Accompagner les jeunes lecteurs

 

 

 

 

 

Accompagner les jeunes lecteurs

par Mouloud Akkouche

      Le conseil général de Seine-Saint-Denis avait, début 2010, envisagé de réduire fortement la subvention qu’il alloue au Salon du livre et de la presse jeunesse. Ce rendez-vous annuel s’en était trouvé fortement menacé. Pas sa tenue même – les éditeurs le maintiendraient – mais toutes les actions menées en amont, en faveur de la lecture, tout le travail avec les centres de loisirs, les groupes scolaires, les associations caritatives du 93 et d’ailleurs. Face au tollé provoqué par cette inadmissible perspective, les aides du département ont pu être rétablies pour le salon 2010.

     Dans leurs discours, tous les politiques encouragent le combat contre l’illettrisme. Dans les faits, les élus de droite comme de gauche semblent vouloir lui couper les ailes : politiquement, le sujet est moins rentable que l’insécurité.

     Depuis la naissance de la manifestation, des centaines de milliers de jeunes (lecteurs, moins lecteurs, pas du tout lecteurs) ont pu bénéficier des actions du Centre de promotion du livre de jeunesse (CPLJ).

 Sensibiliser les jeunes lecteurs avant de les amener au salon

     Il s’agit d’aller à la rencontre d’élèves sur leurs lieux scolaire, afin de les sensibiliser et leur offrir le goût de la lecture ; puis de les amener sur le salon pour qu’ils aient un échange avec les auteurs et qu’ils profitent des animations et expositions. Pas une mince affaire. Souvent ce sont des gosses sans livres à la maison.

     Les enfants du président du conseil général de Seine-Saint-Denis et des autres personnes décisionnaires en matière de subventions ont, comme les miens, à domicile, tout ce qu’il faut en matière culturelle. Tant mieux pour eux. Mais beaucoup d’autres gosses sont nés sans bibliothèque.

     Certes, il y a les bibliothèques municipales, médiathèques, CDI de collèges et lycées. Il ne faut pas négliger leur réussite au quotidien : petites gouttes d’encre anonymes qui ne font jamais les unes des journaux. Mais, dans une société où le fric et l’image sont rois, ces structures, même les plus inventives et dynamiques, ont des difficultés à faire aimer le livre aux plus jeunes – surtout les plus démunis.

     Elle ne peuvent pas tout faire pour le livre. Enfants, auteurs, bibliothécaires, enseignants parents, sont donc très heureux que le centre leur apporte son professionnalisme et les accompagne. Le Salon du livre jeunesse dure quelques jours, les actions en faveur de la lecture du CPLJ tout le long de l’année scolaire.

 Des ateliers initiés par Rolande Causse, discrète militante du livre

     Ce rendez-vous international est né des ateliers d’écriture des centres de loisirs jeunesse de la ville de Montreuil. Des ateliers initiés par Rolande Causse. Une militante du livre – très discrète – dont le travail remarquable pour faire découvrir la littérature jeunesse est souvent oublié.

     Assise au début des années 80 sur la moquette d’un centre de loisirs, cette femme élégante lisait aux gosses des albums de qualité achetés par le service jeunesse de la ville de Montreuil. Elle fut l’une des créatrices d’une manifestation qui a aujourd’hui plus d’un quart de siècle.

     Offrir un large accès à la lecture reste une priorité. Surtout en ces périodes où les communautaristes et nostalgiques d’un ordre nouveau ne veulent imposer que leurs livres. Les autodafés virtuels sont très dangereux : il ne laissent pas de traces, pas de cendres. Mais un livre de plus ou de moins peut changer un citoyen.

     Plus les citoyens – surtout les plus jeunes – ont accès à un grand nombre de livres, moins les intégristes et les xénophobes les manipuleront. Ni les dealers de rêves carrossés par BMW ou griffés par Lacoste. Pas par hasard que les dictatures commencent toujours par brûler des livres.

      foule

Né à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en août 1962, Mouloud Akkouche y passe une partie de sa vie et, adolescent, hante la bibliothèque. BEPC en poche, il sera, de 1981 à 1989, serveur, plongeur, animateur d’ateliers lecture-écriture, directeur adjoint de colonie de vacances, archiviste, pion, vendeur de voitures par téléphone. Il publie une première nouvelle en 1992 dans une revue québécoise et, peu après, Causse toujours ! dans la collection « Le Poulpe » de Jean-Bernard Pouy aux éditions Baleine. Deux romans en « Série Noire » avec, pour personnage central, l’inspecteur Nassima Benarous, jeune femme kabyle. Scénariste, dramaturge, auteur de pièces radiophoniques, écrivain du récit court, ne dédaignant pas le récit familial, Mouloud Akkouche écrit également pour la jeunesse (Une marque d’enfer, en 1999, dans la collection « Le Furet enquête » chez Albin Michel). Il vit désormais en région toulousaine. Merci à lui pour nous avoir confié ce texte.