministère délégué à la Jeunesse et aux Sports de mener une politique active en matière de livres pour les jeunes.

    C’est pourquoi trois axes ont été privilégiés :

– encourager la réflexion autour du livre pour les jeunes

– promouvoir la lecture des jeunes

– stimuler la création

    Pour la réflexion et la promotion, le Ministère aide un certain nombre d’associations à mener un travail de recherche autour du livre pour les enfants et les jeunes.

    Ainsi à titre d’exemple, il soutient des associations qui font un travail d’analyse de la production de livres pour enfants, telle l’association « Loisirs Jeunes ». Il aide financièrement l’organisation de colloques traitant de ce problème.

    Le dernier en date, organisé au mois d’octobre à Saint-Etienne par le Centre de Recherche et d’Information sur la Littérature pour la Jeunesse a montré tout le foisonnement d’idées qui existe dans ce secteur. Il a permis également de situer le climat de notre édition nationale. Ainsi, sur 360 éditeurs en exercice, 85 travaillent pour la jeunesse et publient plus de 5000 titres à raison de 80 millions d’exemplaires.

    Les principaux problèmes abordés, lors du Colloque : critères de sélection des manuscrits ou réédition de certains sujets tabous, ou au contraire provocations, auto-censure des auteurs désireux d’abord de se vendre, motivations d’achat et envie de lire, démocratie du choix et éducation du choix, écriture spécifique ou non – sont autant de questions posées par les animateurs et par les professionnels. Elles m’apparaissent bien être celles qu’il faut aborder et notamment les deux dernières.

    La question est en effet de savoir si la littérature générale n’est pas la seule littérature ? Bref, si elle n’est pas la seule littérature fabriquée par de vrais et grands écrivains, alors que la littérature pour jeunesse ne serait qu’une sous-littérature, un genre mineur à l’usage d’un public mineur. Ce qui est dit ici pour les auteurs, vaudrait aussi pour les éditeurs.

    Bien entendu, à ces questions je réponds non. L’écriture pour les adolescents n’est pas une écriture spécifique en ce sens où on la considère comme l’écriture du pauvre, comme l’écriture à l’usage des sous-lecteurs non encore formés, car bien souvent, on perçoit la littérature pour la jeunesse comme une littérature tout court, avec quelque chose en moins. En fait, il s’agit de tout autre chose. Elle est un autre genre, un autre parti, un autre mode d’expression avec ses chefs-d’œuvre et ses « navets », comme n’importe quel genre.

    Pour la démocratie du choix et l’éducation du choix, il me semble que l’essentiel pour que le livre prospère est qu’il soit partout, la bibliothèque ne doit pas être un lieu sacré d’enfermement. A la crèche, dans les locaux de PMI., dans la classe, dans les transports, à l’hôpital, l’enfant, le jeune doit côtoyer le livre.

    Ceci me permet d’aborder le deuxième axe de notre politique :

    La promotion de la lecture auprès des jeunes : lancé comme une sorte de bouteille à la mer, le livre est certes bon ou mauvais. Mais, il est toujours bon, s’il offre des qualités d’écriture, d’invention, de préparation et s’il s’adresse à l’adulte à travers l’enfant et à l’enfant à travers l’adulte, car il est le lien privilégié de tous les âges. Or les livres lus quand on est enfant ne s’oublient jamais. Qui sait même s’ils ne laissent pas en nous plus que les livres que nous avons lus plus tard ?

    C’est cette idée qui a initié la mise en place de l’opération La Forêt aux Histoires dont nous avons pu apprécier tout l’intérêt.

    Je voudrais tout spécialement remercier le président du Centre Georges Pompidou ainsi que le Directeur de la Bibliothèque Public d’Information de l’accueil qu’ils ont réservé à cette exposition. En accueillant l’exposition sur La Forêt aux Histoires, le Centre Georges Pompidou joue pleinement son rôle, c’est-à-dire être ouvert à toutes les formes d’expression, être un lieu de rencontre, un lieu de créations multiformes. Il démontre que les créations culturelles vont être de plus en plus au cœur de la vie de nos contemporains que tous, quel que soit l’âge, peuvent être actifs et créatifs lorsqu’ils disposent d’instruments d’expression adéquats.

    Cette exposition montre bien la créativité des enfants et tout le travail de formation qui a été mené durant cette opération. Il existe une forte demande de formation de la part des enseignants et des responsables qui ne trouvent que rarement dans leur formation professionnelle une réponse correspondant à leurs préoccupations dans ce domaine.

    Votre démarche d’apprivoisement du public par l’enfant est originale. Toute exposition qui a pour thème le livre ou la lecture rebute a priori les parents s’ils n’appartiennent pas un certain milieu intellectuel. Par ailleurs, souvent elle ne mobilise pas l’imagination enfantine.

    Or, La Forêt aux Histoires tient à la fois du cirque, de la parade, fait appel au fantastique des formes et des couleurs. Elle mobilise l’enfant qui entraîne ses parents. L’arbre sert d’annonce pour inciter à pénétrer dans le monde de la lecture. En outre, il s’agit là d’une mobilisation plus générale de la famille et du milieu environnant. Les adultes découvrent leurs enfants dans un autre contexte que le contexte familial ou scolaire. Il est important pour ceux-ci de voir avec quelle passion, quel intérêt, des enfants, même très jeunes, peuvent spontanément se précipiter sur les livres.

    Par ailleurs, La Forêt aux Histoires a fait participer à un même objectif, le Ministère délégué à la Jeunesse et aux Sports, celui de la Culture, de l’Education Nationale, du Fonds d’Intervention Culturelle, le Centre National des Lettres. Compte-tenu de son intérêt, un nombre important d’organismes très divers y a participé. Je n’en citerai que quelque uns : associations familiales et de parents d’élèves, maisons pour tous, bibliothèques, écoles, écoles de beaux-arts, instituts médico-pédagogiques.

    Ainsi plus de 1000 enfants d’origines très diverses, ont participé à cette animation en lisant beaucoup de livres. Plus de 45 000 visiteurs ont pu découvrir 300 livres pour les enfants et les jeunes, à Cugnaux, près de Toulouse, à la Seyne-sur-Mer, à Brest, à Grand-Quevilly, à Besançon, et dans tout le département des Yvelines.

    L’exposition que nous avons visitée montre bien l’extraordinaire force créatrice qui a stimulé l’effort des enfants, des éducateurs, des bibliothécaires, pour aboutir à ces forêts toutes bruissantes d’idées, de formes, de couleurs, de matières.

    Le livre dans la vie quotidienne de l’enfant est en fait un vaste sujet. Mais l’absence du livre dans cette vie, le livre délaissée rejeté, le livre objet d’indifférence ou de rancune, voilà qui soulève bien des problèmes. En fait, si le livre a une place si faible dans la vie quotidienne de l’adulte, c’est peut-être parce que trop d’enfants d’hier ne l’ont pas connu. A travers le livre, c’est toute la culture ou presque qui prend racine dans la vie. La Forêt aux Histoires constitue dans aucun doute, l’un des moyens pour mieux connaître le monde de la lecture.

    Mais, aujourd’hui, la communication et l’expression passent massivement par l’audiovisuel. Certes, quelques émissions sur les livres pour les jeunes existent déjà sur les différentes chaînes de télévision : Les pieds au mur sur TF1, Bouquin, Bouquine coproduit avec la Ligue Française de l’Enseignement et de l’Education Permanente et Antenne 2, Des livres pour nous sur FR3, et, à la radio, Le livre, ouverture sur la vie (émission hebdomadaire de Monique Bermond et Roger Boquie sur France Culture). Mais, elles me semblent peu importantes par rapport à l’enjeu, c’est-à-dire le goût de la lecture chez les jeunes. Pourquoi, alors, ne pas imaginer que la télévision puisse faire un effort supplémentaire dans ce domaine et fasse connaître de nouveaux talents ?

    Promouvoir la création, découvrir de nouveaux talents, telles sont en fait les raisons pour lesquelles le Ministère délégué à la Jeunesse et aux Sports de 8 à 12 ans et intitulé Grand Prix du Livre pour la Jeunesse.

    Un des problèmes de l’édition française est certainement la relative rareté des auteurs et beaucoup de textes publiés en France pour les jeunes sont des traductions. On dira que les éditeurs privilégient dans leur programme les œuvres déjà recommandées par un succès international, que les maisons étrangères offrent peu de chance aux livres français d’être mieux connus dans le monde. Quoi qu’il en soit, beaucoup de progrès restent à faire, et le gouvernement a entrepris une action dans ce sens.

    Le Grand Prix du Livre pour la Jeunesse prend part à cette politique en cherchant de nouveaux auteurs, notamment pour les 8-12 ans, créneau particulièrement difficile à cerner au niveau de la demande. La découverte de nouveaux auteurs devrait constituer un des facteurs pour augmenter la diffusion du livre pour les jeunes aussi bien en France qu’à l’étranger. En effet, la diffusion du livre français à l’étranger est une des priorités du gouvernement à la fois sous l’angle du commerce extérieur et sous l’angle du rayonnement culturel.

    Voilà en quelques mots les actions menées par le Ministère délégué à la Jeunesse et aux Sports qui complètent celles d’autres Ministères et notamment celui de la Culture. Elles devraient permettre l’accès à un public élargi et préparer dès aujourd’hui les lecteurs de demain.

( texte paru dans le n° 19 – 15 mars 1983 – du bulletin du CRILJ )

Née en 1945 à Nevers (Nièvre), Edwige Avice est diplômée en lettres, en sciences politiques et en commerce international. Elle est nommée, après la victoire de François Mitterrand, Ministre déléguée à la Jeunesse et aux Sports auprès du Ministre du Temps Libre, André Henry. Elle devient Ministre déléguée au Temps libre, à la Jeunesse et aux Sports dans le troisième gouvernement Mauroy. Femme politique qui a la plus grande longévité ministérielle. Edwige Avice est aujourd’hui encore une experte en défense au niveau européen. Nommée Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 1998, par le gouvernement de Lionel Jospin, elle est promue au grade d’officier par Nicolas Sarkozy (promotion de Pâques 2009), au titre du Ministère de la Santé et des Sports.

 

Créé en 1981 par le Ministère de la jeunesse et des sports et le Centre de Recherche et d’Information sur la Littérature pour la Jeunesse (CRILJ), le Prix du Livre pour la Jeunesse de Ministère de la jeunesse et des sports, avait pour but de favoriser la création et la diffusion des livres de qualité pour les jeunes et de découvrir et promouvoir de nouveaux talents littéraires. Deux jurys, l’un composé d’adultes, l’autre de jeunes de 11 à 14 ans. Le prix récompensait deux romans ou contes inédits d’expression française, sur manuscrit anonyme. Il fut, en 1992, remplacé par le Prix du roman jeunesse du Ministère de la jeunesse et des sports,

Des enfants et des livres

 

 

Texte adopté par le bureau du CRILJ le 3 mars 1987.

     1. La vitalité et la diversité de la littérature pour la jeunesse dans notre pays tiennent en grande partie à la liberté de l’édition qui est de droit en France.

    Le CRILJ qui est un lieu de rencontres de personnes d’opinions différentes défend cette liberté de l’édition, particulièrement dans tous les domaines de la littérature de jeu- nesse : liberté d’expression des écrivains et des illustrateurs, liberté de publication des éditeurs, liberté de jugement des critiques, liberté de choix des bibliothécaires, liberté pédagogique des enseignants, etc.

    2. La littérature de jeunesse a des exigences particulières : du jeune enfant au jeune adulte, elle s’adresse à des personnes en formation qu’il importe d’aider à devenir responsables et libres en concourant au meilleur développement possible de leur intelligence et de leur sensibilité encore fragile.

    Il est souhaitable que tous ceux qui contribuent à la littérature de jeunesse, de la création à la lecture, aient toujours conscience de ces responsabiltés.

    Le CRILJ a été créé pour promouvoir une littérature de qualité dans le plus grand respect dû à l’enfant et à l’adolescent.

    Ce respect exige aussi qu’on n’arrête pas le développement de l’enfant à un stade infantile.

    3. Le CRILJ entend bien concilier les exigences de la liberté de création et les exi-gences du respect de l’enfant.

    Le CRILJ constate que cette conciliation se pratique normalement par la médiation d’adultes responsables (parents, éducateurs, bibliothécaires, enseignants, etc) afin que « le bon livre parvienne à l’enfant au bon moment » et qu’ainsi l’enfant puisse exercer son choix.

    Pour faciliter cette médiation nécessaire, il importe que chacun des responsables joue pleinement son rôle, qu’il ait une bonne connaissance des enfants qui lui sont confiés, des publications, de leur contenu, de leur valeur.

    Depuis ses origines, le CRILJ souhaite une formation toujours meilleure des personnels spécialisés et une information plus vaste et plus précise par les divers mouvements, associations, institutions et par la presse, la radio, la télévision.

    Ni la lecture ni l’éducation ne sont des choses simples. Le livre n’est jamais un produit neutre. Refusant toute « chasse aux sorcières », récusant les amalgames, les dénonciation et les anathèmes, le CRILJ estime légitime la diversité des courants, des options, des opinions, dans le respect des grandes valeurs humaines.

    4. Le CRILJ invite ses adhérents à poursuivre leurs efforts en faveur d’une littérature de qualité, avec le même discernement et la même opiniatreté.

    C’est une tâche difficile et complexe, rendu nécessaire par la richesse de la littérature de jeunesse qu’on ne peut pas simplement réduire, de façon manichéenne, à les listes de « bons livres » recommandés par tous ou de « mauvais livres » défendus pour tous.

    On ne peut donner à lire n’importe quoi à n’importe quel enfant. On ne peut pas non plus transformer les jeunes lecteurs en bébés-bulle vivant dans un univers aseptisé sans rapport avec la réalité qui l’environne. A ce titre, toutes les grandes œuvres de notre patrimoine risqueraient une condamnation, alors que ce sont des livres d’initiation : un grand livre est toujours vivant, toujours à l’œuvre dans l’esprit de celui qui l’a lu. Il conduit plus loin. Il participe à la vie et à ses changements.

    Le CRILJ incite ses adhérents à se garder aussi bien du laisser-aller que du terrorisme intellectuel qui prétend légiférer tout le monde, aussi bien de l’abandon aux puissances de l’argent que du retour à l’obscurantisme pervers, aussi bien du laxisme à la mode que du puritanisme de la peur.

    Le CRILJ invite ses adhérents à assumer pleinement leur rôle de créateur ou d’inter-médiaire entres les enfants et les livres, chacun unique, tous différents, irremplaçables.

( article paru dans le n° 30 – mars 1987 – du bulletin du CRILJ )

 

 

 

 

 

 

 

 

Réflexions sur la vie, le devenir hypothétique ou la disparition des associations culturelles, sans nostalgie mais pour mémoire

par Monique Hennequin

Ecrit en 2009 par celle qui fut pendant plusieurs dizaines d’années secrétaire générale du CRILJ, à un moment où peu nombreux étaient ceux qui croyaient aux chances de survie de l’association, ce texte en forme de bilan apprendra beaucoup à ceux qui aujourd’hui découvre le CRILJ ou qui en ont oublié l’histoire. A lire (ou à relire) et à garder dans un coin de sa mémoire … dans l’attente du jubilé de 2015.

     Le Centre de Recherche et d’Information sur la Littérature pour la Jeunesse, carrefour de toutes les activités concernant la littérature pour la jeunesse était ouvert à toutes les initiatives éducatives et culturelles, dans le cadre associatif et institutionnel. Conscient de la nécessité d’une promotion de la littérature pour la jeunesse, le CRILJ a proposé pendant une trentaine d’années une plate-forme d’informations, de rencontres et de réflexions.

    Le CRILJ [tel qu’il fonctionnera à compter de 1974] est né à l’issue de journées d’études organisées au Centre International d’Etudes Pédagogiques, à Sèvres, par son directeur Jean Auba, inspecteur général de l’éducation nationale et du travail de la Section française de l’Union Internationale des Livres pour la Jeunesse (IBBY) lors d’une rencontre organisée par cette dernière à Marly le Roi, en octobre 1973.

    Sous la présidence de Jean Auba, il a repris le nom d’une association créée en 1965 autour de Natha Caputo, critique, journaliste au Progrès de Lyon, Isabelle Jan, productrice à la radio, Mathilde Leriche de la Bibliothèque de l’Heure joyeuse, Marc Soriano, professeur d’université, Raoul Dubois, critique et enseignant, Janine Despinette, membre du Centre de Psychologie Comparative et critique de l’hebdomadaire Loisirs Jeunes, Raymonde Dalimier, bibliothécaire Lycée La Fontaine.

    Le CRILJ par ses statuts association loi 1901 sans but lucratif a été agréé par le Ministère de la Jeunesse et des Sports en 1979, et reconnue d’utilité publique en 1983. Il a toujours observé une rigoureuse indépendance et une totale neutralité par rapport à tout mouvement politique ou confessionnel. Il est ouvert autant aux utilisateurs du livre qu’aux professionnels du livre.

    Le CRILJ a surtout été composé de membres individuels, venant de toutes les régions de France et regroupant les illustrateurs, écrivains, éditeurs, libraires, critiques, journalistes, documentalistes, bibliothécaires des secteurs public et privé, enseignants de la maternelle à l’université, personnels du secteur médical ou paramédical, animateurs culturels et scientifiques, parents et toute personne s’intéressant à la littérature de jeunesse et au développement de l’enfant. Une grande majorité des adhérents font des actions de terrain et se retrouvent dans les sections régionales du CRILJ.

AUTOUR DES LIVRES POUR LA JEUNESSE ET DU MOUVEMENT DES IDEES

    Dès sa création le CRILJ a lancé la mise en œuvre d’une série d’études et de confrontation dans un grand nombre de domaines et il s’est aussi penché sur les grands problèmes de notre société, vus à travers la littérature de jeunesse.

    En 1975, au Festival du Livre à Nice, le CRILJ tenait un colloque sur La place et le rôle du livre dans la vie des jeunes et la place de la lecture dans l’éducation de la jeunesse.

    En 1977, une rencontre était proposée, au CIEP Sèvres, réunissant des pédagogues, libraires, chercheurs, graphistes ayant une expérience de formation dans le domaine de la littérature de jeunesse.

    En 1978, un « cycle d’études » dans le cadre du Laboratoire de Psychologie en milieu scolaire, réunissant un samedi après-midi par mois, une trentaine de personnes (dont la moitié de province) était organisé par Hélène Gratiot-Alphandéry, vice-prési-dente du CRILJ et directeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Les intervenants étaient Mme Chombard de Lauwe, le professeur Widlocher, Georges Jean, Jacques Wittwer, Jacqueline Danset, Marc Soriano, Denise Escarpit, Michèle Kahn.

    Après avoir constaté que la presque totalité des documentaires sur les sciences et les techniques étaient des traductions et pour sensibiliser les scientifiques français, en 1980, un colloque ayant pour thème Où se situe la demande des enfants en matière de livre scientifiques et techniques a eu lieu, sous la présidence de Jean-Claude Pecker, professeur au Collège de France, au Centre Georges Pompidou, réunissant 150 personnes et une quarantaine de jeunes venus de toute la France.

    Le résultat de ce colloque a été la création de deux collections avec des ouvrages écrits par des scientifiques français, chez Hachette sous la direction de Patrick Baradeau et chez Nathan avec Daniel Sassier.

    En 1982, A Saint Etienne, se sont réunis plus de 300 personnes sur le thème : Littérature pour la jeunesse : la création en France. Il s’agissait de faire le point sur la situation des années fin 70, début 80 et d’essayer de stimuler la création par des propositions concrètes des groupes concernés : écrivains, illustrateurs, techniciens du livre et de la presse, mais aussi de faire prendre conscience aux médias de l’importance de leur rôle.

    La création a vraiment été au centre des débats de ce Colloque. On pourrait citer quelques réflexions des participants : « La création, c’est le retour aux sources de l’élémentaire » (Georges Jean) – « La création est une vraie littérature de l’imaginaire, les livres ne délivrent pas de message monolithique étroit, ils constituent des graines que l’on sème en aveugle » (Jacqueline Held) – « Le livre est le plus enrichissant des jeux, le livre c’est la complicité entre l’auteur et le lecteur » (Huguette Perol)

    Le cri de Jean Claverie « Apprenez à connaître les gens de l’image » fut entendu puisque dès 1983, les illustrateurs regroupés firent appel au CRILJ, pour présenter sous son égide une exposition de dessins originaux, accompagnés des livres correspondants – 82 illustrateurs et 250 dessins originaux étaient au rendez-vous au Salon du Livre, à Paris, au Grand Palais – Une présentation des différents courants de l’illustration par Janine Despinette avait fait l’objet de l’éditorial du catalogue du Salon.

    Préalablement, ce colloque en leur donnant l’occasion d’une première rencontre entre eux aura permis une reconnaissance des illustrateurs en tant qu’artistes à part entière, ce qui n’existait pas jusqu’alors. Il aura été le début de la présence des illustrateurs dans les classes et aussi d’expositions dans les bibliothèques et autres lieux.

    En 1986, aété organisé en collaboration avec la BPI, sous la présidence de Jacques Charpentreau, un colloque consacré à la poésie L’Enfant et la Poésie. Une importante collecte d’expériences réalisées avec des enfants a été présentée avec l’aide efficace de Christiane Abbadie-Clerc, alors responsable de la Bibliothèque des enfants du Centre Georges Pompidou.

    Premier colloque sur ce thème qui avait réuni 150 personnes et qui a permis de confronter les points de vue sur le rôle et la situation de la poésie, notamment contemporaine, à l’école et vis à vis du public.

    Après avoir travaillé sur une bibliographie avec le Groupe de Recherche en Education Nutritionnelle (GREEN) et le Professeur Deschamps du Centre de Médecine Préventive CMP) de Vandoeuvre les Nancy, le CRILJ a organisé en 1987, en partenariat avec les institutions précitées, un colloque La santé, le livre et l’enfant qui avait pour but d’informer les non-spécialistes de littérature de jeunesse médecins, orthophonistes, infirmières, professions para-médicales) de ce qui existait sur les différents thèmes liés à la santé, sur leur approche, du documentaire, de la symbolique à la fiction.

    Nous rappellerons les paroles du Dr Schwartz : « Le message de la santé n’est pas neutre, d’où nécessité de faire équipe : éducateurs, professionnels de la santé et du livre pour que s’épanouisse la vie ».

    En 1988, le CRILJ avait réuni, au Collège de France, sous la présidence de Jean-Claude Pecker, une cinquantaine de personnes, sur le thème L’enfant sous influence : culture et conquête de son autonomie, avec Jacques Perriault, Suzanne Mollo, Isabelle Jan et une remarquable introduction d’Hélène Gratiot-Alphandéry.

    Avant l’acte unique européen, il a semblé au CRILJ, important de se poser la question sur les enjeux de 1992 concernant la littérature pour la jeunesse dans l’Europe de demain, d’où un colloque, en 1989, co-organisé par le CRILJ et la Bibliothèque d’Information du Centre Georges Pompidou, sous la présidence d’Emile Noël, directeur général de la Communauté européenne à Bruxelles et président de l’Institut universitaire européen de Florence.

    En 1991, Le CRILJ organisait pour Jean Perrot, membre de l’IRSCL du 10ème Congrès de l’IRSCL à l’Ecole Polytechnique, qui avait pour thème L’application des théories contemporaines de la Culture et de la Littérature de Jeunesse.

    1997 : La tolérance, la littérature de jeunesse peut-elle participer à la formation des jeunes lecteurs ?

    Pour toucher des publics différents, un thème non littéraire au sens propre du terme a été proposé pour un colloque, sous la présidence de Roger Bambuck, Le sport, c’est aussi dans les livres, à l’INJEP, en 1997.

    En 1999, au Palais de la Découverte, nous avons souhaité organiser des rencontres destinées aux animateurs de clubs scientifiques et de centres de loisirs pour une utilisation de livres pour la jeunesse dans leurs pratiques avec les jeunes, ce qui a donné lieu au colloque Lire la science, s’ouvrir au monde, sous la présidence de Jean-Claude Pecker.

    L’image des adultes se détériorant dans les romans, un colloque a été organisé, en 2000, à l’INRP, sur le thème L’image des adultes dans la littérature pour la jeunesse, où il a été essayé de répondre à quelques questions sur l’évolution de l’image de l’adulte, présent ou absent, modèle ou caricature ? Quel lien a-t-il avec la société ? Des inter- venants d’autres pays sont venus nous dire sous quelle forme l’adulte était présenté dans la littérature de leur pays : Penny Cotton, de l’université de Roehampton, Carla Poesio, du Comité scientifique de la revue LIBER de Florence, Jean-François Bouttin, de l’université Laval à Québec

    En 2001, un échange de réflexion intéressant se tenait, à la Société des Gens de Lettres, sur Le livre, un produit comme les autres ? « Il est un temps pour la rapidité, celui de l’économie de marché, un temps que l’on espère préserver par la lenteur, celui de l’auteur, de l’illustrateur et du libraire, un temps pour l’écoute, celui de tous les passeurs de livres ». où avaient pris la parole François Rouet, économiste et attaché au Ministère de la Culture, Ahmed Silem, professeur d’université, des éditeurs ont témoigné : François Geze pour La Découverte- Syros et Dominique Korach pour Flammarion.

    Beaucoup d’adultes s’interrogent sur la prévention face au mal de vivre de l’adolescence. Aussi le CRILJ a-t-il proposé aux psychologues de l’hôpital Necker à Paris de réfléchir comment et avec quel contenu la littérature de jeunesse abordait la Prévention. A partir de cette interrogation est née l’idée de proposer en 2002 un colloque Les maux dans les mots aux animateurs et professionnels de la santé. Une enquête auprès des collégiens lancée avec la collaboration d’Inter-CDI, eut un retour de 500 réponses.

    En 2005, La précarité dans les livres pour enfants, était-ce un phénomène de mode ou une réflexion sur ce qu’elle est et comment la faire percevoir aux jeunes à travers les ‘’passeurs de livres’’ ?

    Reprenons les mots laissés par Raoul Dubois qui avait soutenu ce projet : ‘’Et si la précarité n’était en fait que le nouveau moyen de conjurer ce mot, ce mot qu’on avait cru banni et renvoyé aux images du passé, celles de la pauvreté ».

    Seynadou Dia et Lydiane Chabin, militantes du Secours Populaire Français ont apporté l’éclairage de leur expérience au contact quotidien de ces réalités vécues. Le sociologue Jean-Charles Lagrée et le psychanalyste Claude Allard ont abordé la question en combinant les approches économique et sociologique, Anne Rabany, inspectrice d’Académie a présenté une « géographie de l’école » au regard de la précarité. Pour Alain Serres « mêler sa plume au mouvement du monde, est son projet, mais pas à n’importe quel prix. »

    Quant aux jeunes ayant rempli le questionnaire : le mot « précarité » n’est pas de leur langage.

   Internet envahissant l’espace, on se devait au CRILJ de s’interroger sur la place du livre et de la lecture à l’ère numérique. Il nous a semblé important de réfléchir sur les problèmes qui désormais se posent et comment inciter les médiateurs à un nouveau regard sur leur rôle pour une approche différente de la lecture, une incitation au désir de lire, à la circulation de textes de qualité, à la promotion de la littérature pour la jeunesse. C’est ainsi qu’est née en 2006 l’idée d’un colloque qui a eu lieu en juin 2007 à la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord, co-organisé avec Ghislaine Azémar, Henri Hudrisier de l’université Paris 8. Existe-t-il un projet d’une bibliothèque jeunesse numérique au service des langues et des cultures, pour une culture humaniste ?

    Au-delà de la numérisation, Internet, avec les moteurs de recherche, inaugure une nouvelle forme d’accès au savoir. Les chercheurs s’interrogent sur les compétences de lecture que les jeunes désormais doivent acquérir pour maîtriser à la fois l’outil, les codes et le contenu. La formation à la recherche et au traitement de l’information est une préoccupation des éducateurs, qui vise non plus une formation info documentaire mais une véritable culture de l’information.

    Les jeunes ne sont plus seulement les enfants de l’image. Ils naviguent sur la toile et bénéficient d’un réseau de communication numérisé permettant le passage d’un média à un autre. Consommateurs avides de jeux vidéo, ils sont des lecteurs à leur manière

    Les communications étaient remarquables et même très savantes.

LE CRILJ ET SES PARTENARIATS AU FIL DES ANNEES

    Dès 1977, avec Travail et Culture et Georges Jean, pour une exposition dans les comités d’entreprise, le CRILJ a assuré le choix des livres, la réalisation des panneaux de présentation et le concours des animateurs pour une opération Les livres pour les jeunes et le monde d’aujourd’hui.

    A la demande de la Délégation à l’Information scientifique et technique (DBMIST) du Ministère de la Recherche, présentation pendant plusieurs années de livres scientifiques et techniques pour les jeunes, dans le cadre du Salon de l’Enfance, de manifestations au Palais de la Découverte ou lors de la Fête de la science dans les jardins de l’ancienne Ecole Polytechnique, rue de la Montagne Ste Geneviève, à Paris

    En 1978, dans le cadre de l’année internationale de l’enfant, l’UNICEF et la Commission française de l’Unesco ont organisé un colloque Le livre dans la vie quotidienne de l’enfant auquel le CRILJ a été largement associé dans la préparation.

    En 1984 et 1985, le CRILJ a collaboré à toutes les actions du Ministère de la Jeunesse et des Sports concernant le livre et la lecture dans le cadre de la Semaine Le livre et les jeunes. Sensibilisation de 500 libraires pour une vitrine – Participation au train Paris-Pékin – Mise en place des « Point Rencontre Information Littérature de jeunesse » en province avec les Francas, les CRIJ et les sections régionales du CRILJ.

    De 1984 à 2007, Avec le Ministère de la Jeunesse et des Sports, organisation du Prix Roman jeunesse, puis du Prix Premier Roman pour les trois dernières années

    Après une exposition des livres scientifiques et techniques à Toulouse, lors d’Assises de la Culture scientifique et techniques, le CRILJ fait partie du Collectif d’associations pour la culture scientifique, le CIRASTI, avec outre les réunions une participation régulière aux Exposciences départementales, nationales (Brest, Grenoble, La Réunion) et internationales (Prague – Québec).

    Opération avec les Pionniers de France sur la Culture scientifique et technique.

    Toujours tourné vers la culture scientifique, le CRILJ a été l’un des membres fondateurs de l’Observatoire du Livre Scientifique, Technique et Industriel pour la Jeunesse, présidé par le professeur Albert Jacquard

    En 1995, co-organisateur et gestionnaire de l’université d’été organisée par le Centre Internationale d’Etudes en Littérature pour la Jeunesse (CIELJ) à Charleville-Mézières, La littérature de jeunesse, les nouvelles technologies et la communication ?

    Avec le CIEP (Sèvres) et pendant plusieurs années, participation aux séminaires annuels d’été des professeurs de français, langue étrangère, à Caen. Des lycées français à l’étranger

    Collaboration avec la Fondation Nationale de la Gérontologie pour la création du Prix Chronos, sur le thème « Grandir, c’est vieillir ».

    2001 – Pour le Ministère de la Défense : des recherches bibliographiques sur les albums, les romans, les documentaires traitant des conflits du XXème siècle.

    2003 – Implication dans le programme national d’initiation à la lecture et à l’écriture dans le cadre de prévention et de lutte contre l’illettrisme mis en place par le Ministère de l’Education Nationale

( les partenariats ont été repris par date au début de la coopération, un certain nombre se poursuivent )

    Depuis 2000, grâce à l’implication personnelle et l’action internationale de Monique Hennequin, participation active dans deux projets Comenius.

    BARFIE (Books ans reading for Intercultural Education) projet soutenu par les institutions européennes qui travaillent dans le domaine de la littérature de jeunesse et de l’éducation. L’objectif était de promouvoir une éducation interculturelle à travers la littérature de jeunesse d’un certain nombre de pays en touchant un maximum de professeurs et d’élèves mais aussi d’animateurs, de procurer une plateforme créatrice pour échanger des informations, des expériences sur les meilleures pratiques en terme d’utilisation novatrice de la littérature au sein d’une éducation interculturelle et de renforcer la dimension européenne dans le processus d’éducation. C’est ainsi qu’a été constituée une collection de livres européens destinée à circuler.

    Cette recherche a fait l’objet de l’édition d’un catalogue dans les langues de chaque pays partenaire (10 partenaires) présentant chaque livre avec son résumé

    EDM Reporter (Electronic Digital Media Reporter), projet également soutenu par les institutions européennes qui travaillent dans le domaine de la littérature de jeunesse et de l’éducation. L’objectif était de mettre en place des outils pour les enseignants, bibliothécaires, animateurs et jeunes pour utiliser le WEB dans toutes activités liées à la lecture, à la littérature de jeunesse dans toute son interculturalité et sa multiculturalité.

LE CRILJ, C’ETAIT AUSSI UN CENTRE DE RESSOURCES

    Pendant 35 ans, grâce à son secrétariat permanent, dans son centre national et parisien, le CRILJ engrangera toute information quelle qu’elle soit sur la littérature et la presse de jeunesse, assurera au quotidien toute recherche de documentation, diffusera l’information aidant à une meilleure connaissance de ce domaine.

    Il a été un lieu d’accueil et de travail fréquenté par les documentalistes de collège, les enseignants, les bibliothécaires, les libraires, les animateurs mais aussi les professeurs et étudiants français et étrangers en diverses disciplines s’engageant dans des mémoires ou des thèses liés à l’enfance, la jeunesse, l’édition, la littérature de jeunesse.

( texte paru dans le n° 93-94 – septembre 2008 – du bulletin du CRILJ )

 

Quittant les éditions Stock quand Hachette rachète la maison, Monique Hennequin entre à l’Association nationale pour le livre français à l’étranger (Ministère des Affaires étrangères) où elle est l’adjointe de Lise Lebel. Elle publie chez Seghers en 1969 un Dictionnaire des écrivains pour la jeunesse de langue francaise, non signé, pour la section francaise de l’Union internationale des livres pour la jeunesse (IBBY). Travaillant ensuite à mi-temps au Comité permanent du livre français à l’étranger (Ministère de la Culture), elle assure à compter de 1980 le secrétariat général du CRILJ. Déclarant volontiers ne pas être une militante, Monique Hennequin fut, pendant trente années, l’indispensable cheville ouvrière de l’association.

Qu’est-ce que le CRILJ/Loire ?

 

 La section régionale du CRILJ/Loire est, avec celle de l’Orléanais, la plus ancienne. Sur son site, on peut lire la présentation suivante qui, à l’heure où de nombreuses structures de promotion du livre pour la jeunesse peinent à survivre ou à trouver leur second souffle, affirme sans langue de bois ses raisons d’être et ses objectifs.

Le CRILJ-Loire se donne pour objectif fondamental d’œuvrer à la promotion d’une littérature de jeunesse diversifiée, porteuse :

– d’un patrimoine de valeurs humanistes fondé sur l’accès de tous à la culture, le respect des différences rendant la vie collective possible, le développement de l’esprit critique et de l’esprit de libre arbitre.

– d’une esthétique suscitant plaisir, émotion et questionnement.

( article 2 des statuts )

Le CRILJ est une association militante en faveur de la littérature de jeunesse et qui œuvre au développement de la lecture des jeunes.

Le CRILJ est une association communautaire de personnes partageant leur passion, leur savoir-faire.

Le CRILJ est une association de service délivrant formation et information aux adhérents pour une meilleure connaissance de la littérature de jeunesse et du conte.

Le CRILJ est une association d’intervention auprès des jeunes et des adultes pour donner le plaisir de lire, le plaisir de conter, et peut-être l’envie d’écrire.

( site du CRILJ-Loire : http://www.crilj-loire.org )

 

Quelle identité pour les sections régionales ?

 par André Delobel

     Il est très vite apparu aux personnes qui avaient souhaité le CRILJ et l’avait constitué qu’une activité au strict niveau national ne pouvait répondre à l’ensemble des besoins et qi’il y avait lieu de créer les conditions d’une activité CRILJ à un échelon décentralisé. Le débat qui eut lieu à ce propos lors de l’assemblée générale d’octobre 1975 aboutit à un projet de « structures pour des sections régionales du CRILJ » adopté à l’unanimité des quatre-vingts adhérents présents.

     Les objectifs assignés aux sections régionales étaient :

 – d’une part, de rassembler (dans la région) les représentants de tous les secteurs concernés par le livre pour la jeunesse.

 – d’autre part, de promouvoir et coordonner (dans la région) l’action en faveur de la littérature pour la jeunesse.

     En fait, à la lecture intégrale du texte, on sent qu’il y avait une sorte de balancment entre deux idées :

 – une idée qui consistait à attribuer aux sections régionales une pleine compétence et une pleine responsabilité sur son territoire ; c’est ainsi qu’il était précisé au cours du débat que les sections régionales pouvaient recevoir des subventions pour ses activités propres.

 – une autre idée qui consistait à considérer les sections régionales comme des sous-sections du CRILJ/national ; c’est ainsi qu’il était suggéré aux sections régionales d’organiser des commissions de travail correspondant aux quatre commissions permanentes du CRILJ/national.

     Un an après, le CRILJ avait 400 adhérents et trois sections régionales. Il a aujourd’hui 1300 adhérents et vingt-quatre sections régionales.

     Malgré un texte fondateur unique et jamais revu, aucune section régionale ne ressemble à aucune autre. Il pourrait être intéressant de comparer un peu leur réalité : leur recrutement, leurs fonctionnement, leurs activités et, aussi, l’idée que chaque section se fait du rôle qui est le sien ou qui devrait être le sien.

     A la lumière de deux événements récents, je voudrais formuler un certain nombre d’observations et de questions :

 – premier événement : la semaine « Le livre et les jeunes ». En de nombreux endroits divers « collectifs » ou « comités » ont joué un rôle de « coordinateur d’actions » à l’intérieur d’un département ou d’une région. Quelle devait être la place d’une section régionale dans une telle organisation dès lors que le CRILJ se veut lui-même structure de rassemblement ?

 – deuxième événement ; les « Rencontres nationales du Mans ». Une des commissions de travail de ces rencontres avait à réfléchir sur la structure à mettre en place régionalement pour regrouper l’ensemble des partenaires possibles pour la promotion du livre et de la lecture. J’ai été un tantinet choqué (et je ne suis pas le seul) par une certaine façon de reprendre la réflexion à son point de départ, comme s’il ne s’était rien passé, depuis dix ans, au CRILJ notamment.

     Au moment où s’installe peu à peu la décentralisation administrative, où – c’est certain –  de plus en plus de questions se traiteront au niveau de la région, il est peut-être utile de réfléchir à ce que doit être aujourd’hui l’identité d’une section régionale du CRILJ.

     Je n’avance pas de réponses, mais deux préoccupations :

 – Les sections régionales sont, comme le CRILJ/national, structures de rassemblement. Le sont-elles, de fait, partout ? Et, si non, y a-t-il quelque chose à faIre pour améliorer la situation ?

 – Quelles conditions (qu’elles ne réuniraient pas encore) devraient remplir les sections régionales pour être reconnues comme pleinement interlocutrices des instances de la décentralisation ?

 ( texte paru dans le n° 27 – janvier 1986 – du bulletin du CRILJ )

faim de lire

Maître-formateur récemment retraité, André Delobel est, depuis presque trente ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans le suivi de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » de la République du Centre. Il est, depuis 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national.

Autour du CRILJ, une naissance, une disparition

Naissance du centre Robinson

     La part grandissante occupée par la littérature de jeunesse dans le secteur de l’édition exerce sans doute son effet sur la manière dont les « prescripteurs » pensent leur action. Certes, il demeure chez beaucoup une âme militante, mais l’heure n’est plus au combat, en tout cas plus le même, et il s’agirait plutôt de gérer convenablement une victoire, même si cette dernière reste fragile et surtout inégalitaire. Les rôles évoluent, et les certitudes laissent place, ou devraient laisser place, à davantage de prudence et de souplesse. C’est peut-être ce qui justifie le mieux la « recherche », non pas une démarche arrogante s’avançant au nom de son expertise, mais un effort toujours renouvelé pour mieux comprendre ce qui est et ce qui a été. Ce dernier point est essentiel, car nous sommes dans un secteur qui vit sur deux modes absolument contradictoires, d’une part l’exploitation jusqu’à la corde de textes ou de thèmes toujours ressassés, d’autre part l’illusion de savoir enfin ce que serait l’enfance véritable et la célébration d’une non moins « vraie » littérature de jeunesse.

     D’autres considérations, moins réjouissantes, permettent d’expliquer le déclin du militantisme. Elles ont pesé sur le fonctionnement du site parisien du CRILJ et sur la décision de le fermer (1). Aujourd’hui, les livres et les archives qu’il abritait sont en cours d’installation dans de vastes locaux du site IUFM d’Arras, devenu école interne de l’université d’Artois. Le centre Robinson, ainsi nommé par symétrie avec les Cahiers Robinson créés en 1997, est conçu à la fois comme un lieu de recherche et un espace de documentation destiné à s’enrichir par d’autres collections et ouvert à toute personne intéressée par ces questions. Le CRILJ, pour sa part, a maintenu ses activités dans plusieurs régions, a ouvert un site, Le site du CRILJ, et a lancé une parution annuelle, Les Cahiers du CRILJ, dont le premier numéro pose la question Peut-on tout dire (et tout montrer) dans les livres pour la jeunesse ? André Delobel, son nouveau secrétaire général, diffuse également un intéressant Courrier du CRILJ/orléanais, qui rassemble régulièrement des annonces et coupures de presse. Le CRILJ est associé au centre Robinson, qui se donne pour objet non seulement la littérature de jeunesse dans son acception la plus « légitime », mais toutes les sortes de publications, qu’il s’agisse de la presse, du cinéma ou encore de la radio, sur laquelle un projet est en cours d’élaboration.

     L’histoire et la critique des livres pour l’enfance connaissent un essor sans précédent, marqué entre autres par le nouveau statut de La Joie par les livres, par la création de la revue en ligne Strenae de l’AFRELOCE, par le lancement prochain de la série « Écritures jeunesse » chez Minard, sous la direction de Christian Chelebourg, etc. En ce qui concerne le centre Robinson, issu d’un centre de recherche à dominante littéraire, sa coopération avec le CRILJ lui permet d’ajouter un volet concernant les politiques et les actions en faveur de la lecture. Cette dimension peut ainsi être travaillée en synchronie, d’autant que la plupart des  membres de ce centre ont pour charge la formation professionnelle des enseignants, mais aussi en diachronie : un séminaire est actuellement en cours d’organisation autour des « Grands témoins de la recherche et de la promotion des publications pour la jeunesse ». Cet intitulé suffisamment large ne restreint pas le domaine aux seules recherches universitaires mais fait place aux activités militantes, éditoriales, journalistiques, etc.

     Ce séminaire, qui se tiendra plusieurs vendredis de l’année universitaire, aura pour première invitée, le 3 décembre 2010, Janine Despinette. Son témoignage devrait être d’un grand intérêt car son parcours déborde largement la seule question de la littérature de jeunesse pour toucher aux questions de l’action culturelle depuis la période de la guerre : son époux, Jean-Marie Despinette, ayant lui-même eu une action importante chez les Compagnons de France, dans l’Office franco-allemand pour la jeunesse, etc. Janine Despinette est sans doute plus reconnue à l’étranger qu’en France, et son intervention portera le titre suivant : « Janine Despinette : un itinéraire de passeur dans le cadre européen ».

     Ce séminaire devrait également s’intéresser à la période comprise entre la fin de la première guerre mondiale, qui a vu l’essor du pacifisme et de l’ouvriérisme ainsi qu’une nouvelle approche de l’enfance, et la fin des années 60, marquée par l’effondrement brutal de ce modèle, auquel le CRILJ, par l’intermédiaire de ses responsables les plus anciens, est resté plus ou moins rattaché.

Décès de Jacqueline Dubois

     C’est dans ces circonstances que le décès de Jacqueline Dubois, un(e) de ces grands témoins, prend une signification particulière. Si l’on connaît assez bien son nom, c’est toujours associé à celui de son époux, Raoul Dubois, rencontré en 1945 dans une manifestation de défense de l’école laïque sur les marches de la Mutualité et avec lequel elle aura signé de nombreux ouvrages et articles. Il est assez difficile d’en savoir plus à son sujet, d’autant que les sites marchands mais aussi le catalogue de la Bnf mélangent allégrement ses ouvrages avec ceux d’une autre Jacqueline Dubois, une ancienne journaliste qui a écrit Le Petit Octobre et Le Gué du Ciel : mes années chinoises, et lui attribuent l’année de naissance de cette dernière.

     Notre Jacqueline Dubois est née le 16 janvier 1924 à Jalèches dans la Creuse, apparemment un peu par hasard puisque sa mère, Maximilienne Murgier, a toujours été Parisienne. Jacqueline n’a jamais connu l’identité de son père, et son nom de jeune fille, Szinetar, est celui de son beau-père, d’origine hongroise, qui l’a reconnue. Maximilienne Murgier était une institutrice très engagée dans le parti communiste, comme le sera sa fille, elle-même institutrice puis directrice d’école maternelle dans le quartier de la rue des Pyrénées, où elle vécut longtemps avec son mari (elle s’est retirée à L’Absie, dans la Vendée natale de ce dernier, après sa mort en 2004, d’abord dans la maison de famille puis en maison de retraite). Dans ce couple fusionnel, les activités étaient totalement partagées, et avec Raoul elle milita également à Ciné-Jeunes (2), aux Francas (3) – comité de rédaction de Jeunes Années, rédaction de Une Année de Lecture, supplément à Camaraderie -, au mouvement d’enfants Copain du Monde du Secours Populaire Français, ainsi qu’au CRILJ (Centre de recherche et d’information sur la littérature de jeunesse), dont elle aura été la première trésorière en 1963, alors que celui-ci était hébergé par l’IPN (Institut pédagogique national), ancêtre de l’actuel INRP (Institut national de recherche pédagogique). Mathilde Leriche en était la présidente, Natha Caputo et Marc Soriano les vice-présidents. 1963, année importante puisqu’elle voit aussi la naissance de La Joie par les livres. Année qui nous paraît désormais lointaine, et la mort de Jacqueline Dubois, pour certains de ses contemporains, marque la fin d’une époque où l’éducation et la culture populaires étaient des valeurs portées par une poignée d’humanistes, humanistes dont les convictions purent cependant prendre une allure quelquefois redoutable (4).

     Cette culture passait par les livres, mais aussi par la presse ou le cinéma, auquel les Dubois apportèrent beaucoup d’attention. Les anciens se souviennent avec émotion de leur petit appartement, au 6ième étage sans ascenseur, rue des Pyrénées, où se préparait notamment l’édition annuelle de Une année de lecture. À leur actif, la rédaction de plus de 25 000 fiches critiques de livres pour enfants de 1950 à 2000. On leur doit aussi des enquêtes, La Presse enfantine française, vue d’ensemble, bibliographie critique (Éditions des Francs et franches camarades, Cofremca/Savoir-livre, 1957), Journaux et Illustrés (Gamma, 1971), et Votre enfant deviendra-t-il lecteur ?, une étude Cofremca/Savoir livre commentée par Jacqueline et Raoul Dubois et Michèle Kahn (1992). Il existe également un ouvrage inédit, Littérature buissonnière, un recueil d’études de 350 pages sous forme de tapuscrit, consultable au Centre Robinson, et dont un des textes, « Le roman scolaire est-il dépassé ? » (conférence donnée à Tarbes en 1987) sera publié dans le n°29 (premier semestre 2011) des Cahiers Robinson consacré au roman scolaire.

     Sous son seul nom, Jacqueline Dubois a publié en 1965 L‘Hiver arrive, adapté du Polonais d’Helena Bechler et, en 1969, Au balcon de Sylvain, également adapté du Polonais de Anna Pogonowska, tous deux parus aux Éditions la Farandole dans la collection « Mille couleurs », où l’on retrouve d’autres membres du CRILJ, Isabelle Jan, Nata Caputo, Colette Vivier, qui reçoit à cette occasion en 1972 une mention du Prix international H.C. Andersen. À cette époque, La Farandole a des accords avec les éditeurs d’État de l’URSS mais aussi de la RDA, de la Tchécoslovaquie ou de la Pologne, où sont produits les livres de cette collection créée en 1963 et adressée aux enfants de 3 à 6 ans.

     Ce grand témoin ne pourra donc plus venir nous exposer son itinéraire, mais nul doute que son nom se retrouvera dans les travaux à venir, tant sur le militantisme culturel que sur l’histoire de l’édition pour la jeunesse, où La Farandole méritera une attention particulière.

 ( article initialement publié dans le numéro 254 de septembre 2010 de La Revue des Livres pour Enfants. Merci à Francis Marcoin et à Annick Lorrant-Jolly pour leur autorisation )

 (1) Lire Réflexions sur la vie, le « devenir hypothétique » ou la disparition des associations culturelles, sans nostalgie mais pour mémoire, dans la page magazine du site Ricochet-jeunes.org

 (2) Un cousin de Jacqueline Dubois a reçu en dépôt un nombre important de fiches critiques portant sur des films.

 (3) Sur les Francs et Franches Camarades, voir Noëlle Monin, Le mouvement des Francs et Franches Camarades (FFC) : de l’animation des loisirs des jeunes à la participation au écoles ouvertes, Revue française de pédagogie n° 118, INRP, Paris, 1997, p. 81-94.

 (4) Voir Bernard Joubert, Dictionnaire des livres et journaux interdits, éditions du Cercle de la Librairie, 2007.

     cahiers robinson

Professeur de littérature française à l’UFR Lettres et Arts de l’université d’Artois (Arras), Francis Marcoin est spécialiste en histoire et critique de la littérature de jeunesse. Ses recherches portent sur l’école, la lecture, les manières de critiquer aussi que sur le roman des XIXe et XXesiècles. Membre de l’équipe de direction de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) en 2006-2007, il participa, de 2001 à 2007, aux travaux de l’Observatoire National de la Lecture (ONL). Créant en 1994, à Arras, le centre de recherche « Imaginaire et didactique » (CRELID), il le dirigera jusqu’en 2006. Il est  directeur de publication des Cahiers Robinson qui « explorent, sans s’y limiter ni s’y enfermer, le domaine de la littérature de jeunesse, des lectures, des récits et des activités de l’enfant. » Parmi ses ouvrages : A l’école de la littérature (Editions Ouvrières, 1992), Librairie de jeunesse et littérature industrielle au XIX° siècle (Champion, 2006), La Littérature de jeunesse (avec Christian Chelebourg, Armand Colin, 2007). Francis Marcoin est président de la Société des amis d’Hector Malot.

Reconnaissance

     J’ai, chers amis du CRILJ, reçu ce matin le bulletin numéro 62 et j’ai soudain pensé que vous seriez sans doute heureux de savoir que cette littérature de jeunesse pour laquelle vous ne cessez d’œuvrer a obtenu une sorte de consécration à Moutiers Sainte- Marie (Alpes de Hautes Provence), à 6 kilomètres du lac de Sainte Croix, 10 kilomètres des Gorges du Verdon est, surtout, comme au XIXième siècle, capitale de la faïence.

     En 1964, Magnard publiait mon second roman pour les adolescents Le colchique et l’étoile qui fut, en 1965, diffusé en feuilleton sur France-Culture grâce à Roger Boquié et Monique Bermond, puis adapté en téléfilm, pour la 2, en 1974, par Michel Subiéla.

     Il y eut d’autres romans chez Magnard, Hachette, Bordas, Pocket, mais c’est le Colchique qui me valut cette grande joie de donner mon nom – inretenable pour les adultes, mais mémorisé par les enfants parce qu’il les intrigue – à une école.

 ( courrier paru dans le n° 63 – novembre 1998 – du bulletin du CRILJ )

 ciravegna

 Née à Nice en 1925, Nicole Ciravegna fait ses études à Aubagne, Marseille, Aix-en-Provence et à l’École normale supérieure de Fontenay où elle entre en 1945. Professeur de lettres dès 1948, elle enseignera dans le midi jusqu’en 1985, année de la retraite. Passionnée d’histoire et de littérature, Nicole Ciravegna écrit, à compter de 1962, de nombreux ouvrages pour les enfants, les adolescents, les adultes, où elle traite de sujets graves comme l’accueil des enfants démunis dans Le sentier sous les herbes (1962),  la Deuxième Guerre Mondiale dans La rue qui descend vers la mer (1971) ou de la vie quotidienne comme dans la série des Chichois (à partir de 1979). Ses personnages sont chaleureux, authentiques et incarnent les valeurs d’amitié et de tolérance. En septembre 1999, le Grand Prix littéraire de Provence a couronné l’ensemble de son œuvre, soit, à cette date, vingt-deux romans.

« Mes élèves adolescentes aiment lire et font une totale confiance au professeur qui les conseille dans leurs lectures. Laissées à elles-mêmes, elle lisent la presse du cœur ; mais aidées et éclairées, elles ont d’intelligentes lectures. Elles ne demandent que cela : bien lire. Je connais bien les adolescentes, leurs problèmes, leurs bons et leur mauvais goûts, et il m’est relativement facile de composer des histoires dont les thèmes répondent à leur attente. »

Penser national, agir local

par André Delobel

    Au début des années 70, quinze millions de français ayant moins de 15 ans, la production de livres pour l’enfance et la jeunesse connait une augmentation soudaine. Les catalogues se diversifient. La qualité s’améliore. Au même moment, les recherches sur la littérature de jeunesse se multiplient et on observe une sensibilisation croissante des éducateurs aux questions de lecture. Pourtant, les seuls ouvrages vraiment connus de la plupart des enfants sont encore leurs livres d’école et les bibliothèques, en nombre insuffisant, souvent sous-équipées, ne constituent pas une alternative suffisante. La formation souhaitée par tous, professionnels et bénévoles, se met en place peu à peu, institutionnelle parfois, militante le plus souvent.

Ne pas s’étonner de voir alors, à l’issue de journées d’études souhaitées par le Centre International d’Etudes Pédagogiques de Sèvres en 1973 et d’une rencontre organisée à Marly en octobre de la même année par la section française de l’Union Internationale des Livres pour la Jeunesse, réapparaitre l’idée d’une association qui serait le carrefour de toutes les personnes et de toutes les initiatives recensées dans le domaine du livre pour l’enfance et la jeunesse. En 1974, profitant du sigle d’une association en sommeil dont Mathilde Leriche fut présidente, le CRILJ, Centre de Recherche et d’Information sur la Littérarure pour la Jeunesse, se constituait.

    Il apparut très vite à l’équipe essentiellement parisienne qui, de Sèvres, organisait les commissions de travail et diffusait l’information, que le développement de l’association ne pouvait passer que par une déclinaison couvrant le territoire et c’est ainsi que, fort de ses 1800 adhérents, le CRILJ s’organisa en vingt-cinq sections, locales, départementales ou régionales.

    En 1977, la section de l’Orléanais du CRILJ fut l’une des premières à prendre forme. Portée par un groupe de parents et d’enseignants de Saint-Jean-de-la-Ruelle, soutenue notamment par Jacqueline Held, elle parvint à rassembler, dès son origine, des enseignants, des bibliothécaires, des libraires, des auteurs, des animateurs, des parents d’élèves et son assemblée générale constitutive bénéficia de la présence encourageante de Marc Soriano. « J’ai aimé, se rappelle Linette Erminy toujours présidente, travailler à solidariser parents, enfants et enseignants autour des livres. Ce fut une époque où le CRILJ milita pour que les mairies créent des bibliothèques, pour que les enseignants ouvrent des coins-lecture, pour que les parents achètent des livres aux enfants et pour que les enfants acquièrent le goût de lire et le conservent. Dans ces projets, militant aussi était le choix des livres. »

    Un regard rétrospectif sur plus de trente ans de CRILJ/Orléanais permet de parcourir les principales initiatives et de saisir les évolutions :

– Les réunions mensuelles des premières années pendant lesquels chacun faisaient part aux autres de ses lectures, les listes à mettre à jour, les malles à constituer, les prochaines expositions-ventes à organiser, l’agenda des rencontres à compléter, le courrier aux adhérents à mettre sous enveloppe. Un bureau d’une petite dizaine de personnes toujours partantes.

– La mise à disposition, grâce à l’entremise d’une conseillère municipale orléanaise acquise à nos actions, d’un local de 90 m2 facilement accessible et l’obtention auprès de la DRAC de la région Centre d’une subvention permettant d’acheter armoires et rayonnages et de mettre à disposition de toute personne intéressée les livres et les documents jusqu’alors dispersés en divers greniers.

– Les groupes d’enseignants reçus au Centre de ressources, semaine après semaine, au bon temps de la formation continuée, pour donner envie de lire albums, romans et documentaires, pour convaincre de mettre ces livres à disposition des enfants, pour aider les équipes à mettre en place la Bibliothèque Centre Documentaire de l’école et à la faire vivre. C’était un temps où il fallait encore, parfois, se justifier quand on présentait Le Géant de Zéralda ou Max et les maximonstres …

– L’implication, dans le cadre d’un comité d’organisation élargi, dans l’organisation et l’animation du Salon du Livre pour Enfants et Adolescents de Beaugency, chaque édition relançant l’aventure, pleins feux sur les bébés lecteurs une année, sur les adolescents l’année suivante. Je n’oublie pas non plus les rencontres Pages et Plume en complicité avec la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, à Orléans.

– L’envoi chaque quinzaine, depuis 2003, d’un courrier électronique proposant textes et informations à 1500 correspondants. Pour cause de transfert, ce chiffre serait, nous a-t-on expliqué, à multiplier par quatre.

– L’accueil, chaque année depuis cinq ans, de deux ou trois stagiaires en Master de traduction à qui nous proposons de traduire en français, sous notre contrôle, des ouvrages de littérature pour la jeunesse ou des articles de revues spécialisées. Il s’agit certes, pour le stagiaire, plus d’un élargissement de formation qu’un véritable stage en entreprise, mais il s’évère que chacun des partenaires (étudiants, université, association) trouve son compte dans le dispositif que nous proposons.

C’est le CRILJ/Orléanais qui assura, à compter de septembre 1983, la continuité hebdomaire de la rubrique « Lire à belles dents » publiée pendant quatorze ans dans le quotidien orléanais La République du Centre, faisant cohabiter propos de jeunes lecteurs et parole adulte. Se replonger dans la collection, c’est traverser l’histoire de la littérature pour la jeunesse de ces années-là.

    Le CRILJ/Orléanais conserve également un ensemble de 9000 affiches en relation avec le livre et la lecture pouvant être prêtées pour des expositions. Cette collection qui s’enrichit de plusieurs centaines de pièces chaque année est certainement sous-employée, mais faire plus est, dans l’état actuel des finances de l’association, un rêve lointain.

    Depuis 2009, notre section s’est fortement rapprochée du CRILJ national. La cohabitation en un même lieu de deux entités distinctes n’a pas, dans les premiers temps, facilité la lisibilité. En revanche, la proximité des moyens matériels et humains permet à l’une et à l’autre des structures un déploiement amélioré. Ce sera l’affaire des prochaines années.

( version ‘augmentée’ d’un article paru dans le dossier consacré au livre et à la lecture en  Région Centre dans le numéro 50 de mai 2010 de la revue de l’Association des Bibliothécaires de France )

crilj orléanais

Maître-formateur récemment retraité, André Delobel est, depuis trente ans, secrétaire de la section de l’orléanais du CRILJ et responsable de son centre de ressources. Co-auteur avec Emmanuel Virton de Travailler avec des écrivains publié en 1995 chez Hachette Education, il a assuré pendant quatorze ans la continuité de la rubrique hebdomadaire « Lire à belles dents » publiée dans la République du Centre. Il est, depuis mars 2009, secrétaire général du CRILJ au plan national. Il a rejoint le comité de rédaction de la revue Griffon.