Nombreux sont les lieux – revues papier ou sites Internet – où s’exerce la parole critique. Le CRILJ n’a nulle intention d’en créer un nouveau. Pourtant, parfois, la plume démange. Ce sera ici …
LA PETITE MARIONNETTE
par Gabrielle Vincent, Casterman 2009, 72 pages, 15,00 euros.
La première édition de cet album, en 1992, comportait un texte que Gabrielle Vincent avait ajouté au dernier moment. Pour cette édition, retour à l’intention première de l’auteur : nul besoin de mots pour dire la rencontre magique entre la marionnette et le petit garçon. L’histoire commence autour d’un castelet par une franche partie de rigolade, puis un loup apparait, autre marionnette, qui précipite le récit. Heureusement pour le petit garçon, le vieux marionnettiste qui a tout vu est vraiment très gentil. Les crayonnés de Gabrielle Vincent, si rapides qu’on pourrait croire qu’ils sont simples brouillons, suffisent à dire événements et sentiments. Il y a, assez tôt dans l’album, deux illustrations où, page de gauche pour l’une, page de droite pour l’autre, l’enfant et la marionnette regarde le lecteur. En fait, ce que l’on comprend d’emblée, c’est que ce sont ces deux-là qui se regardent, intensément. Et, mieux que leurs yeux, ce sont leurs sourires qui nous le font comprendre. Gabrielle Vincent, pour ces deux images, grand merci. (André Delobel)

BONNE PECHE
par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse 2009, 56 pages, 13,50 euros
C’est l’histoire d’une reconversion, celle de Joseph le pêcheur, une histoire bien ancrée dans son temps : de moins en moins de poisson dans la mer et de plus en plus d’objets abandonnés. Thierry Dedieu la destine à des enfants petits, usant du systématisme et de la répétitivité dans le texte comme dans l’image. Qui d’ailleurs reconnaitra d’emblée dans cette manière de dire et de montrer l’auteur-illustrateur de Yacouba ou du Mangeur de mots ? Il y a dans cet album une jolie trouvaille narrative, en forme de paradoxe temporel, que même les lecteurs petits devraient percevoir. Alors que le texte, comme en d’autres ouvrages, propose un déroulement jour après jour, une « onzaine » durant, l’image témoigne d’une urbanisation sur la colline qui, fatalement, a pris plus longtemps. Tiens, un chiffre au hasard, n’aurait-elle pas pris onze ans ? Bonne chance à Joseph dans sa nouvelle vie. (André Delobel)

LA PIERRE DES DEUX MONDES
par Michel Piquemal, Tertium éditions 2009, 11,50 euros
Un roman d’ailleurs. Deux mondes : celui d’en bas et celui d’en haut. Celui de la lumière et celui de l’obscur. Comme en chacun de nous. Comme en chacun des héros du livre. Yoël, le jeune héros, a tout pour être heureux et paisible et pourtant il est dévoré par la curiosité de ce que cache l’interdit. Il franchira donc les portes du tabou. Pour entrer dans la nuit. Celle de son mystère d’homme. Il en ressortira bien sûr lumineux. Pour notre plaisir de lecteur, car tout cela nous emporte comme un torrent et nous suivons l’histoire. « J’aime quand on me raconte des histoires ! » me disait un ado à Montreuil un jour de signatures. Et bien celle-ci est fort agréable. Positive. Un livre à lire sans autre crainte que de le fermer un peu grandi ! (Patrick Joquel)

ICI
par Jean-Pierre Siméon, illustrations de Martine Mellinette, Cheyne 2009, 14,00 euros
Des poèmes à hauteur d’homme. Justes. Simples. Altruistes et aimants. On est bien dans ce livre par ce qu’il appelle en nous de plus haut, de plus beau. Il nous pousse, mais dans la douceur, à être un peu plus humain. Simplement humain. Sans autre fioriture que la tendresse. Les images en papier journal ouvrent discrètement d’autres pistes de lectures. Des croisements entre les textes suscitent la réflexion, un sourire ou les deux. Un livre sincère. A donner à lire dès le plus jeune âge ! (Patrick Joquel)

LE VOYAGE DE LA REINE
par Nicole Maymat et Laura Rosano, Seuil et Institut du Monde Arabe 2009, 18,00 euros.
Un livre signé Laura Rosano est toujours une promesse. Et une promesse tenue. Le livre enchante. Autant que cette voix mystérieuse qui pousse la Reine au désert. Dans ce lieu où le vide emplit tellement qu’il devient source et jaillissement d’être. L’écriture de Nicole Maymat participe amplement à ce mystère et à cet envoûtement que cet objet, cet «album» procure à son lecteur. Lire ce livre c’est entrer en caravane. Partir à l’amble, entre images et mots, couleurs et sons. Tout se répond. Jusqu’à ces mots du Cantique des Cantiques de la Bible. Pour ancrer, enraciner le lecteur dans un des éblouissements mythiques de l’amour entre Salomon et la Reine de Saba. Avec une liberté totale, un respect inouï de nos jours où Roméo et Juliette (et quelques autres) ont dramatisé l’amour. Là on se tient dans un bel espace. A hauteur d’homme et de femme. A hauteur d’artistes. Car, oui, ceci relève de l’art et l’Institut du Monde Arabe, co-éditeur, l’a bien senti ! (Patrick Joquel)

LA DOUANE VOLANTE
par François Place, Gallimard 2010, 13,50 euros
Où sommes-nous ? On connaît l’époque : première guerre mondiale. Un territoire côté réel : Bretagne. Bon. Mais ensuite ? Plongée dans un songe, une brume, un on ne sait quoi d’envoûtant qui ressemblerait peut-être à … Et puis peu importe : on avance en ce pays bizarre au rythme de ce Gwen, jeune rebouteux un peu décalé de tous les mondes. On avance et on suit les aventures. L’aventure d’une vie qui semble funambuler le long d’un chemin des douaniers entre terre et mer, réel et imaginaire, sans qu’on sache comme souvent au bord de l’océan où commence l’un et où finit l’autre. On le savait, François Place est un raconteur d’histoires. Et bien en voici encore une et une bien belle. Une à lire et à relire, à voix basse autant qu’à voix haute. A partager aussi et à méditer. (Patrick Joquel)

LA BALADE DE YAYA
par Jean-Marie Omont (scénario) et Golo Zhao (dessin), Editions Fei 2011, 96 pages, 8,50 euros.
L’ouvrage est le fruit d’une collaboration franco-chinoise. Une fillette, accompagnée de son oiseau doué de la parole, quitte le domicile familial car elle veut à tout prix participer à un concours de jeunes pianistes alors que ses parents, de riches commerçants chinois, s’apprêtent à fuir Shanghai pour Hong Kong afin de fuir l’attaque japonaise prévue sur la ville. Elle retrouve un jeune garçon qu’elle avait déjà eu l’occasion de voir comme petit acrobate des rues, et ils sont poursuivis par Zhu qui exploite un groupe d’enfants. Il faut voir dans cet ouvrage un clin d’œil à San Mao (Trois cheveux), le héros de la bande dessinée chinoise le plus populaire, jeune vagabond dans le Shanghai des années trente, vivant de petits métiers, de mendicité et d’astuces comme d’ailleurs deux fils de Mao après la répression nationaliste. Une BD d’environ cent pages au charme rendu léger par un graphisme, des couleurs, un texte et un découpage choisis (une à cinq vignettes par page pour un format à l’italienne 13x 18 cm, un emploi judicieux d’insert qui restreint volontairement les cartouches à une demi-douzaine). La gravité du thème est abordé avec pudeur et l’album convient très bien à des enfants de 7 à 10 ans. (Alain Chiron)

LOIN DE LA VILLE EN FLAMMES
par Michael Morpurgo, illustration de Michael Foreman, Gallimard jeunesse 2011, 339 pages, 13,50 €
Un texte prenant. La guerre. Vu côté Allemagne, une famille à Dresde. La montée vers la guerre, la vie durant la guerre, le bombardement, la fuite. Une histoire humaine. Profonde. Avec une éléphante dans le jardin. Subtil, juste. Grave et léger. Comme la vie. Un récit que j’aurai plaisir à lire en classe ou en bibliothèque à des enfants ou des ados tant j’ai pris plaisir à le lire en cet après-midi d’été parmi la paix des cigales. (Patrick Joquel)
MOI SI J’ETAIS GRAND
par Éva Janikovsky et László Réber, Éditions La Joie de lire 2011, 30 pages, 12,00 euros.
Un classique de la littérature de jeunesse internationale, enfin réédité en français, qui commence par « Tous les enfants savent, même les plus petits, qu’être un garnement est bien plus marrant qu’être obéissant ». Publié en Hongrie et en France au milieu des années soixante, son ton était très nettement décalé par sa dose d’ironie mordante. L’auteur Éva Janikovsky met particulièrement bien en scène les frustrations et le scepticisme des enfants confrontés aux désirs des adultes dans cet ouvrage qui tient une place significative dans une œuvre d’une trentaine de titres consacrés pour l’essentiel aux relations entre enfants et adultes. Éva Janikovsky, qui a vu certains de ses livres traduits en trente-cinq langues, a présidé des années soixante-dix aux années quatre-vingt-dix l’International Board on Bookd for Young People. Elle retrouve ici son illustrateur habituel László Réber (d’origine hongroise comme elle) dont la renommée n’est pas moindre. Le léger décalage historique dans l’habillement vient renforcer le contraste entre le statut d’adulte et les actions inattendues accomplies par l’enfant s’imaginant adulte. Un livre bien adapté aux 7-10 ans. (Alain Chiron)
LE BON MOMENT
par Géraldine Alibeu, Éditions de la Joie de lire 2011. 40 pages, 15,00 euros.
Un bel album à l’illustration faite de photographies de tissus découpés et cousus. L’auteur Géraldine Alibeu a déjà une abondante production et la très grande qualité de ses textes s’en reflète. Elle a su traduire l’inquiétude de l’enfant de savoir quand poser une question afin qu’un adulte soit disponible pour lui répondre, sa volonté de contrer les attitudes d’évitement des grandes personnes pour ne pas répondre et l’importance de la dimension affective dans les relations humaines. Un livre bien adapté aux 5-9 ans. (Alain Chiron)
L’ARBRE ESSOUFFLE DE VENT
par Paul Bergèse et Clotilde Bernos, Editions du Jasmin, 2011, 48 pages, 9,90 euros
Voici un livre consacré aux arbres. A l’arbre. En effet seuls neuf arbres sont nommés : pin, cyprès, olivier, cerisier, érable, chêne, saule, marronnier et pommier. Dans la plupart des poèmes l’auteur reste dans le générique « arbre » comme pour lui donner plus d’ampleur. De force. Ce n’est pas la première fois que Paul Bergèse écrit ainsi avec et sur les arbres. C’est un de ses thèmes favoris. Le poète est présent au monde. Il observe. Scrute. Ecoute. Il contemple ce monde et tente en quelques mots de le dire. De le partager. Ce livre apparaît alors comme une sorte de guide pour rendre le lecteur à son tour plus terrien, plus présent à son monde. Paul Bergèse invite le lecteur à se mettre en contemplation à son tour. A observer les arbres de son quotidien. Ceux du jardin, de la rue comme ceux de ses promenades. A les observer. A les écouter. Lire de la poésie c’est aussi apprendre à être davantage. Comme un apprentissage d’un savoir être. (Patrick Joquel)
CHARLIE CHAPLIN : L’ENCHANTEUR DU CINEMA COMIQUE
par Luc Baba et Pauline Scott, Éditions A dos d’âne, 2011, 48 pages, 7,00 euros
Un livre dont le format in-48 plaira aux petites mains des enfants. Après le récit de l’enfance misérable et les débuts de l’acteur, l’ouvrage évoque les caractéristiques du cinéma muet puis présente, généralement en quatre à six pages, parfois deux de texte et deux de dessin à l’encre de chine, plusieurs films de Charlot abordables par les plus jeunes : La Ruée vers l’or, Les Temps modernes, Le Kid. Une page d’évocation du décès de Charlie Chaplin en Suisse précède une double page d’un jeu où il s’agit d’identifier les vêtements habituels de Charlot. Au milieu du livre un chapitre intitulé « Rire ou pleurer » questionne autour des Lumières de la ville du type d’humour et d’émotion délivrés par l’œuvre de Charlie Chaplin. Cet ouvrage est un outil fort utile pour parents et enfants ou enseignants et élèves qui verront ensemble un des films de Charlie Chaplin. Dans la même collection : Georges Méliès : le magicien du cinéma par Zéno Bianu Iet Julia Perrin. À partir de 8 ans. (Alain Chiron)
ABECEDAIRE EN 26 CHANSONNETTES
par Boris Vian et Tomi Ungerer, Formulette Production, 2011, livre-CD, 40 pages, 19,90 euros
Boris Vian écrit en 1959 vingt-six comptines, une pour chaque lettre de l’alphabet, comptines que Lucienne Vernay met en musique et interprète avec le groupe suisse des « Quatre barbus » en 1972. Les lignes mélodiques sont simples et faciles à chanter pour les jeunes. Toujours dans les seventies, Tomi Ungerer publie un abécédaire en anglais puis en allemand. C’est la première fois que, dans un ouvrage en langue française, on le découvre dans son intégralité. Les personnages sont représentés jouant avec les lettres avec une tonalité humoristique renvoyant à l’imaginaire des contes ou légendes historiques – comme Guillaume Tell – qui n’est pas sans rappeler l’album Les Trois Brigands. Le groupe « Debout sur le zinc » donne une nouvelle interprétation de cet abécédaire et les pages finales du livre présentent une documentation sur Boris Vian, sur Tomi Ungerer, sur Lucienne Vernay et sur les musiciens de « Debout sur le zinc ». (Alain Chiron)
TERRIENNE
par Jean-Claude Mourlevat, Gallimard 2011, 386 pages, 16,00 euros.
Dans la région de Montbrison, attention au chemin de Campagne. Si vous l’empruntez vous prenez un chemin de traverse. Suivre la quête d’Anne, c’est aussi se retrouver dans un monde proche de Barbe-Bleue. Et quand on croit arriver à une impasse, l’imprévu surgit… Un livre pour ceux qui ne se contentent pas du monde tel qu’ils l’aperçoivent, à ceux qui cherchent dans l’entre-deux : les Traverseurs. Passionnant. (Patrick Joquel)
DU FABULEUX VOYAGE SUR LA LUNE QUE FIT CYRANO DE BERGERAC
par Adélaïde Lebrun. Albazane éditions 2011. 19,00 euros.
Dans la collection « Histoires d’antan » chez Albazane éditions, la normande Adélaïde Lebrun illustre à la gouache Du Fabuleux Voyage sur la lune que fit Cyrano de Bergerac sachant rendre burlesque, fantastique mythologique, esprit de science-fiction et dimension culturelle autour de la vie à l’époque de Louis XIII, tant sur le vieux continent qu’au Canada. Alors que le quatrième centenaire de la naissance de Cyrano de Bergerac approche, voici mis entre les mains de jeunes à partir de dix ans et d’adultes une possibilité de découvrir le premier tiers de son ouvrage phare. Au début et fin du récit elle fait intervenir Henry le Bret préfacier et intime de l’auteur. Du Fabuleux Voyage sur la lune que fit Cyrano de Bergerac est l’adaptation de L’Histoire comique des états et empires de la lune écrit en 1649 ; ce dernier appartient à l’ensemble des ouvrages précurseurs de la science-fiction et annonce le grand classique des Voyages de Gulliver, publié en 1729, que le jeune lectorat s’est annexé. Adélaïde Lebrun, par le biais de sa vulgarisation, donne envie de découvrir ultérieurement les aventures sur le soleil du héros (empreintes d’une dimension philosophique propre) qu’évoque l’ami de l’auteur ; nul doute que lycéens et adultes tâcheront d’aller vers le texte original après avoir été séduit par cette version illustrée et adaptée au vocabulaire contemporain. (Alain Chiron)
LE LION QUI NE SAVAIT PAS CHASSER
par Jean-Sébastien Blanck et Jonathan Bousmar. Albazane éditions 2011, 24,00 euros.
Cette édition du Lion qui ne savait pas chasser est un ouvrage trilingue (français, anglais et espagnol) accompagné d’un CD permettant d’entendre les trois versions ; il s’agit d’une satire drolatique du monde des dirigeants politiques dont le contenu est adapté à un auditoire de plus de cinq ans, y compris les collégiens apprenant une des langues étrangères présentes, et un lectorat de sept à dix ans. Les enfants seront ravis de voir l’esprit de malignité de certains personnages et les rebondissements fréquents de l’action. Sa tonalité populiste sera diversement appréciée par les parents et éducateurs, nul doute que certains se réjouiront de la critique sous-jacente de l’organisation de la société humaine alors que d’autres s’inquiéteront du parasitisme et de l’incompétence attribués aux gouvernants ainsi que de la mise en exergue du rôle servile des lionnes vis-à-vis des mâles. Les enseignants de l’école élémentaire, qui pratiquent le débat philosophique, trouveront facilement matière dans Le Lion qui ne savait pas chasser. On notera que l’illustrateur belge Jonathan Bousmar, déjà connu dans le monde de la BD, sert magnifiquement un texte en prose, à la forme proche de la fable, écrit par Jean-Sébastien Blanck. L’illustrateur sait donner des qualités expressives exceptionnelles aux animaux ; quoique d’une tonalité propre son art rappelle en la matière les qualités des dessins animaliers, d’un siècle plus vieux, de Benjamin Rabier. (Alain Chiron)








