Hommage à Ian Falconer

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Le texte qui suit a été écrit, en avril 2023, suite à une commande. Il a bien été transmis, en temps et en heure. Mais – on n’est jamais à l’abri d’un pataquès – il semble qu’il ait été perdu. Invérifiable. En tout cas, c’est un autre texte du même signataire, plus court et nettement moins analytique, qui, emprunté d’office au site ActuaLitté, tiendra lieu d’hommage à Ian Falconer. Après enquête, il s’avèrera que l’imprévisible Olivia ne soit pour rien dans cet curieux micmac . (A.D.)

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Ian Falconer qui créa le personnage d’Olivia, entreprenante cochonnette, est décédé d’une insuffisance rénale, le 7 mars 2023, à Norwalk (Connecticut). Il avait 63 ans..

    Né à Ridgefield, dans le Connecticut, ainé de trois enfants, Ian Falconer fréquenta la Long Ridge School de Stamford puis la Cambridge School de Weston (Massachusetts) dont les principes pédagogiques progressistes lui convenaient parfaitement. Il suivit, pendant deux années, des études d’art à l’université de New York, puis s’inscrivit, comme peintre, à la Parsons School of Design avant de rejoindre l’Otis Art Institute de Los Angeles.

  En 1987, Ian Falconer rencontre David Hockney, qui devient son compagnon, et il l’assiste, à l’Opéra de Los Angeles, pour la conception des costumes de Tristan und Isolde de Richard Wagner. Suivront de nombreuses autres productions, opéra ou ballet, à New York, à Chicago, à Boston et à Londres, pour lesquelles il réalise décors et/ou costumes. À Paris, en 2008, il conçoit, au Châtelet, un dispositif scénique astucieux pour l’opérette Véronique d’André Messager, la mise en scène ayant été confiée à l’actrice Fanny Ardant.

    En 1996, Françoise Mouly, depuis peu directrice artistique du New-Yorker, souhaitant rafraichir le magazine, fait appel à Ian Falconer. « Nous avons passé de longues heures dans les archives, émerveillés par les vieilles couvertures et riant de la façon dont des artistes comme Helen Hokinson, Mary Petty, Charles Addams ou William Cotton ont dépeint les bouffonneries de la bourgeoisie des années trente et quarante. » (1). Trente couvertures, parfois tendres, souvent acides, entre 1996 et 2012. Les lecteurs apprécieront particulièrement celle du 23 novembre 1998 qui montre une vieille dame dont la veste et la jupe s’empourprent à la vue d’une statue grecque toute en muscles.

    Dans les années 1990, Ian Falconer craque devant sa nièce, enfant énergique à qui, alors qu’elle vient d’avoir trois ans, il souhaite offrir un livre. « J’étais juste fasciné par elle et je voulais lui faire un cadeau personnalisé pour Noël. Alors j’ai commencé à travailler. » Les choses, se souvient Ian Falconer, ne sont pas évidentes. Si le style épuré de son dessin est d’emblée apprécié par son entourage, on lui suggère toutefois de retravailler (ou de faire retravailler) son texte. « Quelques années plus tard, Anne Schwartz, de chez Simon and Schuster, m’appelle. Elle aime mon travail pour le New Yorker et elle me demande si je suis intéressé à faire un livre pour enfants. Je lui ai apporté Olivia. » L’album parait en 2000, chez Atheneum Books for Young Reader, et Ian Falconer reçoit la médaille Caldecott qui récompense, aux États-Unis, l’illustrateur du meilleur livre pour enfants de l’année. L’ouvrage restera sur la liste des albums best-sellers établie par le New York Times pendant 107 semaines.

    En France, le livre est accueilli par le Seuil jeunesse et Ian Falconer remporte, en 2001, le premier Baobab de l’album attribué par Le Monde et le Salon du livre de jeunesse en Seine-Saint-Denis. Florence Noiville raconte : « L’histoire, en noir et blanc (avec quelques touches de rouge) de cette petite cochonne qui aime Pollock, Degas et le saut à la corde rappelle un peu celle d’Héloïse, de Kay Thompson, un grand classique de la littérature de jeunesse en Amérique. Peut-être à cause de la spontanéité et de l’humour du trait ? Ou des bêtises d’Olivia ? La vitalité de cette enfant est à la mesure de l’épuisement des parents, si bien que les uns et les autres s’identifieront sans peine aux situations du livre. » (2)

    Ian Falconer assure qu’il ne connaissait pas Héloïse lorsqu’il travailla à son premier livre. Notre plaisir de lecteur n’a, en tout cas, nul besoin de convoquer ce cousinage et le succès mondial de la série (quinze traductions et plus de dix millions d’albums vendus) s’explique par la capacité de l’auteur-illustrateur à se renouveler et à surprendre sans jamais s’éloigner trop de son projet initial. Qu’elle prépare Noël ou qu’elle joue à l’espionne, qu’elle décide de former (seule) une fanfare pour accompagner un feu d’artifice ou de remplacer (seule) les artistes d’un cirque tous malades, Olivia s’active. Ce ne sont pas les idées qui lui manquent, idées qu’elle met en pratique sur l’heure, sans rien demander à personne et aux risques et périls de ses proches, sauf si l’on glisse dans la rêverie. Ainsi, dans Olivia, reine des princesses, si le refus péremptoire de revêtir le classique déguisement de tulle rose est bien réel, c’est dans son lit qu’Olivia s’autorisera à imaginer, juste pour elle, une ultime alternative. (3)

    Ian Falconer cerne ses personnages qu’il ombre en gris léger d’un trait noir très fin et il use de la couleur avec parcimonie, en réservant le rouge à la robe préférée de son héroïne, aux rayures de sa grenouillère, aux rubans qu’elle accroche parfois à ses oreilles. Les mimiques, face et profil, évoquent le cartoon. Jackson Pollock et Edgard Degas ne sont pas les seuls peintres ni les seules personnalités (Eleanor Roosevelt, Martha Graham, Maria Callas) que Ian Falconer invite. Dans Olivia à Venise, toutefois, aucun tableau de maître ni aucune évocation de célébrité, plus de fond blanc systématique non plus, l’illustrateur ayant choisi de saturer ses images en intégrant, sur chacune des pages qui montrent Venise, une authentique photographie des lieux que la famille visite. Ce tourisme, somme toute plutôt traditionnel, est stoppé net quand Olivia met fortement à mal le campanile de la place Saint-Marc. « Je crois que Venise se souviendra de moi », conclut-elle. (4)

    En 2022, Ian Falconer a publié chez HarperCollins Children’s Books, Two dogs, un album qui, l’auteur s’inspirant cette fois de ses neveux, met en scène Perry et Augie, teckels aussi curieux que facétieux. Meilleur livre d’images pour enfants de l’année, selon Jennifer Krauss, critique littéraire au New York Times, ce devait être le premier titre d’une nouvelle série.

     Dès 2001, surpris par le succès de sa création, Ian Falconer avait déclaré au quotidien Newsday : « Toutes ces années, j’ai travaillé si dur pour peindre et pour dessiner et on ne se souviendra de moi que pour ce cochon. » Réaliste, il avait ajouté : « Il y a des choses pires qui peuvent arriver à quelqu’un. »

par André Delobel – avril 2023

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(1) Françoise Mouly, The New Yorker, 7 mars 2023.

(2) Florence Noiville, Le Monde, 23 novembre 2001.

(3) Olivia and the fairy princesses, Atheneum Books for Young Readers, 2012 ; Le Seuil 2012.

(4) Olivia goes to Venice, Atheneum Books for Young Readers, 2010 ; Le Seuil 2011.

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Disparition de Philippe Corentin

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Philippe Corentin : des gâteaux, des amis, des jeux et des livres. 

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« Et dis, papa, pourquoi moi je n’ai pas de livres de Corentin ? »  (N’oublie pas de te laver les dents ! – école des loisirs, 2009 )       

       Philippe Corentin est décédé le 7 novembre dernier. On gardera de lui l’image qu’il aimait afficher: celle d’un humoriste : « Moi je fais des Mickeys, c’est tout ! Je suis un gribouilleur. Un génial gribouilleur, c’est vrai, mais je ne suis qu’un rigolo ! » (1). Ses personnages se chargeaient même de sa publicité : « C’est un livre de Corentin. C’est trop drôle » répond la petite fille à son père qui lui demande ce qu’elle lit (2).  Et quand le dessinateur s’accordait quelque talent c’était pour l’écorner : « Il dessine des souris. Regarde comme elles sont mignonnes » s’émerveille Pipioli ; « Tu as vu les oreilles qu’il nous fait. Elles sont trop grandes. » réplique Pistache (3). Preuve qu’on a bien à faire à un « faiseur de Mickeys » ! Pourquoi ce mélange de fanfaronnade et de déni ? Pour devancer les critiques ? Se garder des louanges ? L’homme qui maugréait était avant tout un pudique qui ne se prêtait pas aux conventions et sabordait le jeu éditorial (rares signatures publiques, aucun colloque et très peu d’entretiens). En solitaire, il fignolait une vision d’enfance simple et immuable, ainsi résumée par Tête à claques : « … et pourquoi il n’y a jamais de tarte aux carottes et pourquoi je n’ai pas de copains et puis pourquoi on ne joue jamais au loup et en plus j’ai même pas de livres pour lire hein dis papa pourquoi j’en aurais pas moi aussi un livre avec des images et tout et tout… ? » (4). Des tartes végétariennes pour un carnivore, des amis mammifères pour un sanguinaire, des jeux cruels pour un loupiot mais des livres avec des images pour les petits !

    Les gâteaux sont faits maison, par des mères attentives aux goûts des convives : une tarte aux moucherons pour la chauve-souris, un gâteau de papier en feuilles de Cendrillon pour les souriceaux, un gâteau aux noix pour Zigomar, une tarte aux cerises pour Pipioli, deux autres tartes (aux pommes pour le garçon, aux mille-pattes pour le monstre), une religieuse au chocolat après un kouglof pour Bouboule, une tarte aux carottes pour Têtes à claques, une tartine de confiture pour les mouches. (5) « Un racontage de bouche » (6) écrit Serge Martin pour évoquer l’esprit rabelaisien de l’œuvre.

    L’amitié c’est l’altérité : Pipioli le souriceau a pour copains des oiseaux (un merle, une hirondelle) et une grenouille, Loustic s’entiche d’une princesse nommée Baignoire, Biplan le moucheron traîne avec un moustique (les autres sont des pédezouilles), le monstre et l’enfant partagent leur lit, Bouboule et Baballesont unis à vie, le louveteau s’émancipe avec des lapins et un cochon (7) : « un mélange d’espèces et de règnes » poursuit Serge Martin citant Florence Gaïotti (8). L’amitié est absolue: Pipioli aurait pu trouver mieux qu’un merle sédentaire pour migrer mais il a foi en la parole de Zigomar, Biplan l’asocial ne lâche pas Moustique qui ne lui est pourtant d’aucun recours et ceux qui se détestent (le chat et le chien (9)) ne se quittent pas.

   Le champ des jeux est large et les plaisirs homogènes. Faire l’avion (au-dessus de la maison ou en Afrique), faire des parties de boules de neige ou de confiture, faire la course ou faire des blagues, faire le loup et qu’importe la peur pourvu qu’il y ait l’ivresse. Dans les images, des jouets abandonnés révèlent d’autres jeux tout aussi traditionnels  mais bien plus calmes : ballon, corde à sauter, crayons de couleur, pelotes de laine, poupée, petite voiture, trompette, etc. Le seul qui ne sait pas jouer (Biplan le rabat-joie) compte sur l’amitié pour fuir la mélancolie : « Je ne sais pas quoi faire. Qu’est-ce que je peux faire ? »

    A la gourmandise, l’amitié et les jeux, Philippe Corentin ajoute la lecture. Gages de découverte et de réflexion, les livres structurent les personnalités en friches. Dans Mademoiselle Tout à l’envers, ils sont en hauteur et comme la chauve-souris est seule à voler « en haut », c’est sans doute là qu’elle puise les histoires de vampires qui troublent le sommeil de ses cousins. Dans Patatras !, ils sont au-dessus de la baignoire (pas loin des WC) et sur les tables de chevet dans Les Deux goinfres et dans Papa ! deux livres sont ouverts : l’un avant l’arrivée du magnétoscope (Le Père Noël et les fourmis), l’autre évité par Biplan à qui sa mère répète pourtant « Joue ! Lis ! Bouge ! Remue-toi ! » ! Dans Pipioli la terreur, c’est toute une bibliothèque qui sert de terrain de jeu et de potager : on fait des gâteaux avec des pages de Cendrillon (la suave) et des salades avec des feuilles de Pinocchio (le menteur). On lit aussi du Corentin au terrier (Mademoiselle Sauve-qui-peut dont l’image intérieure semble être de Grégoire Solotareff) et au salon où, dans une mise en abyme, la fillette résume ce qu’elle est en train de vivre : « L’histoire d’un petit crocodile qui veut manger une petite fille » (10). Enfin, c’est à une lecture métafictionnelle que nous convie la grand-mère de Mademoiselle Sauve-qui-peut lorsqu’elle dit : « C’est la fin de l’histoire et puis de toute façon c’est la dernière page ». Les histoires irriguent la vie. Face au loup, Mademoiselle Sauve-qui-peut s’insurge : « Non, mais, dis donc le loup, tu crois que je ne sais pas faire la différence entre un loup et une mamie ? (…) Il me croit aussi bête que le Petit Chaperon rouge ou quoi ? ». Comme elles sont drôles les histoires de Corentin, pas moroses comme l’aimeraient Baballe et Bouboule :

« – Ha, ha !… Vous allez voir, elle est très, très drôle … C’est l’histoire de l’arbre qui n’aimait pas les vaches…

– Ah non ! On lui dit à papa. Pas celle-là, papa !

  Papa, il est gentil mais il ne nous raconte que des histoires rigolotes. C’est pas rigolo… C’est toujours pareil… Finalement… Ça fait rire et puis c’est tout.

– Nous, on veut une histoire triste, une qui fait pleurer, avec des gros sanglots et tout… ».

  Vexé le père s’en va, emportant son livre (L’Arbre en bois). C’est alors que la table de chevet saute sur le lit :

– Hé ! … ho ! Moi je vous en raconte une d’histoire d’arbre, si vous voulez…

– De quoi elle se mêle, celle-là ? grogne Baballe, réveillé en sursaut.

  Baballe, c’est mon chien.  » Celle-là « , c’est la table de chevet, là, dans le coin, avec sa lampe sur la tête…

– Alors, je vous la raconte ou pas ? Qu’elle fait.

– Qu’est-ce que ça raconte ?

– C’est mon histoire à moi et je vous préviens que pour être triste, elle l’est, et pas qu’un peu ! Vous n’allez pas être déçus !

– Vas-y, raconte ! Qu’on lui dit, à la table. » (11)

   Un vrai mélo : pollution, déforestation, exportation, industrialisation et voilà un bel arbre (en bois) rétrogradé en vulgaire table de chevet dans la chambre d’un enfant et d’un chien « tristounets » : « Déjà ce n’est pas drôle de faire la table mais quand, en plus, on n’entend même plus d’histoires drôles, ça non ! Donc, je m’en vais… « Et tous les meubles, toute la déco de la suivre. « Quelle histoire !… » dit Bouboule effondré tandis que l’auteur s’explique: « Dans tous mes livres j’essaie de faire rire les enfants. Une histoire doit être faite non pour les endormir mais pour les réveiller et devrait d’ailleurs leur être lue le matin. Et pour les réveiller il faut les chatouiller avec des histoires qui les font rire. » (12). Les chatouiller ? Corentin est pourtant peu « tactile » : un seul baiser (13), aucun « Je t’aime » et encore moins de câlin (sauf celui du monstre à la fin de Papa !). On l’a dit, l’homme est pudique et son rire est sa marque de tendresse. Avec ça, il ré-enchante le monde désenchanté, sans fatuité.

     Premier album à l’école des loisirs : une chauve-souris orpheline est hébergée chez les souris, sa « famille ». Aussitôt un conflit de valeurs s’engage entre granivores et insectivores, diurnes et nocturnes. Où est le vrai monde ? Puis c’est au statut des animaux domestiques d’être débattu dans Le Chien qui voulait être chat : pénibilité du travail et tentation de l’oisiveté (en 1989 !). Suit la domination d’un ogre anonyme qui s’adjuge les ressources et réduit son voisinage à la misère (L’Ogrionne, 1990 !) puis la course au pouvoir (Le Roi et le roi), la boulimie (Les Deux goinfres), l’agnosie (Zigomar n’aime pas les légumes), la production industrielle et ses dégâts sur la nature (L’Arbre en bois, en 1999 !). Enfin, les tabous : pourquoi ne pas manger l’autre (N’oublie pas de te laver les dents !) ? Les thèmes sont graves, encore d’actualité et les fins peu optimistes : mademoiselle Tout à l’envers et son équipage finit dans le ruisseau, Zigomar atterrit au Pôle Nord au lieu de l’Afrique, Pipioli n’a plus de goût (« jeunème passa sepppabon ! ») et au lieu d’être artiste, il est arpète et modèle de l’auteur (14). Les loups ne sont pas mieux lotis (sauf celui de Patatras !) : l’un est abandonné dans l’eau glacée d’un puits, l’autre revient bredouille de la chasse et doit se contenter d’un Noël végétarien, un autre déclare forfait contre l’escargot et le dernier boit du bouillon près du feu de mère-grand (15).  Les insectes s’enlisent : Biplan dans l’ennui et le père mouche dans ses rêves de grandeur (16). Le chien ne sera jamais chat et le chat perdra son fauteuil, l’ogre sera la risée des crocodiles (17). Trop longtemps méprisés, les gâteaux, les végétaux (mondes parallèles) se vengent : boxe, caramélisation en haut du mât, écorchage à vif, piqûres de châtaigne.

    Sur les couvertures figurent deux envols périlleux (avec Zigomar), un risque de naufrage (les deux goinfres), deux chutes (loup, Père Noël), deux séquestrations (par l’auteur et l’ogre), un cri d’effroi, une querelle. On hurle, on fait la gueule sur treize couvertures contre sept où des sourires s’étalent, plutôt niais. L’époque est rude : elle fait fi de l’imaginaire (oubli du Père Noël), elle ne respecte ni les espèces animales ni le règne végétal, elle laisse les puissants affamer les plus faibles (L’Ogrionne). La vie n’est pas douce, raison de plus pour survivre avec des gâteaux, des amis, des jeux, des livres et du rire. N’en déplaise à Bouboule ça ne fait pas rire et puis c’est tout : ça fait rire et puis c’est TOUT.

    Avant de publier pour la jeunesse, Philippe Corentin a fait du dessin de presse et de la publicité (L’Enragé, Elle, L’Expansion, Le Jardin des modes, Lui, Marie-Claire, Play Boy, Vogue…). Il a conçu des affiches (18), illustré des guides (19) et des romans (Hatier, Gallimard). Dans une époque aussi créative que contestataire, il a vécu les crises, politiques (guerres d’Algérie, d’Indochine, du Vietnam…) et socio-économiques (Trente Glorieuses, surconsommation, baby-boom, industrialisation, urbanisation, exode rural, féminisme, révoltes étudiantes, nouveau statut de l’enfant). C’est en illustrant un conte d’Eugène Ionesco (20), des romans, des recueils (21) qu’il est entré dans un secteur en pleine expansion : « J’ai trouvé ce travail d’illustrateur très ingrat. J’avais l’impression d’être un tâcheron, un tâcheron de génie, mais un tâcheron. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire à l’avenir les dessins et le texte. » (22). Il a alors signé son premier album chez Hachette (23). Quand il entre à l’école des loisirs, à plus de cinquante ans, il sait l’irréversibilité du temps et l’impatience de la jeunesse. Il enroule alors les plaisirs de la vie dans le charme des illusions : aux enfants d’apprendre à succomber sans se trahir. « Tiens, tu ne veux pas plutôt faire le baby-sitter ? » propose le père cochon à Tête à Claques. « Il faut garder des lapereaux dont les parents sont sortis. Vas-y à ma place. C’est facile : tu leur racontes des histoires, tu joues avec… et même tu peux les manger si tu veux. C’est bon le lapin. ». Ah ! le piège des histoires ! Trop naïf pour résister à la brutalité des pères (une gifle, une queue broyée, une oreille tirée), le louveteau est sauvé par ceux qu’il devait manger. Il ouvre alors les yeux et affine son désir. Au début de l’album, il réclamait un dessert « pour lui tout seul », à la fin il veut la vie des autres avec les autres.

     L’œuvre s’ouvre sur un art de vivre tressé de BD, de cinéma, de contes, de dessins animés, de fables, de magazines, de peinture, de littérature. Godard, Perrault, Tex Avery, La Fontaine, Victor Hugo, Benjamin Rabier protègent des jours gris (le « lundi » de Zigomar n’aime pas les légumes). Et tandis qu’il aime la sieste, l’auteur valorise le travail, la belle façon d’être ensemble. On voit un facteur, un mineur, un docteur, des bûcherons, on s’affaire à la maison (jardinage, cuisine), on traverse l’atelier de l’auteur (Pipioli la terreur) : table, outils (crayons, gomme, taille-crayons, cutter, punaises, pinceaux, tubes de peinture) et, sur trois post-it, la vie d’artiste : s’approvisionner (acheter Sienne 10 flacons), prendre des décisions (trouver un titre : Pipioli chez Corentin), se faire payer (demander du blé à Arthur), remplir des obligations (dentiste/impôts), négocier avec l’employeur (revoir contrat, 10% est barré, remplacé par 12%), soigner son public (dédicace).

    L’homme pudique habite ses livres au plus près des enfants. Sa disparition en a choqué plus d’un, plus d’une. Quoi ? Pas de nouvelle histoire idiote de loups idiots ? Plus de nouveau départ dans l’azur ? Pas d’inquiétude. L’auteur a prévu tellement de chausse-trappes que toute relecture est un embarquement inédit. Et puis, il reste cette voix, inoubliable : vaguement inquiète (« Qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce qu’il dit ? »), drôlement autoritaire (« Au lit, on lit ! »), présente, si présente (« Oh ! l’autre ! »). Et ce nez, ce gros nez ! Mais c’est lui, mais c’est bien sûr ! C’est Corentin qui veille au grain : lire en jouant, en se régalant, en s’aimant ! Oups ! Il est parti ! Normal : c’est sa liberté qu’il chérissait par-dessus tout. Pas d’adieu alors, monsieur Corentin, mais tout de même : Faim.

par Yvanne Chenouf – novembre 2022

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(1) Zigomar et zigotos (L’Afrique de Zigomar ; Patatras ! ; Papa ! ; Tête à claques ; N’oublie pas de te laver les dents !), L’école des loisirs, 2012

(2) N ’oublie pas de te laver les dents !

(3)  Pipioli la terreur

(4) Tête à claques

(5) Mademoiselle Tout à l’envers, Pipioli la terreur, Zigomar n’aime pas les légumes, Papa !,Tête à claques, ZZZZ… zzzz….

(6) « A table avec Corentin », Serge Martin, Revue des Livres Pour Enfants n° 266 {en ligne}

(7) L’Afrique de Zigomar, L’Ogrionne, Biplan le rabat-joie, Papa !, Les Deux goinfres, Tête à claques

(8) Florence Gaiotti, Expériences de la parole dans la littérature de jeunesse contemporaine, Presses Universitaires de Rennes, 2009. p. 160.

(9) Machin Chouette

(10) Tête à claques, N’oublie pas de te laver les dents !

11) L’Arbre en bois

(12)  » Tête à tête avec Philippe Corentin « , La Revue des livres pour enfants, n° 80, avril 2008, p. 51 (http://Lajoieparleslivres.bnf.fr )

(13) Mademoiselle Sauve-qui-peut étreint sa grand-mère avant de refuser son invitation à dîner : on ne s’assoit pas à la table du loup.

(14) L’Afrique de Zigomar, Zigomar n’aime pas les légumes, Pipioli la terreur

(15) Patatras !,Plouf !,L’Ogrionne, Le Roi et le roi, Mademoiselle Sauve-qui-peut

(16) Biplan le rabat-joie, ZZZZ… zzzz….

 (17) Le Chien qui voulait être chat, Machin chouette, L’Ogre, le loup, la petite fille et le gâteau

(18) Affiche de l’exposition Cité Ciné à La Villette, dans les années 1980

(19) Guide SAS, Gérard de Villiers, Hachette, 1989

(20) Conte n° 3 pour enfants de moins de trois ans, Texte de Eugène Ionesco, éd. Jean-Pierre Delarge, 1976

(21) Ah ! Si j’étais un monstre, Marie-Raymond Farré, Hachette, 1979, 365 devinettes énigmes et menteries, Muriel Bloch, Hatier, 1990

(22) « Tête à tête avec Philippe Corentin », déjà cité

(23) Les Avatars d’un chercheur de querelle, 1981, coll. Gobelune. Dans l’album, on peut lire : « Je te gobe car tu es devenu une mouche.« 

   

Yvanne Chenouf, enseignante et chercheuse, a travaillé à l’Institut national de la recherche pédagogique dans l’équipe de Jean Foucambert ; elle fut présidente de l’Association française pour la lecture (AFL) ; conférencière infatigable, adepte des « lectures expertes », elle a publié de nombreux articles et ouvrages personnels et collectifs à propos de lecture et de livres pour la jeunesse dont Lire Claude Ponti encore et encore (Être, 2006), et Aux petits enfants les grands livres (AFL, 2007) ; elle est à l’origine d’une collection de films réalisés par Jean-Christophe Ribot qui donnent à voir des élèves de tout niveau aux prises avec des ouvrages signés Rascal et Stéphane Girel, François Place, Claude Ponti, Philippe Corentin, Jacques Roubaud. Quoique désormais en retraite, Yvanne Chenouf répond toujours volontiers aux sollicitations qui lui sont faites, encore et encore.

Michel Leiris et Georges Lemoine

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Georges Lemoine publie un nouvel abécédaire

Au cœur de l’importante bibliographie de livres illustrés par Georges Lemoine se nichent d’élégants abécédaires auxquels s’est ajoutée, cet été, une nouvelle création, dans la collection « Alphabécédaire » publiée par la librairie parisienne Michael Seksik.

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    L’idée de cet abécédaire vient de la lecture par Georges Lemoine d’un texte de Michel Leiris extrait de Biffures (Gallimard, 1975). Dans le chapitre « Alphabet » qui occupe une centaine de pages, l’écrivain déroule un fil poétique à partir du mot-titre : sur l’écriture, le son et le sens des lettres et plus globalement sur l’aléatoire du langage. Michel Leiris se laisse notamment porter par les mystères des signes écrits, le sens ou les symboles évoqués par leurs formes. Identifiant dans les pages de l’écrivain un même goût pour l’image des lettres, Georges Lemoine y a puisé la matière pour construire un abécédaire qu’il choisit de dessiner délicatement au crayon sépia, alternant au fil des pages les effets d’aplats avec les jeux de volume ou d’ombre.Après l’avoir proposé à l’éditeur Gallimard, ce nouvel abécédaire est paru finalement début juillet dans le catalogue bibliographique de la Librairie Michael Seksik (Paris 5ème) : 106 exemplaires dans sa collection « Alphabécédaire ». La technique choisie par l’artiste est valorisée par le choix d’un papier crème mat à grain très fin et à fort grammage. La reliure à spirale et la couverture en rhodoïd donnent à ce livre d’artiste une belle modernité.

    Pour cet abécédaire, Georges Lemoine choisit un foliotage conventionnel, reconstituant la linéarité de l’ordre alphabétique, une lettre par page, alors que le texte de Leiris mène sa réflexion de façon aléatoire, au gré des associations. Les propositions imaginatives de l’écrivain prélevées dans le texte original accompagnent les illustrations qui jouent sur l’équilibre entre la forme de la lettre et l’association de significations. L’illustrateur crée à chaque page une image qui invite à un aller et retour avec le texte de l’écrivain, participant à l’énigme par sa synthèse ou l’élucidant grâce à ses détails. Par exemple, c’est un œuf brisé, coquilles au sol, laissant entrevoir le creux caverneux de son intérieur vide qui accompagne le « C », la concavité des cavernes, des conques ou des coquilles d’œufs prêtes à être brisées. Et dans la plupart des cas, les associations poétiques se jouent tant du côté du texte que de l’image. Par exemple, la délicatesse de l’illustrateur se manifeste dans un jeu surréaliste comme celui composé pour le « H » : sous le couperet affuté joignant les montants de la guillotine, silhouette composant la lettre, une ombre légère et improbable est portée en dessous pour rappeler la terrible lunette dans laquelle doit se placer la tête, tout en posant sur la page un astre nocturne.

     D’autres images amplifient la portée des propositions poétiques de Leiris grâce aux trouvailles graphiques : un clin d’œil réaliste quand la lettre-chicane « N » est présentée sur un panneau routier, ou plus métaphysique avec la représentation, entre cosmos et ovule, du « O », en sphéroïde originel du monde… »

     Le lecteur habitué aux jeux visuels de l’illustrateur appréciera aussi le fil de pêche qui court en trompe-l’œil sur la page pour l’hameçon du « J » ou le petit soldat de plomb dont l’ombre trace le « I », rappelant le conte d’Andersen que Georges Lemoine a illustré en 1983 pour Grasset jeunesse.

     Cet ouvrage qui n’est pas spécifiquement adressé à la jeunesse, nous rappelle l’importance des alphabets pour l’artiste attaché à l’abécédaire enfantin comme aux caractères typographiques. Dans la préface de son album Dessine-moi un alphabet (Gallimard, 1983), l’illustrateur confirmait le lien :

« On peut dire que l’homme a depuis toujours cherché à habiller les lettres, et qu’au long des siècles il les a parées de vêtements plus ou moins somptueux, plus ou moins sévères, plus ou moins drôles ou comiques. Les petits enfants d’aujourd’hui, penchés sur leurs cahiers d’écoliers, le crayon feutre à la main, continuent, comme en ce jour d’automne 1147, la rêverie de frère-moine, peintre-enlumineur de manuscrits. Ils voient comme lui : une lune dans le C, une barrière dans le H, un soleil dans le O, un serpent dans le S, un éclair dans le Z. »                               

   Pour rappel, l’histoire de Georges Lemoine avec l’art typographique commence avec sa toute première formation au Centre d’apprentissage de Dessin d’Art Graphique rue Corvisard à Paris, à partir de 1951, quand les caractères sont encore tracés à la main pour le plomb d’imprimerie. Elle se développe ensuite dans différents studios de création pour la presse ou la publicité dans les années soixante jusqu’au studio Delpire au début des années soixante-dix. En tant que graphiste publicitaire, il côtoie d’illustres typographes dont Marcel Jacno à qui il dédie en 2002 son album ABC d’airs tendres, paru aux éditions Point de vues. Dans la postface de cet album, Georges Lemoine qui a eu  « la chance d’être son assistant durant deux années » dit avoir été touché « par la classe, l’élégance de ses créations, la beauté classique de ces compositions graphiques et typographiques ». L’alphabécédaire qui vient de paraitre rend, lui aussi, hommage à cet héritage.

    La création de Georges Lemoine prend source dans une première carrière professionnelle de graphiste, avant sa carrière pour l’édition jeunesse, mais le goût pour la typographie et l’alphabet se continue des visuels publicitaires aux illustrations des œuvres littéraires puis surtout dans la création d’albums-abécédaires comme Pinocchio, l’acrobatypographe (Gallimard jeunesse, collection « Giboulées », 2011). Auparavant, en 1975, un premier abécédaire était paru, édité par Massin. L’éditeur qui ouvrit les portes de Gallimard à Lemoine au début des années soixante-dix, préface l’album Souvenirs de voyage, 26 aquarelles de Georges Lemoine (Paris, éditions Push) en soulignant autant la liberté de l’illustrateur que son habileté à jouer avec l’équilibre des formes pour sa création de lettres. À ce sujet, il faut aussi rappeler plusieurs versions d’un célèbre alphabet intitulé Les feuilles créé pour la revue 100 idées en 1976, repris de façon tabulaire en linogravure, ensuite pour des affiches et intégré sous forme de lettrines dans Le livre du printemps (Gallimard,  collection « Découverte cadet », 1983). En 1981, le prix Honoré (en référence à Daumier) a été remis à l’illustrateur et plusieurs articles de revues professionnelles, comme Graphis ou Caractères, rendent compte de cette créativité typographique.

par Christine Plu – octobre 2022

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Christine Plu est docteur en littérature générale et comparée de l’université de Rennes 2, autrice d’une thèse : Georges Lemoine, illustrer la littérature (XXe siècle). Elle a enseigné à l’université de Cergy-Pontoise, Masters Education et formation et masters spécialisés en littérature de jeunesse. Elle a rédigé la préface de l’ouvrage Georges Lemoine, (Robert Delpire, 2011, collection « Poche illustrateur ») et réalisé un « Entretien-abécédaire » avec Georges Lemoine pour le numéro 236 (2007) de la Revue des livres pour enfants.

 

ALPHABECEDAIRE LEIRIS/LEMOINE a été publié par la Librairie Michael Seksik. Achevé d’imprimer en avril 2022 sur les presses de l’Imprimerie Frazier, 33, rue de Chabrol à Paris. Couvertures sérigraphiées sur les presses de l’Atelier CO-OP, à Paris ; lithographies imprimées par Le Petit Jaunais, à Nantes. Maquette de Jérémie Solomon. Prix unitaire : 95,00 euros. Il a été tiré de cet ouvrage 106 exemplaires sur papier Olin regular crème, à savoir, 15 exemplaires numérotés de I à XV enrichis chacun d’une œuvre originale et d’une lithographie originale, 85 exemplaires numérotés de 16 à 100, enrichis d’une lithographie originale, 6 exemplaires destinés aux collaborateurs ; pour le texte de Michel Leiris issu de Biffures (La règle du jeu, I) : Éditions Gallimard, 1948, renouvelé en 1975.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

. Site de l’éditeur : https://librairieseksik.fr/rechercher?q=alphabecedaire&node=10

. Article de Christine Plu dans le numéro 236 de la Revue des livres pour enfants  :  https://cnlj.bnf.fr/sites/default/files/revues_document_joint/PUBLICATION_7284.pdf

. Informations complémentaires sur Georges Lemoine sur  le site de Christine.Plu : https://christineplu.fr/georges-lemoine-illustrateur/

 

 

Bruno Pilorget répond à Laurence Le Guen

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Un livre de photographies pour Jesse Owens

“Il court ! Depuis qu’il sait marcher, il court. Jesse Owens, athlète afro-américain de légende, remporte quatre fois l’Or aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 alors dirigé par Hitler. Quelle est son histoire ? Un roman illustré par des photos historiques qui retrace le destin hors du commun de Jesse Owens, sa jeunesse dans les États-Unis rongés par la ségrégation et ses exploits aux JO de 1936 à Berlin aux mains des nazis.“

     Ainsi est annoncé sur le site de l’éditeur  IL COURT ! Jesse Owens, un dieu du stade chez les nazis, nouvel ouvrage qui associe l’illustrateur-carnettiste Bruno Pilorget et l’autrice Cécile Alix.

    Rencontre avec un des auteurs de cet ouvrage hybride, à la rencontre du carnet de voyage, du roman illustré, de la biographie.

Est-ce votre premier ouvrage accueillant des images photographiques ?

    J’ai publié chez La Boite à bulles un carnet de voyage en 2013, Salaam Palestine ! Carnet de Voyage en Terre d’Humanité, livre qui associe texte, dessins et photos.

    Invité en 2008 par le consulat de France à Jérusalem à réaliser des ateliers peinture dans les Territoires Occupés, et bouleversé par ce séjour, j’avais monté un projet pour y retourner. Le festival de carnets de voyages de Clermont-Ferrand et le consulat m’ont aidé. Deux amis, l’autrice Véronique Massenot et le photographe Marc Abel, m’ont accompagné lors de ce second déplacement pour essayer de faire un reportage pour un futur livre. Nous avons trouvé un éditeur et quand nous avons réalisé la maquette, la photo et le dessin de voyage se répondaient très souvent avec le texte pour lien entre nous trois. Ce carnet de voyage-reportage a reçu de nombreux prix et a été très remarqué.

    J’ai aussi réalisé des dessins aux cotés de photos pour l’ouvrage Réfugier, chez le même éditeur que Salaam. C’était une commande de l’université Clermont pour parler de migrants qui avaient installé un campement de fortune dans les jardins de la faculté des lettres de l’université à Clermont-Ferrand en 2017. D’autre part, deux de mes albums de la collection “Pont des Arts” chez l’Élan Vert, Les dessins de Claire et Omotou guerrier Masaï ont des photos en fin d’album. Également un livre chez Béluga (Coop Breizh), Papa sauveteur,  avec une doc photo en fin d’album sur la SNSM. Et enfin un album chez Rue du Monde, Monsieur Chocolat, le premier clown noir, avec une partie documentaire à la fin de l’album, composé de photos d’époque pour compléter les infos sur cet homme fabuleux, né esclave à Cuba et devenu le plus grand clown à Paris, malgré le racisme de cette époque fin 19ème  – début 20ème.

Comment avez-vous été amené à collaborer sur ce projet  ?

    L’autrice Cécile Alix a été fascinée par  l’histoire de Jesse Owens, cet athlète noir américain incroyable, porteur de valeurs pour les plus jeunes : issu d’une famille très pauvre, Jesse a beaucoup travaillé pour devenir le plus grand athlète du monde des années 30, malgré le racisme, et a gagné ses médailles devant un Hitler impuissant et furieux de l’amitié de Jesse avec un de ses champions pendant les JO.

    Cécile a proposé son récit sur Jesse aux éditions de L’Élan Vert pour la collection “les carnets de Pont des Arts”. Cécile désirait que j’illustre cette histoire. J’ai déjà réalisé dans cette collection un ouvrage dont l’histoire se déroule dans le Japon d’Hokusai. Mes illustrations sont aux côtés d’une sélection d’estampes du grand artiste.

    L’Élan Vert m’a donc proposé ce travail en m’envoyant le manuscrit et la sélection de photos. De mon côté, je me suis bien documenté également avant de commencer les dessins.

Cet ouvrage retrace-t-il toute sa vie ?

    Juste une partie, de son enfance jusqu’aux JO de Berlin en 1936. La partie documentaire en fin d’ouvrage raconte la suite de sa vie après les JO, la ségrégation raciale aux USA et ce qu’était être un athlète noir dans les années 1930.

Pourquoi ce format ?

    C’est un petit format de 20 x 15, comme un carnet de voyage moleskine avec élastique qu’on glisserait dans un sac à dos. J’adore cette collection qui demande des dessins sous forme d’un mix illustrations littérature jeunesse et dessins de carnet de voyage.

Quelle place pour les images dans les doubles pages ?

    Les vingt-quatre illustrations et la quinzaine de photos sont complémentaires. Pour une maquette vivante et actuelle, elles ont été placées en cabochons, en demi page, en trois-quarts, en pleine page, voire même en double-page.

Êtes-vous parti des photographies pour réaliser vos illustrations ?

    Il n’existe aucune photo de l’enfance de Jesse. J’ai dû l’imaginer enfant, mais ce n’est pas un problème pour moi de partir d’un personnage adulte pour dessiner la tête de l’enfant qu’il a pu être. Et surtout, j’illustre le formidable texte de Cécile Alix : « … il n’y a pas de chauffage dans le taudis qui sert de logis à sa famille. Deux pièces où s’entassent onze enfants et leurs parents…un abri ouvert à tous les vents et à la vermine”.  Pour l’ambiance de l’époque et la suite de sa vie, j’ai visionné beaucoup de photos et de documentaires. Je m’appuie sur cette matière, mais je laisse parler mon imaginaire. J’ai dessiné dans l’esprit carnet de voyage, comme si j’étais aux cotés de Jesse, aux USA dans sa jeunesse et sa progression dans les stades, puis lors de sa traversée de l’Atlantique et enfin pour ses exploits aux JO de Berlin.

Vos illustrations complètent-elles ce que ne dit pas la photographie ? Est-ce qu’elles apportent une ambiance ?

    Oui, c’est cela, pour surtout ne pas faire doublon. Techniquement, j’ai utilisé des encres aux couleurs éclatantes qui tranchent  avec les photos en noir et blanc. Cette percussion de la couleur, très vive, très dense, rappelle le monde du sport. Et pour évoquer la grâce et la fluidité de ce champion, cette peinture était idéale pour ses transparences, sa fluidité et sa légèreté. Pour compléter ce côté très actuel, la graphiste a prolongé certaines de mes couleurs en légers dégradés sur les photos, et repris parfois une des couleurs de mes encres comme fond pour certaines pages de texte.

Un livre tout en photos aurait été immédiatement classé comme documentaire sur le sport, ce qu’il n’est pas du tout. Alors que là, ce qui fait le charme de cette collection, c’est l’harmonie et le bon équilibre texte, dessins et photographies, qui fonctionnent parfaitement pour toucher un large public à partir de 9 ans. Jusqu’aux adultes. Ce qui fait la spécificité de cette belle collection.

D’où viennent les photographies ?

    Cécile a collecté un large choix d’images photographiques pour son projet. Et les éditrices ont pu compléter et faire leur sélection. Peu étaient libres de droit et  il a parfois été compliqué de trouver les autorisations. J’ai moi-même pu apporter mon avis sur ce choix de photos pour être encore plus précis sur les épreuves sportives.

propos recueillis par Laurence Le Guen – mai 2022

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Merci à Laurence Le Guen pour ce partage

 

Autrice d’une thèse de doctorat consacrée aux ouvrages photographiques pour enfants des années 1960 à aujourd’hui, commissaire d’exposition et présidente de l’association Les Amis d’Ergy Landau, Laurence Le Guen est chercheuse associée au laboratoire du Cellam à l’Université de Rennes 2, membre de l’AFRELOCE (Association française de recherche sur les livres et les objets culturels de l’enfance) et de la LPCM (Association internationale des chercheurs en littératures populaires et cultures médiatique), et professeure de lettres dans l’enseignement secondaire. Elle publie régulièrement des articles dans des revues spécialisées, des comptes-rendus d’exposition sur le site Littératures Modes d’emploi. Elle intervient dans des colloques internationaux ayant pour objet la photolittérature de jeunesse. Parution récente, chez MeMo de 150 ans de photolittérature pour les enfants, issu de sa thèse. Laurence Le Guen anime un très riche carnet de recherche, Miniphlit, sur lequel nous avons lu cet entretien. Lien vers le carnet ici.

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Bruno Pilorget est dessinateur autodidacte. Dans son travail, il a, depuis son premier livre, Pièges dans la jungle, chez Gallimard Jeunesse, en 1982, une prédilection pour l’ailleurs, le voyage et les autres cultures. « A chaque nouvel album, j’ai la volonté de raconter avec mes illustrations en essayant de leur donner un sens pour prolonger le texte. J’aime progresser, chercher de nouvelles techniques et aller vers ce que je ne connais pas encore, comme si j’explorais une autre culture, un autre pays, guidé par le voyage de l’histoire et le style de l’écrivain. » Carnettiste, il quitte souvent son atelier breton pour partir en voyage et réaliser sur le vif des carnets remplis de dessins, de peintures et d’anecdotes. Parmi les ouvrages sur lesquels il a mis des images : Les Sages Apalants de Marie-Sabine Roger (Sarbacane, 2008), L’Invisible de Marie Diaz (Belin, 2012), Le Roi Cheval d’Evelyne Brisou Pellen (Millefeuille, 2011), Sœur blanche, sœur noire d’Yves Pinguilly (Rue du Monde, 2011), Au Pays des vents si chauds de Séverine Vidal (L’Élan Vert, 2013). Bruno Pilorget expose régulièrement son travail tant en France qu’en Allemagne, au Québec, en Palestine, en Jordanie, au Vietnam, en Chine ou en Corée. C’est un habitué des rencontres et des ateliers.

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Cécile Alix est auteure pour la jeunesse et conférencière. S’intéressant à la pédagogie sociale, elle intervient auprès de jeunes atteints de troubles cognitifs. Elle enseigne le théâtre et la relaxation auprès des jeunes enfants. Elle est formatrice auprès de futurs enseignants. En parallèle, elle écrit des albums, des contes, des romans, des pièces de théâtre et des bandes dessinées pour les jeunes lecteurs ainsi que des ouvrages pédagogiques. « J’aime contempler alentour, lire, chérir, applaudir, apprendre, partager et dessiner des histoires sur mon clavier. Mon passe-temps favori : semer des graines dans les esprits juvéniles, bien les arroser, puis les regarder pousser. […] J’aime rencontrer mes lecteurs et j’interviens régulièrement en écoles, collèges, bibliothèques. Je propose ateliers d’écriture, ateliers philo, théâtre, lectures animées et conférences jeunesse. » Parmi les nombreux ouvrages pour la jeunesse publiés par Cécile Alix : Oh les loups ! (Paquet, 2013), Les grands personnages de l’histoire (Oskar, 2014), La Mémé du chevalier (Magnard, 2015), Coups de pinceau sur les oiseaux (Élan vert, 2015), Six contre un (Magnard, 2018), les séries « Les émotions de Moune » (Magnard), « 100% ado » (Poulpe). « Raoul pigeon détective » (Casterman Jeunesse).

 

 

 

 


Romain Dutter à Clamart

 

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Le lundi 6 avril 2019, dans le cadre des animations impulsés par le CRILJ, Romain Dutter est intervenu à la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart auprès d’enfants et de quelques adultes du quartier. Veuillez trouver ici le compte-rendu de cette rencontre, avec un franc retard dont vous voudrez bien nous excuser.

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    La rencontre s’est déroulée à l’initiative de Julien Maréchal, directeur de la Petite Bibliothèque Ronde. Romain Dutter, auteur du scénario de la bande dessinée Symphonie Carcérale (Steinkis, 2018) est intervenu pour aborder avec le jeune public la question de la pauvreté dans la littérature pour la jeunesse par le prisme de l’incarcération. Il a d’abord présenté son parcours puis le travail accompli pour parvenir à l’écriture de Symphonie carcérale.  Il a eu l’occasion de  répondre à de nombreuses questions liées à l’univers carcéral et aux causes de l’incarcération.

    Romain Dutter a ensuite posé ses propres questions : Quelle musique écoutez-vous ? Qu’est-ce que vous aimez comme BD ? Quelles sont les différentes parties d’un livre, d’une bande dessinée ? Puis il  a lu quelques pages de son propre ouvrage.

    La rencontre s’est conclue par un défi lancé par l’auteur : réaliser une planche de BD et commencer à créer sa propre histoire. Romain Dutter la encouragés les enfants  à montrer leurs réalisations et à se faire conseiller par les parents, par les professeurs, par les bibliothécaires. En fin de séance, tout le monde dessinait ses premières cases.

    L’échange aura été très riche. L’auteur a réussi à synthétiser de façon très pédagogique le contenu de son livre et les grandes thématiques qu’il aborde : l’incarcération, la précarité, l’enjeu de la culture dans ce contexte. Il a également parlé du processus de création d’une bande dessinée et des aspects formels  (bulles, cases, planche, couleurs) ont pu être évoqués.

    Les questions et les remarques formulées par les  enfants étaient justes et pertinentes,  tant sur le sujet de l’ouvrage (Qu’est-ce que c’est une prison ? Pourquoi va-t-on en prison ? Les femmes sont-elles également incarcérées ? Dans quelles proportions ? Que représente un atelier culturel dans le parcours de vie des personnes incarcérées ?) que sur la technique de la bande dessinée (Commence-t-on par le dessin ou par le texte ? Combien d’années faut-il pour réaliser une bande dessinée ? Quel sera le prochain projet de l’auteur ?)

    Le fait que tous aient souhaité se lancer dans la réalisation d’une planche de à l’issue de la rencontre est un autre indicateur intéressant à prendre en compte. La thématique carcérale explique sans doute en partie le nombre relativement faible de participants. Cela n’a toutefois pas empêché les échanges d’être soutenus.

    Les participants à la rencontre vivent dans les environs de la bibliothèque, dans un quartier populaire classé en réseau d’éducation prioritaire. L’enjeu de la maîtrise de la langue se pose chez les mineurs comme les majeurs, de même que celle de l’accès aux lieux culturels. Les enfants ont spontanément souhaité lire certains des ouvrages que l’équipe de la bibliothèque avait présélectionnés pour aborder d’autres aspects de la pauvreté : Monstres de père en fils de Gérald Stehr (Actes Sud, 2010), Bonhomme de Sarah V. (Pastel, 2017), Raspoutine de Guillaume Guéraud (Le Rouergue, 2008), Joseph avait un petit manteau de Simms Taback (Le Genévrier, 2011).

 

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La Petite Bibliothèque Ronde est située 14 rue de Champagne, Cité de la Plaine à Clamart (Hauts-de-Seine). Ses actions s’adressent aux enfants de 0 à 12 ans, dans la lignée du travail engagé, depuis 1965, par La Joie par les Livres. Forte de sa présence de cinquante ans sur le territoire, la bibliothèque est pensée comme un lieu de vie pour les enfants et comme un équipement de proximité dont le rôle social vise à réduire les fractures numérique ou d’accès aux biens culturels.

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Ancien coordinateur culturel au sein du Centre pénitentiaire de Fresnes, Romain Dutter a, dans Symphonie Carcérale : petites et grandes histoires des concerts en prison, raconté en bande dessinée, sous la forme d’un roman graphique, cette expérience de dix ans avec beaucoup d’humour et de générosité. Julien Bouquet dit Bouqé, dessinateur de l’ouvrage, est graphiste dans l’édition jeunesse. Romain Dutter a également écrit des scénarios de documentaire pour la télévision.

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Pour les enfants du monde

 

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Liberté et inspiration

 À l’occasion de la Journée internationale du livre pour enfants du 2 avril 2022 (Children’s international book day), l’écrivain amérindien Richard Van Camp adresse aux enfants du monde, sous l’égide de l’IBBY (Union internationale pour les livres de jeunesse), en quatre langues, un message dont vous trouverez ici la version française. L’affiche est signée Julie Flett, autrice et illustratrice Cri-Métis.

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Lire, c’est la liberté. Lire, c’est une inspiration.

Lire te laisse voir le monde de façon différente et t’invite dans des mondes que tu ne voudrais jamais quitter.

Lire permet à ton esprit de rêver.

Je crois que les livres sont des amis pour la vie.

Ton univers idéal grandit seulement lorsque tu lis.

Les histoires sont des ailes qui t’aident à planer chaque jour alors trouve les livres qui rejoignent ton âme, ton cœur et ton esprit.

Les histoires sont un remède. Elles guérissent.

Elles réconfortent. Elles inspirent. Elles enseignent.

Soyons reconnaissants aux conteurs, aux lecteurs et à ceux qui écoutent. Soyons reconnaissants aux livres.

Ils sont un remède pour un monde meilleur.

Mahsi cho. Merci beaucoup.

par Richard Van Camp

 

Né en 1971 dans les Territoires du Nord-Ouest canadien, Richard Van Camp est un Amérindien issu de la nation Dogrib. Écrivant depuis l’âge de 24 ans, il est l’auteur de vingt-six ouvrages, des romans, des recueils de nouvelles et de poèmes, des albums pour jeunes lecteurs. Juré, en 2014, pour le « NSK Neustadt Prize for Children’s Literature » (la lauréate étant Julie Flett), Richard Van Camp recevra, en 2015, le « R. Ross Arnett Award for Children’s Literature » pour Little You, illustré par Julie Flett (Orca Book Publishers), traduit en cinq langues dont le français sous le titre Tout petit toi et, en 2021, le « Burt Award for First Nations, Inuit and Métis Young Adult Literature » pour Moccasin Square Gardens (Douglas & McIntye). Autres titres : A man called Raven (Children’s Book Press, 1997) and What is the most beautiful thing you know about horses ? (Lee & Low, 2013), tous deux illustrés par George Littlechild, ainsi que Welcome song for baby : a lullaby for newborns (Orca Book Publishers, 2007), une berceuse illustrée de photographies. « J’ai souvent besoin d’une narration orale. […] Quand j’écoute un conteur ou quelqu’un qui partage avec moi une histoire, j’étudie comment il parle et comment il se tient, et quel est le ton de sa voix. Je peux parfois adopter leurs techniques et les mettre dans une histoire. » Richard Van Camp enseigne la création littéraire autochtone, à Vancouver, à l’Université de Colombie-Britannique ainsi qu’à l’Institut Emily Carr de Vancouver. Il travaille bénévolement, dans le cadre du Musqueaum Youth Project, avec des adolescents issus de la Première Nation Musqueam, les aidant notamment à s’insérer dans la société canadienne et dans le monde du travail. Son roman Les délaissés a été publié en 2003, chez Gaia, dans une traduction de Nathalie Mège.   (A.D.)

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Née à Toronto, Julie Flett est une autrice et illustratrice d’origine Cri-Métis. Elle a étudié à l’Université Concordia et à l’Institut d’art et de design Emily Carr de Vancouver. S’impliquant dans la défense des droits des femmes du Downtown East Side de Vancouver, elle travaille un temps pour le Positive Women’s Network. Ses écrits et ses illustrations sont principalement centrés sur les peuples autochtones, en particulier sur les enfants cris et métis. Dès son premier album, The Moccasins, écrit par Earl Einarson (Theytus Books, 2004), Julie Flett insère dans ses images des collages numériques, technique qu’elle utilisera fréquemment, en plus de l’aquarelle et du collage de motifs textiles. Julie Flett est lauréate 2017 du « Prix littéraire du Gouverneur général pour la littérature de jeunesse » pour When We Were Alone de David A. Robertson (Portage & Main Press, 2016) et elle a reçu, en 2019, une mention d’honneur aux « Bologna Ragazzi Awards » pour le même titre. Son album Birdsong (Greystone Books, 2020) est honoré, en 2020, par le prestigieux « Prix TD de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse ». Nommée, la même année, finaliste du « Prix littéraire du Gouverneur général pour la littérature de jeunesse », l’illustratrice verra également son ouvrage sélectionné comme meilleur livre d’images par Kirkus Reviews, Publishers Week, Scholl Library Journal, The Horn Book. Douze des livres illustrés par Julie Flett (dont Little You de Richard Van Camp) figurent dans les éditions 2019 et 2021 de l’ « Indigenous Picture Book Collection », une recension qu’IBBY Canada tient à jour depuis 35 ans. « Une grande partie de mon travail est liée à la terre et aux relations avec la terre des uns et des autres. Je pense que cela apparait organiquement dans mes albums. Plus je travaille, plus je suis amoureuse du paysage qui m’entoure. C’est lui qui nourrit ma palettes de couleurs. » Plusieurs albums de Julie Flett sont publiés en traduction française, dont Mon amie Agnès (2020) et Tout le monde joue (2021) aux éditions québécoises La Pastèque.   (A.D.)

 

 

 

 

Au fait …

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… Je devais parler d’amour dans mon village pour la Nuit de la lecture et cette nuit s’est enfoncée dans les ténèbres en emportant ses rêves d’étincelles. Mais l’amour triomphera.

… Je devais raconter la vie de mon cher Évariste Galois à un petit groupe de curieux désireux de faire sa connaissance, mais cette rencontre a reculé de quelques pas de géant.

… Je devais revoir des enfants de sixième, vifs et réfléchis, je les connais. Ils écrivent, sous la conduite de leur professeur de français, les métamorphoses des habitants fantastiques d’une mare, dont la création est un projet pédagogique du collège. Las, las, las ! ces retrouvailles sont différées, les écoles étant fort occupées à combattre deux monstres vigoureux : un virus protéiforme et les directives insanes du ministère de l’Éducation nationale.

… Je devais enfin évoquer le mystère de la naissance des contes et des mythes et montrer avec quelle ingéniosité ils voyagent, se propagent et sèment des vérités universelles à travers les peuples, mais il faudra encore patienter.

    Résistons aux méchants et méfions-nous des bonimenteurs. Bientôt, nous retournerons cueillir les jonquilles.

Jacques Cassabois  –  janvier 2022

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Né en 1947, Jacques Cassabois interrompt sa scolarité pour devenir comédien. « L’année de mes 18 ans, mon bac en poche, je suis entré à l’école du Théâtre National de Strasbourg. Mon père ne l’a jamais su. Il était mort entre l’écrit et l’oral. » Il devient instituteur, entre à la Fédération des Œuvres Laïques de Seine-et-Marne et découvre la littérature pour la jeunesse. Il participe au comité de rédaction de Trousse-Livres qui deviendra Griffon. Participe, un samedi de 1984, avec une vingtaine de ses collègues, à la création de La Charte des auteurs et des illustrateurs dont il est président pendant trois ans. Parmi ses ouvrages : L’homme de pierre (Léon Faure, 1981), Le premier chant (Ipomée, 1983), Monsieur Pasteur (La Farandole, 1985), Les deux maisons (Hachette, 1990). Lauréat du grand prix de la Société des Gens de Lettres et du Ministère de la Jeunesse et des Sports, Jacques Cassabois s’intéresse aux textes fondateurs et aux héros mythiques tels Sindbad, Gilgamesh, Héraclès ou Jeanne d’Arc. Les Quatre Fils de la Terre, illustré par Daniel Maja, publié en 1991 aux éditions Albin Michel, a obtenu le Totem de l’album au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Paru en 2020 en Livre de Poche Jeunesse : Je n’ai pas le temps : le roman tumultueux d’Évariste Gallois.

Retour sur les ‘images libres’

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À Lyon, c’est Sans fin la fête

    En 2015, alors que le CRILJ fêtait son 50e anniversaire avec un colloque dont les intervenants avaient pour consigne de se retourner sur diverses évolutions de la littérature pour la jeunesse depuis 1965, ma contribution fut de raconter l’histoire de l’irruption des livres d’Harlin Quist dans le paysage éditorial d’alors et la durable influence des illustrateurs que ce projet portait. (1)

    Car ses instigateurs, les éditeurs Harlin Quist et François Ruy-Vidal, refusant de s’adresser à des professionnels de l’enfance, permirent à une toute nouvelle génération d’artistes de proposer leurs images. À travers la SARL Les livres d’Harlin Quist tout d’abord puis ensuite (1973) le label Encore un livre d’Harlin Quist ou la création d’un département jeunesse aux éditions Grasset, on découvre ces signatures alors inédites dans l’édition mais que nous connaissons tous très bien aujourd’hui: Nicole Claveloux, Henri Galeron, Guy Billout, Etienne Delessert, Tina Mercié, France de Ranchin, Patrick Couratin ou Danièle Bour pour n’en citer qu’une infime partie. Bien entendu ce n’était là que la première étape de carrières d’illustrateurs qui allaient toucher aborder bien des rivages, éditoriaux ou non, hexagonaux ou transatlantiques.

    Et cette histoire fait probablement suffisamment écho avec notre époque – ou du moins ses aspirations – pour que l’on me demande de la raconter à nouveau, de Bron à Bruxelles, en passant par Montreuil et Albarracín. Il y a un peu plus de trois ans, suite à d’instructifs échanges épistolaires avec François Ruy-Vidal, je décidai de développer le sujet et de proposer simultanément un livre aux éditions MeMo et une exposition à la bibliothèque municipale de Lyon, deux structures suffisamment aventureuses pour que l’idée soit accueillie avec enthousiasme. Avec l’appui de leurs équipes, celles d’acteurs de cette épopée picturale et néanmoins littéraire, du fonds patrimonial de l’Heure joyeuse et du musée de l’Illustration jeunesse de Moulins, j’ai pu mener ces deux chantiers qui arrivent ces jours-ci à leur terme.

    C’est en effet le jeudi 3 février que paraît en librairie Les images libres : dessiner pour l’enfant entre 1966 et 1986 dans la collection « Monographies » des éditions MeMo et, samedi 22 janvier, nous inaugurerons l’exposition Sans fin la fête : les années pop de l’illustration à la bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon (merci à Étienne Delessert pour son titre). On y observe le parcours de ces illustrateurs et illustratrices dans ces projets richement illustrés d’albums, bien sûr, mais aussi de dessins originaux, certains inédits, de documents d’archives, de maquettes, etc. Des premières images sous influence pop à l’illustration des grands classiques en passant par le renouvellement esthétique de la presse pour enfants, c’est un panorama large mais j’ai souhaité cohérent. J’y croise par ailleurs les approches historiques et thématiques: on découvre les précurseurs du mouvement, on observe les allers et retours entre New York et Paris, on apprécie l’influence de ces artistes en dehors du champ de l’enfance ou l’importance nouvelle accordée à ce champ au sein de la société d’alors.

    L’exposition reste ouverte jusqu’au 25 juin et, pour celles et ceux que cela intéresserait, j’y mènerai des visites les samedis 12 février, 2 avril et 11 juin.

( Loïc Boyer – janvier 2022 )

(1) « La Galaxie Harlin Quist brille encore ou l’histoire d’une génération de graphistes et d’illustrateurs » dans le numéro 7 des Cahiers du CRILJ (novembre 2017)

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Loïc Boyer est diplômé de l’UFR d’arts plastiques de l’université Paris 1/Sorbonne ; designer graphique à Orléans, chercheur associé au laboratoire InTRu (Interactions, transferts, ruptures artistiques et culturelles) de l’université de Tours, il fut illustrateur à Paris, éditeur de fanzines à Rouen et coincé dans la neige à Vesoul ; il dirige une collection d’albums pour enfants aux éditions Didier Jeunesse dédiée à la publication de titres anciens méconnus en France ; il a fondé Cligne Cligne magazine, publication en ligne consacrée au dessin pour la jeunesse dans toutes ses formes ; article récent : « Rétrographismes : les albums retraduits sont-ils formellement réactionnaires ? » paru dans La retraduction en littérature de jeunesse (Peter Lang, 2013) ; à paraitre le 3 février 2022 : Les Images libres, dessiner pour l’enfant entre 1966 et 1986 (MeMo 2022).

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. Sans fin la fête, les années pop de l’illustration, exposition à la bibliothèque de la Part-Dieu, 30 boulevard Vivier-Merle à Lyon (Rhône), du mardi 18 janvier au samedi 25 juin 2022 ; ouverte du mardi au vendredi de 10 heures à 19 heures  et le samedi de 10 heures à 18 heures . L’entrée y est libre.

. Les Images libres, dessiner pour l’enfant entre 1966 et 1986, Loïc Boyer, éditions MeMo 2022, collection « Les monographies », 228 pages, 35,00 pages.

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photos : Loïc Boyer – hormis la couverture du livre.

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Voir aussi ici.

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Les voix de la création

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Souffle et performance : les voix de la création

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Plateau lecture est né en 2015 au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, entre deux signatures. Une petite poignée d’illustrateurs, d’illustratrices, auteurs, autrices, qui aimaient porter le livre hors des pages se sont donné rendez-vous sans un sou mais avec passion. L’idée était de nous unir, pour porter plus loin des pratiques et des réflexions qui déjà convergeaient. Nous étions des artistes-auteurs jeunesse, mais aussi, pour certains comédiens, performeurs, plasticiens… Chacun de nous proposait déjà de son coté des lectures protéiformes. Il s’agissait de les mettre en commun pour en faciliter la visibilité, mais aussi et de croiser nos univers pour concocter ensemble des créations « sur un plateau », « à la carte ». .

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    Faire vivre le livre d’une autre façon, donner souffle à nos écrits, nos images, rencontrer de nouveaux artistes, relier les publics, c’est ce qui nous motive. La lecture à voix haute permet de réinventer nos ouvrages, parfois même d’en créer d’autres. Elle est inspirante. Elle interpelle le lecteur ainsi fait spectateur. Cette transdisciplinarité nous permet de partager autrement nos livres et nos sensibilités dans une relation plus directe avec le public et les lecteurs.

Un collectif mouvant

    Plateau lecture n’est pas une agence, mais un collectif mouvant, vivant. Sa gestion, improvisée sur notre temps libre, ne permet pas encore de l’ouvrir à un trop grand nombre d’artistes. Pour l’instant, c’est d’abord une plateforme (plateaulecture.com) qui réunit les 25 créations/performances de ses neuf membres, toutes jouées en salons du livre, festivals, librairies, médiathèques, caves-poésie, théâtres… Petites formes modulables, performances d’arts croisés ou créations proches du spectacle : lectures dessinées, lectures musicales, lectures avec vidéo, lectures immersives dans une exposition… Il y a autant de manières de créer ces formes nouvelles que d’auteurs et d’artistes associés au projet.

    Chaque proposition permet d’inventer comment partager avec originalité le livre ou bien le texte créé pour le spectacle. Plateau lecture aime aussi répondre à des « commandes » inattendues, des créations sur mesure en résonance avec les programmations de manifestations littéraires. La Fête du livre jeunesse de Manosque et Forcalquier nous a ainsi offert une « carte blanche » en 2019, où l’illustratrice Carole Chaix avait réuni des complices du Plateau pour proposer des rencontres en duo, des lectures croisées dessinées, un cabinet de curiosités, une exposition, une fresque participative…

    L’accueil de ces propositions vivantes est excellent et la demande est grande. Plateau lecture permet à toutes les structures intéressées d’identifier ces formes nouvelles, ces lectures, performances ou spectacles de manière simplifiée, car aujourd’hui il est compliqué de connaître l’existence même de ces formes pour ces structures.

Un plateau et du public

    L’engouement depuis quelques années est fort pour la lecture en public. Une lecture live réinvente les rendez-vous littéraires. Elle est facile d’accès, même quand le texte ne l’est pas, elle invite au partage, au débat, élargit les publics et plaît aux plus jeunes (enfants et ados). Les enjeux de notre collectif sont d’accompagner cette demande, d’y répondre suivant nos envies/possibilités.

    Du côté technique, Plateau lecture facilite l’accueil de ces lectures événements en listant les équipements nécessaires : écran, vidéoprojecteur, système de sonorisation, liseuse, caméra, ainsi que les déclarations Sacem ou SACD éventuelles. Ces formes nouvelles rejoignent les exigences techniques du théâtre, mais les auteurs ne sont pas accompagnés de techniciens. L’idéal pour tout le monde est de trouver dans les structures accueillantes du personnel formé pour mettre en place le plateau, caler le son et la lumière, gérer le public, démonter le matériel…

Soutenir le livre hors des pages

    Pour créer une lecture, il faut du temps, un lieu, mêler des artistes de différents horizons et territoires. Cela a un coût. Il va falloir inventer ou adapter des lieux de « création ». Certaines bourses ou résidences de création de lectures « événements » existent déjà, comme celle d’ « Arts et Littérature » de Toulouse Métropole, dont ont bénéficié deux créations du Plateau (Les Bisous Volants par Annie Agopian et Régis Lejonc, et Une fille de… par Jo Witek). Mais ces aides sont encore rares, les multiplier nous permettrait d’approfondir notre travail, de porter encore plus loin ces lectures live.

    Ces nouvelles formes nous invitent tous à repenser les lieux et la place de la littérature. Au-delà des médiathèques qui en sont le cœur, elles peuvent investir musées, théâtres, salles de cinéma indépendant, auditoriums d’établissements scolaires, universités, festivals de musique, d’arts de la rue… Et créer des synergies entre ces lieux.

    Nous partageons ces pistes de réflexion avec les structures régionales pour le livre, les organisateurs de manifestations littéraires. Nous devons trouver de nouveaux réseaux de diffusion et organiser de « petites tournées ». Ces formes hors les pages doivent rayonner sur les territoires. Il est difficile de jouer un spectacle une fois tous les six mois. Multiplier ses représentations sur un même territoire (festivals, réseaux de bibliothèques, communautés de communes…) permettrait d’éviter les one shots. Comme tout spectacle, tout événement culturel, une lecture a un coût : hébergement, transport, paiement des intervenants (Plateau lecture base ses tarifs sur les préconisations du CNL). Une « tournée » permettrait de mutualiser les frais entre les différentes structures d’accueil.

Lire pour partager, rassembler

    Ces lectures créatives sont une nouvelle façon de penser la vie du livre. Elles ouvrent des possibilités de partage plus larges de nos œuvres auprès d’un public qui n’est pas forcément lecteur. Porter le livre sur les plateaux nous rassemble.

    Ces formes permettent de développer des rémunérations complémentaires qui font sens pour nous, autrices et auteurs. La crise sanitaire a et va encore fragiliser nos métiers comme tous ceux de la création et il est évident que sans une politique publique forte pour la médiation du livre, ces nouvelles formes de rendez-vous littéraires auront du mal à survivre, or elles augurent de beaux lendemains pour porter la littérature haut et fort auprès du plus grand nombre. Tout ce temps passé derrière nos écrans à nous rencontrer en virtuel nous a confortés dans l’idée que la rencontre « en vrai » est essentielle. Les lectures « événements » en prennent d’autant plus de sens. Les auteurs et autrices associés aux artistes qui pratiquent ces formes nouvelles et toutes celles, tous ceux qui ont pu y assister et les découvrir sont convaincus de leur nécessité.

    C’est fort de cette conviction que Plateau lecture reste un collectif réactif et engagé pour une lecture partagée pour tous, partout et à voix haute.

par le collectif d’artistes-auteurs Plateau lecture (Annie Agopian, Géraldine Alibeu, Carole Chaix, Guillaume Guéraud, Régis Lejonc, Martin Page, Coline Pierré, Cécile Roumiguière et  Jo Witek) ; texte publié dans le dossier « Faire vivre le livre autrement » du numéro 2 (2020) de la revue Tire-Lignes

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Illustration : Carole Chaix.

Merci à Occitanie Livre & Lecture pour ce partage.

Merci aussi à Cécile Roumiguière pour son entremise.

Le dossier complet « Faire vivre le livre autrement » est .

Régis Lejonc et Martin Jarrie

 

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Parait cet automne, Les Deux Géants de Régis Lejonc et Martin Jarrie (HongFei 2021, 44 pages, 18,90 euros). « Deux  géants  marchent  chacun  d’un côté du  monde qu’ils font tourner  au  rythme  de  leurs  pas. Ils marchent inlassablement, chacun sa destinée, chacun son caractère.  Ils  ne  se  connaissent  pas.  Ils ne se voient jamais. Quand l’un est ici, l’autre est là-bas. Tout le monde le sait.  C’est  toujours  comme  ça.  Mais  que  se  passerait-il  si  venait  à  l’un  d’eux l’idée de se retourner ? »

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Rencontre avec Régis Lejonc, auteur

    Ce texte vient de loin. De mon enfance. Je l’avais dédié à mes parents, mes deux géants, lorsqu’il fut publié il y a vingt ans aux éditions du Rouergue avec mes propres illustrations. J’avais (déjà) sollicité Martin Jarrie pour en être l’illustrateur. Ce vœu est exhaussé aujourd’hui aux éditions HongFei. J’ai ainsi le sentiment que mon texte trouve enfin son légitime illustrateur. L’univers artistique et le vocabulaire graphique de Martin, uniques et hors de mode, lui apportent une dimension poétique et puissante. L’écriture de ce texte a pris la forme d’un mythe sur la marche du monde. Pourquoi le republier aujourd’hui ? j’ai toujours été sensible aux grands imaginaires collectifs ancestraux venus de la nuit des temps (mythes fondateurs, contes des origines). Mais, j’ai le sentiment que, dans notre société individualiste, nous partageons de moins en moins cet imaginaire (chacun de nous puisant à des sources multiples et atomisées). Avec ce récit aux tonalités cosmogoniques, j’espère humblement apporter un peu de poésie dans nos vies pour rêver notre monde. (RL)

 

 

 

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Rencontre avec Martin Jarrie, peintre

    Régis Lejonc m’a proposé d’illustrer Les Deux Géants en 2000. Peu avant, j’avais devenues les illustrations du Colosse Machinal paru en 1996 (texte de Michel Chaillou). Est-ce ce qui a conduit Régis à me solliciter ? Je ne sais pas. Mais j’ai longtemps refusé parce que je ne voulais pas refaire Le Colosse. Or, à un moment, ce texte avait fait son chemin en moi ; j’y trouvais des résonances avec ce que je vivais. Je savais pouvoir le nourrir de ces émotions personnelles et intimes. Quand Régis m’a annoncé avoir trouvé un éditeur, je me suis dit que je ne pouvais plus reculer.Et puis il y a eu le confinement. Je me suis retrouvé coincé chez moi, loin de mon atelier et de ce qui pouvait me distraire. J’ai alors pris plaisir à travailler ce texte. Les images sont venues, puisant aux sources des anciennes cartes du ciel, des cartes marines des îles Marshall, des enluminures inspirées des visions d’Hildegarde de Bingen à propos de la création du Monde et de l’Apocalypse. J’ai très vite décidé que les deux géants seraient de sexe opposé, ce qui n’était pas clairement précisé dans le  texte  au  départ.  Je  ne  sais  pas  si  je  fais  référence  à  Adam  et  Eve.  C’est  une  interprétation possible mais ce n’est pas la seule.Quand  est  venu  le  moment  de  trouver  une idée pour la dernière image du livre,  j’ai  tout  de  suite  pensé  à  ce  que  le  monde  entier  était  en  train  de  vivre,  ce  temps  suspendu  et  incertain  lié  à  la  première  vague  du  COVID.  C’est  ce  en  quoi  le  texte  de  Régis  a  quelque  chose  de visionnaire (ce qui le rapproche d’Hildegarde  de  Bingen).  Il  est  d’une  actualité  troublante  et  saisissante.  J’ai  glissé  une  allusion  au  virus  dans  une  des images mais j’ai pensé aussi au dérèglement  climatique  et  à  toutes  les  menaces qui pèsent au-dessus de nos têtes. Je ne pense pas que Régis ait eu toutes ces menaces en tête en écrivant son texte qui, d’ailleurs, est plus ouvert que l’interprétation possible que j’en donne ici. On peut penser à toutes sortes d’antagonismes, le Nord et le Sud, la Chine et les États-Unis, les religions monothéistes, etc. Quant à moi, au moment où je dessinais Les deux géants, j’avais forcément à l’esprit ce que nous étions en train de vivre. (MJ)

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« Depuis la nuit des temps passent les deux géants.

On les connait, ils tournent sur Terre inlassablement. »

 

Merci à  Loïc Jacob pour ce partage.

 

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