Puisqu’il faut régulièrement le redire

Nous exprimons notre désaccord profond

par l’Association des Bibliothécaires de France

     Ces derniers jours, quelques sites web ont mené des appels au retrait de livres achetés par des bibliothèques municipales, dont la liste est également dressée. Les ouvrages incriminés sont ceux d’une bibliographie proposée par le syndicat SNUipp-FSU de 79 livres de jeunesse pour l’égalité et concernent essentiellement l’égalité femme-homme et l’homosexualité.

     Nous, Association des Bibliothécaires de France, tenons à exprimer notre désaccord profond avec ces prises de positions partisanes et extrêmes. Nous espérons bien au contraire que la liste des bibliothèques ayant procédé à ces acquisitions s’allongera car c’est le rôle des bibliothèques et des bibliothécaires que de proposer au public des livres pour toutes et tous et sur tous les sujets pour favoriser les débats, lutter contre les prescriptions idéologiques et donner aux enfants comme aux adultes les clés pour comprendre le monde dans lequel ils vivent.

     Nous saluons donc les bibliothécaires qui, en achetant livres et autres documents, sont fidèles à la vocation des bibliothèques, telle qu’inscrite dans le Manifeste de l’Unesco, à proposer « des collections reflétant les tendances contemporaines et l’évolution de la société ». Comme l’affirme le code de déontologie de l’Association des Bibliothécaires de France, le bibliothécaire s’engage, en effet, à favoriser la réflexion de chacun et chacune par la constitution de collections répondant à des critères d’objectivité, d’impartialité, de pluralité d’opinion, à ne pratiquer aucune censure, et à offrir aux usagers l’ensemble des documents nécessaires à sa compréhension autonome des débats publics et de l’actualité.

     Nous saluons également les élus et les élues qui ont à coeur, dans leurs projets politiques, de faire de leurs territoires des lieux où chacun et chacune trouve à s’exprimer, à se construire et à se penser comme citoyen dans sa diversité et qui reconnaissent aux bibliothèques leur rôle dans la réussite de cette mission.

     Nous saluons enfin le public des bibliothèques, enfants, adolescents ou adultes qui par leurs demandes variées, nous donnent l’opportunité de construire une offre pluraliste de ressources et de services. Par là même, ils accompagnent l’action des bibliothécaires en faveur de l’égalité.

( communiqué du lundi 10 février 2014)

 

La littérature jeunesse attaquée

par la Cherte des auteurs et illustrateurs jeunesse

     La littérature jeunesse s’est récemment retrouvée au cœur de polémiques inacceptables.

     La Charte tient d’abord à exprimer sa colère de voir des auteurs, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants et blogueurs de littérature jeunesse mis injustement en cause dans différents faits d’actualité touchant aux questions des genres ou de l’égalité fille-garçon. Nous ne pouvons laisser ces appels à la censure et à la haine passer pour des opinions acceptables. Nous ne pouvons excuser l’ignorance de ceux qui portent ces attaques.

     Nous tenons ensuite à apporter notre soutien à tous ceux qui ont fait l’objet d’accusations, d’intimidations ou d’agressions violentes, absurdes, inadmissibles.

     Les créations comme les créateurs sont pluriels. Les victimes de ces derniers jours défendent dans leurs pages : tolérance, différence, égalité et ouverture d’esprit. Et chaque lecteur, quel qu’il soit, se doit d’être libre de ses lectures.

    De tous temps, les dictatures et les régimes les plus autoritaires ont commencé par s’attaquer aux livres, par les accuser, les expurger, puis les brûler. Le fait que des individus, anonymes ou responsables politiques, puissent s’engager sur ce chemin qui les éloigne de la démocratie ne peut être considéré comme anodin. Nous espérons de nos représentants politiques des réponses claires et un soutien ferme dans la tempête au cœur de laquelle notre profession a été malmenée depuis plusieurs semaines.

     La Charte est engagée pour une littérature de qualité, ouverte à tous les imaginaires. Elle soutient tous ceux qu’une censure injustifiée prend à partie et se tient prête à se mobiliser.

     Une copie de ce communiqué a été adressée à Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication; ainsi qu’à Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes, porte-parole du Gouvernement.

(communiqué du mardi 11 février 2014)

Engagez-vous

 par les libraires de l’Association des Librairies Spécialisées Jeunesse 

     Nous, libraires spécialisés jeunesse, nous nous sentons attaqués professionnellement par la récente mise à l’index d’ouvrages pour la jeunesse et nous avons le devoir de défendre notre métier ainsi que toute la corporation professionnelle qui œuvre pour la qualité de la production du livre jeunesse.

     La littérature de jeunesse demeure mal connue. Elle est aujourd’hui la cible de personnes ignorantes de la diversité qui en fait sa richesse, des interrogations qui aident l’enfant à se construire, des réponses qui alimenteront ses réflexions, des idées qui nourriront l’homme ou la femme qu’il deviendra.

     Nous ne pouvons avoir que du mépris pour de tels agissements. Le regard porté sur ces livres est volontairement dévoyé à des fins polémiques. En plus de l’ignorance dont ils font preuve, de la méconnaissance de l’univers de la littérature jeunesse, de la pédagogie, du bon sens et de l’humour, ils portent des accusations absurdes pour des livres, des auteurs, des illustrateurs, des éditeurs reconnus et plébiscités dans toutes lesbibliothèques et écoles de France.

     Nous libraires récusons à ces mêmes personnes la possibilité de juger de la nuisance d’un livre pour le jeune lecteur. A chacun son métier : notre expérience, notre savoir et notre devoir est de proposer le meilleur dans ce domaine. Les livres de littérature de jeunesse sont écrits et illustrés par des auteurs et des créateurs professionnels qui ont l’ambition de faire rêver, rire et titiller l’esprit et nos enfants. Nous aimons à croire que cette diversité les rendrons justement plus critiques, et nous pouvons leur faire confiance pour qu’ils trouvent dans ce foisonnement leur propre voie. A chacun de décider ce qu’il aime ou n’aime pas dans sa liberté de choix.

     Dans nos librairies nous défendons une littérature de qualité, par la tenue des textes et par la créativité de l’illustration. En tant que libraire, nous sommes fiers de la variété des livres que nous proposons, qui se manifeste autant par la richesse des thématiques abordées que par la diversité de points de vue et des modes d’expressions. Nous avons un rôle de passeurs envers les jeunes générations, ce qui implique la responsabilité de défendre cette richesse et de la valoriser auprès du public. Ceci afin que les enfants d’aujourd’hui soient des lecteurs – et des citoyens – critiques et responsables demain.

     Alors, aujourd’hui faisons en sorte qu’aucun livre ne soit mis à l’index au motif qu’il dérange la sensibilité de nos hommes politiques.

(communiqué du mercredi 12 février 2014)

  

Position sur les attaques contre certains livres destinés aux enfants

 par le Syndicat de la librairie française

     Le Syndicat de la librairie française s’associe aux protestations contre les appels à retirer des bibliothèques publiques des ouvrages pour la jeunesse traitant de l’égalité entre les femmes et les hommes ou de l’homosexualité.

     Les attaques contre les livres ne sont jamais anodines. Les livres sont le reflet des questions qui traversent la société et chaque individu. Chercher à évincer certains ouvrages des écoles ou des lieux de lecture publique, c’est retirer la confiance à tous ceux dont le métier est de sensibiliser les enfants sur ces sujets, qu’ils soient auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires ou enseignants. C’est également nier la nécessité de débattre de ces questions et c’est refuser de reconnaître la diversité croissante des choix de vie et la liberté qui s’y rattache. C’est à la fois dangereux et vain.

     Les librairies ont elles-mêmes pour rôle de s’ouvrir à des opinions et à des publics différents à travers leur sélection de livres et les débats qu’elles organisent. Elles ne peuvent qu’être inquiètes de voir le livre devenir la cible de l’intolérance et elles réaffirment leur engagement en faveur de l’égalité et du respect des différences.

( communiqué du jeudi 13 février 2014 )

 La littérature de jeunesse fait entendre sa voix

 par Hélène Wadowski, présidente du groupe Jeunesse du SNE

     La littérature de jeunesse a été propulsée depuis quelques jours sur le devant de la scène. L’occasion (inespérée ?) de rappeler les fondamentaux d’une littérature inventive, riche, ouverte au monde et aux autres. Une littérature innovante, qui vit au rythme de ses lecteurs. Une littérature qui, grâce au talent et à la fantaisie de ses auteurs et illustrateurs, grâce à l’exigence de qualité de ses éditeurs, grâce à la finesse et à l’honnêteté de ses médiateurs peut aborder une large palette de sujets. Sujets historiques, sujets d’actualité, questions de société, sujets plébiscités ou sujets plus « tabous », car tous les thèmes méritent d’être abordés, toutes les questions peuvent être posées !

     Les éditeurs prennent à cœur leur responsabilité dans le choix du texte. C’est leur mission première, l’essence même de leur métier. Choix d’un texte juste, sensible, accessible, ouvert, qui invitera d’abord chaque lecteur à découvrir le plaisir de l’histoire racontée, et aidera le bébé, l’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte à grandir, à se construire, à se connaître, à appréhender le monde qui l’entoure, à le comprendre pour s’y inscrire pleinement et volontairement. Les éditeurs de littérature de jeunesse croient profondément que l’enfant est apte à développer sa propre vision du monde à partir d’une histoire. Que l’enfant grandit en questionnant la vie. Que par le truchement du livre, il construit son jugement, apprend à raisonner.  Les mots de Bruno Bettelheim [dans Psychanalyse des contes de fées] ne sauraient que confirmer ce leitmotiv de la littérature de jeunesse : « Pour qu’une histoire accroche vraiment l’attention de l’enfant, il faut qu’elle le divertisse et qu’elle éveille sa curiosité. Mais pour enrichir sa vie, il faut en outre qu’elle stimule son imagination, qu’elle l’aide à développer son intelligence et à voir clair dans ses émotions ; qu’elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations ; qu’elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent ».

      L’édition jeunesse en France publie chaque année plus de 5 000 nouveautés, d’une qualité qui n’est plus à démontrer. Convoquant tour à tour l’humour, le sérieux, l’émotion, la littérature de jeunesse sait évoquer la vie avec sensibilité. Face à toute velléité ou volonté de censure (soulignons en outre que les publications jeunesse sont déjà soumises au contrôle d’une commission de surveillance instituée par la loi du 16 juillet 1949), il nous semble plus que jamais nécessaire de rappeler que les livres ne doivent pas devenir un instrument de manœuvre politique, ni être bannis des bibliothèques. Laissons-les avec confiance à leurs lecteurs, ils sont entre de bonnes mains.

( communiqué du jeudi 13 févrie 2014 )

  

Quand le printemps français devient l’hiver des enfants

 par Brigitte Goldberg

    Le mouvement le « Printemps Français » vient de demanderle retrait de certains livres des bibliothèques au nom de sa lutte contre une supposée « théorie du genre ».

     Je me souviens de la bibliothèque de mon père. L’on y trouvait de tout. D’un  opuscule de vulgarisation sur la théorie de la relativité à un livre d’initiation à la sexualité en passant par le philosophe Alain, l’écrivain fantastique Howard Phillips Lovecraft ou Voltaire. Aucun ne m’était interdit.

     Ces livres étaient mes compagnons, mes amis. Les romans me faisaient rêver, les ouvrages scientifiques ou philosophiques m’ouvraient les portes de la connaissance.

     J’ai toujours considéré les livres comme une chose sacrée, et, les images des autodafés de 1933 par les nazis sont toujours dans ma mémoire.

     L’accès aux livres, quelques qu’ils soient, est le premier pas vers l’esprit critique indispensable à toute éducation et un enfant de parents responsables est tout à fait capable de faire la part des choses. Après tout, sans explications éclairées, l’enseignement de Nietzsche qui fait partie du programme scolaire peut très bien apparaître comme précurseur du fascisme.

     Si l’accès à certains livres doit s’accompagner de discussions et de l’éclairage des adultes, il n’en reste pas moins que l’interdiction pure et simple d’ouvrages dans les bibliothèques, qui sont souvent le seul accès à la culture pour les enfants des classes les plus défavorisées, ne relève ni plus ni moins que d’une démarche totalitariste visant à imposer une soit disant vérité propre à ces tenants de l’ordre moral.

     Interdire l’accès à la pensée quelque qu’elle soit c’est refuser aux autres la liberté de choisir librement son chemin en toute connaissance de cause.

     Le doute et la critique sont l’essence même du progrès de notre pensée à travers les siècles et tout mouvement visant à limiter cette pensée critique ne vise ni plus ni moins qu’à nous offrir un monde digne du roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451.

     L’ouverture à la différence, c’est le premier pas vers la tolérance. En niant ce droit, que ce soit à travers des attaques contre une hypothétique « théorie du genre » ou en invoquant une prétendue « loi naturelle » digne des créationnistes américains, les tenants du « Printemps Français » réduisent notre culture à l’état d’une mécanique stérile qui ne fera rien d’autre que d’appliquer des règles de droit divin.

(article publié mardi 11 février 2014 dans The Huffington Post que nous remercions pour son autorisation de mise en ligne )

Après un baccalauréat section économie, en 1979, et des études d’histoire arrêtées pour créer et diriger, en 1981, l’une des premières radios locales parisiennes, Brigitte Goldberg est, depuis 1983, compositeur et producteur de musique de documentaires, de films d’entreprise et évènementiels. Fondation en 2009 du collectif Trans-Europe consacré à la défense du droit des personnes transgenres et transsexuelles.

Les enfants sont des lecteurs intelligents

 par la Fédération des fêtes et salons du livre de jeunesse

     Ces temps derniers ont vu renaître des attaques ouvertes sur le contenu de certains ouvrages de littérature de jeunesse et quelques écoles ou bibliothèques ont été interrogées sur la présence desdits ouvrages en leur sein.

     La Fédération des fêtes et salons du livre de jeunesse tient à rappeler qu’elle considère ces agissements comme inacceptables.

     Depuis sa création, elle défend une littérature de jeunesse de qualité, pluraliste et ouverte dans laquelle tous les sujets peuvent être abordés avec les enfants, à condition de le faire avec discernement, intelligence et talent.

     Elle apporte également son soutien à la liberté des créateurs. Médiateurs entre les auteurs et les enseignants, les organisateurs de salon  feront tout pour que les choix faits par les uns et les autres dans ce qu’ils proposent se fassent en toute liberté et indépendance.

     Enfin, la Fédération des fêtes et salons du livre de jeunesse se bat pour que les enfants soient considérés comme des lecteurs intelligents et que l’on puisse, à travers la littérature de jeunesse, leur donner toutes les armes pour devenir des adultes responsables et libres de leurs choix.

 ( communiqué du vendredi 27 février 2014 )